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Titre original :  MP0265

Provenance : Lien

GLODE, JAMES, chasseur et guide micmac, né ou baptisé le 25 juillet 1831 au lac Kejimkujik, Nouvelle-Écosse, fils de Francis Glode et de Madeline Knockwood ; il eut deux femmes, dont l’une prénommée Mary, et 26 enfants ; décédé le 29 février 1936 à Shubenacadie, Nouvelle-Écosse.

Au début des années 1890, probablement le jour de la fête de sainte Anne – qui était traditionnellement, pour les Micmacs, l’occasion de se réunir et de célébrer des rites religieux –, un photographe se trouvait à la réserve de Shubenacadie. Outre une photo de groupe, ce visiteur prit le portrait d’un homme : James Glode, mieux connu sous le prénom de Jim, qui se distinguait par sa réputation de guide et de chasseur.

Clarissa (Clara) Archibald Dennis, reporter au Halifax Herald, commencerait à interviewer et à photographier Glode à la fin des années 1920. Au cours d’une visite de la journaliste, il se dit « âgé de 98 ans aujourd’hui, 26 juillet 1929 », et expliqua : « Mon grand-père Joe Glode, Français de Liverpool, Nouvelle-Écosse. Français acadien. Père, Francis Glode. » Peut-être était-il un descendant du chef appelé Old Claude (Glaude Gisigash), qui, en se présentant comme « gouverneur de LaHave », avait fait la paix avec les autorités coloniales à Halifax en 1753. Old Claude obtint alors les mêmes conditions que Jean-Baptiste Cope* pendant les hostilités anglo-micmaques qui se terminèrent en 1761 [V. Pierre Maillard*]. Glode disait que son père, Francis, avait été un « grand prophète » ; les Micmacs, semble-t-il, croyaient qu’il avait prédit l’invention de la radio. Mlle Dennis nota que Glode s’était marié deux fois et avait eu 10 enfants avec sa première femme, mais que seulement 2 d’entre eux vivaient encore : son fils Peter et une de ses filles. Il avait eu 16 enfants avec sa deuxième épouse.

Glode fut l’un des guides qui amenèrent le prince Arthur*, futur gouverneur général du Canada, à la chasse en Nouvelle-Écosse en 1869. (On écrivit qu’« ils n’[avaient] rien pris ».) Il raconta à la reporter des aventures qu’il avait vécues lorsqu’il avait été embauché comme valet de camp, puis comme guide par un groupe de fervents sportifs qui étaient venus au Canada en été « pendant trente ans, afin de passer six mois à chasser ». Une année, semble-t-il, ils allèrent ensemble en Amérique du Sud. Le groupe comprenait quatre gentlemen anglais, soit « trois frères et un autre monsieur haut placé ». Harry Piers, conservateur du Provincial Museum de la Nouvelle-Écosse, a déterminé que trois de ces sportifs étaient les fils de James Du Pre Alexander, 3e comte de Caledon : James, le 4e comte, et ses frères, Walter Philip et Charles. Leur ami Charles Stayner les accompagnait. Glode se rendit aussi avec eux dans les Rocheuses britanno-colombiennes et dans le Montana. Il disait avoir tué des bisons, des grizzlys et des couguars des deux côtés de la frontière.

Selon la liste dressée pour le commissaire provincial des Affaires indiennes, Glode vivait à Shubenacadie en 1855. À un autre moment, il habita à Bear River et, vers le milieu de sa vie, il résida pendant une certaine période avec la famille d’Isaac Sack, chef de la réserve de Shubenacadie. Il racontait souvent ses exploits aux petits-enfants de Sack. En relatant, de son point de vue amérindien, des événements historiques dont il avait été témoin oculaire, il les fit connaître dans une région nord-américaine très éloignée de l’endroit où ils s’étaient produits. En 1976, deux des personnes qui avaient entendu ses histoires, Max et Isaac Basque, rapportèrent le récit captivant d’un événement survenu au cours d’un voyage fait par Glode, probablement avec Charles Alexander, environ un siècle plus tôt, à l’époque où Blancs et Sioux s’affrontaient dans le territoire du Dakota :

