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GAUDÉ (Godé ; Gaudet), FRANÇOISE, religieuse hospitalière de Saint-Joseph, supérieure, née à Montréal le 16 avril 1671, fille de Nicolas Gaudé, menuisier, et de Marguerite Picard, décédée à Montréal le 15 janvier 1751.

Françoise Gaudé entra au noviciat des hospitalières de Saint-Joseph de Montréal en 1690 ; elle y fit profession en 1692. Après la mort de la supérieure, Charlotte Gallard*, en 1725, Françoise Gaudé, qui avait été son assistante, se vit confier les destinées de la communauté et la responsabilité de l’œuvre hospitalière. Elle accéda à ce poste à un moment critique : la reconstruction des bâtiments de l’Hôtel-Dieu de Montréal, détruits par l’incendie de 1721, n’était pas encore terminée, les dépenses augmentaient sans cesse et les revenus diminuaient. Sœur Gaudé remplit ses fonctions avec énergie jusqu’en 1731, date à laquelle elle fut remplacée par Geneviève Levasseur. En 1733 elle fut réélue supérieure. Durant ce deuxième mandat, dans la nuit du 10 au 11 avril 1734, un troisième incendie ravagea l’Hôtel-Dieu de Montréal [V. Marie-Joseph-Angélique*]. Le monastère et l’église furent anéantis et les religieuses se retrouvèrent une fois de plus sans abri. Les pertes furent immenses : le mobilier, le linge de la sacristie, des marchandises dont le produit de la vente devait servir à subvenir aux besoins des malades et des religieuses, les provisions du dépôt, le cahier des procès-verbaux, des vêtures et des professions, tout fut consumé. Cependant les vases sacrés de l’église furent sauvés, et les dégâts furent moins considérables à l’hôpital, en particulier à la pharmacie. Mère Gaudé, comme l’écrivit sœur Marie-Anne-Véronique Cuillerier, « se donnoit un grand mouvement pour notre soulagement mais que pouvoit elle faire nayant rien » ? Cette affirmation de l’annaliste montre bien dans quel état de misère se trouvaient alors les hospitalières. Dès le surlendemain de l’incendie, elles se séparèrent en trois groupes, car ce fut, semble-t-il, le seul moyen d’avoir un logis provisoire. Un certain nombre de sœurs se logèrent dans la vieille boulangerie de l’hôpital, d’autres, infirmes, durent se retirer dans une maison de campagne appartenant aux malades – c’est-à-dire faisant partie des biens de l’Hôtel-Dieu qui étaient séparés de ceux de la communauté – et le troisième groupe demanda asile à la ferme Saint-Joachim. Plusieurs mois après leur séparation, les hospitalières se retrouvèrent dans un nouveau domicile appartenant à Jacques Testard* de Montigny et situé tout proche de la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours.

Cependant, le malheur frappa de nouveau les hospitalières en 1734. Un navire du roi, sur lequel se trouvait des militaires atteints d’une fièvre maligne et contagieuse, avait accosté à Québec. Les passagers jugés « hors danger » furent dirigés vers Montréal. Mais, dès son arrivée à Montréal, le 11 novembre, un militaire tomba malade et fut transporté à l’Hôtel-Dieu. Ce fut le début de l’épidémie, et neuf hospitalières succombèrent. La communauté connut ainsi des heures très pénibles et sœur Cuillerier nous en a laissé ce récit pathétique : « je puisserois mes cher Sr toutes les exprestions sy je voulois vous dire la vive douleur ou nous nous trouvames [...] nos larmes arosois jour et nuit notre pain et nos lits davoir perdu de si bon sujets [...] il fut impossible de chanté auqu’un service. Les messieurs du séminaire nous rendirent ce bonnes fice et enterérent toutes nos sr dans la chapelle de bon secours qui leur a partient on collet tout les cercueil afin que personne ne prit la contagion et lon prenait tant de précaution dans la ville que personne ne passoit par la rüe ou nous estions on demandoit seullement de loin sil en mouroit encore on repondoit ce qui en estoit ».

À travers toutes ces épreuves, sœur Gaudé continua de s’occuper du bon fonctionnement de sa communauté et de l’hôpital et reçut de nouvelles novices. Le gouverneur Charles de Beauharnois et l’intendant Gilles Hocquart* ayant envoyé au ministre Maurepas un rapport favorisant une aide financière accrue pour l’Hôtel-dieu, le roi accorda, en plus d’une gratification de 10 000#, une allocation annuelle de 1 500# et ceci jusqu’à la fin des travaux. Le 28 septembre 1735, 18 mois après l’incendie, les religieuses et les malades revenaient à l’Hôtel-Dieu.

Sœur Françoise Gaudé fut remplacée à son poste en 1739 par Anne-Françoise Leduc, dite Saint-Joseph, et elle mourut le 15 janvier 1751. Elle avait dirigé la communauté en des périodes très difficiles, et son courage, son esprit d’initiative et son sens de la responsabilité lui valurent d’être appelée dans les annales de l’Hôtel-Dieu « une héroine de l’Institut ».

Hélène Bernier

AHSJ, Annales de sœur Marie Morin, 1697–1725 ; Annales de sœur Véronique Cuillerier, 1725–1747 ; Déclaration de nos anciennes Mères pour constater la profession et le décès de nos sœurs.— Mondoux, L’Hôtel-Dieu de Montréal.

Bibliographie générale

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Hélène Bernier, « GAUDÉ, FRANÇOISE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gaude_francoise_3F.html.

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Auteur de l'article:   Hélène Bernier
Titre de l'article:   GAUDÉ, FRANÇOISE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1974
Année de la révision:   1974
Date de consultation:   30 octobre 2014