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HUNTER, JAMES, ministre de l’Église d’Angleterre, missionnaire, traducteur et philologue, né le 25 avril 1817 à Barnstaple, Angleterre, décédé le 12 février 1882 à Londres.

Après avoir été maître d’école pendant un certain temps, James Hunter entra au Church Missionary Society College, à Islington (maintenant partie de Londres), pour se préparer au ministère. Il acquit aussi une certaine connaissance de la médecine dans des hôpitaux de Londres en prévision du travail de missionnaire pour la société. Ordonné prêtre de l’Église d’Angleterre en 1844, Hunter s’embarqua le 1er juin sur un bateau de la Hudson’s Bay Company en compagnie de sa femme Ann (morte le 20 novembre 1847). Ils atteignirent York Factory (Manitoba) le 13 août, puis, le 26 septembre, après avoir voyagé à bord d’un York boat, ils arrivèrent à Cumberland Station, nouvelle mission indienne de The Pas (Manitoba), sur la rivière Saskatchewan. Les missionnaires passèrent un hiver désagréable parce qu’un batelier négligent avait perdu une partie de leur poêle pendant le voyage.

En 1846, Hunter élevait du bétail, des chevaux, des porcs et des moutons, et cultivait du blé, de l’orge et des pommes de terre dans la ferme de la mission. Après 1847, une partie des Indiens suivirent son exemple et construisirent des bâtiments faits de troncs d’arbres, défrichèrent le terrain et l’ensemencèrent, et adoptèrent même des vêtements européens. En 1845–1846, Hunter avait engagé un charpentier pour trois ans en vue de construire une église, un presbytère et une école, mais la construction se fit lentement car tout le bois, provenant des arbres de l’endroit, devait être scié à la main. En 1848, lorsque les membres de l’expédition organisée en vue d’aller à la recherche de sir John Franklin* et dirigée par sir John Richardson* et John Rae* hivernèrent à Cumberland House (Saskatchewan), trois charpentiers firent don de trois mois de travail pour construire le presbytère de la mission de The Pas. L’église, coiffée d’une aiguille de 70 pieds, fut consacrée par l’évêque de Rupert’s Land, David Anderson, à l’été de 1850.

Hunter s’appliqua avec ardeur à convertir les Indiens au christianisme et, chaque année, il fit état de nombreux baptêmes. En 1845, il envoya à Lac-la-Ronge (La Ronge, Saskatchewan) James Beardy, jeune Indien chrétien de The Pas ; l’année suivante, un catéchiste indigène, James Settee*, rejoignit Beardy. À l’été de 1847, Hunter s’y rendit en canot et y baptisa 124 Indiens ; en 1848, cette mission fut établie de façon permanente à l’arrivée du révérend Robert Hunt et de sa femme. On fonda deux autres postes dépendants de la mission de Cumberland Station : en 1850, Hunter délégua un catéchiste, John Humpherville, au lac Moose (Saskatchewan) et, en 1853, il envoya à Nepowewin (Nipawin, Saskatchewan) un autre Indien, le révérend Henry Budd*, qui l’avait précédé à The Pas.

