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HOPKINS, EDWARD NICHOLAS, cultivateur, fromager et homme politique, né le 3 octobre 1854 à Brownsville, Haut-Canada, troisième enfant de Benjamin Hopkins et de Margaret Loucks ; le 2 janvier 1890, il épousa à Moose Jaw (Saskatchewan) Minnie Latham, et ils eurent deux fils, dont l’un mourut avant lui, et une fille ; décédé le 14 juillet 1935 au même endroit.
L’histoire d’Edward Nicholas Hopkins s’entremêle avec celle de la naissance et de la croissance économique de la ville de Moose Jaw, et avec celle de l’agriculture de l’Ouest canadien. Hopkins vit le jour dans le Haut-Canada d’un père irlandais et d’une mère loyaliste. Pendant son enfance et son adolescence, il participa aux travaux de la ferme familiale. Tout comme son frère aîné James Edwin, il fréquenta les écoles locales du comté d’Oxford et le London Commercial College, et apprit le métier de la fabrication du fromage. Edward Nicholas gagna ensuite sa vie comme fromager à l’usine de Bayham (1866–1868), puis comme gestionnaire dans plusieurs autres fromageries de l’Ontario.
En 1882, Hopkins partit pour l’Ouest en compagnie de son beau-frère, Robert Key Thomson, sans doute attiré par le boum créé dans cette région par le chemin de fer canadien du Pacifique. Il arriva toutefois dans les Territoires du Nord-Ouest avant la pose des rails. Il traversa des terres inondées par les crues, de Brandon, au Manitoba, jusqu’au district de Boharm (Saskatchewan), où il s’installa tout près de l’endroit envisagé pour l’établissement de Moose Jaw et se mit à cultiver le sol. En 1886, Thomson et Hopkins fondèrent l’une des premières fromageries de l’Ouest canadien. Un journaliste du Regina Leader leur rendit visite cet automne-là : « Je suis allé voir la fromagerie Eureka Farm. Elle se trouve à environ six milles à l’ouest de Moose Jaw, et pour la première fois j’y ai assisté à la fabrication du fromage. » Trente vaches laitières de la ferme fournissaient le lait ; cela constitue l’un des plus anciens exemples de production et de manufacture commerciales à la ferme dans l’ouest du Canada.
Les intérêts commerciaux de Hopkins dans l’industrie du fromage l’amenèrent à s’engager dans la Dairymen’s Association of the North-West Territories, fondée en 1892. Alexander Gillan Thorburn* en fut le premier président, et on choisit Hopkins pour y occuper la vice-présidence. En 1896, à la suite de l’élaboration d’un plan pour obtenir une aide gouvernementale pour les crèmeries de l’Ouest, on réorganisa l’association ; Hopkins en devint alors le président. À ce moment-là, deux projets se faisaient concurrence. Le premier, défendu par le sénateur William Dell Perley, demandait au gouvernement fédéral d’établir des crèmeries sous la supervision de James Wilson Robertson*, commissaire fédéral de l’industrie laitière et agricole. Le second, promu par Hopkins et ses associés John Hawkes et William Watson, reposait sur le soutien du gouvernement territorial. Une version remaniée du plan du dominion l’emporta, mais n’obtint pas le succès escompté. Finalement, Hopkins et ses contemporains conclurent que la fabrication du fromage – produit de base en Ontario – se révélait moins lucrative dans l’ouest du Canada pour trois raisons : la distance à parcourir jusqu’aux marchés, le coût du transport et la production de lait pendant seulement une partie de l’année. De plus, cette activité s’avérait moins payante que la culture du blé. Pour rentabiliser ses investissements, l’industrie laitière se tourna donc bientôt vers la beurrerie.
Hopkins, dont les affaires prospéraient, s’engagea dans la politique locale et régionale. Il participa à l’organisation du Local Improvement District (précurseur de la Saskatchewan Association of Rural Municipalities, qui s’occupait surtout de la construction de routes). De plus, il présida l’Interprovincial Council of Farmers’ Associations, la Moose Jaw Agricultural Society et le conseil d’administration du Moose Jaw General Hospital. Il fut aussi le premier secrétaire de la chambre de commerce de l’endroit et l’un des membres fondateurs du Moose Jaw Boys’ College. Au dire de Hawkes, Hopkins effectua « d’importants investissements fonciers » qui contribuèrent à la fortune familiale. En 1905, il construirait avec sa femme, Minnie, une magnifique maison de style néo-classique, sise au 65, rue Athabasca Ouest.
