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DROGUE-LAJOIE, PASCAL (il signait aussi P. D. Lajoie et quelquefois P.-D. Lajoie), clerc de Saint-Viateur, prêtre, éducateur et administrateur, né le 29 mars 1826 à Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville, Bas-Canada, fils d’Antoine Drogue, dit Lajoie, journalier, et de Félicité Jared, dit Beauregard ; décédé le 25 février 1919 à Jette-Saint-Pierre, Belgique.

Pascal Drogue-Lajoie fréquente d’abord l’école paroissiale de Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville, puis le collège de Chambly, où il fait ses études classiques. Il entreprend ensuite deux ans d’études théologiques au grand séminaire de Montréal, reçoit la tonsure en 1845, mais décide de prendre quelque temps de réflexion. En 1846–1847, il enseigne à Sainte-Élisabeth, près du village d’Industrie (Joliette). Le 5 septembre 1847, il entre au noviciat des Clercs de Saint-Viateur qui viennent d’arriver à Industrie [V. Étienne Champagneur*]. Tout en faisant son noviciat, il enseigne au collège Joliette, fondé par Barthélemy Joliette* en 1846. L’année suivante (1848–1849), il retourne à Sainte-Élisabeth pour prendre la direction de l’école, cette fois-ci comme clerc de Saint-Viateur. De 1849 à 1856, il fait partie du personnel du collège Joliette. Il est ordonné prêtre le 12 septembre 1852 et prend la direction du collège en juillet 1853. Il s’absente d’Industrie pendant l’année 1856–1857 pour prendre la direction du collège de Chambly, puis redevient directeur du collège Joliette.

En 1860, le père Lajoie est délégué au chapitre général, qui doit élire un successeur au fondateur, le père Louis Querbes, décédé le 1er septembre 1859. Son séjour à la maison mère, à Vourles, ne doit durer que quelques mois, mais le chapitre terminé, on a recours à ses services comme maître des novices et il passe presque quatre ans en France. De retour au Canada en octobre 1863, le père Lajoie reprend la direction du collège Joliette jusqu’au 1er mars 1864. Il succède alors à Antoine Manseau* à la cure de Saint-Charles-Borromée de Joliette qui, en vertu de la donation de Barthélemy Joliette de 1850, devait revenir aux Clercs de Saint-Viateur au moment où Manseau s’en retirerait.

Les préoccupations pastorales du curé Lajoie vont d’abord aux démunis et aux jeunes. Il soutient efficacement les œuvres des Sœurs de la charité de la Providence, dont l’établissement héberge les malades, les vieillards et les orphelines. Pour leur permettre de se livrer plus entièrement à leurs tâches, il confie l’éducation des filles aux Dames de la Congrégation de Notre-Dame qu’il fait venir à Joliette en 1875.

En 1872, Lajoie a été fait « vicaire forain » par Mgr Ignace Bourget*. Cette responsabilité nouvelle lui donne une certaine autorité sur les curés des paroisses environnantes. C’est à ce titre qu’en 1875 il intervient indirectement dans la question du « libéralisme ». À l’occasion de la contestation de l’élection de Louis-François-Georges Baby* dans la circonscription fédérale de Joliette en 1874, certains curés ont été mis en cause. À la tête de dix autres curés de la circonscription de Joliette, Lajoie adresse un mémoire à l’évêque de Montréal, dans lequel il demande conseil sur la conduite à tenir envers les « libéraux », car « il y a des libéraux, non seulement parmi les rouges, mais aussi en grand nombre parmi les conservateurs ».

En 1876–1877, grâce à la générosité de bienfaiteurs, Lajoie fait construire la chapelle Saint-Joseph à l’autre extrémité de la ville afin de mieux desservir les paroissiens pauvres de ce quartier. En 1879–1880, malgré le peu de revenus de la paroisse, il réussit à construire un vaste presbytère. En 1880, l’archevêque de Montréal, Édouard-Charles Fabre*, lui demande de faire partie d’un conseil chargé de le guider dans les affaires financières de son archevêché.

