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JACK, WILLIAM BRYDONE (dont le second prénom était à l’origine Bryden et qu’on désignait souvent par le nom de famille de Brydone-Jack), mathématicien, astronome, naturaliste et éducateur, né le 23 novembre 1817 à Trailflatt, dans la paroisse de Tinwald (région de Dumfries and Galloway, Écosse), fils de Peter Jack, tailleur de pierres et entrepreneur de bâtiments, et de Janet Bryden ; le 19 décembre 1844, il épousa Marian Ellen, fille de Charles Jeffery Peters*, et ils eurent quatre filles et un fils, puis, en 1859, Caroline Disbrowe (Disbrow), et de ce mariage naquirent une fille et quatre fils ; décédé le 23 novembre 1886 à Fredericton.

William Brydone Jack fit ses premières études dans des écoles paroissiales, puis à la Hutton Hall Academy, près de la ville de Dumfries. Admis à l’University of St Andrews, dans le comté de Fife, en 1835, il obtint la maîtrise ès arts cinq ans plus tard. Son programme d’études à l’université comprenait le latin, le grec, les mathématiques, la physique et la philosophie ; il gagna régulièrement des bourses d’études, tant dans les humanités que dans ses principaux champs d’étude, soit les mathématiques et les sciences naturelles. Plusieurs professeurs réputés exercèrent une influence sur Jack, mais ce fut sir David Brewster, célèbre mathématicien et directeur de l’United College à St Andrews, qui devint son mentor. Suivant ses recommandations, Jack accepta, en septembre 1840, le poste de professeur de mathématiques et de philosophie naturelle au King’s College (University of New Brunswick) de Fredericton, dans l’intention de ne demeurer que quelques années au Nouveau-Brunswick, le temps d’acquérir de l’expérience dans l’enseignement.

Le King’s College, qu’on avait établi par charte royale en décembre 1828, remplaçait l’école fondée par des pétitionnaires loyalistes en 1787 et érigée, par une charte, sous le nom de College of New Brunswick, en 1800. Ce n’est qu’à partir du début des années 1820 qu’on y donna l’enseignement de niveau universitaire sous la direction de James Somerville* ; après sa réorganisation en 1829, le collège, dirigé par Edwin Jacob*, offrit un programme d’études modelé sur celui d’Oxford ne comprenant que les mathématiques, les langues classiques et la philosophie. Fréquenté par une douzaine d’étudiants en moyenne seulement, le collège était constamment critiqué pour son caractère élitiste et son programme étriqué. Ayant été éduqué dans la tradition écossaise qui combinait les études empiriques et pratiques et les humanités, Jack voulut adapter le programme d’études aux « exigences de l’époque et du pays » en enseignant l’« art de l’observation et l’art de l’expérimentation ». Il ne tarda pas à établir une collaboration étroite et durable avec un compatriote écossais, le docteur James Robb*, premier professeur de chimie et d’histoire naturelle engagé au King’s College en 1837. Ils envoyèrent conjointement au conseil du collège, au début de 1847, une lettre suggérant que l’enseignement des sciences serait amélioré si on fournissait la somme de £1 000 pour l’achat d’appareils scientifiques devant aider les professeurs à illustrer leurs disciplines. Le conseil du collège mit £550 à leur disposition, dont £300 destinées à l’achat d’« un bon télescope achromatique de sept pieds ». Après s’être bien renseigné, Jack choisit un télescope approprié, mais une partie des membres du conseil s’éleva contre cette dépense démesurée et essaya de faire annuler sa commande. Jack persévéra dans ses efforts et obtint l’instrument désiré. Ce problème à peine réglé, Jack dut entreprendre une autre délicate négociation afin de persuader le conseil de construire un observatoire distinct abritant le télescope, au lieu d’utiliser une pièce à l’intérieur du collège. Jack obtint encore une fois gain de cause, et, grâce à sa ténacité, on compléta le premier observatoire astronomique en Amérique du Nord britannique à Fredericton en 1851.

