DCB/DBC Mobile beta
+

DAWSON, SAMUEL EDWARD, homme d’affaires, éditeur, auteur et fonctionnaire, né le 1er juin 1833 à Halifax, deuxième fils de Benjamin Dawson et d’Elizabeth Gardner ; le 16 octobre 1858, il épousa à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, Annie M. Bent ; décédé le 9 février 1916 à Westmount, Québec.

Officier irlandais dans l’armée britannique, le grand-père paternel de Samuel Edward Dawson s’établit à l’Île-du-Prince-Édouard. Son fils Benjamin naquit à cet endroit et y fit ses études. Toutefois, dès la fin des années 1820, il vivait à Halifax, où il exploitait une librairie. Le jeune Samuel Edward, diton, fréquenta l’école de McCulloch ; probablement s’agissait-il des cours du soir donnés par Thomas McCulloch*, directeur du Dalhousie College. En 1847, Benjamin s’installa à Montréal avec sa famille et acheta la librairie et l’agence de journaux et périodiques de Robert Walter Stuart Mackay*. Baptisée simplement Benjamin Dawson, puis Benjamin Dawson and Son, l’entreprise vendait des livres et de la papeterie, et tenait une bibliothèque de prêt. Florissante, elle déménagea ; en 1860, année où Benjamin Dawson prit sa retraite, elle se trouvait rue Saint-Jacques Ouest.

Samuel Edward Dawson et son frère William Valentine réorganisèrent alors l’entreprise et lui donnèrent le nom de Dawson Brothers. Au fil des 29 années suivantes, ils agrandirent leur champ d’activités en agissant aussi comme éditeurs, relieurs et agents de presse. Ils ouvrirent une succursale de leur librairie dans la rue Sainte-Catherine Est. Samuel Edward la dirigeait tandis que William Valentine s’occupait de leur fabrique de papeterie et de livres de comptabilité. En janvier 1889, l’entreprise fut dissoute et Samuel Edward la quitta. William Valentine et son fils Charles F. vendirent les librairies pour se spécialiser dans la fabrication et l’importation de papeterie. Constituée juridiquement en 1900 sous la raison sociale de W. V. Dawson and Company, leur société continua d’exister pendant le xxe siècle.

Au cours des années où il avait été libraire, Samuel Edward avait eu des intérêts dans d’autres entreprises commerciales. Il participa en 1879 à la fondation de la Dominion Note Company ; l’année suivante, il figura, avec Andrew Scott Irving*, parmi ceux qui firent constituer juridiquement la Montreal News Company. Par ailleurs, il fut membre du Bureau des commissaires des écoles protestantes de la cité de Montréal, président du Conseil des arts et manufactures de la province de Québec et secrétaire de l’Association des beaux-arts de Montréal. Le 7 novembre 1891, donc après son départ de la Dawson Brothers, il devint imprimeur de la reine et sous-ministre. Le gouvernement d’Ottawa, dirigé par le conservateur John Joseph Caldwell Abbott*, lui confiait ce poste de faveur en partie pour le récompenser de ses services et en partie dans l’espoir qu’il mettrait fin à l’inefficacité et à la corruption qui régnaient au département des Impressions et de la Papeterie publiques sous la direction de Brown Chamberlin. Sans tarder, Dawson améliora les conditions de travail, modernisa l’équipement et rationalisa le système de comptabilité. Il quitterait son poste le 30 novembre 1908, à l’âge de 75 ans.

