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JOHNSON, sir FRANCIS GODSCHALL, avocat, juge, fonctionnaire et homme politique, né le 1er janvier 1817 à Oakley House, Bedfordshire, Angleterre, cinquième fils de Godschall Johnson, capitaine du 10th Hussars, et de Lucy Bisshopp, sœur de Cecil Bisshopp* ; le 10 septembre 1840, il épousa à Montréal Mary Gates Jones, et ils eurent trois enfants, puis le 4 mars 1856, à la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba), Mary Louisa Mills, et de ce second mariage naquirent aussi trois enfants ; décédé le 27 mai 1894 à Montréal.

Après avoir fréquenté la célèbre école privée de Harrow, Francis Godschall Johnson alla poursuivre ses études à Saint-Omer, en France, puis à Bruges, en Belgique. Grâce au bon sens de ses parents, il acquit à la fois une solide formation classique et une excellente connaissance de l’anglais et du français. De novembre 1834 à mai 1836, après avoir immigré à Montréal, il fit un stage chez l’avocat Henry Peard Driscoll. Il termina son droit au cabinet de Charles Dewey Day*, dont il devint l’associé après son admission au barreau, le 22 novembre 1839. Il s’associa ensuite à Alexander Buchanan* jusqu’en décembre 1845. Ces allées et venues lui furent probablement profitables. Day fut juge-avocat adjoint aux procès des patriotes en 1838 et il fit partie, avec Buchanan, de la commission qui révisa et refondit les lois du Bas-Canada en 1842. Sans doute est-ce en partie parce qu’il collaborait avec ces deux hommes que Johnson fut nommé, alors qu’il était stagiaire, traducteur au tribunal militaire puis, au début de sa carrière d’avocat, secrétaire de la commission sur les lois. Sa compétence et sa maîtrise des deux langues durent jouer aussi. Dans les années 1840, il acquit, parmi les hommes de loi montréalais, la réputation d’être un excellent avocat plaideur spécialisé en droit criminel. On faisait souvent appel à lui pour d’importants procès devant jury.

En reconnaissance de ce qu’il avait fait, Johnson reçut le titre de conseiller de la reine le 11 février 1848. Élu vice-président de la British American League [V. George Moffatt*] au printemps de l’année suivante, il joua un rôle important dans la campagne menée par les tories pour entraver l’adoption du projet de loi pour l’indemnisation des pertes subies pendant la rébellion, puis dans les démarches infructueuses qui visèrent à en empêcher la sanction. Il était donc logique qu’il signe le Manifeste annexionniste. Ces actes lui firent perdre son titre de conseiller de la reine, qu’on ne lui restitua que le 5 juillet 1853.

La Hudson’s Bay Company nomma Johnson recorder de Rupert’s Land le 3 février 1854. Les Métis de ce territoire réclamaient depuis longtemps qu’un juge bilingue remplace Adam Thom*, et le gouverneur de la compagnie, sir George Simpson*, estimait que Johnson était le meilleur candidat disponible. Son travail consistait à présider la Cour générale des sessions trimestrielles ; en outre, il agissait à titre d’assesseur et de conseiller juridique auprès du gouverneur et de la compagnie. Le 19 juillet 1855, il devint gouverneur adjoint d’Assiniboia, et quatre mois plus tard, le 26 novembre, il succéda au gouverneur, William Bletterman Caldwell*. Durant les quatre années où il fut recorder, le rôle des causes ne fut jamais surchargé ; quatre fois, il fallut annuler les audiences parce qu’il n’y avait pas assez d’affaires à juger. Selon Roy St George Stubbs, peut-être aurait-on pu mieux utiliser ailleurs qu’à la colonie de la Rivière-Rouge les talents d’homme de loi de Johnson, mais le fait que c’était lui qui y représentait l’autorité judiciaire fut probablement salutaire. Durant son mandat de gouverneur, le calme régna dans la colonie. Apparemment, on l’estimait dans toutes les couches de la société.

De retour à Montréal en 1858, Johnson reprit une clientèle privée. L’année suivante, il devint avocat de la couronne dans le district de Montréal. À ce titre, l’un de ses procès les plus connus fut celui qui eut lieu en novembre et décembre 1864 contre les hommes qui avaient attaqué St Albans, au Vermont [V. Charles-Joseph Coursol*]. Ce fut John Joseph Caldwell Abbott qui défendit les accusés. Nommé juge de la Cour supérieure du district de Bedford le 1er juin 1865, Johnson présida le procès des personnes impliquées dans le raid fénien de 1866.

