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GREENSHIELDS, EDWARD BLACK, homme d’affaires et critique d’art, né le 12 juillet 1850 à Montréal, fils aîné de John Greenshields, marchand de nouveautés réputé, et d’Elizabeth Black, fille du révérend Edward Black* ; le 19 octobre 1876, il épousa à Québec Eliza Eleanor Brodie Cook, fille du révérend John Cook*, et ils eurent deux enfants ; décédé le 22 avril 1917 à Montréal.

Edward Black Greenshields étudia à la High School of Montréal et au McGill College, où il obtint en 1869 une licence ès arts avec mention très bien en philosophie intellectuelle et morale, et gagna la médaille du prince de Galles. Il s’était enrôlé dans le 3rd Battalion Volunteer Militia Rifles pendant ses études et avait fait du service actif au cours des raids féniens de 1866. Il fréquenta l’école de la milice en 1868 et devint lieutenant en second l’année suivante. Lorsqu’il quitta la milice, le 12 février 1875, il avait le grade de capitaine.

Greenshields avait commencé en 1869 son apprentissage dans l’entreprise familiale de nouveautés, la S. Greenshields, Son and Company. D’abord connu sous le nom de Samuel Greenshields and Son, ce commerce de gros avait été fondé par son grand-père Samuel, marchand de Glasgow, et son père, John, en 1833. Edward Black devint associé en 1876, directeur de l’entreprise en 1888 et président de la Greenshields Limited en 1903. Sous sa direction, la compagnie acquit une envergure nationale. En 1907, elle était le plus gros fournisseur de nouveautés en provenance du Canada et de l’étranger. Elle négociait des cotonnades, des lainages, des tapis, des meubles, des vêtements et des articles tels des gants, de la bonneterie et des dentelles. En outre, elle était le principal représentant au Canada de plusieurs prestigieux fabricants britanniques et européens.

Homme d’affaires en vue, Greenshields se consacra à la défense et à la promotion de son industrie. Il exerça des pressions sur le gouvernement fédéral au sujet de la politique tarifaire au nom des propriétaires d’usines textiles et des manufacturiers de chemises, et fut président de la Montréal Wholesale Dry Goods Association en 1896. Son appartenance au conseil d’administration de la Banque de Montréal, de la Royal Trust Company, de la Standard Life Assurance Company, de la Corporation l’Océan contre les accidents et de la Grand Trunk Pacific Railway Company atteste son importance dans le milieu des affaires montréalais. En tant que président du Bureau de commerce de Montréal en 1892, il prôna l’honnêteté au gouvernement, l’abolition du péage sur les canaux et une répartition plus équitable de l’argent entre les créanciers en vertu de l’Acte concernant la faillite. Il supervisa l’achèvement d’un nouvel immeuble pour le Bureau de commerce et la célébration du cinquantenaire de l’organisme.

À compter de 1900, Greenshields délaissa ses affaires pour consacrer plus de temps à des voyages, à des loisirs, à des activités culturelles et à des travaux d’érudition. Il se rendit de nombreuses fois dans diverses parties de l’Europe et des États-Unis. En général, il passait les mois d’hiver à Montréal et une partie de l’été à Cacouna ou au lac Memphrémagog. Amateur de bicyclette, de conduite automobile, de voile et de golf, il aimait aussi les spectacles populaires tels le Wild West Show de Buffalo Bill, les spectacles de minstrels et les comédies musicales.

La présence de Greenshields à de nombreuses manifestations artistiques de même que ses visites dans des galeries d’art et des musées témoignent de son intérêt pour la culture. Comme plusieurs de ses contemporains montréalais, dont sir William Van Horne et lord Strathcona [Smith], il était un fervent collectionneur d’art. Tout en ayant leurs goûts propres, les grands hommes d’affaires qui dominaient l’Association des beaux-arts de Montréal (et le marché de l’art à Montréal) tenaient à acquérir des œuvres traditionnelles des écoles académiques française et anglaise, de l’école de Barbizon et de l’école de La Haye, et s’intéressaient beaucoup moins aux impressionnistes. Greenshields était le principal défenseur de l’école de La Haye au Canada. Il diffusait ses opinions en exerçant son activité de collectionneur, en participant au comité d’exposition de l’Association des beaux-arts (où il influait sur le choix des tableaux) et en faisant de la critique d’art. On lui doit deux des premiers grands ouvrages critiques canadiens sur l’art européen, The subjective view of landscape painting et Landscape painting and modern Dutch artists. Ces livres visaient à promouvoir l’école de La Haye et à démontrer que l’impressionnisme ne survivrait guère à l’épreuve du temps.

