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COFFIN, THOMAS, marchand, constructeur de navires et homme politique, né en 1817 à Barrington, Nouvelle-Écosse, fils de Thomas Coffin et de Margaret Homer ; en 1840, il épousa Sarah Doane, puis, en 1870, Adeline Coffin, et plusieurs enfants naquirent de ces deux mariages ; décédé le 13 juillet 1890 à Barrington.

La famille de Thomas Coffin s’était livrée à l’agriculture, à la construction de navires, à la pêche et au commerce en général depuis son arrivée dans le comté de Shelburne en provenance de Nantucket (Massachusetts) au cours des années 1760. Thomas Coffin père forma ses fils pour qu’ils exercent les mêmes occupations et, à l’âge adulte, Thomas Coffin fils effectua en tant que capitaine de navire des voyages de commerce au long cours. Il devint assez prospère pour construire en 1856 un grand magasin sur un des deux quais appartenant à son père, à Shelburne. Comme bon nombre d’autres marchands, il fut attiré par la construction navale pendant les années 1850 et, en 1853, avec son frère James, il se joignit à James Sutherland et ses fils pour faire l’acquisition de terres à bois et de scieries dans la région en amont de la rivière Clyde. De 1854 jusqu’à la fin des années 1870, ils exploitèrent un chantier naval sur cette rivière, où ils construisirent plusieurs barques, brigantins et schooners, y compris deux navires de plus de 1 000 tonneaux.

En sa qualité de membre d’une famille bien établie et d’homme d’affaires prospère, Coffin considérait de son devoir de servir la société. Bien qu’il eût, semble-t-il, peu fréquenté l’école, on le nomma commissaire d’écoles du district ouest du comté de Shelburne en 1849 et de nouveau de 1854 à 1857 ; il occupa le même poste dans le district de Barrington en 1857, 1858 et 1864. Il avait été nommé juge de paix en 1855 et, malgré son manque de formation juridique, il siégea à la Cour d’enregistrement et d’examen des testaments de 1861 à 1865.

Coffin commença d’exercer ses fonctions publiques les plus importantes en 1851, année où il fut élu député réformiste du comté de Shelburne à la chambre d’Assemblée. Il prit rarement la parole en chambre, ne participa guère aux séances des commissions parlementaires et ne présenta que quelques projets de loi concernant les affaires maritimes ou le commerce. Dans l’un de ses rares discours, il défendit en 1851 la proposition de Joseph Howe* relative à la construction d’un chemin de fer allant de Halifax à Windsor, car celui-ci « offrirait un marché plus étendu à ceux qui exerçaient le métier de pêcheur ». L’appui de Coffin surprit Howe puisque les autres députés des comtés de l’ouest de la Nouvelle-Écosse, surtout Thomas Killam*, de Yarmouth, dénonçaient ce projet comme une menace aux pêcheries. Toutefois, Coffin votait habituellement de concert avec d’autres marchands pour faire réduire les tarifs et faire obstacle à l’octroi de subventions à la construction de chemins de fer et aux industries manufacturières. Coffin perdit son siège aux élections générales de 1855, mais il le reprit en 1859. Bien qu’il fût souvent absent de l’Assemblée, probablement parce qu’il était en mer, Coffin appuya le fragile gouvernement de Howe chaque fois qu’il était présent. Aux élections générales de 1863, il fut l’un des 14 libéraux élus à l’Assemblée qui comptait 55 députés. Il se laissa bientôt gagner par le débat sur l’union des colonies de l’Amérique du Nord britannique et se joignit aux députés des comtés de l’ouest pour contrecarrer ce projet. Aux yeux de Coffin, semble-t-il, l’union entraînerait une augmentation des tarifs et favoriserait le développement du Haut et du Bas-Canada.

L’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique n’amoindrit aucunement l’opposition de Coffin à la Confédération et, lors des élections fédérales de septembre 1867, il fut élu sans opposition député de Shelburne à la chambre des Communes. Il tenta de rester neutre dans le conflit aigu qui éclata en 1868 entre Howe et le gouvernement provincial, adversaire de la Confédération, dirigé par William Annand. Sir John Alexander Macdonald* refusa de reconnaître le gouvernement d’Annand comme porte-parole légitime de la province et choisit plutôt de traiter avec Howe et d’autres députés fédéraux. Howe en était venu à accepter l’union comme inévitable et négociait avec Macdonald l’amélioration des modalités financières de l’entrée de la Nouvelle-Écosse dans la Confédération. Coffin tira cependant un avantage politique de la scission entre les adversaires fédéraux et provinciaux de la Confédération élus en 1867 : à Ottawa, on vit en lui le partisan du gouvernement de Macdonald, ce qui était utile pour dispenser des faveurs politiques, tandis que dans son comté il conserva des liens avec les défenseurs du gouvernement provincial opposé à la Confédération. Cette tactique l’aida à être de nouveau élu sans opposition aux élections générales de 1872.

