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CARSON, SUSANNA (Rijnhart ; Moyes), médecin, missionnaire et auteure, née vers 1868 à Chatham, Ontario, fille de Joseph Standish Carson et d’une prénommée Martha ; le 15 septembre 1894, elle épousa à Newbury, Ontario, Petrus Rijnhart, et ils eurent un fils, puis en octobre 1905, James Moyes, et de ce mariage naquit un enfant ; décédée le 7 février 1908 à Chatham.

Active dès son plus jeune âge au sein des congrégations méthodistes de Chatham et de Strathroy, Susanna Carson (qu’on appelait Susie) se sentit attirée par les missions étrangères. Son père, directeur d’école publique et plus tard inspecteur des écoles, était un éducateur progressiste qui exigeait de tous ses enfants l’excellence en matière scolaire. En 1879, il répondit à une annonce qu’avait placée dans le Globe de Toronto Elizabeth Smith* et qui demandait « des dames désireuses d’étudier la médecine au Canada ». Il était « cordialement en faveur » du programme qu’elle se proposait d’instaurer à Kingston, mais son intérêt était tout hypothétique puisque ses filles n’avaient pas terminé l’école. Susie s’inscrivit effectivement au Woman’s Medical College de Toronto [V. Emily Howard Jennings] cinq ans plus tard et elle fut parmi les diplômées de la deuxième promotion ; elle obtint un doctorat en médecine et une maîtrise en chirurgie du Trinity College en 1888. Elle exerça à London, avec sa sœur Jennie S., elle aussi diplômée du Woman’s Medical College. À la suite du décès de leur père en 1889, elles retournèrent chez elles, à Strathroy, où elles continuèrent de pratiquer la médecine.

En 1894, Susie Carson épousa Petrus Rijnhart, Hollandais qui était arrivé à Toronto en 1889 et avait appris l’anglais en travaillant dans une manufacture. Il s’était embarqué à destination de la Chine en 1890, où il s’était joint à la China Inland Mission, groupe britannique non confessionnel qui l’avait affecté à Lanzhou, la dernière ville avant d’arriver en Asie centrale. La petite communauté missionnaire qui s’y trouvait était réputée pour son esprit pionnier. Rijnhart fut cependant congédié en 1893, des enquêtes effectuées sur son compte en Hollande ayant révélé qu’il était un imposteur. De retour à Toronto à un moment où la plupart des confessions chrétiennes réclamaient à grands cris des missionnaires pour les représenter dans les pays dits païens, il trouva un auditoire bien disposé à l’égard de l’appel qu’il lançait d’un ton persuasif en faveur de missions au Tibet (maintenant la province de Xikang, en République populaire de Chine).

On ne sait pas si Susie Rijnhart était au courant du passé de son mari. Quelques semaines après leur mariage, les Rijnhart partirent pour le Tibet à titre de missionnaires indépendants, appuyés par la congrégation Cecil Street des Disciples du Christ de Toronto. Bien qu’elle ait été accusée par les sociétés missionnaires de manquer du sens des réalités, sinon d’être tout à fait insouciante pour s’aventurer ainsi en dehors des réseaux missionnaires établis, Susie Rijnhart écrivit qu’elle se sentait « spécialement appelée au travail de pionnier » et croyait fermement en l’initiative apostolique : « Le Christ ne dit pas à ses disciples d’attendre, mais de partir. » Le voyage de 2 000 milles à travers la Chine, en péniche et en chariot tiré par des mules, prit six mois. Le couple s’installa un peu au delà de Lanzhou, à Lusar, village poussiéreux d’une seule rue situé à l’intérieur des frontières du Tibet extérieur (province de Qinghai) et à proximité d’un des plus grands monastères bouddhistes d’Asie centrale. Les Rijnhart se lièrent d’une « amitié solide » avec le moine-abbé, Mina Fuyeh. Pendant la première année, en 1895, ils furent isolés par une rébellion musulmane qui fit 100 000 morts et détruisit des dizaines de villages. Une fois que les hostilités eurent cessé, ils soignèrent les musulmans blessés tout comme ils le firent pour les bouddhistes. Leur travail médical leur ouvrit des portes, mais leurs efforts d’évangélisation ne donnèrent pas de résultats tangibles. Après trois ans passés au Tibet, ils ne pouvaient toujours pas revendiquer de conversions.