L’un des principaux cultivateurs de la future province de Saskatchewan, Hopkins se joignit à l’un des plus grands mouvements agraires de masse du Canada : la Territorial Grain Growers’ Association. Créée en 1902, elle devint la Saskatchewan Grain Growers’ Association (SGGA) en 1906. Selon l’historien Brett Thomas Fairbairn, la SGGA constituait à l’époque « le plus important groupe d’intérêt, de lobbyisme et d’intervention politique de la province ». Élu à sa présidence très tôt dans l’histoire de l’association, Hopkins, avec des hommes comme Frederick William Green* et Edward Alexander Partridge, chercha des solutions aux problèmes des agriculteurs (particulièrement liés aux élévateurs à grains et au transport vers les marchés de l’Est). Le Grain Growers’ Guide décrit un discours qu’il donna en 1909, durant sa présidence : pour favoriser le meilleur progrès possible de la Saskatchewan, il préconise une « étude sérieuse et indépendante » de l’agriculture et des politiques, ainsi que la mise en place d’un « corps d’experts » avec « une vision des choses reflétant un esprit ouvert et un grand cœur ». À l’instar de plusieurs, dont le premier ministre Thomas Walter Scott, Hopkins avait la certitude que la Saskatchewan avait devant elle un avenir radieux et que celui-ci reposait sur l’agriculture. À l’occasion de l’inauguration d’une minoterie locale, l’homme d’affaires dans l’âme fit la déclaration suivante : on devrait « converti[r] [le grain] en produit fini derrière nos propres portes », afin qu’« aucun autre pays ne reçoive les profits de la fabrication qui nous appartiennent de droit ». Son franc-parler fit de lui un orateur populaire, connu pour son « bon vieux [sens] agricole », comme le rapporta le Manitoba Free Press en 1915. Un an après le début de la Première Guerre mondiale, il affirma ceci dans son style caractéristique : « [L]es premiers devoirs d’un homme sont envers sa femme et sa famille, puis ses créanciers, enfin son pays ».
À la fin de son mandat, Hopkins se vit élire président d’honneur de la SGGA. On le nomma, à ce titre, à une commission royale d’enquête sur la production agricole au Canada (parfois appelée la commission sur les ressources naturelles). Présidée par le député James Alexander Lougheed*, celle-ci faisait partie d’une série d’organismes semblables fondés pendant la guerre. Elle était devenue, avant 1916, la commission sur l’économie et le développement, chargée de formuler des propositions sur l’immigration, la colonisation et l’établissement des soldats.
En avril 1923, à l’occasion d’une élection partielle fédérale, Hopkins se présenta pour le Parti progressiste dans la circonscription de Moose Jaw County et en sortit vainqueur ; à l’issue des élections générales, en juin, 63 autres membres de la formation, alors dirigée par Robert Forke, le rejoignirent à Ottawa. En 1924, Hawkes écrivit que Hopkins croyait qu’il fallait « adopter en politique et au gouvernement la même ouverture d’esprit et la même volonté d’adopter de nouvelles méthodes pour renforcer l’efficacité que celles dont il a fait preuve dans l’exploitation de sa ferme ». Il se servit de son influence politique pour défendre la cause des cultivateurs de l’Ouest. Malgré l’urbanisation grandissante, Hopkins soutenait que, dans les Prairies, « l’intérêt de la ville [était] si étroitement lié à celui de l’agriculteur que l’on ne [pouvait] l’en séparer ».
Hopkins se montrait particulièrement critique à l’égard des efforts de reconstruction d’après-guerre – surtout ce qui concernait la centralisation des affaires et de la politique – et de leur impact sur les cultivateurs. « À mon avis, déclara-t-il à la Chambre des communes, nous n’avons pas encore commencé la reconstruction. » Les Canadiens de l’Ouest traversaient des « jours pénibles » et la seule réponse aux griefs historiques résidait dans de nouvelles fondations. Il annonça clairement sa position : « Tout ce qui est possible de centraliser à Montréal est centralisé là-bas ; si cela échappe à Montréal, cela s’arrête à Toronto ; si cela échappe à Toronto, cela s’en va à Winnipeg. » Les gens de l’Ouest « [ne] croyaient [pas] à la centralisation ». Hopkins préconisait d’autres moyens pour « augmenter le prix de vente de [leurs] produits » (des initiatives de mise en marché coopératives, par exemple). La réduction des tarifs favoriserait aussi la fabrication de biens moins coûteux, mais cela ne « suffirait pas ». « Le problème du cultivateur », soulignait-il, résidait dans la recherche de nouvelles façons « d’obtenir des prix rémunérateurs pour ses produits ».
Hopkins demeura à la Chambre des communes jusqu’à sa défaite, en 1925, au profit du libéral John Gordon Ross. Il resta actif à Moose Jaw au sein de la Wild Animal Park Society, qu’il créa en 1929. Il était méthodiste, puis, après 1925, il devint membre de l’Église unie du Canada [V. Samuel Dwight Chown ; Clarence Dunlop Mackinnon]. Hopkins s’éteignit le 14 juillet 1935 à Moose Jaw, rejoignant son fils aîné, James Erle, mort noyé en 1907.
