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DOUAY, ANASTASE, prêtre, récollet, né à Le Quesnoy, Belgique (aujourd’hui département du Nord, France), et décédé au Mexique.

Nous ne connaissons qu’une partie de la vie d’Anastase Douay, récollet de la province de Saint-Antoine en Artois. Son nom est presque exclusivement rattaché aux deux expéditions qu’il fit en Louisiane, à la découverte de l’embouchure du Mississipi, la première avec Cavelier* de La Salle (1684–1687), la seconde avec Pierre Le Moyne d’Iberville (1698–1699).

Douay eut la bonne idée de prendre des notes manuscrites. Il perdit celles de la première expédition dans différents naufrages, et se fit voler celles de la seconde avec son bréviaire. Grâce à l’historien Chrestien Le Clercq* à qui il confia « un abrégé de ce qu’il en a pû recueillir, dont le Lecteur, dit-il, me scaura peut-être plus de gré, que si je le composois de mon style », nous possédons certains renseignements précieux concernant l’expédition de La Salle. Bien que le groupe, qui comptait à l’origine plus de 320 personnes, partît de La Rochelle le 24 juillet 1684, le récit de l’aumônier ne commence que le 22 avril 1686, alors que La Salle se met en route avec une vingtaine de compagnons, pour tenter de découvrir par terre l’embouchure du Mississipi. Douay raconte le séjour mouvementé de la troupe chez les Cénis, le triple meurtre, par Pierre Duhaut et ses cinq complices, de Crevel de Moranget, neveu de La Salle, de Nika, chasseur chaouanon et du domestique de l’explorateur, il assiste à la mort de son chef, froidement abattu d’un coup de fusil par Duhaut, lui donne l’absolution et lu i ferme les yeux, « l’enseveli et l’enterre le mieux possible avec une croix [qu’il place] sur sa sépulture ».

En dépit des réserves faites sur la vraisemblance du récit de Le Clercq, nous n’avons aucune raison de prétendre, comme l’a suggéré l’envieux Joutel, qu’il a falsifié la narration de Douay. Ce dernier étant le seul témoin oculaire du drame, son récit demeure plus valable que ceux de Joutel, Gravier ou Hennepin, qui l’ont copié en se permettant mê,me de le contester.

Après la mort de La Salle, Douay revient à Québec le 27 juillet 1688, et s’embarque pour la France le 20 août suivant pour y faire une relation des faits au marquis de Seignelay [Colbert]. Il demeure en France, et nous savons par Hennepin qu’il fut vicaire des Récollets de Cambrai en 1698.

Bien loin de jeter quelque lumière sur la question du Mississipi, la dernière expédition de La Salle avait fait naître de nouvelles énigmes. Le 16 juillet 1698, Pontchartrain [Phélypeaux] inistre de la Marine, écrit à Bégon, intendant à La Rochelle, qu’il lui envoie de Paris le père Anastase pour être aumônier de la Badine, frégate qui accompagne le Marin : son expérience antérieure pouvait être de quelque secours à Le Moyne d’Iberville, chef de la nouvelle expédition qui partit, le 5 septembre, de La Rochelle, à la découverte du Mississipi. Trois mois plus tard, soit exactement le 3 mars 1699, Douay « a la joie » de dire la messe et de chanter le Te Deum « en connaissance du fleuve de Mississipi ».

Pour une seconde fois, le chroniqueur Douay subit une profonde déception. Le 24 ou le 31 mars, on lui enlève sa besace dans laquelle était son bréviaire et un petit manuscrit de tout ce qui s’était passé dans le voyage. Le religieux crut qu’elle avait été dérobée par un Indien qui s’était embarqué avec lui aux Ommans. Le lendemain, il se rend au village des indigènes pour tenter de la retrouver. Le-chef, quoique indigné de l’accusation qu’on porte contre l’un des siens, consent à rassembler tout son monde. Le père Anastase a beau pleurer pour les attendrir, bréviaire et manuscrit demeurent introuvables, « ce qui le rendit inconsolable ».

Le 4 mai 1699, dans une supplique adressée à la Sacrée Congrégation de la Propagande, on demande pour le père Anastase Douay les pouvoirs de préfet apostolique pour la Louisiane. Cependant Douay avait refusé, en avril de la même année, l’offre que lui avait faite Le Moyne d’Iberville de demeurer dans la nouvelle mission. Iberville écrit dans le journal de bord de la Badine que Douay préfère retourner en France et vivre définitivement dans son couvent. Après la requête officielle, Douay a-t-il modifié sa décision et exercé les hautes fonctions de préfet apostolique ? Nous ne connaissons aucun document qui puisse élucider cette question. De plus, nous ignorons tout de la fin de la vie du père Anastase. Le nécrologe des Récollets ne mentionne que l’endroit de son décès : le Mexique.

Jacques Valois

Découvertes et établissements des Français (Margry), IV : 70, 124, 125, 157, 169, 190, 235, 237s., 247, 273,— Le Clercq, Premier établissement de la foy, II.— J. G. Shea, Discovery and exploration of the Mississippi Valley [...](New York, 1852), 197–229.— Delanglez, French Jesuits in lower Louisiana.— Frégault, Iberville, 264ss.— Henry Harrisse, Notes pour servir à lhistoire, à la bibliographie et à la cartographie de la Nouvelle France et des pays adjacents, 1545–1700 (Paris, 1872) : 159,163–165.— O’Neill, Church and state in Louisiana. .— J. G. Shea, History of the catholic Church in the United States (4 vol., New York, 1886–1892), I : 340–351.— L’assassinat de Cavelier de La Salle, BRH, XLIII (1937) : 146–148.— Viator, La mort de Cavelier de La Salle, BRH, III (1897) : 175.

Bibliographie générale

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Jacques Valois, « DOUAY, ANASTASE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/douay_anastase_2F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques Valois
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1969
Année de la révision:   1969
Date de consultation:   19 avril 2014