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GRAVÉ DU PONT, FRANÇOIS (on l’appelle aussi Dupont-Gravé, Gravé Le Pont, Pont-Gravé, ou simplement Le Pont ou Gravé), « noble homme », capitaine de la marine, commandant à Tadoussac en 1603, à Port-Royal en 1605–1606 et à Québec en 1619–1620, né à Saint-Malo vers 1554 et décédé en France après 1629.

Gravé Du Pont avait exercé le métier des armes avant de devenir marchand. Il vint très tôt faire la traite dans le Saint-Laurent, remontant jusqu’à Trois-Rivières avant 1599. Champlain lui attribue un rôle décisif dans l’obtention du monopole de la traite pour Pierre de Chauvin de Tonnetuit, ce qui expliquerait que Troilus de La Roche de Mesgouez, lésé dans ses droits, ait accusé François Gravé de trahir « tous ceux qui font commerce de St-Malo qui estoient Ses Associés ». En 1600, Gravé Du Pont quitte Saint-Malo et s’établit à Honfleur. Au printemps de cette même année, il s’embarque avec Chauvin pour Tadoussac. Il aurait voulu remonter plus haut, mais son associé se refusa à toute exploration.

Nous retrouvons Gravé Du Pont, en 1603, au service d’Aymar de Chaste, le nouveau titulaire du monopole : il dirige l’expédition à laquelle Champlain s’est joint en simple observateur et il ramène deux sauvages qu’il avait conduits en France lors d’un précédent voyage ; avec Champlain, François Gravé remonte le fleuve jusqu’au saut plus tard appelé Saint-Louis, faisant un nouvel inventaire du Saint-Laurent.

De Chaste décédé, Gravé devient le chargé d’affaires du sieur Du Gua de Monts, nouvel adjudicataire de la traite. Dans son voyage de 1604, il ne s’occupe que de commerce. En 1605, il vient ravitailler la colonie acadienne et, avec Champlain, choisit Port-Royal comme site d’une nouvelle habitation ; en 1605 et 1606, de Monts lui confie le commandement de la colonie.

François Gravé Du Pont ne reparaît en Nouvelle-France qu’en 1608 : voulant chasser les Basques qui font la traite malgré les défenses, il est défait et blessé ; à l’automne, il rentre en France, ramenant les complices de Duval, qui avait comploté contre la vie de Champlain. De 1609 à 1618 inclusivement, il revient chaque année sur le Saint-Laurent. En 1619, les marchands associés le désignent pour prendre, à Québec, la place de Champlain, qui proteste : « Que pour le Sieur du Pont j’estois son amy, & que son aage me le feroit respecter comme mon pere : mais de consentir qu’on lui donnast ce qui M’appartenoit par droict & raison, je ne le souffrirois point [...] Que le Sieur du Pont & moy ayans vescu par le passé en bonne amitié, je désirois y perseverer ». Champlain dut rester en France et Gravé commanda la colonie de Québec jusqu’au printemps de 1620, lorsque Champlain se présenta, porteur d’une commission de lieutenant du vice-roi.

Un autre conflit survint l’année suivante. Le monopole de la traite appartenait désormais aux de Caën, mais Gravé arrive dans le Saint-Laurent pour trafiquer au nom des anciens associés. Champlain essaie de temporiser, mais Guillaume de Caën confisque le vaisseau de François Gravé, puis, déçu, le lui rend. Lorsque la Compagnie de Caën et celle des anciens associés sont fusionnées par le roi, Gravé Du Pont se met au service de Guillaume de Caën pour qui il va travailler sans interruption jusqu’en 1629. Il hiverne à Québec en 1622–1623, revient en 1624, puis hiverne de nouveau en 1625–1626. Or Gravé, âgé de plus de 70 ans, qui avait souffert du cœur en Acadie et qui était durement atteint de la goutte (le mal avait été particulièrement violent les années précédentes), reparaît à Québec en 1627, à l’étonnement général. Par sa longue expérience des indigènes, Gravé jouait un rôle essentiel ; voilà pourquoi de Caën l’avait prié de revenir. Il demeure à Québec jusqu’en 1629, souffrant de la famine et de la goutte. Au printemps de 1629, Champlain veut le faire descendre à Gaspé, dans une barque pourvue d’une chambre et avec des personnes qui prendraient soin de lui. Gravé accepte, puis se ravise. Il est encore à Québec au moment de la capitulation, et malade au lit. Enfin, il s’embarque avec les Jésuites pour Tadoussac et, de là, pour l’Angleterre. On ignore ce qu’il devient ensuite.

Son amitié indéfectible pour Champlain, les services personnels qu’il a rendus aux Récollets, l’aide qu’il a parfois apportée à l’exploration alors qu’il n’était chargé que de la traite, sa popularité auprès des sauvages, font de Gravé un personnage fort sympathique. Selon Sagard, il était « jovial de son naturel », même s’il lui arrivait de s’emporter, « de boire un bon coup sans eau » et de crier ensuite « à l’ayde contre la douleur de ses gouttes ». Malgré son âge avancé et ses nombreuses périodes de maladie, il a étonné ses contemporains par une indomptable énergie qui lui valut dès 1606 un éloge de Lescarbot dans l’Adieu aux François.

Époux de Christine Martin (qui vivait encore en 1617), Gravé Du Pont eut au moins deux enfants : Robert et Jeanne, qui épousa plus tard Claude Godet Des Maretz.

Marcel Trudel

Bréard, Documents relatifs à la marine normande, 65, 93–99, 100–134 (passim), 223–226 ; cet ouvrage contient l’inventaire de tous les documents relatifs à Gravé Du Pont : on n’en a pas découvert de nouveaux depuis.— Champlain, Œuvres (Biggar), I : 125–165, 422, note, 426 et note, et passim ; II : 11–14, 32–35, 143–148 et passim ; III : 24ss, 177ss, 228–230 et passim ; IV : 361–366 et passim ; V : 24–27, 39–48 et passim ; VI : 29–38 et passim.— Escrit de La Roche, cité dans Gustave Lanctot, l’Établissement du marquis de La Roche à l’île de Sable, CHA Report, 1933, 40.— JR (Thwaites), I : 66, 76–80, La conversion des sauvages ; 168–170 ; II : 26, 230 ; IV : 26.— Lescarbot, Histoire (Tross), II : 426s., 479–483, 521, 544–546 et passim ; III 17.— Sagard, Histoire du Canada (Tross), I : 67, 243 IV : 859–861, 891.

Bibliographie générale

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Marcel Trudel, « GRAVÉ DU PONT, FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/grave_du_pont_francois_1F.html.

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Auteur de l'article:   Marcel Trudel
Titre de l'article:   GRAVÉ DU PONT, FRANÇOIS
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1966
Année de la révision:   1966
Date de consultation:   16 septembre 2014