Les Rijnhart s’installèrent ensuite à Tankar, ville-marché où ils reçurent rarement la visite d’étrangers autres que des collègues missionnaires. Ils auraient pu rester à la bordure de la « terre interdite », mais leur but demeurait d’atteindre sa capitale sacrée, Lhassa, où peu d’étrangers avaient pénétré jusque-là. « Si l’Évangile doit jamais être proclamé à Lhassa, écrivait Susie Rijnhart, quelqu’un aura à être le premier à entreprendre le voyage, à affronter les difficultés, à prêcher le premier sermon et peut-être à ne jamais revenir pour le raconter – qui sait ? » Le 20 mai 1898, les Rijnhart partirent pour Lhassa avec leur fils âgé de dix mois, trois guides, de nombreux chevaux, assez de provisions pour un an et 500 Nouveaux Testaments.

Le voyage fut un cauchemar du début à la fin. Le bébé des Rijnhart mourut, ils furent attaqués par des voleurs et leurs guides désertèrent. Le 26 septembre, Petrus aperçut un campement de nomades sur l’autre rive d’une rivière et alla leur demander de l’aide. Susie Rijnhart ne le revit jamais. Elle attendit trois jours, son revolver sur les genoux, « seule avec Dieu ». Deux mois plus tard, après avoir fait route avec des « hommes vraiment mauvais », elle rejoignit d’autres missionnaires à Ta-Tsien-Lou (Kangdind), dans la province du Sichuan. Après qu’une enquête du consulat n’eut pas permis d’élucider la disparition de son mari, elle retourna à Chatham, en 1900, la santé brisée et les cheveux prématurément blanchis par les épreuves.

En tournée de conférences dans les congrégations canadiennes, la docteure Rijnhart fut décrite comme « une héroïne canadienne [dont] le récit d’exploration, de sacrifice et peut-être de martyre [était] des plus captivants ». On la persuada d’écrire With the Tibetans in tent and temple, testament, disait-elle, à « l’ambition brûlante [de son mari] de servir à l’évangélisation du Tibet – que ce fût par sa vie ou sa mort, disait-il, n’avait pas d’importance ». Le second objectif du livre était d’employer sa bonne connaissance de la culture tibétaine pour corriger les comptes rendus d’autres voyageurs qui n’y avaient fait que de brefs séjours.

Susie Rijnhart retourna à Ta-Tsien-Lou avec plusieurs collègues en 1902 pour fonder la mission des Disciples du Christ au Tibet, qui allait un jour compter sept convertis. En 1905, elle épousa James Moyes, le premier missionnaire à l’avoir accueillie après son voyage tragique en 1898. Comme Petrus Rijnhart, il n’avait pas beaucoup d’instruction, ayant été employé de magasin et mineur de charbon en Écosse avant de joindre les rangs de la China Inland Mission. Il dut démissionner afin d’épouser Susie, à cause des liens qu’elle avait eus avec Rijnhart. Quand la santé de Susie déclina, ils s’installèrent à Chengdu, la capitale du Sichuan, pour travailler avec la Christian Literature Society. Ils revinrent au Canada en 1907 et s’établirent à Chatham, où Susie mourut à l’hôpital, assistée par sa sœur Jennie. Sa dernière maladie peut avoir été compliquée par un accouchement, car elle laissa un bébé de deux mois. Moins d’une semaine après, Moyes présenta une demande à la China Inland Mission, qui refusa de le reprendre, puis à la mission méthodiste canadienne au Sichuan, qui estima qu’il n’était pas « un homme du calibre [...] souhaité pour [ses] missionnaires destinés à la Chine occidentale ».