En 1870, le père Lajoie a succédé au père Étienne Champagneur à titre de supérieur de l’obédience canadienne des Clercs de Saint-Viateur. Pendant dix ans, il cumulera les charges de supérieur provincial et de curé. Le père Lajoie complète la structure administrative de la province canadienne. Il fait amender l’acte de reconnaissance juridique de 1849 ; désormais, il sera assisté d’un conseil (appelé discrétoire), composé de cinq personnes, dont les actes seront reconnus civilement. Aux réunions annuelles des religieux, les directeurs de chaque maison doivent soumettre leurs livres de comptes à une commission spéciale. Chaque religieux est soumis à un programme d’études particulières dont il doit rendre compte. En 1873, il fait reconnaître les collèges Joliette et Bourget, de Rigaud, comme collèges classiques et obtient leur affiliation à l’université Laval. À la fin des dix ans de provincialat du père Lajoie, l’obédience du Canada est passée de 105 à 130 religieux. Les Clercs de Saint-Viateur comptent maintenant des établissements dans les diocèses de Montréal, de Québec et de Saint-Hyacinthe.

En 1880, le chapitre général, tenu à Vourles, élit le père Lajoie vicaire général de l’institut (ou premier assistant général). Pendant dix ans, il assistera le supérieur général dans ses fonctions. Il est spécialement préposé aux questions canadiennes. En 1887, il fait la visite canonique des établissements du Canada et des États-Unis au nom du supérieur général, le père Étienne Gonnet. À cette occasion, il note l’état de santé déplorable des viateurs canadiens : « Presque tous meurent jeunes. »

Le chapitre général de 1890 élit le père Lajoie supérieur général. Il est le quatrième supérieur général et le premier Canadien à accéder à ce poste. En 1890, la congrégation comprend cinq obédiences : Vourles, Rodez, Les Ternes, en France, le Canada et Chicago. Jusque-là, le supérieur de l’obédience de Vourles, obédience mère, remplissait en même temps la charge de supérieur général. Afin d’exécuter les décisions du chapitre de 1890, le père Lajoie forme un conseil distinct de celui de la province mère et transporte la direction générale à Paris (1896). Avec la collaboration de son conseil et des chapitres quinquennaux (1895, 1900, 1905, 1909), il modernise l’administration viatorienne et la rend plus efficace. Une de ses tâches consistera à adapter les règlements et les statuts de la congrégation à la nouvelle législation romaine. En 1912, les obédiences viatoriennes sont érigées canoniquement en « provinces religieuses ».

Le père Lajoie reste en relations constantes avec la congrégation et avec ses membres par ses circulaires, ses visites canoniques et une importante correspondance administrative et personnelle. Les affaires plus importantes sont réglées à l’occasion des chapitres quinquennaux. Il conserve toujours une prédilection pour sa province d’origine, car il a la conviction « que la province canadienne est appelée à marcher à la tête de l’Institut ». Il s’implique directement dans la question du choix de Joliette comme siège épiscopal [V. Joseph-Alfred Archamebault].

L’administration du père Lajoie est contrecarrée par deux graves événements. L’application des lois anticongréganistes de 1901 et 1904 amène la dissolution de la communauté en France, la spoliation de ses biens, la laïcisation ou l’expulsion des religieux. Forcé de fuir la France avec son conseil et bon nombre de religieux, le père Lajoie installe la direction générale en Belgique, d’abord à Aarschot, puis à Jette-Saint-Pierre, en banlieue de Bruxelles. En plus des pertes matérielles considérables que la congrégation subit de 1902 à 1905, elle perd presque le quart de ses effectifs, qui passent de 800 à 625 religieux. La province des Ternes doit être supprimée. Une trentaine de religieux s’expatrient au Canada. Toutefois, l’émigration en Espagne sera à l’origine de la province viatorienne d’Espagne et la fuite en Belgique amènera la fondation d’importants établissements dans ce pays.

À peine dix ans plus tard, l’administration du père Lajoie est de nouveau troublée, cette fois-ci par la guerre de 1914–1918. Le chapitre général qu’il a convoqué doit être ajourné et les délégués se hâtent de fuir la Belgique devant la menace de l’invasion allemande. Le père Lajoie décide de rester au poste et passe la guerre dans un héroïque isolement, assistant impuissant aux désastres du conflit, où de nombreux viateurs français meurent au combat.