Coffin et d’autres députés de la Nouvelle-Écosse manifestèrent bientôt leur mécontentement, parce que Macdonald choisissait arbitrairement les membres de son cabinet, qui à leur tour devaient indiquer aux députés de leur caucus provincial respectif comment voter. Les députés de la Nouvelle-Écosse voulaient choisir eux-mêmes et, au besoin, démettre de leurs fonctions leurs représentants au sein du cabinet et prendre part aux décisions. La démission de Howe en mai 1873 ouvrit au cabinet un poste que convoitaient plusieurs députés, y compris Coffin. Ayant échoué dans sa tentative de l’obtenir, Coffin s’engagea à appuyer le chef de l’opposition, Alexander Mackenzie. Lorsque le scandale du Pacifique contraignit le cabinet de Macdonald à démissionner en novembre 1873 et entraîna la formation d’un gouvernement libéral, les dix députés néo-écossais partisans de Mackenzie décidèrent que les deux députés ayant les plus longs états de service au parlement, soit Coffin et William Ross*, seraient nommés ministres. Incapable de résister aux volontés du groupe de la Nouvelle-Écosse, Mackenzie, à contrecœur, nomma Coffin receveur général.

Réélu sans opposition à l’élection partielle subséquente et aux élections générales de février 1874, Coffin ne tarda pas à laisser voir ses faiblesses en tant que parlementaire et ministre. Sa position fut assurée toutefois lorsque Mackenzie congédia Ross dont il mettait en doute le jugement et l’honnêteté. Le caucus néo-écossais dénonça cette décision de Mackenzie qu’il jugeait arbitraire et il prit aussi en mauvaise part la nomination au cabinet, en septembre 1874, de William Berrian Vail* qui représentait une faction de Halifax. Dans ces circonstances, Mackenzie crut qu’il ne pouvait se permettre de destituer Coffin auquel il ne reconnaissait « ni talent, ni don de la parole, ni sens commun », mais un moment l’idée lui vint d’abolir le poste de receveur général pour se débarrasser de ce collègue médiocre. La chute de Coffin survint finalement aux élections fédérales de 1878 où il fut défait à plates coutures par Thomas Robertson*, libéral provincial en vue. Coffin ne se porta plus jamais candidat et, aigri par ce qu’il considérait comme une trahison de la part des libéraux tant provinciaux que fédéraux, il appuya les conservateurs jusqu’à sa mort en 1890.

Les efforts de Coffin en vue de répondre à la conception qu’il se faisait des devoirs du citoyen envers la société requéraient une habileté politique dont il était dépourvu. Son insistance à demeurer au sein du cabinet empêcha Mackenzie de rechercher un Néo-Écossais susceptible de collaborer aux décisions du cabinet et de jouer dans la province le rôle de porte-parole du gouvernement fédéral chargé d’expliquer les programmes de celui-ci à une époque où les libéraux manquaient grandement à la fois de leadership politique et d’attrait auprès du public. Heureusement pour son amour-propre, Coffin ne s’aperçut pas que par son obstination à demeurer en poste il avait trahi les intérêts de son propre parti et contribué à la défaite des libéraux en 1878.

Kenneth G. Pryke

PANS, {{ms }}file, Coffin family.— Shelburne County Court of Probate (Shelburne, N.-É.), Book 3, testament de Thomas Coffin.— Acadian Recorder, 8 sept. 1870.— Halifax Herald, 15 juill. 1890.— Morning Chronicle (Halifax), 1864–1874.— Morning Herald, 1878.— Novascotian, 1851–1867.— Yarmouth Herald (Yarmouth, N.-É.), 15 juill. 1890.— CPC, 1876.— Edwin Crowell, A history of Barrington Township and vicinity, Shelburne County, Nova Scotia, 1604–1870 ; with a biographical and genealogical appendix (Yarmouth, [1923] ; réimpr., Belleville, Ontario, 1974).— K. G. Pryke, Nova Scotia and confederation, 1864–74 (Toronto, 1979).— Thomson, Alexander Mackenzie.— K. G. Pryke, « The making of a province : Nova Scotia and confederation », SHC Communications hist., 1968 : 35–48.

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Kenneth G. Pryke, « COFFIN, THOMAS (1817-1890) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/coffin_thomas_1817_1890_11F.html.

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Auteur de l'article:   Kenneth G. Pryke
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   24 octobre 2014