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JOHNSTONE, WALTER, instituteur, né dans le Dumfriesshire, Écosse, probablement dans la paroisse de Hutton on Dryfe and Corrie ; circa 1795–1824.

On sait peu de chose sur Walter Johnstone à part ce que nous apprennent les indications autobiographiques de ses deux livres, A series of letters, descriptive of Prince Edward Island [...], qu’il publia en 1822, et Travels in Prince Edward Island, [...] in the years 1820–21 [...], paru l’année suivante. De formation religieuse stricte, et juste assez instruit pour lire sa langue maternelle, il apprit pendant son enfance le métier de cordonnier, qu’il exerça presque toute sa vie. Malgré sa condition modeste et son éducation limitée, sa ferveur et son engagement religieux étaient tels qu’il commença vers 1795 à organiser des écoles du dimanche dans diverses paroisses voisines de la sienne et à y enseigner. Il se maria et commença à élever ses quatre fils, mais il songeait souvent à faire du missionnariat hors d’Écosse, activité qui prenait rapidement de l’essor dans les premières années du {{xix}}e siècle.

En 1816 fut fondée la Sabbath School Union for Scotland et, vers 1820, la Scottish Missionary Society ouvrit une succursale pour les comtés de Dumfries et Galloway. La fondation de ces deux organismes encouragea Johnstone à offrir ses services à la société missionnaire comme « coupeur de bois et porteur d’eau ». Incapable d’apporter à tous les candidats un appui financier, celle-ci dut refuser les offres de Johnstone. Toujours désireux de servir, il envisagea de partir seul en mission, mais sa femme préférait naturellement qu’il continue d’exercer son métier et de subvenir aux besoins de sa famille. Ce n’est que lorsque le commerce de son maître fit soudain faillite et que des « amis » (dont probablement le révérend John Wightman, à qui s’adressaient ses premières lettres publiées) offrirent de le soutenir financièrement dans ses activités que Johnstone décida de réaliser son rêve, choisissant l’Île-du-Prince-Édouard comme terre de mission.

L’île était depuis longtemps une terre d’élection pour les immigrants écossais, dont un bon nombre venaient de Galloway, et on savait qu’elle comptait une population écossaise assez considérable qui avait besoin d’assistance religieuse. En outre, tant pour lui-même que pour ses compatriotes en proie au chômage et à la récession économique, Johnstone souhaitait voir dans quelle mesure l’île offrait des possibilités de commencer une vie nouvelle. Ayant trouvé à Dumfries un brick en partance pour le golfe du Saint-Laurent, il s’embarqua le 18 avril 1820 pour l’Île-du-Prince-Édouard avec plusieurs autres immigrants.

Comme il n’avait pas été ordonné et ne bénéficiait pas de l’appui des organisations missionnaires écossaises, Johnstone, membre loyal de l’Église d’Écosse, n’avait pas l’intention de faire de la prédication. Il entendait plutôt créer des écoles du dimanche, ce qu’il commença de faire pendant la traversée. À l’époque, ces écoles donnaient en général des rudiments d’instruction aux enfants de la classe ouvrière tout en leur inculquant des principes moraux. Pendant les 18 mois qu’il passa dans l’île, la parcourant pour ainsi dire d’une extrémité à l’autre, distribuant des livres et des brochures et offrant d’ouvrir des écoles, Johnstone s’efforça scrupuleusement de ne pas être sectaire. Il affirma que grâce à un rapport publié par la Sabbath School Union for Scotland il avait convaincu le lieutenant-gouverneur Charles Douglass Smith* d’approuver ses activités et de parrainer des écoles du dimanche, et en fait, à l’été de 1823, une école de ce genre fut établie à Charlottetown sous le parrainage de Smith. Johnstone consacra une grande partie de son temps aux Highlanders de langue gaélique, et notamment aux colons amenés par lord Selkirk [Douglas*], qui avaient selon lui plus besoin que quiconque d’une aide missionnaire. Cependant, en dépit de tous ses efforts, il ne parvint pas à se créer un emploi à long terme dans l’île et décida apparemment qu’il était trop vieux pour entreprendre la rude existence d’un agriculteur pionnier. De retour en Écosse, il bénéficia de l’assistance de deux « gentlemen instruits » d’Édimbourg, un l’aidant à préparer ses livres pour la publication et l’autre subvenant aux besoins de sa famille. À l’époque, il vivait à Maxwelltown, près de Dumfries.