Pour Greenshields, l’art était l’effet subjectif et mystique produit par la nature sur l’artiste. Cette conception de l’art et de la nature est aussi un thème important de sa poésie, qui est plutôt froide et dont la plus grande partie est restée inédite. La vision romantique et subjective de la nature que l’école de La Haye exprimait dans de vigoureux paysages aux tons généralement sombres correspondait donc à la pensée de Greenshields. Exemptes de tensions ou de conflits sociaux, ces paisibles images de la campagne lui convenaient aussi parce que, en tant qu’homme d’affaires, il souhaitait une société stable. Dans l’ensemble, sa conception de l’art était traditionnelle et dépourvue d’audace ; en outre, les tableaux qu’il préférait étaient de solides investissements financiers. Pour lui, il n’y avait pas de contradictions majeures entre ses vues sur l’art et sa position sociale.

Comme bon nombre de ses collègues hommes d’affaires, Greenshields défendait la cause de l’éducation. Membre important du conseil d’administration de la McGill University de 1887 à 1917, il en fut trésorier honoraire de 1903 à 1910, soit dans une période où des incendies survenus dans deux immeubles entraînèrent l’établissement dans une crise financière. De plus, il appartint à divers comités du conseil et reçut en 1910 un doctorat honorifique en droit. À cause de son goût pour l’art et la littérature, il participait davantage à la vie intellectuelle de l’université que la plupart des autres membres du conseil d’administration. En 1908, par exemple, il publia un article sur le poète canadien Charles Heavysege* dans le University Magazine. L’analyse dans laquelle il montre Heavysege comme un poète très intuitif et habile, mais gêné par une technique déficiente, est convaincante et se compare favorablement à d’autres critiques du poète.

Membre en vue de la communauté écossaise de Montréal, Edward Black Greenshields fréquentait l’église presbytérienne St Paul et appartenait à la Société Saint-André, où il semble cependant avoir été peu actif. Bien qu’il en ait été élu vice-président en 1894 et président pour 1895, il refusa d’exercer ces fonctions car, expliqua-t-il dans son journal intime, il n’avait pas de temps à consacrer à l’un ou l’autre poste. Il mourut à Montréal en 1917 après avoir souffert d’une maladie cardiaque durant quatre mois.

Gordon Burr

L’allocution d’Edward Black Greenshields à titre de président du Bureau de commerce de Montréal à l’occasion du 50e anniversaire de cet organisme a été imprimé avec le Report (Montréal), 1892, de ce dernier. De plus, Greenshields est l’auteur des ouvrages suivants : The subjective view of landscape painting, with special reference to J. H. Weissenbruch and illustrations from works of his in Canada (Montréal, 1904) ; Landscape painting and modern Dutch artists (Toronto, 1906) ; « A forgotten poet », University Magazine (Montréal), 7 (1908) : 343–359 ; et Poems (Montréal, s.d.).

ANQ-M, CE1-130, 25 août 1850.— ANQ-Q, CE1-66, 19 oct. 1876.— McGill Univ. Arch. (Montréal), RG 4 (Secretariat of the Royal Institution for the Advancement of Learning and the Board of Governors), c.7–9 ; RG 8 (Secretariat of Senate), c.8.— Musée McCord d’histoire canadienne (Montréal), Papiers de la famille Greenshields ; Victoria Rifles of Canada.— Gazette (Montréal), 23 avril 1917.— Assoc. des beaux-arts de Montréal, 17th loan exhibition on the occasion of the opening of the new gallery, 29 November 1893 (Montréal, 1893).— The book of Montreal, a souvenir of Canada’s commercial metropolis, E. J. Chambers, édit. (Montréal, 1903).— Janet Brooke, le Goût de l’art : les collectionneurs montréalais, 1880–1920, André Bernier, trad. (catalogue d’exposition, Musée des Beaux-Arts de Montréal, Montréal, 1989).— M. H. Hurdalek, The Hague School : collecting in Canada at the turn of the century, May 7–June 26, 1983 (catalogue d’exposition, Musée des Beaux-Arts de l’Ontario, Toronto, 1984).— McGill Univ., Annual calendar (Montréal), 1870–1871.— Alfred Sandham et William Notman, McGill College and its medals (Montréal, 1872).— F. W. Terrill, A chronology of Montreal and of Canada from A.D. 1752 to A.D. 1893 [...] (Montréal, 1893).— Who’s who and why, 1915–1916.

Bibliographie générale

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Gordon Burr, « GREENSHIELDS, EDWARD BLACK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/greenshields_edward_black_14F.html.

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Auteur de l'article:   Gordon Burr
Titre de l'article:   GREENSHIELDS, EDWARD BLACK
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   19 septembre 2014