Ils étaient sur les Plaines et depuis des jours ils n’avaient pas vu de bison. Un jour, les éclaireurs sont arrivés et ont dit qu’en mettant l’oreille contre terre, ils pouvaient entendre des sabots, mais ils n’étaient pas sûrs si c’était des sabots de bisons ou de chevaux. Au bout d’un certain temps, ils ont pu dire que c’était des chevaux et qu’ils n’étaient pas ferrés. Il y en avait beaucoup et ils approchaient rapidement. Or, c’était au temps où les Indiens des Plaines ne s’entendaient pas très bien avec la Cavalerie des États-Unis. Le lord [anglais] a donc dit à Jim Glode de sortir le drapeau britannique et de le brandir afin qu’on ne les prenne pas pour des Américains. Au bout d’à peu près une demi-heure, voilà que Sitting Bull [Ta-tanka I-yotank*] et Crazy Horse surgissent sur une butte avec environ mille guerriers sioux.

« Nous n’avons rien mangé depuis quatre jours, dit Crazy Horse, et nous ne pouvons pas nous permettre de tuer d’autres chevaux. Alors, nous sommes obligés de prendre une partie de vos provisions et une partie de vos chevaux. Mais nous allons en prendre seulement la moitié. » Ils les ont donc remerciés.

Quelques semaines après, pendant qu’ils [le groupe de Glode] chassaient encore le bison, ils ont rencontré une troupe de la cavalerie qui nettoyait ses fusils et ses affaires après une fameuse victoire. L’Anglais a été invité dans la tente pour prendre un verre, avec le colonel dans sa tente. Une fois qu’ils [ont] été repartis, il a dit à Jim :

« Jim, as-tu remarqué qu’ils avaient quelque chose de bizarre ?

– Oui, a dit Jim. Aucun n’était blessé.

– Retournons sur nos pas et allons voir l’endroit… où cette bataille s’est déroulée. »

Alors, pendant plusieurs jours, ils [ont] chevauché, jusqu’à ce qu’ils arrivent à un campement brûlé, un campement en ruines. Les vaincus, ils les ont trouvés morts dans l’herbe. Tous les vieillards, toutes les femmes et leurs enfants, voyez. Parce que tous les jeunes hommes étaient partis avec Crazy Horse. Il… Jim Glode, il se mettait toujours à pleurer quand il nous racontait avoir retourné cette jeune femme et avoir trouvé un bébé mort dans ses bras. Une épée plantée par en arrière les avait tués tous les deux ; la mère fuyait les soldats.

Après qu’ils eurent enterré les cadavres, l’interprète sioux qui accompagnait le groupe de Glode partit retrouver Crazy Horse. Quand il rejoignit le groupe de chasseurs au Canada quelque temps après, il parla de la bataille de la rivière Little Bighorn à Glode, qui à son tour la raconta à Max et Isaac Basque. Le récit de l’interprète diffère d’autres descriptions de l’affrontement. Selon lui, Sitting Bull avait ordonné à de jeunes Sioux d’attirer l’armée dans une vallée.

Ensuite, Crazy Horse nous a tous cachés [les autres Sioux] dans les buissons d’armoise. Il a dit : « Attendez. Attendez. Quand ils vont arriver, ne tirez pas sur les hommes. Tirez sur les chevaux […] Et ensuite on tire sur les hommes. » Au bout d’un moment, on a pu entendre les jeunes hommes redescendre à cheval dans la vallée. Seulement une dizaine d’entre eux sont revenus. Et on était placés presque en forme de cercle. Quand la cavalerie est arrivée à leur poursuite, on a refermé le cercle. On a commencé à tuer les chevaux. Et puis on les a tous tués.

Une autre histoire racontée par Max Basque en 1987 évoquait l’une des expériences de Glode en Oregon. Glode vit plusieurs cow-boys ivres tirer sur trois Chinois qui étaient assis sur un tronc d’arbre en bordure de la route. Les victimes tombèrent sur le dos et restèrent là toute la journée, sans que les citoyens s’en occupent. Après avoir assisté à ce meurtre, Glode conclut qu’il était temps de rentrer en Nouvelle-Écosse.

