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ARCHAMBEAULT, JOSEPH-ALFRED (baptisé Joseph-Hector-Alfred, il a signé Alfred jusqu’en 1904), prêtre catholique, éducateur, administrateur ecclésiastique et scolaire, et évêque, né le 23 mai 1859 à L’Assomption, Bas-Canada, fils de Louis Archambeault*, notaire et homme politique, et de Marguerite-Élisabeth Dugal ; frère de sir Horace Archambeault ; décédé le 25 avril 1913 à Saint-Thomas, près de Joliette, Québec.

Joseph-Alfred Archambeault fait ses études classiques au collège de L’Assomption de 1870 à 1877 et ses études théologiques au grand séminaire de Montréal. Ordonné prêtre par Mgr Édouard-Charles Fabre* en 1882, il part pour trois années d’études à Rome, où il obtient un doctorat en théologie et un autre en droit canonique. De ces années romaines, il garde un grand nombre d’amis européens qu’il visitera régulièrement.

De 1885 à 1888, Archambeault enseigne la philosophie au collège de L’Assomption. Pendant son séjour au collège, il rédige avec quelques confrères un mémoire pour proposer L’Assomption comme siège du futur diocèse à ériger dans le district de Joliette. En 1888, Mgr Fabre l’appelle auprès de lui à Montréal à titre de vice-chancelier, puis de chancelier à partir de 1892. Esprit méthodique, Archambeault expédie les affaires « avec ordre et en temps voulu », au risque parfois de brusquer les gens. Il gagne la confiance absolue de Mgr Fabre en le conseillant dans les dossiers difficiles comme la condamnation de Canada-Revue (Montréal) en 1892 ; selon son archevêque, l’exposé de la doctrine de l’Église qu’il a fait au moment du procès civil a contribué à obtenir le jugement favorable aux autorités religieuses [V. Aristide Filiatreault]. La même confiance lui vaut d’accompagner Mgr Fabre à Rome en 1890 et de l’y représenter en 1896. Il y discute notamment, avec les cardinaux et le pape lui-même, de la difficile question des écoles du Manitoba [V. Thomas Greenway*].

À Montréal, en plus de sa charge de chancelier, Archambeault est, de 1891 à 1904, supérieur ecclésiastique des Sœurs de la charité de la Providence dont il supervise, en 1900, la rédaction et l’approbation des règles et constitutions. Dès 1888, il enseigne le droit naturel à la faculté des arts de l’université Laval à Montréal, dont il est le vice-recteur de 1902 à 1904. Créé chanoine en 1891, il est nommé protonotaire apostolique en 1902.

Soucieux de voir continuer « les traditions de soumission complète et d’obéissance absolue envers l’Église de Rome », Mgr Fabre désigne le chanoine Archambeault comme son successeur en décembre 1896. Toutefois, à leur réunion du 4 janvier 1897, ses évêques suffragants écartent rapidement et « unanimement » le nom d’Archambeault, à cause de son caractère « extrêmement vif et ardent » et de son apparence extérieure trop juvénile. Cependant, quand, dans les années 1900–1903, tombent les uns après les autres les obstacles à l’érection d’un diocèse à Joliette, c’est le nom d’Archambeault qui revient le plus souvent comme titulaire. Rome annonce sa nomination le 27 juin 1904 et l’ordination épiscopale a lieu à Joliette le 24 août.

Comme le nouveau diocèse possède déjà les ressources essentielles, Mgr Archambeault emploie son court épiscopat de moins de neuf ans à améliorer ce qui existe et à innover dans certains domaines. Dès 1905, il fait restaurer l’église paroissiale de Saint-Charles-Borromée de Joliette, devenue cathédrale ; il ne cessera de l’embellir grâce, entre autres, aux verrières payées par une souscription publique. Ses contemporains vantent la beauté des cérémonies liturgiques qu’il y préside. Mgr Archambeault s’intéresse tout particulièrement à l’éducation. C’est pourquoi, dès son arrivée, il oblige ses futurs prêtres à passer trois années d’études théologiques au grand séminaire de Montréal et il envoie de nombreux jeunes prêtres parfaire leur formation à Rome. Du collège Joliette, qui est dirigé par les Clercs de Saint-Viateur, mais où enseignent plusieurs membres du clergé séculier, il fait son petit séminaire diocésain qu’il aide à se développer. L’intérêt de Mgr Archambeault pour l’enseignement primaire est tout aussi évident. Il complète le réseau de collèges ou pensionnats et de couvents dirigés par des frères enseignants et par des religieuses. Pour une meilleure formation des institutrices, il exige l’établissement, à Joliette, d’un bureau d’examinateurs et, en 1912, l’ouverture d’une école normale de filles. Lui-même visite chaque année un certain nombre de couvents et d’écoles. Dans un rapport de 1909, il se vante que la fréquentation scolaire est plus élevée dans son district qu’ailleurs au Québec.

L’action de Mgr Archambeault est tout aussi intense dans le domaine du bien-être social. Il favorise l’agrandissement de l’hôpital Saint-Eusèbe de Joliette, l’ouverture d’un orphelinat pour garçons et d’un jardin de l’enfance à Joliette, ainsi que d’un hospice pour vieillards à Laurentides. En 1909, le diocèse compte un hôpital, cinq hospices de vieillards, cinq orphelinats de filles et un de garçons, aidés par une société de Saint-Vincent de Paul et par six associations de dames de charité.