Déjà, longtemps avant d’accéder à la fonction d’imprimeur de la reine, Dawson était un libraire respecté, car il avait joué un rôle de premier plan dans des associations professionnelles. Il fut le premier vice-président de la Canadian Booksellers’ Association, fondée en mars 1876 par des libraires de l’Ontario et du Québec. Cet organisme s’opposait au monopole exercé par le dépôt du gouvernement ontarien [V. John George Hodgins], qui achetait à bas prix des livres et du matériel pour les revendre à des écoles et autres établissements. L’association des libraires désapprouvait surtout les gros escomptes consentis par le dépôt aux écoles du dimanche, aux instituts d’artisans et à certains membres des professions libérales et élèves. Dans la même décennie, Dawson se fit connaître comme spécialiste en droit d’auteur international et canadien. En 1872, le gouvernement conservateur de sir John Alexander Macdonald* présenta l’Acte concernant les droits d’auteur, qui autorisait les imprimeurs canadiens à reproduire des ouvrages étrangers sans la permission des détenteurs du droit d’auteur. Cette loi favorisait les imprimeurs [V. John Lovell*] au détriment des auteurs ; les autorités britanniques la déclarèrent inconstitutionnelle. Le gouvernement libéral d’Alexander Mackenzie* prépara ensuite une nouvelle loi, pour la rédaction de laquelle le ministre de l’Agriculture, Luc Letellier* de Saint-Just, suivit les conseils de libraires tel Dawson. Adopté en 1875, l’Acte concernant la propriété littéraire et artistique protégeait les droits des auteurs et des éditeurs. Il reçut l’approbation du monde britannique du livre et du ministère des Colonies, condition essentielle au succès d’une loi canadienne sur le droit d’auteur au xixe siècle.

Dans les années 1880, le Canada prit part aux négociations en vue de la conclusion d’une entente britanno-américaine sur le droit d’auteur international. En 1880, Dawson accompagna le ministre des Finances sir Samuel Leonard Tilley* à Washington à titre de membre de la première délégation canadienne invitée à une conférence internationale sur le sujet. Deux ans plus tard, à la faculté de droit du Bishop’s College de Lennoxville, il prononça une conférence sur les subtilités du droit d’auteur international. Le texte, Copyright in books [...], parut la même année sous forme d’opuscule à Montréal. Par la suite, dans le Publishers’ Weekly de New York et le Publishers’ Circular de Croydon, en Angleterre, Dawson rendit compte des pourparlers qui aboutirent, en 1885, à la convention de Berne sur la protection du droit d’auteur international et, en 1891, à l’entente anglo-américaine sur le copyright. Entre-temps, il accéda à la vice-présidence de la Canadian Copyright Association, fondée en 1888 pour combattre l’application de la convention de Berne au Canada. Un groupe influent d’imprimeurs et d’éditeurs estimaient en effet que la convention de Berne et l’entente anglo-américaine permettraient aux entreprises américaines et britanniques d’expédier leurs livres au Canada et, ultimement, de détruire l’industrie canadienne du livre, déjà affaiblie par les crises économiques. En 1895, Dawson fut délégué à une conférence sur le droit d’auteur à Ottawa ; des représentants du monde britannique et canadien du livre, dont John Ross Robertson, s’y trouvaient aussi. Les participants s’entendirent sur un projet de loi, mais il ne se rendit jamais au Parlement. En fin de compte, la recherche de compromis visant à empêcher le marché canadien d’être un champ de bataille pour les éditeurs américains, britanniques et canadiens aboutit en 1900 à l’adoption de l’Acte modifiant l’acte concernant le droit d’auteur. Cette loi ouvrit la voie à la pratique qui dominerait au Canada anglais au xxe siècle : la publication de livres par des filiales d’entreprises britanniques et américaines.