Apparemment, Glode conserva ses connaissances et son savoir-faire jusque dans sa vieillesse. Jerry Lonecloud* déclara en 1924 qu’il était l’un des rares Micmacs à savoir encore fabriquer un canot d’écorce. En 1929, Glode, âgé de presque 100 ans, habitait avec son fils Peter et sa famille dans la réserve de Shubenacadie. La femme de Peter dit à Mlle Dennis : « Ce vieux jamais malade de tout l’hiver, pas de problèmes de rhumatisme ni rien, bon appétit, bonne voix, pas tellement dur d’oreille, mais en train de perdre la vue. » Les notes de la journaliste fournissent ces renseignements additionnels au sujet de Glode : « Ne sait ni lire ni écrire, mais a dit qu’il savait compter. Pouvait parler anglais. »

Une dernière photographie de Glode parut dans le Halifax Herald du 27 juillet 1932 avec cette légende : « Le fameux chasseur et guide James Glode, qui a célébré son cent unième anniversaire lundi à la réserve des Micmacs de Shubenacadie […] Il est en bonne santé et n’a jamais fait usage de tabac. »

Ce que cette description ne dit pas, c’est que Jim Glode était alors complètement aveugle et atteint de troubles mentaux. « Il avait l’habitude, dit Max Basque, de se mettre à genoux sur sa couchette, de rester agenouillé là durant des heures et de pagayer, pagayer – dans son esprit, il était quelque part, dans son canot. Puis il se levait et traînait sa couchette d’un bout à l’autre de la pièce, remontait dessus et pagayait encore et encore. Il pensait qu’il portageait le canot, voyez ? »

En décembre 1932, à l’enterrement de Peter Wilmot, le chef de la réserve de Shubenacadie, William Paul, parla de James Glode à Mlle Dennis. « Sa santé physique est assez bonne, expliqua-t-il, mais il est aveugle et dur d’oreille. » Glode mourut quelques années plus tard, libéré d’un interminable rêve où le chasseur et guide parcourait les rivières et les forêts de son imagination.


Ruth Holmes Whitehead

On trouve des photographies de James Glode dans « Mi’kmaq portraits coll. », R. H. Whitehead et al., compil. : museum.gov.ns.ca/mikmaq (consulté le 3 oct. 2012).

Arch. privées, R. H. Whitehead (Halifax), Notes sur des conversations avec Max et Isaac Basque, juillet 1976, juillet 1978, octobre 1980, juillet 1987.— N.S. Museum Library (Halifax), MSS, Piers papers, Mi’kmaw ethnology : genealogies ; material culture, transportation, canoes, 3, 1er déc. 1924 ; memoirs and manuscripts ; Piers research, sports and sportsmen, box 9, xiv ; Sports, fishing and hunting (a) corr., Sarah Stayner à Harry Piers, 8 mars 1921, (b) notes, Isaac Sack à Harry Piers, 26 févr. 1921.— NSA, MG 1, vol. 2867, nº 6 ; MG 15, vol. 5, nº 69 ; « Nova Scotia hist. vital statistics », Hants County, 1936 : www.novascotiagenealogy.com (consulté le 13 août 2012) ; RG 1, vol. 430, nº 57.— Halifax Herald, 27 juill., 31 déc. 1932.— T. B. Akins, « History of Halifax City », N.S. Hist. Soc., Coll. (Halifax), 8 (1892–1894) : 3–269 ; réimpr. sous le titre History of Halifax City (Belleville, Ontario, 1973).— Dominion Illustrated (Montréal), 26 avril 1891.— The old man told us : excerpts from Micmac history, 1500–1950, R. H. Whitehead, compil. (Halifax, 1991).

Bibliographie générale

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Ruth Holmes Whitehead, « GLODE, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/glode_james_16F.html.

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Auteur de l'article:   Ruth Holmes Whitehead
Titre de l'article:   GLODE, JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   2013
Année de la révision:   2013
Date de consultation:   21 octobre 2014