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Titre original :  Jean Anne Drever Pinkham (1849-1940). Source: http://www.mhs.mb.ca/docs/people/pinkham_jad.shtml

Provenance : Lien

DREVER, JEAN ANNE (Pinkham), organisatrice communautaire, née le 6 mai 1849 à Lower Fort Garry (Manitoba), fille de William Drever et de Helen Rothney (Rothnie) ; le 29 décembre 1868, elle épousa à Upper Fort Garry (Winnipeg) William Cyprian Pinkham (1844–1928), et ils eurent huit enfants, dont trois garçons et quatre filles qui vécurent au delà de la petite enfance ; décédée le 1er février 1940 à Calgary.

Dans ses mémoires, Jean Anne Drever (Pinkham) se qualifierait d’« ancienne » des Prairies ; d’autres se souviendraient d’elle comme d’une meneuse talentueuse et d’une « maîtresse de maison bienveillante ». Née de parents écossais et presbytériens à Lower Fort Garry, elle passa près de 91 ans dans l’Ouest canadien. Son père, William Drever, originaire des Orcades, travaillait pour la Hudson’s Bay Company et finit par s’installer dans la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba), où il se maria en 1843. Après avoir quitté la compagnie, en 1851, il devint un marchand prospère. Sa femme, Helen, éleva six enfants dans les difficiles conditions de vie des pionniers, en mettant l’accent sur la foi religieuse, une éducation à la britannique, la générosité et l’hospitalité. Puisqu’il n’y avait pas d’église presbytérienne dans la colonie, les Drever assistaient aux offices de l’Église d’Angleterre. Leurs quatre filles furent pensionnaires à l’école de Mathilda Davis*, dans la paroisse anglicane de St Andrews, où elles étudièrent l’anglais, le français, la musique, le dessin, la danse, les travaux d’aiguille et le maintien. Jean Anne raconta : « [N]ous, les filles, avions [généralement] une vie très agréable, simple et chaleureuse. Souvent, quand j’entendais parler d’une soirée dansante, je commençais à confectionner une robe en mousseline ou en Tarleton le matin et la portais le soir même, et ce, sans l’aide d’une machine à coudre. » Après la mort subite de sa mère en 1866, Jean Anne s’occupa de son père, de l’aîné de ses deux frères (le plus jeune trouva lui aussi la mort cette année-là) et de ses deux sœurs encore à la maison. Durant le soulèvement de la Rivière-Rouge, en 1869–1870, la famille passerait « une période très tendue et éprouvante », écrirait-elle, car son père et son frère, « des loyalistes bien connus », subissaient le harcèlement des forces de Louis Riel*. La famille entretenait de bonnes relations avec les Premières Nations des Plaines, qui, au départ, comptaient parmi leurs rares voisins, et qui, d’après Jean Anne, « se conduisaient très bien ». Un jour où son père était malade, « ils entourèrent la maison, chantant et criant, [s]a mère était inquiète […] ils lui dirent qu’ils avaient appris qu’il était souffrant et tentaient de chasser le “mauvais esprit” ».

À 19 ans, Jean Anne, jeune femme de grande taille à l’allure étonnante, fit impression sur William Cyprian Pinkham. Missionnaire anglican énergique et instruit originaire de Terre-Neuve, ce dernier arriva en septembre 1868 pour prendre en charge la paroisse St James du diocèse de Rupert’s Land. Les Drever lui firent bon accueil et il épousa Jean Anne trois mois plus tard. Pendant toute leur longue union, Pinkham se sentit privilégié. Jean Anne partageait sa foi spirituelle et acceptait de relever les défis associés à la vie dans les communautés pionnières qu’il servait. Avec sa forte personnalité et ses extraordinaires qualités de meneuse, elle représentait, comme le noterait le biographe de son mari, « la femme idéale pour un homme d’Église », enthousiaste, pétrie de conscience sociale et remarquablement indépendante. Sans beaucoup d’expérience pour les tâches qui l’attendaient, avoua-t-elle dans ses mémoires, la jeune femme « garda son sang-froid » et enseigna à l’école du dimanche, dirigea une classe de travaux d’aiguille pour les filles, présida les réunions de mères et rendit visite aux malades. Ses responsabilités s’accrurent au fur et à mesure que la carrière de son mari progressa. Ce dernier, sous la présidence de son évêque Robert Machray*, devint membre de la section protestante du bureau d’Éducation de Manitoba, ainsi que surintendant des écoles protestantes, secrétaire du synode anglican, chanoine de la cathédrale St John à Winnipeg et archidiacre du diocèse. Mme Pinkham participa à la fondation de la Woman’s Auxiliary du diocèse et enseigna la couture aux élèves de la St John’s College Ladies’ School, ouverte en 1877. Celle qu’on décrirait comme « une bonne mère » donna naissance à huit enfants, dont sept naquirent au Manitoba. À la suite de la mort en bas âge de son premier enfant, elle concentra son attention sur les soins de santé. Une passion pour les hôpitaux communautaires guida son travail de vice-présidente fondatrice, puis de présidente, de la Women’s Hospital Aid Society, établie en 1883 pour soutenir l’Hôpital Général de Winnipeg. Parmi ses autres centres d’intérêt à la fin des années 1880 figurait le Children’s Home of Winnipeg.

