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GRAVEL, LUDGER (baptisé Joseph-Jacques), homme d’affaires, philanthrope, homme politique et collectionneur, né le 6 novembre 1864 dans la paroisse Saint-Raphaël-Archange de l’île Bizard, Bas-Canada, fils de Léon Gravel et de Marie Lauzon, fermiers ; le 26 mai 1891, il épousa à Montréal Sophie (appelée aussi Laura) Roy (décédée le 26 novembre 1943), et ils eurent 14 enfants ; décédé le 6 avril 1933 dans la même ville.

Ludger Gravel descendait de Joseph-Massé Gravel, dit Brindelière, venu de Bretagne s’établir en Nouvelle-France en 1641. En 1872, sa famille partit de l’île Bizard pour s’installer à Montréal, où Ludger étudia auprès des Frères des écoles chrétiennes. À 16 ans, il commença à travailler à la quincaillerie de Thomas Wilson à Montréal. Ce dernier collectionnait pièces de monnaie, médailles et artefacts, et transmit apparemment sa passion à Ludger.

En 1881, Gravel passa à un poste de commis chez les grossistes Pierre-Philias Mailloux et Maurice Barsalou ; il devint bientôt voyageur de commerce, puis gérant de leur entreprise. Le jeune homme trapu et débordant d’énergie gravit rapidement les échelons. Enjoué et sociable, c’était un poète et un conteur doué pour la vente. En 1892, il lança l’huile de marque Balmoral pour essieux et équipement ferroviaires, et l’huile Sara pour les clients de l’entreprise. Des jetons commerciaux pour les contenants d’huile Balmoral, des parapluies, des cigares étiquetés à son nom et d’autres souvenirs se révélèrent des articles promotionnels efficaces. Il en alla de même pour le battage patriotique de son Recueil de légendes illustrées. Brochure de publicités et d’histoires publiée à Montréal en 1896, elle renfermait une version du récit de Benjamin Sulte* sur Jos Montferrand [Joseph Montferrand*, dit Favre], « les Trois Diables » et un conte de Louis Fréchette* sur une de ses connaissances (un vagabond dénommé Olivier Chouinard).

En 1901, Gravel acheta l’entreprise de Mailloux (dont Barsalou s’était retiré), qui, à l’époque, offrait une vaste gamme d’huiles, de produits de finition, d’articles de quincaillerie et autres fournitures, principalement pour les carrossiers et les forgerons. Sise place Jacques-Cartier, celle-ci prospéra grâce à l’esprit entrepreneurial de plus en plus fécond de Gravel. Il y ajouta une imprimerie en 1904 pour satisfaire à ses besoins commerciaux et prendre du travail à la pièce. En 1907, son entreprise représentait plus de 20 manufacturiers dans la province de Québec et les Maritimes, tout en assurant la distribution exclusive de leurs produits. En 1920, ses catalogues bilingues, lancés en 1909, étaient livrés à motocyclette.

Dès 1904, Gravel avait entrevu le potentiel des tendances en matière de motorisation, notamment les occasions d’affaires dans la construction de meilleures routes. Entre 1907 et 1910, en partie sous prétexte d’améliorer l’hygiène publique, il proposa avec acharnement de paver les rues de Montréal avec des blocs d’asphalte fabriqués à Walkerville (Windsor), en Ontario ; la ville finit par se laisser convaincre. Répercussion encore plus importante, la création de la Ludger Gravel et Fils en 1917, avec son fils Pierre-Ludger, diplômé en administration du collège du Mont-Saint-Louis, raffermirait la spécialisation de Gravel dans le matériel d’automobile et l’équipement de garage. L’entreprise, qui compterait quelque 40 employés vers le milieu des années 1920, occupa un riche créneau dans le marché de l’automobile au Québec [V. Joseph-Charles-Émile Trudeau ; Pierre-Théophile Legaré*]. Parmi d’autres opérations d’expansion figure la société Gravel et Drouin Limitée, inaugurée en 1922 pour fournir du minerai de fer ainsi que de la ferronnerie ornementale et architecturale.

