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KING, GEORGE EDWIN, avocat, homme politique et juge, né le 8 octobre 1839 à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, fils de George King* et de Mary Ann Fowler ; le 28 novembre 1866, il épousa Lydia Eaton, et ils eurent un fils et une fille ; décédé le 7 mai 1901 à Ottawa.

George Edwin King naquit dans une famille aisée de Saint-Jean. Il était le fils de l’un de ces travailleurs manuels qui connurent une rapide promotion sociale en passant à la construction maritime, secteur en plein essor au Nouveau-Brunswick au milieu du xixe siècle. Les King occupaient une place de choix dans le milieu en pleine expansion des méthodistes wesleyens de la ville. George Edwin fréquenta d’abord la Mount Allison Wesleyan Academy à Sackville, puis la Wesleyan University de Middletown, au Connecticut, où il obtint une licence ès arts en 1859 et une maîtrise ès arts en 1862. Après un stage de droit chez Robert Leonard Hazen* à Saint-Jean, il devint attorney en 1863 et fut reçu au barreau en 1865. Il se mit à pratiquer dans sa ville natale.

En octobre 1867, King accéda à la Chambre d’assemblée du Nouveau-Brunswick en remportant une élection partielle dans la circonscription qui regroupait le comté et la ville de Saint-Jean. On a dit que son affiliation politique était équivoque. Règle générale, il se définissait comme un libéral (ou un libéral-unioniste), mais il lui arriva souvent d’appuyer le conservateur fédéral Samuel Leonard Tilley* et son organisation au Nouveau-Brunswick, et il fut candidat conservateur aux élections fédérales de 1878. Cette incohérence apparente marque l’effet de division qu’eut l’entrée soudaine des affaires canadiennes dans la politique néo-brunswickoise. La coalition réformiste de Charles Fisher* et Tilley, qui avait gouverné la province de 1857 à 1865, avait éclaté au moment de décider si le Nouveau-Brunswick devait faire partie de la Confédération. Tilley répondait positivement à la question, et la plupart des libéraux, dont King, l’avaient suivi. Une fois devenu province canadienne, le Nouveau-Brunswick recevait près de 90 % de son revenu du gouvernement central. Dans ce contexte, le traditionnel réseau politique qui gravitait autour de Tilley, entré au gouvernement conservateur de sir John Alexander Macdonald* en 1867, avait une importance vitale, d’autant plus que Tilley était le ministre fédéral responsable du Nouveau-Brunswick. Il semble pourtant que, malgré les liens étroits qui existaient entre libéraux provinciaux et conservateurs fédéraux, King se soit toujours considéré comme un libéral.

Après 1867, la Confédération continua de déterminer le jeu de la politique provinciale au Nouveau-Brunswick. Le gouvernement d’Andrew Rainsford Wetmore* était formé d’une coalition de libéraux et de conservateurs qui, souvent, n’avaient en commun que leurs convictions fédéralistes. De 1867 à 1870, une instabilité extrême régna donc au Conseil exécutif. King figurait parmi ceux qui y accédèrent : le 2 mars 1869, à l’âge de 29 ans, il devint conseiller sans portefeuille. C’était un homme d’une vaste intelligence, très organisé, très volontaire et doué de charisme. Il ne tarda pas à s’imposer au gouvernement. De plus en plus, ce fut lui qui en définit le programme d’action et en fit adopter les mesures par le Parlement. D’abord, conformément à ses valeurs libérales et méthodistes, il s’occupa surtout de droits civils et de réforme sociale. Il préconisa une formule qui équivalait presque au suffrage universel masculin en faisant valoir que les droits de l’individu avaient préséance sur les simples droits de propriété. En vertu du même principe, il était disposé à promouvoir le suffrage universel féminin, prônait la levée du cens électoral à l’échelle provinciale et appuyait le droit des femmes à l’éligibilité. Quant à l’emprisonnement pour dettes, il y voyait un châtiment qui retombait très souvent, et injustement, sur les pauvres.

