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GELL (Gill), MOLLY ANN (Thomas), Malécite du Nouveau-Brunswick mise en apprentissage comme domestique ; circa 1807–1822.

Peu de temps après la création du Nouveau-Brunswick en 1784, la New England Company, société missionnaire dont le siège était à Londres, commença à encourager certaines tentatives d’acculturation des Malécites et Micmacs catholiques de la province en plaçant leurs enfants dans des pensionnats [V. Frederick Dibblee]. Une vingtaine d’années plus tard, ce programme fut remplacé par un autre qui visait « à instruire et à placer les indigènes païens et leurs enfants chez des familles anglaises, dans quelque métier, artisanat ou occupation permise ». On incita les Indiens à mettre leurs enfants en apprentissage chez des Blancs de la région afin que les garçons apprennent le métier de fermier et les filles celui de domestique. L’Indien qui plaçait ainsi ses enfants recevait annuellement trois verges de gros drap bleu, une couverture et assez de flanelle pour confectionner une chemise ; on lui versait en outre une allocation hebdomadaire aussi longtemps que ses enfants étaient en apprentissage. Le maître recevait de la New England Company la somme de £20 par année pour l’entretien de chaque enfant ; il devait fournir la pension, le logement, l’habillement, une « instruction convenable » et des leçons sur les principes de la religion protestante. L’apprenti devait être fidèle et obéissant ; son contrat d’apprentissage prenait normalement fin lorsqu’il atteignait 21 ans.

Molly Ann Gell était un des cinq enfants de Joseph Gell, dont la femme mourut pendant l’hiver de 1807. Vieux et infirme, il était incapable de subvenir aux besoins de sa famille ; il confia donc ses enfants à la New England Company pour obtenir la prestation vestimentaire et 2s 6d par semaine. On envoya Molly apprendre le métier de domestique chez le révérend Oliver Arnold, instituteur à l’école de la New England Company à Sussex Vale (Sussex Corner) et ministre dépendant de la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts. Arnold gardait en moyenne six apprentis à la fois et recevait £20 par année pour chacun d’eux. Les apprenties étaient exposées à des dangers particuliers. Le 6 janvier 1809, Molly Ann Gell déclara devant les juges qu’en revenant de Saint-Jean, au mois de juillet de l’année précédente, elle avait rencontré un étranger qui « l’[avait] transportée dans les buissons et, contre sa volonté, l’ [avait] forcée à se conformer à ses désirs ». En février 1809, elle mit un fils au monde, Joseph Solo Gill, qui fut pris comme apprenti à la naissance par Arnold. Le contrat d’apprentissage de Molly Ann Gell expira en 1811 ; des années plus tard, elle confessa que le père de l’enfant était le fils d’Arnold, Joseph, qui l’avait séduite dans la maison de son père. Ce traitement fait aux apprenties n’était pas rare. Les enfants illégitimes étaient placés en apprentissage, et le programme avait ainsi tendance à se perpétuer de lui-même. Par exemple, pas moins de 13 personnes du nom de Gell apparaissent sur les listes d’apprentis.

Le philanthrope Walter Bromley*, qui habitait la Nouvelle-Écosse, fut envoyé par la New England Company en 1822 pour enquêter à la suite de certaines plaintes. Il s’aperçut que les Indiens étaient considérés comme des êtres inférieurs, « traités comme des domestiques subalternes et astreints à faire toutes sortes de corvées ». Un garçon de 15 ans faisait autant de travail qu’un ouvrier agricole, lequel aurait coûté £25 par année. Certains garçons recevaient un peu d’instruction, mais les filles n’y avaient pas droit. Bromley condamna Arnold pour avoir distribué l’argent de la New England Company à des membres corrompus de sa parenté et il trouva tous les Blancs de Sussex Vale totalement inaptes à exercer quelque autorité sur qui que ce soit. Dès la fin de leur apprentissage, les Indiens réintégraient l’Église catholique mais, comme groupe, ils restaient « une race distincte, singulière, exclue de toute société » et ils étaient condamnés à gagner leur vie en mendiant. Le rapport de Bromley et celui que rédigea le révérend John West* en 1825 amenèrent la New England Company à retirer ses fonds ; le système subsista jusqu’à l’expiration des contrats d’apprentissage.

En 1822, Molly Ann Gell était mariée avec un Noir du nom de Peter Thomas et vivait près de Sussex Vale. Le couple avait cinq enfants.

L. F. S. Upton

Guildhall Library (Londres), {{ms }}7954 (copie des procès-verbaux de la séance des commissaires nommés par la Society of the Propagation of the Gospel in New England, 17 oct. 1808).— Musée du N.-B., Sussex Indian Academy papers, docs. 11, 19, 42 ; Webster {{ms }}coll., packet 31, [Walter Bromley], « Report of the state of the Indians in New Brunswick under the patronage of the New England Company, 14th August 1822 ».— L. F. S. Upton, Micmacs and colonists ; Indian-White relations in the Maritimes, 1713–1867 (Vancouver, 1979).— Judith Fingard, « The New England Company and the New Brunswick Indians, 1786–1826 : a comment on the colonial perversion of British benevolence » Acadiensis (Fredericton), 1 (1971–1972), nº 2 : 29–42.

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L. F. S. Upton, « GELL, MOLLY ANN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 24 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/gell_molly_ann_6F.html.

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Auteur de l'article:   L. F. S. Upton
Titre de l'article:   GELL, MOLLY ANN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   24 juillet 2014