Avant même d’avoir acquis une connaissance convenable du cri, Hunter commença de traduire des œuvres religieuses. Il préconisa l’emploi des caractères romains plutôt que l’écriture syllabique conçue pour le cri en 1840 par le révérend James Evans* à Rossville (Manitoba). L’esprit cultivé de Hunter ne pouvait admettre l’imprécision du système syllabique qu’il considérait tout simplement comme une sorte de sténographie. Cependant, pour apprendre à fond l’alphabet romain, il était essentiel de suivre des cours en règle, tandis que les peuplades nomades pouvaient apprendre en un jour les caractéristiques mnémoniques de l’écriture syllabique. La compétence de Hunter dans la langue crise s’accrut à la suite de son mariage, le 10 juillet 1848, à Jean (Jane) Ross, fille aînée de Donald Ross, agent principal de la Hudson’s Bay Company à Norway House (Manitoba) ; celle-ci avait appris la langue en bas âge et elle l’aida dans son travail. Impatient de voir paraître ses traductions, Hunter proposa qu’on les publie en Angleterre dès 1848. L’évêque Anderson conseilla cependant d’autres révisions, car il voyait des incohérences dans l’orthographe de Hunter et, en 1853 encore, il écrivit : « il y a toujours quelques fautes d’orthographe dans sa traduction, [comme] je lui dis, [et il y a] passablement trop de lettres ». Des traductions de l’évangile selon saint Mathieu, imprimées en Angleterre par la Church Missionary House, arrivèrent à York Factory sur le bateau ravitailleur de 1853. Quand les Hunter partirent en Angleterre en congé à l’automne de 1854, ils purent voir une grande partie de leurs traductions imprimées. Au nombre de leurs publications on compte, en 1855, les évangiles selon saint Marc et saint Jean, le Book of Common Prayer, une traduction par Jean Hunter de la première épître de saint Jean et un catéchisme. La plupart de ces œuvres furent réimprimées à la fin des années 1870 et beaucoup sont encore utilisées. Certaines des traductions des Hunter furent par la suite publiées en écriture syllabique. Jean Hunter fit aussi un recueil de cantiques. En reconnaissance de son travail de traducteur, l’archevêque de Cantorbéry décerna à Hunter une maîtrise ès arts en 1854.

À leur retour d’Angleterre en septembre 1855, les Hunter se dirigèrent vers la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba), encore en York boat. Dix jours après son départ de York Factory, le groupe s’arrêta assez longtemps pour que Jean donne naissance à un enfant. Deux semaines plus tard, l’aîné des Hunter et la sœur de Jean échappèrent de justesse à la noyade, mais une jeune femme anglaise périt lorsque leur embarcation chavira au cours d’une tempête de vent sur le lac Winnipeg. Par la suite, Jean Hunter demeura de santé délicate pendant de nombreux mois. L’histoire des deux épouses de Hunter illustre les souffrances que causaient aux femmes les fréquents accouchements dans des endroits sauvages. La première, Ann Hunter, était morte après avoir accouché, et seul le premier de ses trois enfants survécut. Jean perdit aussi deux enfants à la naissance ; lors de son troisième accouchement, à la paroisse St Andrews sur la rivière Rouge, à l’hiver de 1851–1852, le docteur John Bunn* lui donna du chloroforme, probablement une des premières utilisations de cet anesthésique dans l’Ouest.

Hunter fut affecté à St Andrews de 1855 à 1865. En 1854, l’évêque Anderson l’avait nommé l’un des archidiacres de la mission de Cumberland Station, lui confiant la responsabilité des affaires profanes et financières relatives aux missions plus éloignées. De plus, en qualité de secrétaire correspondant de la Church Missionary Society, il assura la liaison entre le clergé local et le bureau principal en Angleterre. Hunter fournit un effort aussi considérable dans l’accomplissement de ces obligations que dans la direction spirituelle de sa paroisse. Une dernière entreprise missionnaire, en 1858–1859, l’amena à faire le voyage avec le convoi de la Hudson’s Bay Company à destination du fort Simpson (Fort Simpson, Territoires du Nord-Ouest), sur le fleuve Mackenzie, pour étudier la possibilité d’établir des missions à cet endroit. Sur sa recommandation, le révérend William Kirkby partit en 1859 pour cette région lointaine. Un sermon d’ordination de huit pages par Hunter, intitulé God’s charge to Zion’s watchmen, fut le premier opuscule imprimé à la colonie de la Rivière-Rouge, en 1860.