En 1887, le très prisé Pinkham fut nommé au siège épiscopal de Saskatchewan pour succéder à John McLean*. Peu après, le lieutenant-gouverneur Edgar Dewdney* lui demanda de se joindre au bureau d’Éducation des Territoires du Nord-Ouest ; il en fut élu président à la première réunion. Comme évêque, réputé modéré, il « accepta[i]t une diversité de points de vue dans son clergé », selon l’historien Lewis Gwynne Thomas, et ne favorisait ni le courant évangélique ni celui de la Haute Église. De même, Mme Pinkham adopta une approche modérée de la religion et de la diplomatie au sein de la paroisse et de sa famille. Les enfants et elle s’installèrent plus à l’ouest en 1889, un an après que son mari eut aussi été nommé évêque de Calgary (il démissionnerait du siège épiscopal de Saskatchewan en 1903).

À Calgary, Mme Pinkham devint une chef de file communautaire fort précieuse et une hôtesse estimée. La Church of the Redeemer, qui avait ouvert ses portes en 1884, prit de l’expansion en même temps que la ville ; en 1889, on la choisit pour servir de cathédrale du diocèse. Mme Pinkham, qui encourageait ses filles à assumer des rôles de leader dans leurs œuvres paroissiales, occupa, de 1891 à 1904, le poste de première présidente de la Woman’s Auxiliary de la cathédrale, dont elle lancerait la Girls’ Branch en 1920. À ce moment-là, elle était présidente honoraire de la Woman’s Auxiliary du diocèse. Connue pour ses talents de cuisinière, elle tint chez elle des réceptions de mariage, des dîners et des réunions de groupes de fidèles comme ceux de la Women’s Guild et de la Mothers’ Union (organismes qu’elle dirigea à des époques différentes). Elle se rappela « [avoir transformé] quinze livres de beurre en tartes » pour une soirée à la salle paroissiale et avoir découpé 12 dindes pour une activité de financement. En 1890, elle prit la tête d’un groupe de femmes afin de recueillir des fonds pour le nouveau Calgary General Hospital et fonda la Women’s Hospital Aid Society, qu’elle présida jusqu’en 1901, dans le but d’équiper, entretenir et agrandir l’établissement. En 1897, sa fille aînée mourut en accouchant, ce qui l’amena sans aucun doute à redoubler d’efforts pour amasser le financement nécessaire à la construction d’une maternité et d’une maison de soins infirmiers liées au Calgary General Hospital. Mme Pinkham appuyait les plans de l’évêque en matière d’éducation et fut ravie lorsqu’il reçut l’aval de ses supérieurs ecclésiastiques pour créer une école de filles à Calgary, la seule école de filles protestante dans les territoires. Ces premiers pas dans le domaine de l’éducation donnèrent naissance au St Hilda’s College, ouvert en 1905, et au Bishop Pinkham College pour garçons, qui accueillit ses premiers élèves en 1911.

Les enfants de Mme Pinkham grandirent au sein d’une famille élargie influente, dans une série de résidences qu’elle qualifiait (en plaisantant, de toute évidence) de « palatiales ». On donna à chacune le nom de Bishop’s Court. Ses deux sœurs cadettes vivaient à Calgary : Mary Isabella, qui avait épousé James Farquharson Macleod*, commissaire de la Police à cheval du Nord-Ouest, et Christian Helen, mariée à l’avocat réputé John Pascoe Jermy Jephson. Sa sœur aînée, Margaret, femme du missionnaire anglican John Alexander Mackay*, habitait en Saskatchewan. Dans leur demeure animée, les Pinkham accueillirent, outre parents et amis, de nombreux visiteurs étrangers. Mme Pinkham menait également une vie sociale active à l’extérieur de chez elle ; elle fréquentait des ranches du coin, dont le Cochrane Ranche [V. Matthew Henry Cochrane*], et s’adonnait à une multitude de loisirs. Une photographie la montre en train de jouer au hockey sur gazon avec sa fille cadette à Banff.

Au fil du temps, Mme Pinkham s’engagea aussi dans des organismes nationaux. Lorsque lady Aberdeen [Marjoribanks] visita Calgary, en 1894, elle fit appel à Mme Pinkham et son amie proche Isabella Clark Lougheed [Hardisty] pour l’aider à fonder la section locale du National Council of Women of Canada. Créée l’année suivante, celle-ci ne dura pas longtemps, mais ressusciterait en 1912 grâce aux efforts d’Henrietta Louise Muir Edwards. En 1909, Jean Anne et Isabella Clark participèrent à la mise en place d’une section du Victorian Order of Nurses for Canada, autre initiative de lady Aberdeen. La même année, elles devinrent respectivement première présidente et première vice-présidente du Colonel Macleod Chapter de l’Imperial Order Daughters of the Empire. De plus, en 1911, Mme Pinkham compta parmi les membres fondateurs du Women’s Canadian Club de Calgary. Pendant la Première Guerre mondiale, elle aida à mettre sur pied la section albertaine de la Société canadienne de la Croix-Rouge, en 1914, et agit à titre de vice-présidente provinciale du Canadian Serbian Relief Committee, fonction qui lui valut l’ordre de Saint-Sava 3e classe, de Serbie, et sa croix de la Miséricorde. Malheureusement, son plus jeune fils, le capitaine Ernest Frederick John Vernon Pinkham, membre du Corps expéditionnaire canadien, perdit la vie à la bataille de la Somme en 1916.

