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HOLBROOK, HENRY, marchand, propriétaire d’une conserverie et homme politique, né le 11 juillet 1820 à Northwich, Angleterre, fils de Samuel Holbrook et d’une prénommée Elizabeth ; célibataire, il eut une fille et un fils ; décédé le 11 mai 1902 à Talbot House, à Parkgate, près de Neston, Angleterre.

Issu d’une famille marchande du Cheshire, Henry Holbrook fréquenta la grammar school de Witton (Birmingham) avant d’entrer dans les affaires à Liverpool. Il fut entrepreneur en Crimée pendant la guerre qui sévit là-bas et vécut par la suite à Odessa (Ukraine). Il arriva à Victoria au début de la ruée vers l’or du Fraser, en 1858. L’année suivante, New Westminster devint la capitale et le port principal de la colonie continentale de la Colombie-Britannique ; Holbrook s’installa alors dans cette localité. Il acheta des lots, loua des terrains sur le front de mer, ouvrit un magasin et construisit des quais.

Holbrook ne tarda pas à se mêler des conflits entre la municipalité de New Westminster et James Douglas*, qui était à la fois gouverneur de la Colombie-Britannique et de l’île de Vancouver, mais montrait un parti pris pour l’île. Par exemple, en 1859 et en 1860, son magasin servit de lieu de réunion à des pétitionnaires qui réclamèrent à la Grande-Bretagne un gouverneur résidant et un gouvernement représentatif. Échevin tout au long des années 1860, Holbrook fut président (maire) du conseil local durant plusieurs années. Aux élections du Conseil législatif de la Colombie-Britannique en 1864, il perdit de justesse dans le district de New Westminster, mais remporta la victoire dans le district adjacent, celui de Douglas and Lillooet. Il figure en tant que représentant nommé pour Douglas and Lillooet dans les procès-verbaux de la session du conseil qui dura de janvier à avril 1866. Le 27 septembre, il brigua les suffrages dans Lillooet, mais fut défait par Edward Stamp*.

Holbrook s’opposait à l’union de la Colombie-Britannique et de l’île de Vancouver, qui se réalisa le 19 novembre 1866 ; d’ailleurs, son commerce pâtit de cette fusion. Les hommes d’affaires de Victoria, qui était auparavant un port franc, se mirent à inonder le marché continental de leurs produits. En outre, en 1868, les partisans de Victoria au Conseil législatif réussirent à faire donner à leur ville le statut de capitale.

Lorsque l’on commença à discuter de l’entrée de la colonie unifiée dans la Confédération, Holbrook se montra favorable au projet. En septembre 1868, il assista d’ailleurs au congrès de Yale, qui appuya fortement cette mesure. Le gouverneur Frederick Seymour* le nomma au Conseil législatif de la colonie à temps pour la session inaugurée le 17 décembre, renforçant ainsi, apparemment, le camp proconfédérateur au sein du conseil. Cependant, à mesure que l’échéance se rapprochait, Holbrook se mit à avoir des doutes. À New Westminster, fit-il valoir, on craignait que le Canada néglige la partie continentale de la province, comme l’avait fait le gouvernement britannique, selon lui, depuis la fusion avec l’île de Vancouver. Puis, en 1870, il se prononça à nouveau en faveur de l’entrée de la province dans la Confédération. Pour lui, il ne restait plus qu’à régler « certaines modalités ». La croissance démographique et l’arrivée du chemin de fer étaient des perspectives qui lui plaisaient, comme à d’autres hommes politiques, mais il réclamait de meilleures conditions. Par exemple, il voulait que le tarif protège les droits des agriculteurs locaux et que les marchandises anglaises entrent dans le dominion en franchise.

Les discours que Holbrook prononça au Conseil législatif au sujet de la Confédération présentaient la particularité de défendre les intérêts des populations autochtones de la Colombie-Britannique. Il faisait l’éloge des « lois canadiennes sur le saumon », car elles empêcheraient l’installation de pièges à saumon à l’embouchure du Fraser qui auraient grandement réduit les ressources alimentaires et l’autosuffisance des Amérindiens. La perspective de voir se créer des monopoles sur les canneberges, « source de subsistance pour des centaines d’Indiens », l’inquiétait. Les Indiens, comme les fermiers blancs, disait-il, devaient continuer à « bénéficier de la même protection que sous [le] gouvernement [d’alors] ». Selon ses estimations, la population adulte de la colonie se composait de 10 000 Blancs et de 40 000 autochtones ; « il ne [fallait] pas que ces Indiens soient laissés pour compte ». Le 22 mars 1870, il annonça une motion visant à « leur montrer qu’on ne les oubli[ait] pas et qu’ils [pouvaient] continuer à s’occuper en toute quiétude de leurs établissements et aménagements ». La motion fut battue par 20 voix contre une.

Holbrook ne perdit pas de temps à ruminer sa défaite. Dès avril 1870, il était à Ottawa, en tant que délégué officieux de New Westminster, pour discuter des conditions d’entrée de la province dans la Confédération. En mai, devant les parlementaires du Canada, il plaida pour que le chemin de fer transcontinental passe par la vallée du Fraser et pour qu’il y ait un terminus à New Westminster. Son discours fit prendre conscience aux négociateurs d’Ottawa qu’il existait une rivalité entre la partie continentale de la Colombie-Britannique et l’île de Vancouver au sujet du tracé du chemin de fer. Aucun document n’indique que Holbrook eut des entretiens au sujet des autochtones. Les modalités définitives de l’entrée de la province dans la Confédération étaient aussi vagues au sujet de la politique relative aux Indiens que sur les tracés de la voie ferroviaire.