Mgr Archambeault s’attaque au « fléau de l’intempérance », notamment en publiant son mandement du 24 juin 1906, qui connaît un vif succès. Un an après, il peut écrire à François Langelier, président de la Ligue antialcoolique de Québec : « Dans le diocèse de Joliette, la Société de Tempérance est actuellement établie dans toutes les paroisses. Le nombre des hôtels a considérablement diminué. La vente des boissons enivrantes a été réduite au tiers de ce qu’elle était autrefois. » Cependant, il rappelle régulièrement à ses prêtres que la lutte n’est jamais terminée et lui-même ne ménage ni les félicitations ni les mises en garde aux autorités municipales, gardiennes de la loi.

L’évêque de Joliette interpelle aussi les autorités municipales, surtout celles de sa ville épiscopale, au sujet des loisirs offerts à la population. En 1909, par exemple, il dénonce auprès du maire et des échevins de Joliette le Cinémato qui annonce par des affiches « immorales » des pièces dangereuses ; si l’on ne retire pas ce programme, il menace de défendre « à tous les fidèles d’assister à ces représentations propres à perdre l’innocence et à corrompre les mœurs ». Il surveille d’aussi près les « représentations de vues animées, accompagnées maintenant de déclamations, de chants, de danses, etc. ». La même année, il s’élève contre le Joliettoscope qui aurait « représenté, plus d’une fois, des vues suggestives de choses contraires à la morale, des scènes regrettables au point de vue du respect dû aux ministres de la religion, on s’y est même permis un odieux persifflage de la toute-puissance de Dieu dans le monde ». Il demande au conseil municipal de Joliette de prendre « des mesures vraiment efficaces » pour forcer les deux cinémas à respecter la foi et la morale.

La défense de l’orthodoxie l’entraîne dans un long débat avec le docteur Albert Laurendeau, de Saint-Gabriel-de-Brandon, à propos de l’évolution et du transformisme. Quand le médecin y publie en 1911 ses thèses dans un volume intitulé la Vie : considérations biologiques, Mgr Archambeault condamne solennellement l’ouvrage, le 19 mars 1912, dans une circulaire à lire dans toutes les églises paroissiales et les chapelles publiques. En 1910, Mgr Archambeault donne quatre instructions sur les sociétés secrètes et condamne les francs-maçons. Il apprend que 13 de ses diocésains font partie de la Cœurs Unis Lodge No. 45 ; il les réprimande aussitôt et leur enjoint de se rétracter. Un seul refuse et est excommunié.

Spécialisé en droit canonique, Mgr Archambeault prend une part très active au premier Concile plénier de Québec qui se tient du 19 septembre au 1er novembre 1909. Nommé secrétaire de l’assemblée (congregatio) des évêques, il rédige plusieurs procès-verbaux et contribue à la rédaction de la lettre pastorale collective et à la publication des actes du concile, ce qui l’occupe plusieurs mois après l’événement. En même temps, il profite du Congrès eucharistique international de Montréal, en 1910, pour publier une longue lettre pastorale en trois parties sur l’eucharistie.

Ces derniers travaux minent la santé de Mgr Joseph-Alfred Archambeault et il lui arrive plus souvent de se dire « à bout de force ». Il prévoit faire un voyage à Rome, en 1911, pour se reposer, mais il doit le retarder jusqu’à l’année suivante. Il part de Joliette le 15 août 1912 et en revient le 28 janvier 1913, après avoir assisté au congrès eucharistique de Vienne, fait sa visite ad limina à Rome (qu’il devance de deux ans) et rencontre ses amis de Rome et de France. Toutefois, ce voyage ne lui apporte pas le repos escompté et, trois mois après son retour, il meurt subitement au cours d’une visite au presbytère de Saint-Thomas. Les témoignages que suscite ce départ subit (il n’avait que 53 ans) soulignent les traits que conserveront de lui ses diocésains : un intellectuel de haute lignée, un pasteur rempli de zèle, un homme de discipline et de doctrine, une douce et aimable figure.

Nive Voisine

Joseph-Alfred Archambeault a publié trois brochures : Sermon donné à L’Assomption, le 14 juin 1893, à l’occasion des noces d’or sacerdotales de Ml’abbé PFDorval (Montréal, 1893) ; Sermon sur l’autorité des évêques, donné le 1er mai 1894 dans la cathédrale de Montréal [...] (Montréal, 1894) ; et l’Autorité sociale, sa nature, sa nécessité, son origine, son exercice ; conférence faite à la basilique de Québec (Québec, 1909). Sa pensée et ses directives pastorales se trouvent dans les Lettres pastorales, mandements et circulaires (14 vol. parus, Joliette, Québec, (908–  ), 1–3. Les Arch. de l’évêché de Joliette conservent les papiers de Mgr Archambeault, surtout des lettres de félicitations et ses journaux de voyages ; on y consultera aussi les Reg. des lettres, 1 (1904–1911) et 2 (1911–1913), le Reg. des lettres particulières, 3 (1907–1915), ainsi que « Quelques notes historiques sur l’épiscopat de Mgr Archambeault »0 (texte manuscrit) et Yvan Melançon, « Mgr J.-A. Archambault et sa deuxième visite « ad limina » (texte dactylographié, s.l., 1984).

ANQ-M, CE5-14, 25 mai 1859.— Archivio della Propaganda Fide (Rome), Acta, vol. 268 ; Nuova serie, vol. 121.

Bibliographie générale

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Nive Voisine, « ARCHAMBEAULT, JOSEPH-ALFRED », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/archambeault_joseph_alfred_14F.html.

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Auteur de l'article:   Nive Voisine
Titre de l'article:   ARCHAMBEAULT, JOSEPH-ALFRED
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   30 août 2014