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HERBOMEZ, LOUIS-JOSEPH D’, prêtre, oblat de Marie-Immaculée, missionnaire et évêque, né le 17 janvier 1822 à Brillon, département du Nord, France, fils de Louis d’Herbomez et de Marie-Alexandrine Bricquet, décédé le 3 juin 1890 à New Westminster, Colombie-Britannique.

Louis-Joseph d’Herbomez travailla avec son père qui était maréchal-ferrant, puis, à 17 ans, il fréquenta le petit séminaire de Cambrai. Le 20 novembre 1847, il entra au noviciat des Oblats de Marie-Immaculée, à Nancy. Il prononça ses vœux perpétuels le 21 novembre 1848 et, le 14 octobre 1849, Mgr Charles-Joseph-Eugène de Mazenod, évêque de Marseille et fondateur des oblats, l’ordonna prêtre.

Envoyé, en 1850, dans les missions oblates du Territoire de l’Oregon, aux États-Unis, d’Herbomez œuvra sous la direction du père Pascal Ricard, supérieur de la communauté à Olympia (état de Washington). De 1851 à 1853, il exerça son ministère auprès des Yakimas et fonda la mission de Saint-Joseph d’Ahtanum ; au cours de la dernière année, il alla s’établir au Puget Sound afin de s’occuper des Salishs du littoral. Nommé visiteur extraordinaire des missions oblates de l’Oregon en 1856, d’Herbomez succéda deux ans plus tard au père Ricard au poste de vicaire des missions.

Durant leur séjour en Oregon, les oblats ne purent établir de bonnes relations avec les représentants locaux du gouvernement américain, qui s’offusquaient de les voir utiliser les langues indiennes dans leur travail. Ces relations ne s’améliorèrent pas, même après que les oblats eurent abandonné leur ministère auprès des Yakimas en 1855 ; c’est pourquoi, en 1858, les supérieurs de la congrégation autorisèrent d’Herbomez à déménager son quartier général au nord, à Esquimalt (Colombie-Britannique), en territoire britannique. Étant alors sous la protection de Mgr Modeste Demers *, évêque francophone de l’Île-de-Vancouver, et de sympathiques fonctionnaires de la Hudson’s Bay Company, les oblats envisagèrent d’ouvrir des missions dans l’île et sur le continent. À l’Île-de-Vancouver, ils œuvrèrent auprès des marins irlandais de la marine royale, des colons blancs et des Indiens de la mission qu’ils avaient établie à Esquimalt. Sur le continent, ils se consacrèrent aux Blancs et aux Indiens des mines de la région du fleuve Fraser et aux Indiens de la vallée du lac Okanagan. Malgré l’arrivée massive des mineurs en 1858, au moment de la ruée vers l’or du Fraser, les Indiens demeurèrent supérieurs en nombre à la population blanche, et c’est parmi eux que s’effectua la plus grande partie du travail des missionnaires catholiques.

En accomplissant ce travail auprès des Indiens, d’Herbomez se proposait à long terme de créer des villages agricoles semblables aux réductions que les jésuites avaient constituées pour les Indiens du Paraguay au xviie siècle. Rassemblés dans ces villages bâtis autour d’une église, loin de la corruption qui régnait dans les villes de la ruée vers l’or, les Indiens pouvaient mener une vie sobre, apprendre les vertus chrétiennes et les techniques agricoles, faire publiquement pénitence de leurs péchés, célébrer les fêtes de la religion catholique au lieu de celles de la tradition indienne et faire instruire leurs enfants dans une école d’arts et métiers. Au début des années 1860, les oblats fondèrent plusieurs réductions ainsi que des postes de mission à New Westminster, à Esquimalt et au fort Rupert (près de ce qui est aujourd’hui Port Hardy), au nord de l’Ile-de-Vancouver. Partant de ces postes, les missionnaires se rendaient dans les régions avoisinantes pour y tenir des assemblées d’éducation et de célébration du culte. Sous la direction de d’Herbomez, les oblats créèrent à l’intention des Blancs des paroisses et des écoles, et notamment le St Louis College, à Victoria.