Le premier projet de loi important de King, qui date de 1869, inaugura au Canada la tradition qui consiste à soumettre les procédés électoraux à un contrôle judiciaire. Il le rédigea lui-même et le suivit personnellement à toutes les étapes du processus législatif. La même année, il appuya une loi qui étendait les droits des femmes mariées sur l’ensemble des biens et revenus dont elles étaient légalement propriétaires. Enfin, dans un nouveau projet de loi sur les dettes, adopté en 1870 malgré une forte opposition, il proposa que les débiteurs soient relâchés après un an de prison et ne soient jamais plus traînés en justice pour la même dette. Lui-même trouvait ce projet de loi sévère, mais reconnaissait que le contexte politique l’empêchait d’aller plus loin. D’ailleurs, un amendement adopté en comité porta la période d’incarcération à deux ans. Cependant, son gouvernement abolirait la prison pour dettes en 1874. King ne présenta pas de projet de loi en faveur du suffrage féminin. Les débats sur le sort des débiteurs montraient à quels obstacles se heurtaient les réformes radicales, et la majorité de King à l’Assemblée, avant 1874, fut toujours mince. Surtout, à compter de 1870, cet homme infatigable dépensa une grande part de son énergie à lutter pour l’instauration d’un système d’enseignement public.

Presque dès son entrée à l’Assemblée, King eut comme priorité de créer un réseau d’écoles élémentaires universel et subventionné par des fonds publics. Indubitablement, il fut le grand artisan du Common Schools Act de 1871. Il est plus difficile d’établir quelles autres influences jouèrent. Il y eut certainement le lieutenant-gouverneur Lemuel Allan Wilmot*, éminent méthodiste et naguère réformiste de premier plan, champion d’un système d’enseignement public unique et subventionné par des impôts, de même qu’Egerton Ryerson*, surintendant de l’Éducation en Ontario, dont les idées étaient familières à King. On doit aussi mentionner le modèle éducatif de la Nouvelle-Angleterre, avec ses présupposés sur l’Église et l’État, modèle que King avait connu une dizaine d’années auparavant, ainsi que l’expérience inaugurée dans les écoles néo-écossaises par le Free School Act de Charles Tupper* en 1864. Et puis, King était un produit des années 1860, période marquée par la publication du Syllabus de Pie IX et par les premiers débats en Europe sur les écoles et le rôle de l’État dans leur création.

Le plan du nouveau système d’enseignement prit forme de 1868 à 1870. Le projet de loi présenté par King à la session législative de 1870 s’appuyait sur huit principes formant un tout : gratuité scolaire pour tous les enfants ; contrôle efficace du système par une instance centrale et supervision effective de chaque instituteur ; versement d’une aide financière par la province et, à la fois, obligation légale pour les localités de participer au financement ; simplicité maximum du système ; protection de la liberté de conscience. Le système aurait trois sources de financement : des subventions provinciales, un impôt général prélevé par les comtés, un impôt local.

Après plusieurs semaines d’étude, il fallut bien se rendre à l’évidence : l’Assemblée n’adopterait pas le projet de loi. La question scolaire était un brandon de discorde parmi la coalition précaire qui gouvernait la province. Des deux côtés de la Chambre, on trouvait des partisans et des adversaires du projet. Certains opposants le trouvaient trop radical, surtout parce qu’il visait à instituer l’imposition obligatoire ; d’autres le jugeaient trop modéré parce qu’il permettrait aux écoles confessionnelles de continuer à toucher des subventions. Comme des élections devaient se tenir pendant l’été, le gouvernement Wetmore n’osa pas jouer sa crédibilité, d’ailleurs chancelante, sur un programme social de première importance qui n’avait aucune chance d’être adopté. En désespoir de cause, King retira le projet de loi. Puis Wetmore obtint « du gouvernement fédéral un siège à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick. Le 9 juin 1870, King accéda au poste de premier ministre et prêta serment comme procureur général. Il devenait, à 30 ans, le plus jeune chef de gouvernement de l’histoire du Nouveau-Brunswick.

Ce n’était pas une récompense. L’opposition à la coalition de Wetmore n’avait pas cessé de s’intensifier depuis 1868. Étant donné son jeune âge et son inexpérience, on s’attendait que King ne resterait pas longtemps en place. Néanmoins, il organisa une solide campagne où il fit surtout valoir la nécessité d’adopter la loi scolaire et de négocier pour le Nouveau-Brunswick de meilleures conditions de participation à la Confédération. Le scrutin fut essentiellement une partie nulle. Tout en ayant perdu des appuis, le gouvernement semblait pouvoir compter sur environ la moitié des membres de la nouvelle Assemblée. Cependant, les leaders de l’opposition déployèrent une telle vigueur que, avant même l’inauguration, 23 des 41 députés étaient prêts à appuyer une motion de censure contre le gouvernement.

