DCB/DBC Mobile beta
+

CAMPBELL, ELLA (Nellie), infirmière et administratrice, née vers 1884, probablement à St John’s, fille de Colin Campbell et de Rachel Dicks ; décédée célibataire au même endroit le 9 mai 1918.

Enfant unique d’un prospère marchand commissionnaire de St John’s, Ella Campbell entra en 1904 à l’école d’infirmières du General Hospital de cette ville et fit partie du deuxième groupe de diplômées trois ans plus tard. Grâce à l’école, créée en 1903 par Mary Meagher Southcott*, les soins infirmiers commençaient à peine à être un métier respectable pour les jeunes femmes célibataires issues du même milieu qu’Ella Campbell. Après avoir terminé sa formation, celle-ci alla étudier le métier de sage-femme à Édimbourg ; elle reçut son certificat en janvier 1908. De retour à St John’s, elle fut durant trois ans affectée à des tâches particulières, puis infirmière principale au General Hospital.

En 1911, l’Association for the Prevention of Consumption, organisation bénévole fondée à St John’s en 1908, tenait à déterminer si le traitement en sanatorium, basé sur un régime de grand air, d’alimentation saine et de repos prolongé, serait efficace sous le climat inclément de Terre-Neuve. Principale cause de décès chez les adultes de la colonie, la tuberculose pulmonaire fit 3 964 victimes de 1906 à 1911, soit 19,5 % de la mortalité totale. L’Imperial Order Daughters of the Empire releva le défi de l’association et établit en août 1911 un camp de traitement au grand air au lac Mundy. Ella Campbell s’y porta volontaire comme responsable des soins infirmiers. Encouragés par les premiers rapports du camp, William Duff Reid* et ses frères Henry Duff et Robert Gillespie, figures dominantes du domaine du transport, offrirent de construire, de meubler et d’équiper un grand sanatorium à St John’s ainsi que 16 établissements plus petits dans les districts ruraux, puis de les placer sous l’administration du gouvernement de Terre-Neuve. Cette offre et le fait que la population le pressait de plus en plus d’affronter ce qui était désormais perçu comme le principal problème sanitaire, sinon économique, de la colonie, convainquirent le gouvernement d’agir. En mai 1912, il nomma Ella Campbell surintendante des soins infirmiers d’un nouveau service, le Tuberculosis Public Service, sous l’autorité du docteur Herbert Rendell*, et l’envoya à Édimbourg étudier au Royal Victoria Hospital for Consumption auprès du docteur Robert William Philip, éminent spécialiste de la tuberculose. Dès le mois de juillet, Ella Campbell était infirmière en chef suppléante dans cet hôpital, à l’« entière satisfaction » du personnel.

Ella Campbell rentra à St John’s après plus de cinq mois pour fonder avec Rendell le Tuberculosis Dispensary dans l’avenue Hamilton. C’est là qu’elle réalisa son travail le plus important. Au dispensaire, on diagnostiquait les cas de tuberculose, on suivait les malades et on les conseillait sur les meilleurs moyens de se soigner et d’éviter la contagion. Rendell considérait les maisons de tuberculeux comme « le foyer de la maladie » ; Ella Campbell et son équipe de deux ou trois infirmières lancèrent donc un programme énergique d’information à domicile sur les règles fondamentales de santé et d’hygiène. En 1913, elles virent 258 malades au dispensaire et firent près de 12 000 visites dans 177 foyers de tuberculeux. Reconnaissant l’inutilité de prescrire un régime ou d’autres mesures que les familles ne pouvaient se permettre, Ella Campbell s’informait de la situation financière de chaque ménage et trouvait de l’aide au besoin. En outre, elle administrait le programme de formation de deux ans pour les infirmières affectées aux tuberculeux et continuait de superviser le camp du lac Mundy. De juin à août 1915, elle travailla dans de petits villages de pêcheurs de la baie Conception, de la baie Trinity, de la baie Bonavista et de la baie de Plaisance, visita des maisons et distribua de la documentation, des mouchoirs et des crachoirs. Elle rapporta que les conditions étaient meilleures que prévu, les cas de tuberculose moins nombreux et les gens « désireux d’apprendre ». Par contre, sa subordonnée, garde N. Godden, ne vit que pauvreté, ignorance, paresse ; selon elle, « la saleté [régnait] en maître ». En 1916, épuisée et malade, Ella Campbell consacra les premières vacances qu’elle avait en quatre ans à acquérir de l’information de première main sur les méthodes employées contre la tuberculose au Canada et aux États-Unis.

Le projet des frères Reid était mort de sa belle mort après le début de la Première Guerre mondiale, mais en 1916, le gouvernement décida d’entreprendre la construction d’un sanatorium de 42 lits à St John’s. L’établissement ouvrit ses portes en mars 1917 ; le personnel comptait 20 membres. C’est à cet endroit qu’Ella Campbell (probablement tuberculeuse elle-même) passa les 14 derniers mois de sa vie à titre de surintendante des soins infirmiers et d’infirmière en chef. La presse rapporta que, atteinte de la grippe, elle mourut subitement d’une défaillance cardiaque.

À St John’s, peu de gens se rappellent qu’Ella Campbell contribua à résoudre l’un des problèmes de santé les plus persistants de Terre-Neuve. À l’époque, cependant, après sa mort, on reconnut ses réalisations, et le gouvernement honora sa mémoire au moyen d’une plaque qui louait le « dévouement désintéressé » de cette « fidèle servante de l’État ». Ella Campbell s’était également dévouée pour sa profession. En 1913 et en 1914, elle avait été vice-présidente d’une nouvelle organisation, la Graduate Nurses Association of Newfoundland.

Patricia O’Brien

PANL, GN 2/5, files 5, 18, 119A, 228A–K.— Daily News (St John’s), 24 oct. 1917, 10 mai 1918.— Evening Telegram (St John’s), 21 sept. 1881, 1er juill. 1914, 24 oct. 1917, 9 mai 1918.— Assoc. for the Prevention of Consumption, Extracts from report of the commission appointed by the government [...] on the subject of public health in the colony of Newfoundland, 1909 ([St John’s, 1909] ; exemplaire aux PANL).— Linda Bryder, Below the magic mountain : a social history of tuberculosis in twentieth-century Britain (Oxford et New York, 1988).— « Daughters of the Empire », Distaff (St John’s), 1916 (exemplaire au Centre for Newfoundland Studies, Memorial Univ. of Nfld, St John’s).— Edgar House, Light at last : triumph over tuberculosis, 1900–1975, Newfoundland and Labrador (St John’s, 1981).— Joyce Nevitt, White caps and black bands : nursing in Newfoundland to 1934 (St John’s, 1978).— Numo, « She gave her young life », Happy Warrior (St John’s), 4, no 3 (juin–juill. 1946) : 14–15 (exemplaire au Centre for Newfoundland Studies).— T.-N., House of Assembly, Journal, 1904–1919.— Linda White, « The General Hospital School of Nursing, St. John’s, Newfoundland, 1903–1930 » (mémoire de m.a., Memorial Univ. of Nfld, 1992).— The white plague in Newfoundland : medical and social issues, c. 1900 to 1970 and beyond, J. K. Crellin, compil. (St John’s, 1990).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

Patricia O’Brien, « CAMPBELL, ELLA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/campbell_ella_14F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/campbell_ella_14F.html
Auteur de l'article:   Patricia O’Brien
Titre de l'article:   CAMPBELL, ELLA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   21 octobre 2014