Outre cette collaboration avec James Robb en matière de sciences et d’éducation, Jack établit d’étroites relations de travail avec le docteur J. B. Toldervy, médecin de Fredericton qui possédait un observatoire privé. Il est probable que ces trois hommes firent partie du Fredericton Athenæum, société fondée par Robb pour promouvoir la recherche littéraire et scientifique. Au début de 1855, Jack et Toldervy déterminèrent la longitude exacte de Fredericton par rapport à Boston en échangeant des signaux télégraphiques avec l’observatoire du Harvard College. Cette importante réalisation dans le domaine de l’astronomie au milieu du xixe siècle fut facilitée par le fait que l’observatoire de Toldervy se trouvait avantageusement situé près du bureau de télégraphe. Encouragés par le succès remporté par leur nouvelle méthode, Jack et Toldervy déterminèrent, cette année-là, la longitude d’autres endroits dans la province par rapport à Fredericton ; ils envoyèrent le résultat de leur découverte à George Biddell Airy, l’astronome du roi. Mais leurs évaluations de la longitude de Grand Falls et de Little Falls, si elles s’accordaient avec celles établies en 1842 par les commissaires américains qui avaient arpenté la frontière du Nouveau-Brunswick et du Maine, ne correspondaient pas à celles des commissaires britanniques. Jack et l’astronome du roi ne s’entendirent pas sur les mesures longitudinales qui devaient être adoptées, et leur correspondance, jusque-là franche, s’arrêta brusquement. Jack continua de recevoir d’importantes publications concernant les travaux d’astronomie d’Airy à Greenwich, qui influencèrent ses recherches scientifiques à Fredericton. On attribue l’introduction en 1854 d’un cours de génie civil au King’s College en grande partie à l’intérêt que Jack prenait aux questions pratiques d’arpentage et à sa connaissance de la triangulation exacte des îles Britanniques effectuée sous la direction de l’astronome du roi.

Durant les années 1850, les censeurs du King’s College à la chambre d’Assemblée, notamment Albert James Smith, renouvelèrent leurs attaques contre la nature exclusive du collège et l’aversion manifestée par le directeur Jacob pour les « études pratiques ». On fit de nombreuses demandes réclamant la conversion du collège en une école d’agriculture, ou encore la suppression de la subvention publique annuelle dont il jouissait. Afin de prévenir la disparition du collège, le lieutenant-gouverneur sir Edmund Walker Head* chargea une commission formée d’éminents éducateurs de l’Amérique du Nord britannique de faire des recommandations sur la manière dont le collège pourrait le mieux servir le Nouveau-Brunswick [V. Edwin Jacob]. À la suite de la parution du rapport de la commission, le collège fut transformé en 1859 en un établissement non confessionnel, qui prit le nom d’University of New Brunswick, et tous les tests de religion pour étudiants et professeurs cessèrent d’exister. Le lieutenant-gouverneur et le professeur Jack travaillèrent par la suite de concert pour convertir le collège, établissement classique et traditionaliste, en une université offrant un enseignement « pratique » en sciences comme en arts.

Joseph R. Hea fut nommé premier président de la nouvelle université en 1860, mais le professeur Jack le remplaça à peine un an plus tard. À titre de président, Jack se rendit compte qu’il fallait rehausser l’image de l’université ; il parcourut la province chaque été pour informer la population de l’enseignement que l’université pouvait donner aux étudiants et du rôle qu’il prévoyait faire jouer à établissement dans l’avancement de la province. James Robb, qui aurait pu l’aider grandement dans les efforts qu’il déployait pour sensibiliser le public, mourut en 1861 et sa disparition constitua une grande perte pour le nouveau président.

Pendant les années 1860, Jack réunit une équipe de professeurs compétents à l’université. George Montgomery Campbell, diplômé de Cambridge, enseigna les humanités ; Loring Woart Bailey*, diplômé de Harvard, donna des cours de chimie, de physique, de géologie et d’autres sciences naturelles ; Joseph Marshall* d’Avray, qui avait enseigné au King’s College dans les années 1850 et avait exercé les fonctions de surintendant en chef de l’Éducation, occupa le poste de professeur de langues et de littératures anglaise et française ; Jack lui-même enseigna les mathématiques, la philosophie naturelle et l’astronomie. Le programme d’études menant à la licence consistait en trois sessions de 40 semaines, au cours desquelles les étudiants suivaient des cours dans tous les sujets offerts. Les frais de scolarité et de logement n’étaient que de $160 per session ; malgré tout, le nombre des inscriptions ne s’accrut pas aussi vite que Jack l’aurait souhaité. Même si ses efforts pour faire connaître l’université parmi le peuple obtinrent quelque succès, les préjugés subsistèrent, les collèges confessionnels du Nouveau-Brunswick continuèrent d’attirer à la fois les étudiants et les dotations ; par ailleurs, l’insuffisance des fonds fournis par la législature entrava ses démarches en vue de construire « une université vraiment provinciale jouissant de toutes les possibilités d’expansion et de service profitable ». De plus, la prospérité, l’accroissement démographique et la mise en valeur des ressources de la province qu’on attendait de la Confédération ne se réalisèrent point. Bien que Jack eût prévu l’instauration de cours de navigation, de droit, de médecine, de génie et d’agriculture, ce n’est que presque cinq ans après sa retraite en 1885 qu’on créa de nouvelles chaires. Mais, en dépit de ses difficultés, l’University of New Brunswick produisit, sous la présidence de Jack, des diplômés d’une qualité remarquable. Au nombre de ceux-ci se trouvaient, dans les années 1860, James Mitchell*, George Robert Parkin* et George Eulas Foster* et, dans les années 1870, William Odber Raymond*, John Douglas Hazen* et Charles George Douglas Roberts* ; au début des années 1880, Bliss Carman* et Walter Charles Murray* y suivaient des cours.