Le 16 février 1871, Wilmot annonça dans le discours du trône que l’adoption d’une nouvelle loi scolaire serait la priorité du gouvernement. Le troisième jour de la session, King et son gouvernement démissionnèrent. La suite des événements est embrouillée. Quelqu’un – probablement Wilmot – inaugura des pourparlers entre King et l’un des leaders de l’opposition, George Luther Hatheway*, grand partisan de l’école publique. Wilmot offrit le poste de premier ministre à Hatheway, qui accepta de former un gouvernement. Le 22 février, le nouveau Conseil exécutif prêta serment. Hatheway assuma les fonctions de secrétaire de la province et King demeura procureur général. Les autres membres du gouvernement étaient soit des hommes de King, soit des partisans de Hatheway. Une seule cause les unissait : les écoles publiques.

Le 12 avril, King présenta de nouveau le projet de loi scolaire à l’Assemblée. Le débat fut long, parfois acerbe. La plupart des catholiques, quelques anglicans et tous les adversaires de l’imposition obligatoire firent front commun contre le projet. Le 5 mai, sous des pressions nombreuses, on ajouta au texte un article qui prévoyait que les écoles régies par la loi seraient non confessionnelles. Il fut adopté par 25 voix contre 10. Sur les instances de King, on confia la supervision du réseau scolaire au Conseil exécutif, lequel allait former un bureau d’Éducation avec le surintendant de l’Éducation (le premier à occuper ce poste serait Théodore Harding Rand*) et le recteur de la University of New Brunswick (William Brydone Jack*). Le bureau établirait les règlements qui prescriraient le programme et les manuels, qui définiraient la qualification et les conditions de travail des enseignants et qui diraient comment seraient dirigées les écoles locales. Adoptée le 17 mai, la loi entra en vigueur le 1er janvier 1872. Dès lors, durant trois ans, en assumer les conséquences serait l’une des grandes préoccupations du gouvernement.

La loi scolaire prit vite la vedette sur la scène fédérale. Les catholiques du Nouveau-Brunswick en appelèrent au gouvernement central pour qu’il refuse de la reconnaître. L’Acte de l’Amérique du Nord britannique, faisaient-ils valoir, leur garantissait le droit à des écoles confessionnelles puisqu’il y avait eu des écoles catholiques en vertu du Parish Schools Act de 1858 [V. John Sweeny]. Aucun membre du cabinet d’Ottawa n’était prêt à soutenir pareille proposition. Au printemps de 1872, deux députés catholiques du Nouveau-Brunswick, John Costigan* et Timothy Warren Anglin*, soulevèrent la question à la Chambre des communes. Costigan présenta une motion pour forcer le gouvernement fédéral à refuser de reconnaître la loi scolaire. Pierre-Joseph-Olivier-Chauveau*, député du Québec aux Communes et premier ministre de cette province, présenta une proposition demandant à la reine de modifier l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de façon à protéger les écoles confessionnelles du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. En fin de compte, les Communes rejetèrent les deux propositions et se contentèrent de résolutions qui demandaient au gouvernement du Nouveau-Brunswick de réexaminer sa position et aux légistes de la couronne à Londres de se prononcer sur la constitutionnalité de la loi.

Il incomba à King de riposter à l’offensive contre la loi sur les écoles publiques. En effet, après la mort de Hatheway, le 5 juillet, il reprit la direction du gouvernement ; John James Fraser* devint secrétaire de la province. Cinq mois après, en réponse à la résolution dans laquelle les Communes avaient invité la province à réétudier sa position, il produisit un mémoire de 12 pages où il contrait l’argument selon lequel le Nouveau-Brunswick comptait, au moment de la Confédération, des écoles publiques catholiques reconnues par la loi. « Des privilèges concédés en violation de la loi, soutenait-il, ne sauraient donner des droits. » Il contre-attaqua aussi sur d’autres fronts. La constitutionnalité du Common Schools Act fut contestée devant la Cour suprême du Nouveau-Brunswick, qui rendit un jugement favorable à King dans les premiers mois de 1873. En outre, le tribunal ayant trouvé à plusieurs reprises des défauts dans les dispositions de la loi scolaire qui portaient sur la taxation, King présenta une série de lois fiscales et rendit la taxation rétroactive.