Au début du généralat du père Lajoie, la congrégation comptait 622 religieux, dont 219 au Canada et aux États-Unis. En 1919, les effectifs totaux s’élèvent à 760 religieux, dont 410 en Amérique. Pendant sa longue administration, qu’on qualifiera de réaliste, de sage et de prudente, le père Lajoie apparaît comme l’homme du moment, capable de faire le pont entre les générations et d’assurer la cohésion et la continuité du groupe viatorien à deux périodes difficiles de son histoire : les effets des lois anticongréganistes et la guerre de 1914–1918. Ce qui ressort en premier lieu de la lecture de ses circulaires, de ses écrits et de sa correspondance, c’est la figure de l’éducateur. Il favorise les études catéchétiques. Chaque province doit former une commission d’étude pour établir la liste des manuels à mettre en usage dans les écoles viatoriennes. Tous les viateurs sont invités à utiliser l’École et la Famille (Fontaines-sur Saône), revue pédagogique fondée par les Clercs de Saint-Viateur de France en 1876 et appelée à une longue carrière. Le bulletin l’Ange Gardien (dévotion propre aux Clercs de Saint-Viateur), fondé en 1891 en France et diffusé en Europe et au Canada, poursuit toujours son œuvre de vulgarisation de la foi. Le père Lajoie recommande à ses religieux enseignants de respecter l’enfant. Les punitions corporelles sont interdites.

Malgré une absence du Canada de plus de 40 ans, le père Pascal Drogue-Lajoie est toujours resté canadien et surtout joliettain. Ses retours de France en 1863, 1887, 1893, 1897 et 1904 sont des retours triomphaux : la ville de Joliette, ses anciens paroissiens et les élèves du collège Joliette l’accueillent comme « un prélat ». En 1910, au moment des fêtes qui marquent le soixantième anniversaire du collège-séminaire de Joliette, Mgr Archambeault, évêque de Joliette, fait du père Lajoie son « vicaire général honoraire », répondant ainsi aux vœux des Joliettains. Le père Lajoie meurt à Jette-Saint-Pierre le 25 février 1919 à l’âge de 92 ans. Ses restes seront transférés au cimetière des Clercs de Saint-Viateur à Joliette en 1929. Un parc, une rue et une école de Joliette commémorent son nom. La ville d’Outremont a également nommé une rue en son honneur.

Léo-paul Hébert

De 1870 à 1875, le père Pascal Drogue-Lajoie a rédigé les « Annales de la Société de Saint-Viateur au Canada », conservées aux Arch. des Clercs de Saint-Viateur, à Montréal. Il a aussi publié de mars 1908 à janvier 1913 des articles traitant de pédagogie dans la revue Causeries pédagogiques (Louvain, Belgique). Ses lettres circulaires à titre de supérieur provincial se retrouvent dans la « Correspondance complète relative aux Clercs de Saint-Viateur du Canada de 1841 à 1919 », collection conservée sur microfilm, dont une copie est déposée aux Arch. des Clercs de Saint-Viateur, à Montréal et à Joliette, Québec, aux ANQ et aux AN. Le père Victor Cardin a colligé dans sept volumes des lettres, des circulaires, des discours, des anecdotes, des adresses et d’autres documents concernant le père Lajoie, conservés aux Arch. des Clercs de Saint-Viateur, à Joliette. D’autres pièces importantes relatives à la carrière du père Lajoie se trouvent aux Arch. des Clercs de Saint-Viateur, à Rome, à Montréal et à Joliette (où sont aussi conservées les Arch. du séminaire de Joliette), ainsi qu’aux Arch. de l’évêché de Joliette.

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Bibliographie générale

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Léo-paul Hébert, « DROGUE-LAJOIE, PASCAL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/drogue_lajoie_pascal_14F.html.

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Auteur de l'article:   Léo-paul Hébert
Titre de l'article:   DROGUE-LAJOIE, PASCAL
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   31 octobre 2014