Johnson retourna dans l’Ouest en 1870, cette fois pour prêter son assistance aux autorités fédérales à la Rivière-Rouge après les troubles de 1869–1870 [V. Louis Riel*]. Sir George-Étienne Cartier* le considérait comme la personne la plus qualifiée pour agir en qualité de recorder en attendant que la nouvelle province ait des tribunaux, et il convainquit la province de Québec de lui accorder un congé d’un an. Johnson fut donc assermenté recorder du Manitoba le 19 octobre 1870. Pendant qu’il présidait la Cour générale des sessions trimestrielles, il tentait, à l’occasion, d’instruire les Manitobains en matière de droit ou d’encourager les actions utiles à la société. Deux jours après son entrée en fonction, le lieutenant-gouverneur Adams George Archibald le nomma au Conseil exécutif et au Conseil législatif de la Terre de Rupert et des Territoires du Nord-Ouest. Peu après, on annula cette nomination, car en formant les conseils Archibald avait, sans le savoir, outrepassé ses pouvoirs. Néanmoins, il continua de pouvoir bénéficier des talents juridiques de Johnson. On prolongea d’ailleurs le congé de ce dernier, car il accepta des fonctions supplémentaires. En 1870, le gouvernement fédéral l’avait chargé, à titre de commissaire spécial, de rédiger un rapport sur l’état des lois en vigueur au Manitoba et, en 1871, il lui demanda d’examiner les réclamations pour pertes subies pendant la résistance et de faire des recommandations à ce sujet.

Au printemps de 1872, comme Archibald souhaitait démissionner, les autorités fédérales offrirent le poste de lieutenant-gouverneur à Johnson. Il n’y aspirait pas mais l’accepta tout de même. Cependant, on dut révoquer sa commission avant son entrée en fonction parce qu’une motion présentée au Parlement blâmait le gouvernement de l’avoir autorisé à occuper deux postes rémunérés par la couronne. Johnson apprit cette nouvelle pendant qu’il était à St Paul, au Minnesota, et malgré l’inconfort de sa position il accepta de rentrer au Manitoba et d’en présider le tribunal pendant la session suivante. Le Manitoban de Winnipeg signala l’ironie du geste : on avait révoqué la seule nomination du gouvernement fédéral à avoir satisfait tous les Manitobains.

À son retour dans l’Est, en 1872, Johnson fut nommé juge de la Cour supérieure du district de Montréal. Un de ses contemporains, Laurent-Olivier David*, déclara qu’en raison de ses talents on aurait mieux fait de l’affecter au criminel. Néanmoins, même au civil, Johnson pouvait rendre des jugements pénétrants et intéressants dans un français ou un anglais remarquables. Vers la fin de sa carrière, il présida la Cour de révision. Sa nomination au poste de juge en chef de la Cour supérieure, le 9 décembre 1889, puis son accession au titre de chevalier, le 30 juin 1890, vinrent le récompenser de ses services.

La mort de sir Francis Godschall Johnson, en 1894, mit fin à une carrière éminemment fructueuse. Il s’était admirablement acquitté de ses fonctions ; il avait toujours montré beaucoup de jugement, sauf dans l’affaire du Manifeste annexionniste de 1849, et tous ceux qui le connaissaient avaient de la considération pour lui. Dans sa jeunesse, il avait eu la réputation d’être un athlète ; par la suite, il fut connu comme un grand esprit.

Clinton O. White

AN, RG 4, B8 : 10313–10329.— ANQ-M, CE1-63, 10 sept. 1840.— L.-O. David, Mes contemporains (Montréal, 1894).— Western Law Times (Winnipeg), 5 (1894), no 1 : 63–64.— Montreal Daily Star, 28 mai 1894.— P.-G. Roy, les Juges de la prov. de Québec.— F.-J. Audet, les Juges en chef de la province de Québec, 1764–1924 (Québec, 1927).— A. W. P. Buchanan, The bench and bar of Lower Canada down to 1850 (Montréal, 1925).— R. St G. Stubbs, Four recorders of Rupert’s Land ; a brief survey of the Hudson’s Bay Company courts of Rupert’s Land (Winnipeg, 1967).

Bibliographie générale

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Clinton O. White, « JOHNSON, sir FRANCIS GODSCHALL », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/johnson_francis_godschall_12F.html.

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Auteur de l'article:   Clinton O. White
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
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Date de consultation:   2 septembre 2014