Ce fut une victoire coûteuse. La nouvelle politique sur l’éducation fit éclater des antagonismes et déchira le tissu social. Elle eut aussi des suites fâcheuses plus tangibles. En 1872, la province éprouvait des difficultés financières ; obtenir de meilleures conditions d’Ottawa pressait. Or, les déceptions se succédèrent durant près de deux ans avant que King et Tilley, alors ministre fédéral des Finances, ne règlent le problème à l’avantage de la province. En 1873, on augmenta la subvention fédérale au Nouveau-Brunswick qui avait été négociée au moment de la Confédération. La province obtint aussi une indemnité annuelle de 150 000 $ parce que, dans le traité de Washington, en 1871, on avait renoncé aux droits d’exportation prélevés sur les marchandises américaines passant par la rivière Saint-Jean. À elle seule, cette indemnité faisait grimper de 30 % le revenu de la province ; en plus, des droits de coupe remplacèrent bientôt les droits d’exportation. Le gouvernement King se servit de ces rentrées de fonds pour promouvoir le développement social et économique.

Depuis longtemps, au Nouveau-Brunswick, on se désolait de ne pas parvenir à attirer des immigrants. En 1872, le Conseil exécutif avait lancé une campagne afin de recruter des fermiers au Royaume-Uni. King conçut des règlements en vertu desquels chaque famille pouvait acquérir, à certaines conditions, jusqu’à 200 acres de terres de la couronne et recevoir une certaine assistance en attendant que son exploitation agricole soit prête. Pour l’essentiel, on concéda ces privilèges aux groupes qui s’installaient dans des régions désignées de la province.

Dans le domaine ferroviaire, la politique du gouvernement King était la continuation de deux politiques antérieures. En 1870, furieux que l’ingénieur en chef du chemin de fer Intercolonial, Sandford Fleming*, ait opté pour la côte nord de la province, alors un arrière-pays peu peuplé, le gouvernement Wetmore avait offert de concéder 10 000 acres de terres par mille de voie ferrée à l’entrepreneur qui construirait un chemin de fer concurrent entre Fredericton et Edmundston, dans la vallée de la Saint-Jean, zone plus populeuse. Un consortium comprenant Alexander Gibson* avait accepté la proposition et constitué juridiquement la New Brunswick Railway Company. De 1872 à 1875, le Conseil exécutif concéda à cette entreprise 1 115 000 acres de terres de la couronne, soit environ 6 % du territoire de la province. En outre, le gouvernement continua de verser des subventions en espèces, comme cela se faisait déjà. Les lois de 1873 et 1874 sur les subventions aux chemins de fer – entrées en vigueur à peu près au moment où le Nouveau-Brunswick négociait de meilleures conditions avec Ottawa – relancèrent la pratique qui consistait à verser 5 000 $ par mille de voie pour des travaux entrepris par des sociétés privées, après avoir été approuvés. Sept chemins de fer furent construits en vertu de ces lois pendant la période où King fut premier ministre, et le montant des subventions autorisées dépassa les 625 000 $.

Au printemps de 1873, la question scolaire requit à nouveau l’attention de King. Faute d’avoir pu faire annuler la loi (le cabinet, les tribunaux et les légistes de la couronne avaient tous conclu que la province était dans son droit), les évêques catholiques de Saint-Jean et Chatham, John Sweeny et James Rogers, prièrent Costigan et l’Église du Québec d’exercer des pressions afin d’amener le gouvernement du Nouveau-Brunswick à changer de cap. L’Église québécoise n’était pas disposée à trop bousculer Macdonald et le gouvernement fédéral conservateur. En revanche, Costigan sut convaincre les Communes de demander au gouverneur général de refuser de sanctionner les lois du Nouveau-Brunswick qui permettaient de lever un impôt pour les écoles locales. Macdonald ne voulut pas exercer le droit d’annulation, mais, bon prince, il demanda au Parlement de dégager des crédits de 5 000 $ pour aider les catholiques du Nouveau-Brunswick à en appeler au plus haut tribunal de l’Empire britannique, le comité judiciaire du Conseil privé.