Le 22 décembre 1863, d’Herbomez fut nommé évêque titulaire de Miletopolis et vicaire apostolique du nouveau vicariat de la colonie de la Colombie-Britannique. Sacré évêque le 9 octobre 1864, à Victoria, par Mgr François-Norbert Blanchet, il s’installa au siège épiscopal de New Westminster une semaine plus tard. D’Herbomez conserva son poste de supérieur des oblats de la Colombie-Britannique, et, l’année suivante, il retira du diocèse de l’île les prêtres et frères oblats missionnaires, dans l’espoir de rendre le travail de sa communauté, sur le continent, autonome par rapport à l’œuvre de Mgr Demers. En 1865, les oblats fondèrent le St Louis College à New Westminster et d’Herbomez encouragea les Sœurs de Sainte-Anne à y ouvrir une école pour filles ; plus tard, en 1868, il les incita également à mettre sur pied une école à la mission Sainte-Marie. En 1869, d’Herbomez avait ouvert 55 chapelles dans les villages indiens ; il avait commencé à établir des districts de mission comme ceux du lac William, du lac Stuart et de Cranbrook, et il avait fait de longues visites pastorales. L’excès de travail mina sa santé, et, en 1867, il désigna le père Pierre-Paul Durieu*, directeur de la mission Sainte-Marie, pour lui servir d’assistant.

En 1869, d’Herbomez se rendit en Europe afin d’assister au concile du Vatican. À son retour en Colombie-Britannique, il recommanda au gouvernement fédéral de constituer des réserves indiennes dans les villages, d’abolir les droits des Indiens sur les terres de la province, de leur donner des subventions annuelles pour des instruments aratoires, des vêtements et des couvertures, et de désigner des agents catholiques auprès des Indiens de cette confession. Il demanda spécialement d’ouvrir des écoles d’arts et métiers et d’agriculture où les jeunes Indiens seraient mis en pension, soulignant que les oblats avaient fondé de telles institutions et se proposaient d’en établir une dans chaque district de mission.

Durieu fut nommé coadjuteur de l’évêque en juin 1875, et d’Herbomez, restant actif en dépit d’un état de santé qui ne s’améliorait pas, étendit son œuvre missionnaire en s’occupant des Indiens de Kamloops en 1878, des hommes affectés à la construction du chemin de fer canadien du Pacifique dans les années 1880, et de la ville de Vancouver, récemment érigée en cité, en 1886. En dépit du rayonnement de l’œuvre des missionnaires catholiques et des éloges que les oblats reçurent pour leur travail auprès des Indiens, les résultats furent éphémères. La concurrence des missionnaires méthodistes et anglicans était forte et, si les Indiens semblaient accepter les oblats, ils n’en conservaient pas moins leurs pratiques religieuses et leur activité sociale traditionnelles. En outre, le travail que les Indiens effectuaient dans les mines et les conserveries leur procurait l’argent nécessaire au maintien de leurs traditions et incitait les parents à ne pas envoyer à l’école des enfants qui pouvaient contribuer au revenu familial. Bien que la grande affluence des Indiens aux assemblées religieuses des années 1880 semblât répondre aux espoirs que d’Herbomez avait nourris, peu d’élèves fréquentèrent les écoles des oblats et, lorsqu’il en vint, leur période de formation fut brève.

Quand d’Herbomez se rendit à Rome en 1887 pour assister au chapitre général des oblats, son état de santé avait empiré. En 1888, Durieu le remplaça au poste de vicaire des missions. Deux ans plus tard, d’Herbomez succomba à un cancer de l’estomac et fut inhumé à la mission Sainte-Marie. C’est Durieu et non pas lui que les écrits du père Adrien-Gabriel Morice* firent connaître comme fondateur et architecte des villages de mission indiens des oblats, tel celui de Sechelt, mais les contemporains de d’Herbomez virent dans ces villages de mission « le résumé de toutes les aspirations de sa vie ».

Jacqueline Gresko

Louis-Joseph d’Herbomez est l’auteur de « Letter from his lordship the bishop of Miletopolis and vicar apostolic of British Columbia [...] », parue dans [H.-L. Langevin], British Columbia : report of the Hon. H. L. Langevin, C.B., minister of public works (Ottawa, 1872), 158–160, et de Secular schools versus denominational schools (s.l., 1881).