Passionné de théâtre invétéré, Gravel créa en 1922, notamment avec Léo-Ernest Ouimet*, la Laval Photoplays Limited. En 1924, la censure canadienne rejeta l’un des premiers spectacles de l’entreprise cinématographique, le film muet Why get married ?, intitulé en français Pourquoi se marier ? [V. Georges Alba*]. Une version modifiée, acceptée par les censeurs, fut un échec commercial, mais Gravel se laissait rarement démonter.

Le succès de Gravel en affaires s’accompagna d’une participation dans une variété d’associations connexes. Tout en appartenant à un certain nombre d’organismes d’équipement d’automobile, il fut délégué à l’assemblée de l’Association des manufacturiers canadiens tenue en Angleterre en 1905, président de l’Association des voyageurs de commerce du Canada en 1915 et de la Chambre de commerce du district de Montréal en 1916, ainsi que vice-président de la Fédération des chambres de commerce de la province de Québec en 1927. En 1913–1914, il dirigea les commissions permanentes de la Chambre de commerce du district de Montréal sur les affaires municipales et sur le fer et les métaux. En 1917, comme membre d’une délégation du mouvement Bonne Entente en temps de guerre [V. sir Lomer Gouin*], il visita l’Ontario, où se situaient certaines des sociétés qu’il représentait.

Animé de sens civique depuis son jeune âge, homme jovial et toujours généreux, Gravel acquit, dès la trentaine, une renommée de philanthrope éminent, entre autres au sein du mouvement de secours mutuel (assurance et autres avantages) dans la province de Québec [V. Louis Archambault*]. Élu pour la première fois en 1903 au conseil d’administration de la Société des artisans canadiens-français, il en devint vice-président, puis président de 1910 à 1914. En 1905, il assista au Congrès international de la mutualité à Liège, en Belgique. Présent à toutes les activités caritatives et sociales, il incarnait l’allégation qu’il avait lancée en 1906 dans un dépliant souvenir bilingue imprimé pour ses clients, selon laquelle « la gaieté est la caractéristique de notre race ».

Gravel consacra du temps à de nombreuses causes, notamment : hôpitaux et autres organismes de bienfaisance, prestations de chorales et de troupes de théâtre amateur, prix sportifs, besoins de la communauté chinoise catholique de Montréal, l’instruction publique. Il portait une attention particulière au bien-être de ses compatriotes canadiens-français. Directeur de l’école technique de Montréal pour un mandat, il représenta entre 1921 et 1928 le district central de la Commission des écoles catholiques de Montréal, où il défendit un enseignement bilingue de haute qualité, qu’il considérait comme essentiel. En 1927, Gravel (libéral discret en politique) était également conseiller municipal ; à ce titre, il tenta d’interdire l’accès aux cinémas et aux salons de jeux aux jeunes de moins de 16 ans. Pour ses nombreuses contributions, il reçut louanges et décorations, entre autres l’ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, ainsi que les honneurs des gouvernements de la France et de la Chine.

Gravel se fit connaître également comme numismate. Durant sa vie, Montréal constituait un lieu de premier plan pour la collection et la recherche dans ce domaine. Collectionneur sérieux depuis au moins 1889, il était membre de la Société de numismatique et d’archéologie de Montréal en 1895 et siégea à son conseil d’administration à compter de 1902. Comme en affaires, ses activités en éducation et en mutualité revêtaient des dimensions numismatiques. En 1901, il avait commencé à faire des dons au conseil scolaire sous la forme d’une médaille Ludger Gravel et de certificats pour l’excellence en arithmétique. Pour un congrès de la Société des artisans canadiens-français en 1906, il avait fait frapper une médaille souvenir spéciale. En 1908, il adhéra à la prestigieuse American Numismatic Association ; son caractère affable lui valut de diriger les comités d’organisation et de divertissement aux congrès de l’organisme tenus à Montréal en 1909 et en 1923. Il assuma également les fonctions de vice-président, gouverneur et bibliothécaire. À une rencontre sociale pour hommes, pendant le congrès parfois tapageur de 1909, Gravel avait chanté « un pot-pourri de cinquante-sept chansonnettes françaises différentes », selon la description du Mehl’s Numismatic Monthly. L’une des priorités de la Société de numismatique et d’archéologie de Montréal, tout comme de ses congrès, était la conservation du château Ramezay, qu’elle transforma en musée en 1895, en le louant à la ville jusqu’en 1929, année où la société en prendrait possession. Gravel en fut le gouverneur dès 1904. Plus tard, il occupa le poste de vice-président et, en 1926, joua un rôle prépondérant dans l’acquisition de l’imposante collection numismatique du protonotaire Robert Wallace McLachlan pour le château. Gravel lui-même avait obtenu des pièces de monnaie, des jetons et des médailles historiques d’importance nationale, dont un bon nombre datait du Régime français et d’avant la Confédération. À l’instar de McLachlan et du papetier William Walter Coulthard Wilson, il figure parmi les numismates canadiens les plus éminents de son époque.