Cette deuxième intervention fédérale attisa les rancœurs religieuses au Nouveau-Brunswick. Au milieu de 1873, à Saint-Jean, d’éminents catholiques qui refusaient de payer leurs taxes scolaires virent leurs biens saisis par ordre des tribunaux. Sur l’initiative de King, des réunions se tinrent avec Sweeny dans l’espoir de trouver un compromis. L’évêque offrit de faire la paix à certaines conditions ; le Conseil exécutif jugea inacceptables une partie d’entre elles. La polémique continua de s’envenimer. Puis, pendant la session législative de 1874, le Nouveau-Brunswick connut le débat le plus violent de toute cette période de son histoire. Il semble que King et les autres réformistes modérés, qui n’avaient accepté la non-confessionnalité que sous de fortes pressions et dans le seul but de faire adopter la loi, étaient devenus intraitables. Évoquant l’histoire de l’ultramontanisme et les objectifs de ce mouvement en Europe et au Canada, King proclama que les intentions des dirigeants de l’Église catholique lui inspiraient une profonde méfiance. Les termes qu’il employa pour défendre le système d’enseignement étaient bien ceux d’un libéral : égalité, efficacité, mêmes chances à tous. Et il conclut par cette déclaration de guerre : « Si nous désertons une seule fois le solide rempart qui borde les hauteurs de l’égalité [...] c’en sera fait de nos droits et de notre liberté d’action. » L’Assemblée rejeta par 24 voix contre 12 une modification visant l’abrogation de la loi scolaire ; par environ la même majorité de voix, on adopta une motion condamnant l’ingérence fédérale et impériale en la matière. Sur ce, Tilley, alors lieutenant-gouverneur de la province, proclama la dissolution de la Chambre.

Les élections de 1874 au Nouveau-Brunswick portèrent exclusivement sur la question scolaire. Le moment fort de la campagne fut le discours prononcé par King à Saint-Jean, discours qui contribua largement à sa victoire, selon James Hannay, et qui contenait ce slogan : « Le programme, tout le programme et rien que le programme. » Son gouvernement remporta 36 des 41 sièges. Au xixe siècle, aucun chef politique du Nouveau-Brunswick ne connut un pareil triomphe. C’était aussi une victoire pour les libéraux. Quelles qu’aient été par ailleurs les convictions des Free Schoolers (opposés au financement public des écoles confessionnelles), ils étaient presque tous libéraux. Un mois après le scrutin, le comité judiciaire du Conseil privé, devant lequel les catholiques avaient porté leur cause en appel, tranchait en faveur de la province, à laquelle King avait servi d’avocat-conseil.

En janvier 1875, la loi scolaire provoqua, à Caraquet, des émeutes où deux hommes trouvèrent la mort [V. Robert Young]. Le gouvernement et l’Église catholique, de plus en plus conscients que la tragédie était imputable à l’intransigeance des deux camps, se mirent à chercher comment sortir de l’impasse. Au printemps, les cinq députés catholiques de l’Assemblée, sous la direction de Kennedy Francis Burns*, présentèrent une série de propositions. Rédigées par Sweeny, elles demandaient que les jeunes catholiques soient autorisés à fréquenter l’école en dehors de leur district ; que les membres des communautés religieuses aient droit à leur propre formation et à leurs propres examens ; que l’évêque de chaque diocèse soit habilité à interdire tout texte qu’il jugeait offensant ; enfin, que les jeunes catholiques reçoivent de l’instruction religieuse après les heures de classe et que, à cette fin, on écourte l’horaire régulier.