La vie d’Edward Nicholas Hopkins représente bien celle des premiers colons de l’Ouest canadien séduits par les promesses d’un nouveau départ sur des terres d’avenir. Ses expériences personnelles dans plusieurs entreprises commerciales et dans les services à la communauté, à l’échelle locale et provinciale, lui apprirent rapidement que les cultivateurs, s’ils voulaient relever le défi de tirer des bénéfices équitables de la mise en marché de leurs produits, devaient travailler ensemble. Au bout du compte, cet esprit coopératif amena Hopkins à essayer d’apporter des changements par l’engagement politique. Il croyait beaucoup à l’avenir de la Saskatchewan et s’efforça de créer les conditions propices à la réalisation de son potentiel de province du blé.
La résidence d’Edward Nicholas Hopkins a été transformée en un restaurant. Comme on prétend que Minnie Hopkins hante son ancienne demeure, le Hopkins Dining Parlour figure souvent dans des publications sur les maisons hantées célèbres de la Saskatchewan et du Canada, y compris dans l’ouvrage de Sheila Hervey, Canada ghost to ghost (Toronto, 1996), et dans des productions audiovisuelles, comme Creepy Canada, série télévisée canadienne diffusée de 2002 à 2006 sur la chaîne OLN.
AO, RG 80-2-0-189, no 037224.— BAC, « Concessions des terres de l’Ouest canadien, 1870–1930 », Edward N. Hopkins et Robert K. Thomson ; R233-30-3-F, vol. 271–462, Canada Ouest (Ontario), dist. Oxford, sous-dist. Dereham : 108 ; R233-34-0-F, Ontario, dist. Oxford Sud (13), sous-dist. Dereham (A), div. 2 : 21 ; R233-35-2-F, Ontario, dist. Oxford Sud (165), sous-dist. Dereham (A), div. 4 : 47 ; R233-36-4-F, Territoires du Nord-Ouest, dist. Assiniboia Ouest (199), sous-dist. Moose Jaw et Regina (C), div. 6 : 8.— eHealth Saskatchewan, « Genealogy index », James [Earle] Hopkins, birth registration, 1891.— Saskatchewan Arch. Information Network Coll., « MJ-18 – Moose Jaw General Hospital fonds ».— Grain Growers’ Guide (Winnipeg), 7 août 1907, 7 août 1909, 30 nov. 1910, 20 oct. 1915.— Lethbridge Herald (Lethbridge, Alberta), 15 juill. 1935.— Manitoba Free Press, 10 févr. 1915.— Moose Jaw Herald Times (Moose Jaw, [Saskatchewan]), 24 janv. 1890.— Ottawa Evening Journal, 11 avril 1923.— Times-Herald (Moose Jaw), 10 juin 1933, 14 juill. 1935.— Winnipeg Tribune, 21 févr., 26 juin 1907 ; 20 févr. 1909 ; 10 mars, 5, 11 avril 1923.— Canada, Economic and development commission, Draft interim reports (Ottawa, 1916).— G. C. Church, An unfailing faith : a history of the Saskatchewan dairy industry (Regina, 1985).— Brett Fairbairn, « Canada’s “co-operative province” : individualism and mutualism in a settler society, 1905–2005 », dans Perspectives of Saskatchewan, J. M. Porter, édit. (Winnipeg, 2009), 149–173.— John Hawkes, « Edward Nicholas Hopkins », dans son ouvrage The story of Saskatchewan and its people (3 vol., Regina, 1924), 3 : 1591–1593.— Lipad – Linked Parliamentary Data, « Transcripts of parliamentary debates », Edward Nicholas Hopkins, 21 mai 1923, 10 avril 1924, 5 mai 1925.— Ontario, Dept. of Agriculture, Annual report, 1891 (Toronto), 1892.— Pioneers and prominent people of Saskatchewan (Winnipeg et Toronto, 1924).— Who’s who in western Canada […] (Vancouver), 1911.
Merle Massie, « HOPKINS, EDWARD NICHOLAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 10 mars 2026, https://www.biographi.ca/fr/bio/hopkins_edward_nicholas_16F.html.
| Permalien: | https://www.biographi.ca/fr/bio/hopkins_edward_nicholas_16F.html |
| Auteur de l'article: | Merle Massie |
| Titre de l'article: | HOPKINS, EDWARD NICHOLAS |
| Titre de la publication: | Dictionnaire biographique du Canada, vol. 16 |
| Éditeur: | Université Laval/University of Toronto |
| Année de la publication: | 2026 |
| Année de la révision: | 2026 |
| Date de consultation: | 10 mars 2026 |