Au cours de leur longue vie, Jean Anne et William Cyprian Pinkham reçurent de nombreux honneurs, dont une invitation au couronnement du roi George V et de la reine Mary, en 1911. Arrivée à Londres juste avant la cérémonie, Mme Pinkham disposa de peu de temps pour acheter une tenue appropriée ou prendre rendez-vous chez le coiffeur. En bonne pionnière pleine de ressources, elle ajusta une nouvelle robe à l’aide d’épingles de sûreté et se coiffa elle-même. En 1926, son mari démissionna de ses fonctions d’évêque ; il mourut deux ans plus tard. La matriarche âgée, à qui certains attribuaient une présence formidable et imposante, lui survécut près de 12 ans, et demeura avec ses filles Mary Isabella Ross et Margaret Pauline Christian. Pendant un service du dimanche particulier à la cathédrale, le 26 janvier 1936, elle assista à l’installation de nouveaux vitraux, offerts par son ami de longue date Richard Bedford Bennett* ; l’ancien évêque y figurait sous les traits de saint Cyprien, tandis que Mme Pinkham, en reconnaissance de son travail public, y était représentée sous ceux de Marthe de Béthanie. Sur leur pierre tombale, à Calgary, un verset biblique évoque le thème de la charité mise en pratique : « Et j’entendis du ciel une voix qui disait : Écris : Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur ! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. »

Patricia Roome

Le tapuscrit original des mémoires de Jean Anne Drever (Pinkham) est conservé à la Univ. of Calgary Library, Special Coll., 76/74.9.SOR80.9 (Anglican Church of Canada, Diocese of Calgary fonds, Synod Office records, ser. 3 : general files, 80.9 (« Reminiscences of an old timer » – Mrs. W. C. (Jean) Pinkham. ca. 1930)). Une copie se trouve aux GA, Pinkham family fonds, M 977. Ces mémoires ont d’abord paru dans le Calgary Herald (8, 15, 22, 29 nov., 6, 13 déc. 1924). Des extraits ont été publiés en trois parties (« Selections from the unpublished recollections of Mrs. W. C. Pinkham », Manitoba Pageant (Winnipeg), 19 (1973–1974), no 2 : 21–23 et no 3 : 19–22, et 20 (1974–1975), no 1 : 11–17) et en deux parties (« Reminiscences of an old timer », Manitoba Hist. (Winnipeg), no 20 (automne 1990) : 16–20, et no 21 (printemps 1991) : 13–16). Les mémoires de William Cyprian Pinkham sont également déposés aux GA, Pinkham family fonds, M 978-1 ; on en a publié des sections : « Selections from the unpublished autobiography of the Right Rev. William Cyprian Pinkham (1844–1928), first bishop of Calgary », introd. par D. J. Carter, Manitoba Pageant, 19, no 1 : 12–20.

Calgary Public Library, Clippings file Pinkham, Jean Drever.— GA, Pinkham family fonds.— Univ. of Calgary Library, Special Coll., 76/74.9.213 et 76/74.9.SOR25 (Anglican Church of Canada, Diocese of Calgary fonds, Women’s Auxiliary/Anglican Church Women records).— C. W. Adams et al., The Anglican Church in Calgary : church activities, 1878–1974, Herb Surplis, édit. (Calgary, 1975).— Doris Anderson, « Encounter », Beaver (Winnipeg), 84 (2004–2005), no 4 : 53.— D. J. Carter, Calgary’s Anglican cathedral : the Cathedral Church of the Redeemer, Calgary, Alberta ([Calgary], 1973) ; Where the wind blows : a history of the Anglican diocese of Calgary, 1888–1968 (Calgary, [1968]).— Sherrill MacLaren, Braehead : three founding families in nineteenth century Canada (Toronto, 1986).— A. M. Pinkham, « A summer at the Macleod ranch », Alberta Hist. (Calgary), 45 (1997), no 2 : 18–23.— Julie Sribney, The Cathedral Church of the Redeemer : 100 years (Calgary, 2005).— L. G. Thomas, « The Church of England and the Canadian west », dans The Anglican Church and the world of western Canada, 1820–1970, Barry Ferguson, édit. (Regina, 1991), 16–28.— Keith Wilson, William Cyprian Pinkham (Winnipeg, 1986).

Bibliographie générale

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Patricia Roome, « DREVER, JEAN ANNE (Pinkham) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 nov. 2020, http://www.biographi.ca/fr/bio/drever_jean_anne_16F.html.

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Auteur de l'article:    Patricia Roome
Titre de l'article:    DREVER, JEAN ANNE (Pinkham)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2020
Année de la révision:    2020
Date de consultation:    25 novembre 2020