Avec ses deux livres, Johnstone visait plusieurs objectifs. Il espérait convaincre ses lecteurs de fournir une aide financière et de l’encouragement à leurs compatriotes presbytériens de l’Île-du-Prince-Édouard. Mais son plaidoyer contenait aussi une description attentive et détaillée de l’île, destinée à ceux qui s’intéressaient aux pays étrangers et surtout à ceux qui envisageaient d’immigrer en Amérique du Nord britannique. Selon Johnstone, l’île était un endroit tout à fait idéal pour les jeunes Écossais des classes laborieuses qui avaient quelques ressources financières. Elle offrait « un air pur et sain, une eau d’une qualité insurpassable, [...] une mauvaise récolte [y était] rare, à moins que le cultivateur n’ait lui-même à s’en blâmer » ; en raison de sa situation, on pouvait y « faire du commerce dans toutes les directions et aucune des régions intérieures n’ [était] éloignée du rivage ». Non seulement Johnstone était-il un observateur perspicace mais, en dépit de son manque d’instruction, il savait très bien décrire les lieux et en rendre l’atmosphère. Parlant du beau temps de juin, il notait : « Le soleil, dont les rayons sont plus verticaux qu’en Écosse, semble donner à la fois plus de lumière et de chaleur ; le ciel est d’ordinaire si pur qu’aucune vapeur, aucun nuage ne s’interpose entre l’œil et les rayons du soleil ; et, aucun souffle de vent ne venant agiter la feuille naissante, l’air est étonnamment étouffant et amollissant. » Certaines de ses descriptions des paysages et des villages de l’île sont demeurées classiques.

Dans l’espoir de retourner dans l’île, Walter Johnstone tenta en 1824 d’y obtenir le poste de surintendant d’une école dans laquelle des élèves choisis parmi les grands remplissaient la tâche de moniteurs mais, apparemment, il n’y parvint pas. Il n’en fit pas moins œuvre éducative. Préoccupé de l’absence de livres, il en recueillit près de 400, surtout des ouvrages convenant aux écoles du dimanche, et les expédia en 1824. Ce « cadeau gratuit aux gens de l’île » fut remis à un comité organisé par des abonnés éventuels d’une bibliothèque publique qui se réunit au Wellington Hotel de Charlottetown le 9 juillet 1824. Le comité vendit les livres de classe à bas prix et conserva le reste pour commencer la collection d’une bibliothèque publique de prêt qui fut établie plus tard. Ainsi, à sa modeste manière, Johnstone contribua à l’avancement du savoir dans l’île.

J. M. Bumsted

Walter Johnstone est l’auteur de : A series of letters, descriptive of Prince Edward Island, in the Gulph of St. Laurence [...] (Dumfries, Écosse, 1822) ; et Travels in Prince Edward Island, Gulf of St. Lawrence, North-America, in the years 1820–21 [...] (Édimbourg, 1823). Le premier a été reproduit en entier et le second partiellement dans Journeys to the Island of St. John or Prince Edward Island, 1775–1832, D. C. Harvey, édit. (Toronto, 1955).

Sabbath School Union for Scotland, Annual report (Édimbourg), 1832.Scottish Missionary Reg. (Édimbourg), 1 (1820) : 71.— Prince Edward Island Register, 2 août 1823, 3, 17 juill. 1824.

Bibliographie générale

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J. M. Bumsted, « JOHNSTONE, WALTER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/johnstone_walter_6F.html.

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Auteur de l'article:   J. M. Bumsted
Titre de l'article:   JOHNSTONE, WALTER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   2 septembre 2014