Arch. hist. oblates (Ottawa), G-LPP, L.-J. d’Herbomez à Joseph Fabre, 4 févr., 1er juin 1864, 12 août 1867, 12 déc. 1873, 27 sept. 1884 ; L.-J. d’Herbomez aux Conseils centraux de la Propagation de la Foi, 12 déc. 1864 (copie dactylographiée) ; HPK 5 001, « Acte de visite de la maison de Sdd Marie du 18 au 25 septembre 1882 » ; HPK 5 241, Pierre-Paul Durieu à LeJacq, 27 nov. 1883, 23, 25 févr. 1884 ; HPK 5 282, Pierre-Paul Durieu à L.-J. d’Herbomez, 14 févr., 15 mars, 1er juin, 25 sept. 1869 (copies dactylographiées).— Canada, Parl., Sessional papers, mars–août 1873, V : no 23 ; 1874, VI : no 17 ; 1875, VII : no 8 ; 1876, VII : no 9 ;1877, VII : no 11 ;1878, VIII : no 10 ;1879, VI : n7.— Consecration of the Right Rev. Dr. D’Herbomez, O.M.L, which has taken place in the Cathedral of St. Andrews, Victoria, V.L, October 9th, 1864 (21st Sunday after Pentecost) (s. l., s.d.).— Missions de la Congrégation des missionnaires oblats de Marie Immaculée (Marseille et Paris), 1 (1862) ; 2 (1863) ; 3 (1864) ; 4 (1865) ; 6 (1867) ; 9 (1870) ; 11 (1873) ; 17 (1879) ; 18 (1880) ; 19 (1881) ; 22 (1884) ; 24 (1886) ; 27 (1889) ; 28 (1890) ; 31 (1893).— Robert Cooke, Sketches of the life of Mgr. de Mazenod, bishop of Marseilles, and founder of the Oblates of Mary Immaculate, and of the missionary labours and travels of members of that society [...] (2 vol., Londres et Dublin, 1879–1882), I : 329–346.— Kay Cronin, Cross in the wilderness (Vancouver, 1960).— Gabriel Dionne, « Histoire des méthodes missionnaires utilisées par les Oblats de Marie Immaculée dans l’évangélisation des Indiens du « versant Pacifique » au dix-neuvième siècle » (thèse de m.a., univ. d’Ottawa, 1947).— M. M. Down, A century of service, 1858–1958 : a history of the Sisters of Saint Ann and their contribution to education in British Columbia, the Yukon and Alaska (Victoria, 1966).— Wilson Duff, The Indian history of British Columbia (1 vol. paru, Victoria, 1964–  ), I.— J. J. [Kennedy] Gresko, « Roman Catholic missionary effort and Indian acculturation in the Fraser valley, 1860–1900 » (mémoire de b.a., Univ. of British Columbia, Vancouver, 1969).— Sœur Marie-Rollande, Mère Marie-Angèle, deuxième supérieure générale des Sœurs de Sainte-Anne, 1828–1898 (Montréal, 1941), 182–185.— A.-G. Morice, History of the Catholic Church in western Canada from Lake Superior to the Pacific (1659–1895) (2 vol., Toronto, 1910), II.— « Hommes et choses d’autrefois ; un champ d’apostolat trop peu connu : les oblats dans l’Orégon et la Colombie Britannique », Petites annales des missionnaires oblats de Marie Immaculée (Paris), 37 (1932) : 7, 73.— E. M. Lemert, « The life and death of an Indian state », Human Organization (New York), 13 (1954–1955), n3 : 23–27.— Wayne Suttles, « The persistence of intervillage des among the coast Salish », Ethnology (Pittsburgh, Pa.), 2 (1963) : 521–525.

Bibliographie générale

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Jacqueline Gresko, « HERBOMEZ, LOUIS-JOSEPH D’ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/herbomez_louis_joseph_d_11F.html.

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Auteur de l'article:   Jacqueline Gresko
Titre de l'article:   HERBOMEZ, LOUIS-JOSEPH D’
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   22 juillet 2014