Les champs d’intérêt vastes et très éclectiques de Gravel en tant que collectionneur découlaient de sa passion pour la préservation de l’héritage canadien-français, notamment pour sa propre généalogie. En 1908, il établit sa résidence d’été à la Villa des montagnes ; celle-ci faisait partie d’un ensemble de chalets au nord-ouest de Montréal, près de Saint-Canut (Mirabel), ville natale de sa femme. Il y transforma une vieille maison de rondins en musée, qu’il nomma Villa antique, et la remplit d’objets anciens : des vêtements canadiens-français, des animaux empaillés, des meubles, des armes, de la documentation et des collections de pièces de monnaie et de médailles. Son chalet devint un lieu de rencontre pour la famille et des clubs, un endroit où les enfants Gravel grandirent en amassant de tendres souvenirs de baignades, de balades en bateau et de randonnées en voiture de sport.

La mort de Ludger Gravel, victime d’une crise cardiaque en avril 1933, donna lieu à un flot de témoignages de tristesse et d’éloges, pour la plupart relatés chaleureusement dans la biographie rédigée par sa petite-fille Laurette B. Richer. Inhumé au cimetière Notre-Dame-des-Neiges de Montréal, « le bon M. Gravel », comme on le désignerait dans sa notice nécrologique parue dans la Revue moderne de Montréal, laissa dans le deuil sa femme, son fils Pierre-Ludger et cinq filles. En 2014, il fut intronisé au Numismatic Hall of Fame de l’American Numismatic Association.

David Roberts

Pour leur aide, nous souhaitons remercier les personnes suivantes : Darryl A. Atchison, rédacteur en chef de l’ouvrage Canadian numismatic bibliography […] (2 vol., [Willowdale, Ontario ?], 2007) ; Warren Baker, de Montréal ; Paul Berry, du Musée de la Banque du Canada, à Ottawa ; Francis D. Campbell, de la Harry W. Bass Jr Library de l’American Numismatic Soc., à New York ; Daniel Gosling et Paul Petch, de la Royal Canadian Numismatic Assoc. Library, à Sherwood Park, en Alberta ; et Ronald A. Greene, de la Canadian Numismatic Research Soc., à Victoria.

Le Recueil de légendes illustrées (Montréal, 1896) de Ludger Gravel est reproduit sur microfiches (ICMH, no 16887). La Toronto Public Library conserve deux catalogues illustrés qui présentent des sélections de ses collections de pièces de monnaie : Part of the important numismatic collection formed by the late Ludger Gravel : Montreal, Canada : part I on historical medals (Montréal, 1930) et Clearance sale of the balance of medals of the famous museum of the late Ludger Gravel ([Montréal], 1939). Parmi les documents de l’American Numismatic Soc. conservés à la Harry W. Bass Jr Library, on trouve un autre catalogue de vente aux enchères : Sale number 356 : rare Canadian and United States coins and medals, the property of the late Ludger Gravel, of Montreal ; Byron Carney, of London, Ontario ; and other collectors, Wayte Raymond et J. G. Macallister, compil. (New York, 1935). Deux listes de prix, pour des médailles mises en vente en 1937 par la firme Ludger Gravel et Fils Limitée de Montréal, font partie de la Coll. nationale de monnaies du Musée de la Banque du Canada. D’autres listes de prix, datées de 1938 et de 1939, figurent dans Canadian numismatic bibliography. Même si Gravel était réputé pour ses réalisations, il n’existe à notre connaissance aucune analyse critique exhaustive de ses collections.