Longuement, le gouvernement scruta ces propositions – et, on peut le supposer, les débattit. Le Conseil exécutif donna sa réponse le 6 août. On laissait aux administrateurs scolaires le soin de permettre aux enfants la fréquentation d’une école située hors de leur district. Les membres des communautés religieuses n’auraient pas à fréquenter la Normal School, mais devraient passer les mêmes examens. Il n’était pas question que les évêques déterminent quels textes on utiliserait dans quelque école publique que ce soit ; en revanche, on modifierait les passages offensants du manuel d’histoire de l’Angleterre. Il pourrait y avoir de l’instruction religieuse dans les établissements scolaires qui appartenaient à l’Église catholique et que les administrateurs scolaires locaux avaient accepté de louer et d’utiliser à titre d’écoles publiques. La journée de classe ne pourrait pas être raccourcie à cette fin. Ces deux dernières conditions avaient pour effet de limiter l’instruction catholique à quelques centres urbains et de renvoyer le débat devant les conseils scolaires locaux. Plus tard le même jour, le Conseil exécutif se réunit en tant que bureau d’Éducation et institua ces changements par voie de règlement. Il s’agissait de concessions modestes, mais elles risquaient tellement de susciter la controverse que le conseil ne publia pas les nouveaux règlements, auxquels les évêques acquiescèrent de mauvais gré, et que la loi scolaire elle-même resta inchangée.

Le Common Schools Act de 1871 fut la principale loi sociale adoptée au Nouveau-Brunswick au xixe siècle. Elle garantissait une même formation à tous les enfants et établissait le principe selon lequel l’État devait assurer l’égalité d’accès à l’enseignement élémentaire. Lorsque King quitta son poste, en 1878, le nombre d’enfants inscrits dans le réseau public avait plus que doublé et le nombre d’enseignants des écoles publiques avait augmenté de moitié.

Les dernières années où King dirigea le gouvernement furent paisibles en comparaison des précédentes. Sa dernière loi importante fut le Municipalities Act de 1877, qui, à sa manière, eut autant de portée que la loi scolaire. Comme peu de comtés avaient choisi de s’ériger en municipalités, la plupart des Néo-Brunswickois vivaient dans des communautés où le pouvoir administratif et judiciaire était, dans la tradition du xviiie siècle, entre les mains de magistrats nommés par le gouvernement provincial. La loi de King obligea les comtés à se constituer en municipalités, ce qui permit un bien plus grand contrôle démocratique des instances de pouvoir. Elle rendit aussi les conseils de comté financièrement responsables des besoins de la localité, chose importante pour un gouvernement provincial dont l’assiette fiscale était limitée. La structure établie en 1877 demeura la base de l’administration municipale au Nouveau-Brunswick jusqu’à ce que, 90 ans plus tard, un autre réformiste libéral, Louis-Joseph Robichaud, la démantèle.

King était depuis longtemps l’un des alliés de Samuel Leonard Tilley. Tous deux avaient la mentalité de Saint-Jean ; tous deux participèrent au mouvement modéré de réforme qui se manifesta dans la ville à compter des années 1840 ; tous deux étaient des évangéliques libéraux. À l’approche des élections fédérales de 1878, Tilley s’apprêta à quitter Fredericton et à reprendre le rôle qu’il avait joué si souvent : celui de grand représentant du Nouveau-Brunswick dans le gouvernement conservateur d’Ottawa. On devine que, à ce moment-là, il préparait King, beaucoup plus jeune que lui, à prendre la relève. Ils décidèrent de se porter candidats libéraux-conservateurs, l’un dans la circonscription de la ville de Saint-Jean, l’autre dans celle de la ville et du comté de Saint-Jean.

Le 3 mai, King démissionna de ses fonctions de procureur général et de chef du gouvernement. Voyant par quelle stratégie Tilley tenterait de reprendre les circonscriptions de Saint-Jean, le gouvernement fédéral – libéral – offrit à King un siège à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick. King le refusa. Confiant, Tilley escomptait que les conservateurs remporteraient facilement au moins deux des trois sièges de Saint-Jean. Il se trompait. D’abord, dans cette région, on se méfiait beaucoup de la politique tarifaire de Macdonald. Ensuite, King avait fait carrière comme libéral du Nouveau-Brunswick ; or, voilà qu’il se présentait sous la bannière conservatrice dans une circonscription où beaucoup de conservateurs étaient des catholiques encore humiliés par la loi scolaire. Enfin, il faisait la lutte à un ministre du cabinet libéral, Isaac Burpee*. Au bout du compte, Tilley l’emporta de justesse et King fut battu.