Pendant l’hiver de 1862–1863 eut lieu le procès du révérend Griffith Owen Corbett* accusé d’avoir tenté de faire avorter une servante de 16 ans dans sa maison. Cet événement provoqua beaucoup d’excitation dans la colonie. Corbett nia tant l’accusation que la paternité de l’enfant. Beaucoup crurent ce missionnaire et médecin populaire victime d’un complot ourdi par les autorités civiles à cause de son opposition énergique à la Hudson’s Bay Company. Le clergé de l’Église d’Angleterre se tint sur la réserve, ce que certains interprétèrent comme un appui tacite aux autorités, et d’autres, comme un exemple de la rivalité entre missionnaires, puisque la Colonial and Continental Church Society répondait pour Corbett. L’archidiacre Hunter, à titre d’inspecteur envoyé par l’évêque, interrogea la fille à la fin de novembre et fut convaincu de la culpabilité de Corbett. À la mi-janvier 1863, avant le procès de Corbett, une rumeur se répandit laissant entendre que Hunter était coupable de turpitude morale, apparemment en relation avec la paternité de l’enfant. Scandalisé qu’une telle calomnie pût circuler dans sa propre paroisse, Hunter réagit émotivement en donnant sa démission à l’évêque, mais il la retira lorsque l’auteur de la rumeur, John Tait, meunier et charpentier, admit deux semaines plus tard que celle-ci était sans fondement. L’incident compromit les chances de Hunter d’être nommé évêque de Rupert’s Land en 1864. Lorsque l’évêque Anderson démissionna, Hunter s’attendit à être nommé à cause de ses antécédents comme administrateur, missionnaire et traducteur, mais un malaise causé en Angleterre par la crainte que les laïcs de la Rivière-Rouge n’acceptent pas ce choix fit qu’on lui préféra Robert Machray*.

À l’été de 1865, les Hunter retournèrent en Angleterre. James Hunter continua de travailler pour la Church Missionary Society jusqu’en 1867, année où il accepta la charge importante de vicar de l’église St Matthew, à Bayswater, Londres, charge qu’il conserva jusqu’à sa mort. Il se révéla un prédicateur si populaire qu’on dut construire une autre église pour recevoir les fidèles. En 1875, la Society for the Propagation of Christian Knowledge publia sa grande étude intitulée A lecture on the grammatical construction of the Cree language [...]. Plusieurs des 265 pages du volume sont consacrées à des modèles de conjugaison des verbes cris. Le livre demeure une des sources principales pour l’étude de cette langue. L’archevêque de Cantorbéry décerna un doctorat en théologie à Hunter en 1876.

Sur la pierre tombale de James et de Jean Hunter dans le cimetière Highgate de Londres, on peut lire ce témoignage : « Par leurs travaux en commun, ils transmirent la Bible et le Prayer Book [Book of Common Prayer] aux Indiens cris du Nord-Ouest de l’Amérique, dans leur langue maternelle. »

Bruce Peel

James Hunter est l’auteur de A lecture on the grammatical construction of the Cree language [...] (Londres, 1875). On peut retracer ses autres ouvrages, de même que ceux de son épouse, Jean Ross, dans, Biblio. of the Prairie prov. (Peel ; 1973), et dans J. C. Pilling, Bibliography of the Algonquian languages (Washington, 1891), 243–248.

CMS Arch., C, C.1/I ; C.1/L ; C.1/M ; et spécialement C, C.1/0, Journals of James Hunter (mfm aux APC et à l’Univ. of Alberta, Edmonton).— Church Missionary Intelligencer and Record (Londres), nouv. sér., 7 (1882) : 180s.— Mactavish, Letters of Letitia Hargrave (MacLeod).— Church Missionary Soc., Register of missionaries (clerical, lay, & female), and native clergy, from 1804 to 1904 (Londres, 1905), 62.— Crockford’s clerical dictionary [...] (Londres), 1867–1881.— Boon, Anglican Church.— [J. A.] Mackay, « James Hunter », Leaders of the Canadian church, W. B. Heeney, édit. (2e sér., Toronto, 1920), 79–85.

Bibliographie générale

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Bruce Peel, « HUNTER, JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/hunter_james_11F.html.

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Auteur de l'article:   Bruce Peel
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   18 avril 2014