Durant les années 1840 et 1850, Jack put concentrer son attention sur l’enseignement des mathématiques, de la physique, de l’astronomie et sur ses recherches dans ces disciplines. Après 1861, ses responsabilités de président jointes à celles de professeur lui laissèrent peu de temps pour ses travaux scientifiques, quoiqu’il aidât, au cours des années 1870, l’arpenteur général de la province à améliorer les normes d’arpentage. Malgré cela, Jack eut le mérite d’être le premier astronome canadien, et il contribua à cette discipline sous quatre aspects, à savoir la construction et l’équipement du premier observatoire astronomique en Amérique du Nord britannique, l’utilisation du « galvanisme », ou télégraphe électrique, dans le calcul de la longitude, la préparation et la présentation des premières conférences publiques sur l’astronomie au Canada et la mise au point de méthodes pour uniformiser les chaînes d’arpenteurs et vérifier l’emploi de la boussole. Ses travaux de pionnier le placent parmi les bâtisseurs de la science de l’astronomie au Canada.

William Brydone Jack contribua à l’éducation au Nouveau-Brunswick durant 45 ans, y compris ses années au service du bureau provincial d’Éducation de 1872 à 1885. Il apporta à la vie intellectuelle de l’université et de la province les meilleures traditions de ses ancêtres et de son éducation. Lorsqu’il prit sa retraite en 1885, le « sénat » de l’université lui accorda une pension et l’élut un de ses membres en hommage à ses dévoués services. Sa mort, survenue l’année suivante, priva l’université d’un de ses plus fidèles et judicieux conseillers.

J. E. Kennedy

William Brydone Jack est l’auteur de « [Uniform weights, measures, and moneys] », Soc. of Arts, Journal (Londres), 1 (1852–1853) : 157–162, et, en collaboration avec J. B. Toldervy, de « Account of the operations for determining the longitude of Fredericton, New Brunswick, by galvanic signals », Royal Astronomical Soc., Monthly Notices (Londres), 15 (1854–1855) : 190–194, et de « Synopsis of a report on the determination by electric telegraph of the longitudes of the Grand and Little Falls of the River Saint John [...] », déposé à l’UNBL (RG 61, U.N.B. Observatory, Corr., 1854–1862).

General Register Office (Édimbourg), Register of births and baptisms for the parish of Tinwald, 1817.— UNBL, RG 109, Report of committee approving expenditures on telescope, 23 mars 1847 ; Report of committee on the erection of the observatory, 19 mars 1851 ; Request from Robb and Jack for additional equipment, 22 févr. 1847 ; Resolution attempting to annul order for telescope, 5 avril 1848.— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose), II : 260.— Dent, Canadian portrait gallery, IV : 108s.— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell), II : 52–54.— A. F. Baird, « The history of engineering at the University of New Brunswick », et F. A. Firth, « King’s College, Fredericton, 1829–1859 », The University of New Brunswick memorial volume [...], A. G. Bailey, édit. (Fredericton, 1950), 75–81 et 22–32 respectivement.— The University of New Brunswick : a retrospect and a prospect (Fredericton, 1925).— [A. G. Bailey], « History of the University of New Brunswick », Univ. of New Brunswick, Calendar (Saint-Jean, N.-B.), 1941 : 11–16.— W. O. Raymond, « The genesis of the University of New Brunswick : with a sketch of the life of William Brydone-Jack, A.M., D.C.L., president from 1861–1885 »,SRC Mémoires, 3e sér., 12 (1918), sect. ii : 95–108.

Bibliographie générale

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J. E. Kennedy, « JACK, WILLIAM BRYDONE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/jack_william_brydone_11F.html.

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Auteur de l'article:   J. E. Kennedy
Titre de l'article:   JACK, WILLIAM BRYDONE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   28 juillet 2014