On observe de nombreuses variations des prénoms de la mère de Gravel dans les sources officielles : Marie dans son acte de baptême (BAnQ-CAM, CE601-S28, 29 oct. 1825) ; Denise Delima dans son acte de mariage, qu’elle n’a pas signé (BAnQ-CAM, CE601-S28, 27 févr. 1843) ; Adeline dans le recensement de 1871 (BAC, R233-34-0, Québec, dist. Beauharnois (111), sous-dist. Saint Clément (A) : 19) ; Melina dans le recensement de 1881 (BAC, R233-35-2, Québec, dist. Montréal (90), sous-dist. quartier Saint Louis (E) : 136) ; et Adéline, dans le recensement de 1891 (BAC, R233-36-4, Québec, dist. Montréal (172), sous-dist. quartier Saint Louis (G) : 22–23).

L’article de J.-L. Giroux et sa traduction, respectivement intitulés « Une brève biographie de Ludger Gravel » et « A short biography of Ludger Gravel », ont paru dans le même numéro du Canadian Numismatic Journal (Markham, Ontario), 30 (1985), le premier aux pp.124–126 et l’autre aux pp.374–376. La version française originale a d’abord été publiée sous le titre « Brève Biographie de monsieur Ludger Gravel », Soc. numismatique de Québec, Bull. de liaison (Sillery [Québec]), février 1985 : 4–5.

BAnQ-CAM, CE601-S7, 26 mai 1891 ; CE601-S56, 6 nov. 1864.— Musée McCord (Montréal), P091 (Fonds Ludger Gravel).— Le Devoir, 12 déc. 1925 ; 6, 10 avril 1933.— New York Times, 7 avril 1933.— La Patrie, 19 juill. 1902.— « American Numismatic Association convention at Montreal », Numismatist (Philadelphie, etc.), 22 (1909) : 257–265.— Annuaire, Montréal, 1918–1923.— BCF, 1924.— Fred Bowman, « The case of the bouquet sou Breton 712 », Canadian Numismatic Journal, 2 (1957) : 63–65.— P. N. Breton, Guide populaire illustré des monnaies et medailles canadiennes, etc., etc. (Montréal, 1912).— Chambre de commerce du district de Montréal, Bull. (Montréal), avril 1913.— Dictionnaire de la censure au Québec : littérature et cinéma, sous la dir. de Pierre Hébert et al. ([Saint-Laurent, Québec], 2006).— F. G. Duffield et « L’Alouette », « The 1909 Montreal convention of the American Numismatic Association », Mehl’s Numismatic Monthly (Fort Worth, Tex.), 2 (1909) : 129–147.— Encyclopaedia of Canadian biography […] (3 vol., Montréal et Toronto, 1904–1907), 3.— « Ludger Gravel », Numismatist, 46 (1933) : 333–334.— « Proceedings of the annual convention of the American Numismatic Association held at Montreal, Canada, August 25 to 30, 1923 », Numismatist, 36 (1923) : 436–441, 470–492.— J. [H.] Remick, « Ludger Gravel », Canadian Token (Hamilton, Ontario), 18 (1989) : 73–75.— Laurette B.[-]Richer, Ludger Gravel, 1864–1933 : contre l’oubli ([Montréal], 1986).— Soc. Saint-Jean-Baptiste de Montréal, 70ème anniversaire de l’Association nationale St-Jean-Baptiste, Montréal, 1834–1904 (Montréal, [1904]), 35.— The storied province of Quebec : past and present, W. [C. H.] Wood et al., édit. (5 vol., Toronto, 1931–1932), 3 : 154–155.

Bibliographie générale

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David Roberts, « GRAVEL, LUDGER (baptisé Joseph-Jacques) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 oct. 2021, http://www.biographi.ca/fr/bio/gravel_ludger_16F.html.

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Auteur de l'article:    David Roberts
Titre de l'article:    GRAVEL, LUDGER (baptisé Joseph-Jacques)
Titre de la publication:    Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16
Éditeur:    Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:    2021
Année de la révision:    2021
Date de consultation:    28 octobre 2021