Après cela, King resta à l’écart de la scène publique durant deux ans. Puis, le 9 décembre 1880, il accéda à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick. C’était certainement une récompense pour les services qu’il avait rendus au Parti conservateur en 1878, récompense obtenue probablement par l’entremise de Tilley. Néanmoins, le choix était excellent. Porté vers les choses de l’esprit, King ne tarda pas à se révéler le membre le plus compétent du tribunal et à se tailler une belle réputation grâce à la qualité de ses jugements. En 1882, un des critiques les plus féroces de la magistrature du Nouveau-Brunswick, Jeremiah Travis*, dit à son sujet : « King promet d’être un bon juge. Je n’ai jamais entendu formuler le moindre doute sur son intégrité. Il a l’esprit très clair, appréhende immédiatement les points saillants de ce qu’on lui expose, et raisonne de manière très claire, logique et serrée [...] ses jugements seront presque nécessairement des jugements solides. Si King et [Acalus Lockwood] Palmer étaient d’accord avec moi sur une question de droit, je ne m’inquiéterais guère que les quatre autres [juges] soient d’un avis contraire. » King siégea au tribunal durant 13 ans. De plus, en 1892–1893, il enseigna à la Saint John Law School (maintenant la faculté de droit de la University of New Brunswick).

Le 21 septembre 1893, King accéda à la Cour suprême du Canada. Sa réputation dans la profession juridique était telle que cette nomination était attendue depuis longtemps et fut favorablement accueillie. Le juge en chef, sir Samuel Henry Strong le qualifia de « grand avocat [...] probablement le meilleur spécialiste du droit commercial dans le dominion ». En raison de cette compétence, il fut nommé en 1896 à la commission anglo-américaine d’arbitrage qui examina les demandes en dommages-intérêts déposées par suite de la saisie de phoquiers canadiens et britanniques dans la mer de Béring par les Américains [V. Clarence Nelson Cox].

George Edwin King mourut à Ottawa le 7 mai 1901, à l’âge de 61 ans, et fut inhumé à Saint-Jean, au cimetière Fernhill. Sa femme, Lydia Eaton, lui survécut plus de 35 ans.

Thomas William Acheson

George Edwin King n’a pas laissé de papiers personnels. Les meilleures sources de documentation sur sa carrière sont les journaux de Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, notamment le Daily Telegraph, le Morning Freeman et le Saint John Globe, 1867–1878 ; les procès-verbaux du Conseil exécutif du Nouveau-Brunswick, 1869–1878, conservés aux APNB, RS6, A ; les documents de la Chambre d’assemblée : Journal, 1866–1878, Reports of the debates, 1867–1870, et Synoptic report of the proc., 1874–1878. Les papiers de la Cour suprême du Nouveau-Brunswick, 1880–1893, sont conservés aux APNB, RG 5.

AN, RG 31, C1, 1851, Saint-Jean.— APNB, MC 1156 ; RS71, 1901, G. E. King.— W. M. Baker, Timothy Warren Anglin, 1822–96 : Irish Catholic Canadian (Toronto et Buffalo, N.Y., 1977).— Canadian biog. dict.— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898).— CPG, 1873–1897.— K. J. Donovan, « New Brunswick and the federal election of 1878 » (thèse de m.a., Univ. of N.B., Fredericton, 1973).— Hannay, Hist. of N.B.— K. F. C. MacNaughton, The development of the theory and practice of education in New Brunswick, 1784–1900 : a study in historical background, A. G. Bailey, éd. (Fredericton, 1947).— N.-B., Acts, 1869–1878.— Snell et Vaughan, Supreme Court of Canada.— G. F. G. Stanley, « The Caraquet riots of 1875 », Acadiensis (Fredericton), 2 (1972–1973), no 1 : 21–38.— P. M. Toner, « The New Brunswick separate schools issue, 1864–1876 » (thèse de {{m.a}}., Univ. of N.B., 1967).— Vital statistics from N.B. newspapers (Johnson).— C. M. Wallace, « The life and times of Sir Albert James Smith » (thèse de {{m.a}}., Univ. of N.B., 1960) ; « Sir Leonard Tilley, a political biography » (thèse de ph.d., Univ. of Alta, Edmonton, 1972).

Bibliographie générale

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Thomas William Acheson, « KING, GEORGE EDWIN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/king_george_edwin_13F.html.

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Auteur de l'article:   Thomas William Acheson
Titre de l'article:   KING, GEORGE EDWIN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   20 avril 2014