De retour dans la province en 1871, Holbrook se replongea bientôt dans des affaires de nature locale. En 1874, il reprit avec James Cunningham la conserverie de Sapperton (New Westminster), qui avait appartenu à Edward Stamp. Mettant à profit la compétence de son fils Thomas Ovens, machiniste arrivé en 1871, et utilisant l’argent de sa sœur restée en Angleterre, il développa l’entreprise. En 1876, il obtint un prix pour ses conserves de saumon à l’Exposition universelle de Philadelphie. En 1877, il se dissocia de Cunningham. Par ailleurs, il promut les pêches de la Colombie-Britannique en occupant la présidence de l’association des propriétaires de conserveries de saumon, en travaillant à la création d’un établissement de salmoniculture et en mettant sur pied une première entreprise d’empaquetage de hareng à l’inlet Burrard.

Holbrook n’avait pas pour autant délaissé la politique. En 1871, il avait été élu sans opposition député de la circonscription de la ville de New Westminster à l’Assemblée provinciale. Le premier ministre John Foster McCreight* lui confia le portefeuille des Terres et des Travaux publics, mais il y renonça pour assumer la présidence du Conseil exécutif. C’était une fonction importante, mais elle ne lui donnait pas autant de faveurs à distribuer. Après la démission de McCreight en décembre 1872, Holbrook devint l’un des leaders de l’opposition au premier ministre Amor De Cosmos*, surtout populaire dans Victoria. Dans le conflit que suscitait toujours le tracé du chemin de fer, il continuait de plaider la cause de New Westminster et de la vallée du Fraser. Même si le gouvernement fédéral, dirigé par le libéral Alexander Mackenzie*, avait ralenti la construction du chemin de fer, il s’opposait à ce que la province s’en plaigne à la Grande-Bretagne. En outre, il désapprouvait ceux qui parlaient de séparer la Colombie-Britannique du Canada [V. George Anthony Walkem].

Pendant la campagne provinciale de 1875, Holbrook condamna les gens d’affaires ou autres habitants de Victoria qui tentaient d’effrayer les résidents de New Westminster en leur disant que, s’ils ne votaient pas en faveur d’un terminus ferroviaire à Victoria et de la séparation, ils n’auraient pas de chemin de fer du tout. Cette fois encore, il préconisa un traitement équitable pour les Indiens, question sur laquelle ses adversaires gardaient le silence. Finalement, il perdit l’élection, non seulement à cause de ses prises de position, mais aussi, entre autres, parce qu’il n’avait pas obtenu de faveurs pour sa circonscription.

Fatigué par la crise économique, la lenteur des progrès du chemin de fer et de coûteuses poursuites judiciaires liées à ses affaires, Henry Holbrook finit par tomber malade. Il fut maire en 1878, ce qui lui remonta un peu le moral, mais en 1880, il se rendit en Angleterre dans l’espoir de prendre du mieux. Finalement, ayant hérité de biens familiaux, dont Talbot House, il passa le reste de ses jours là-bas. Cependant, il continua de s’intéresser à la Colombie-Britannique. Lorsqu’on apprit sa mort en 1902, on mit les drapeaux de New Westminster en berne en reconnaissance de sa contribution à la collectivité.

Jacqueline Gresko

Henry Holbrook est l’auteur de British Columbia gold mines ; a paper read before the Liverpool Geological Association [...], publié à Liverpool en 1884.

AN, MG 29, D61, 26, Holbrook à Morgan, 8 nov. 1896.— BCARS, Acc. 90-017 ; GR 1372, F 67/116 ; F 195/14 ; F 418/28 ; F 508/2 ; F 778/3, 8, 14, 25 ; F 920/46 ; F 923/10 ; F 934/9–10.— Cheshire Record Office (Chester, Angleterre), WR 43 (Reg. of wills proved in Chester Dist. Probate Registry, 1902), 24 juill. 1902.— British Colonist (Victoria), avril 1859–juill. 1860.— British Columbian, févr. 1861–févr. 1869, 22 mars 1899, 12 mai 1902.— Chester Chronicle and Cheshire and North Wales Advertiser, 17, 24 mai 1902.— Daily Colonist (Victoria), 31 juill. 1860–nov. 1878, 31 mai, 25 déc. 1884, 22 mars 1885, 15 mai 1902.— Mainland Guardian (New Westminster, C.-B.), sept. 1869–24 mai 1879, 31 mai 1884.— Times (Ottawa), 10–11 mai 1870.— C.-B., Legislative Assembly, Journals, 1872 ; Sessional papers, Voters’ lists, New Westminster, 1881–1883.— R. E. Cail, Land, man and the law : the disposal of crown lands in British Columbia, 1871–1913 (Vancouver, 1974).— Fraser port : freightway to the Pacific, 1858–1985, Jacqueline Gresko et Richard Howard, édit. (Victoria, 1986).— J. S. Helmcken, The reminiscences of Doctor John Sebastian Helmcken, Dorothy Blakey Smith, édit., introd. de W. K. Lamb ([Vancouver], 1975).— Journals of colonial legislatures of Vancouver Island and B. C. (Hendrickson), 4 ; 5.— M. L. McDonald, « New Westminster, 1859–1871 » (thèse de {{m.a}}., Univ. of B.C., Vancouver, 1947).— Scholefield et Howay, British Columbia.

Bibliographie générale

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Jacqueline Gresko, « HOLBROOK, HENRY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/holbrook_henry_13F.html.

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Auteur de l'article:   Jacqueline Gresko
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   22 juillet 2014