Dawson s’intéressa toujours aux arts et à la littérature. Il collabora souvent à la Gazette de Montréal et au Montreal Daily Star, et fit paraître des articles sur la science, la philosophie et l’histoire du Canada dans des périodiques tels le Belford’s Monthly Magazine de Toronto et le Dominion Illustrated de Montréal. En janvier et février 1890, il publia dans le Week de Toronto une série de six lettres intitulée « The English minority in Quebec » ; il y soutenait que, malgré les allégations à l’effet contraire, l’Église catholique ne lésait pas les droits des anglo-protestants. En 1894, 1896 et 1897, il présenta à la Société royale du Canada plusieurs communications sur les voyages de Jean* et Sébastien* Cabot. Admirateur de Tennyson, il était très fier de A study, with critical and explanatory notes, of Lord Tennyson’s poem, The princess, ouvrage paru en 1882 pour lequel le poète lauréat lui envoya une lettre de remerciements. Dawson publia aussi Handbook for the Dominion of Canada [...] en 1884 et The St Lawrence basin and its border-lands [...] en 1905. La même année, il devint membre du Bureau de géographie du Canada et, en 1906, il fut élu membre honoraire de la Société littéraire et historique de Québec. Annie M. Dawson fut active elle aussi dans des organisations artistiques ; elle occupa la présidence de la Women’s Canadian Historical Society of Ottawa de 1901 à 1903. Selon le poète canadien Duncan Campbell Scott*, Dawson était un « ami chaleureux et un admirateur des poètes canadiens ».

Des distinctions prestigieuses couronnèrent la carrière de Samuel Edward Dawson. L’université Laval lui décerna un doctorat honorifique en littérature en 1890 et la McGill University, un doctorat en droit en 1911. Élu à la Société royale du Canada en 1893, il en fut secrétaire honoraire de 1902 à 1906 et président en 1907–1908. Il reçut le titre de compagnon de l’ordre de Saint-Michel et Saint-Georges en 1906. Son ami Scott a dit : « la personnalité de Dawson était d’un tissage exceptionnellement varié ; sens des affaires, énergie indomptable, amour du détail, ferme résolution d’obtenir le meilleur et de le conserver – tels étaient certains des motifs les plus visibles de ce tissage ; il y avait de l’ampleur et de la chaleur humaine dans sa vie et dans son couvre ».

George L. Parker

Samuel Edward Dawson a écrit un grand nombre de livres, d’articles, d’exposés et d’allocutions. On trouve une longue liste, mais incomplète, de ces textes dans le National union catalog. De nombreux ouvrages figurent aussi dans le Répertoire de l’ICMH ; de nombreux articles et discours, non mentionnés dans les ouvrages précédents, figurent dans la bibliographie publiée dans les Mémoires de la SRC, 1re sér., 12 (1894), proc. : 30s.

      Annuaire, Montréal, 1848–1877.— Canada, Parl., Doc. de la session, 1892, no 16d.— Canadian Booksellers’ Assoc., Report of the proceedings of the first general meeting [...] with the constitution and by-laws then adopted (Toronto), 1876.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898 et 1912).— « Chat of the trade », Books and Notions (Toronto), 5 (déc. 1888) : 85.— « Dawson’s « Ninety years in the making », Quill & Quire (Toronto), 3 janv. 1937 : 15.— An Island refuge : loyalists and disbanded troops on the Island of Saint John, Orlo Jones et Dons Haslam, édit. (Charlottetown, 1983).— The mercantile agency reference book [...] (Montréal), 1882.— « 100 years in business », Quill & Quire, 12 nov. 1946 : 34s.— G. L. Parker, The beginnings of the book trade in Canada (Toronto, 1985).— Gordon Roper, « Mark Twain and his Canadian publishers : a second look », Soc. bibliogr. du Canada, Cahiers (Toronto), 5 (1966) : 30–89.— SRC, Mémoires, 3e sér., 10 (1916), proc. : vii–x.— The storied province of Quebec ; past and present, William Wood et al., édit. (5 vol., Toronto, 1931–1932).

Bibliographie générale

Comment écrire la référence bibliographique de cette biographie

George L. Parker, « DAWSON, SAMUEL EDWARD », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/dawson_samuel_edward_14F.html.

Information à utiliser pour d'autres types de référence bibliographique

Permalien: http://www.biographi.ca/fr/bio/dawson_samuel_edward_14F.html
Auteur de l'article:   George L. Parker
Titre de l'article:   DAWSON, SAMUEL EDWARD
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   25 octobre 2014