Susanna Carson était une femme médecin pleine de douceur dont la vie résume les dangers courus par les pionniers du travail missionnaire : beaucoup de sacrifices, mais peu de résultats. L’établissement des Disciples du Christ ferma après son départ et elle ne laissa pas de souvenir durable au Tibet. Son monument demeure son livre, qui trouva audience parmi de nombreuses sociétés missionnaires. Récit émouvant d’aventure chrétienne légèrement teinté d’ethnocentrisme, il est heureusement exempt de la grandiloquence de tant de comptes rendus missionnaires. Même si la jeune femme était tout à fait convaincue de la suprématie de l’Évangile, elle soutenait que les missionnaires ne devaient pas « prendre un air de dérision et de mépris devant les idées religieuses et les pratiques des peuples moins éclairés ». Aujourd’hui, on peut considérer son livre comme un témoignage émouvant et compatissant sur le Tibet tel qu’il était avant d’être détruit au xxe siècle.

Alvyn J. Austin

Le récit de Susie Carson Rijnhart sur ses aventures, With the Tibetans in tent and temple ; narrative of four years’ residence on the Tibetan border, and of a journey into the far interior, a été publié à Chicago en 1901, et réimprimé à New York en 1911.

II y a une notice nécrologique sur Susanna Carson dans le Canada Lancet, 41 (1907–1908) : 566, mais elle est inexacte. On trouve un meilleur résumé dans l’Age (Strathroy, Ontario), 13 févr. 1908.

AN, RG 31, C1, 1891, Strathroy, Ward 1 : 28 (mfm aux AO).— Billy Graham Center Arch., Wheaton College (Wheaton, Ill.), Coll. 215 (China Inland Mission/Overseas Missionary Fellowship records), China Council minutes, files 2-36–37 (mfm aux Overseas Missionary Fellowship Arch., Toronto).— EUC-C, 14/3/1, file 72 ; Biog. file.— Univ. of Western Ontario Library, Regional Coll. (London), Middlesex County, Surrogate Court, reg. of wills, no 3810 (mfm aux AO).— Christian Guardian, 12 juin 1901 : 11, 14.— Annuaire, London, Ontario, 1888–1889 : 111 ; 1893 : 496.— A. J. Austin, Saving China : Canadian missionaries in the Middle Kingdom, 1888–1959 (Toronto, 1986).— A. J. Broomhall, Hudson Taylor & China’s open century [...] (7 vol., Sevenoaks, Angleterre, 1981–1989), 7.— Reuben Butchart, The Disciples of Christ in Canada since 1830, their origins, faith and practice [...] (Toronto, 1949).— China’s Millions (Toronto), septembre 1893 :128 (un exemplaire est conservé aux Overseas Missionary Fellowship Arch.).— Ruth Compton Brouwer, New women for God : Canadian Presbyterian women and India missions, 1876–1914 (Toronto, 1990), 72.— J. W. Grant, A profusion of spires : religion in nineteenth-century Ontario (Toronto, 1988), 187.— Carlotta Hacker, The indomitable lady doctors (Toronto, 1974).— S[A.] Hedin, Through Asia (2 vol., Londres, 1898), 2 : 1173–1177.— Peter Hopkirk, Trespassers on the roof of the world : the race for Lhasa (Londres, 1982).— Methodist Magazine and Rev. (Toronto et Halifax), 49 (janv.–juin 1899) : 383 ; 58 (juill.–déc. 1903) : 276.— Missionary Outlook (Toronto), 17 (1899) : 365.— Trinity College, Calendar (Toronto), 1884–1889 ; Yearbook (Toronto), 1899–1900 (exemplaires conservés aux Trinity College Arch., Toronto).

Bibliographie générale

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Alvyn J. Austin, « CARSON, SUSANNA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/carson_susanna_13F.html.

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Auteur de l'article:   Alvyn J. Austin
Titre de l'article:   CARSON, SUSANNA
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   1 octobre 2014