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KELLUM (Killum, Killam), JOHN, journalier et criminel, né vers 1840 dans le comté de Halifax, Nouvelle-Écosse, fils de Charles Kellum ; décédé le 26 février 1905 à l’asile des pauvres de Halifax.

John Kellum appartenait à la classe la plus défavorisée de Halifax, où les membres des minorités ethniques et raciales (il était Noir) survivaient à grand-peine et n’avaient guère la chance d’accéder à une existence décente. Le crime devint un trait dominant de sa vie. Il purgea sa première sentence dès son adolescence, en 1857, pour voies de fait, à la maison d’arrêt de Halifax, établissement qui serait remplacé en 1860 par la prison municipale. De 1857 à 1903, il fut incarcéré une centaine de fois, généralement pour ivresse, vagabondage, vol ou autres délits du genre, ses peines allant de quelques jours à une année.

Kellum était le membre le plus incorrigible du groupe comprenant ses frères Charles et Henry, ses sœurs Martha et Mary ainsi qu’un autre de ses parents, George Deminas, qui tous passèrent plus de temps en prison ou à l’asile des pauvres qu’en liberté. Avoir accès aux établissements carcéraux publics faisait partie de leur stratégie de survie. C’est en 1861 que John Kellum demanda pour la première fois de purger une peine à la nouvelle prison municipale, dans le secteur agricole de Rockhead, sur les hauteurs nord de la péninsule de Halifax. Par la suite, s’imposer à soi-même une peine devint une habitude dans le clan Kellum. En échange du gîte et du couvert qui leur étaient garantis pendant les durs mois d’hiver, les hommes de la famille chaulaient les immeubles municipaux. On peut voir dans les annales du tribunal de police que cette relation symbiotique entre les Kellum et la municipalité persista durant le dernier quart du xixe siècle.

Bien que l’incarcération semble singulièrement peu attrayante aujourd’hui, les Kellum ne la considéraient pas comme une épreuve ni comme un châtiment injuste. À l’instar d’autres récidivistes de l’époque, ils s’attendaient à jouir d’un confort minimum et à ne pas être trop mal traités derrière les barreaux. Ainsi, à l’hiver de 1877–1878, John Kellum et George Deminas trouvèrent leurs quartiers de Rockhead infestés de rats. L’hiver suivant, ils emportèrent donc « un détachement de chats – une dizaine » qu’ils déposèrent « dans la cour de la prison ». En rapportant la chose, un journaliste imita leur dialecte de façon stéréotypée : « Y jurent qu’y vont pas s’laisser mord’ par les rats c’t’hiver ». Qu’ils aient préféré renoncer à leur liberté et vivre dans des conditions primitives à Rockhead laisse croire que leur situation était pire encore hors des murs de la prison. Quand, en 1888, des représentants de l’Association for Improving the Condition of the Poor rendirent visite à un membre de la famille, ils signalèrent qu’il vivait dans un taudis d’une saleté répugnante et qu’il y avait des trous dans les murs et au plafond.

Tel était le genre de logements qu’on trouvait dans les ruelles situées derrière les rues Albemarle (Market), Grafton, City (Maynard) et Creighton, et notamment dans la fameuse « ruelle Shin-bone », et les Kellum, gibiers de potence compris, s’y entassaient comme ils pouvaient. Cependant, les relations familiales n’étaient pas toujours harmonieuses. En 1883, John Kellum raconta avec quelle dureté sa belle-sœur exigeait qu’il contribue à son entretien, et vers la fin du siècle, on signale qu’il fut souvent battu par des membres de sa famille. Par contre, de nombreux indices montrent que ceux de sa génération, du moins, étaient loyaux et dévoués les uns envers les autres. En entendant la fausse rumeur, en 1895, que John avait été assassiné en prison, son frère Henry fondit en larmes et fit une crise d’hystérie. Les querelles qui éclataient à l’occasion opposaient peut-être des générations différentes, ou les Kellum respectables aux voyous de la famille. Impossible de le savoir.

La police et les autorités de la prison respectaient John Kellum, en partie parce qu’il acceptait de jouer le rôle d’informateur, en partie parce que lui et ses frères et sœurs animaient le dépôt du poste de police avec leurs « chansons et [leurs] blagues » et en partie parce qu’il était un bon prisonnier. William Murray, l’impitoyable directeur de l’établissement, rendit ainsi hommage à Kellum lorsque celui-ci termina sa carrière de prisonnier, en 1903. Voilà, dit-il, l’« un des hommes les plus dignes de confiance qui aient jamais été à la prison. Il n’aurait jamais tenté de s’enfuir, et on lui a souvent confié la direction d’une équipe. C’était un bon ouvrier, un artiste du pinceau à chauler. »

Pendant les quelques dernières années de sa vie, John Kellum ne put guère travailler. Il fit un peu de concassage de pierres à l’atelier tenu l’hiver par l’Association for Improving the Condition of the Poor. Toutefois, lorsqu’il s’effondra à la ferme de la prison, en 1900, c’était un homme malade, incapable de « manier le pinceau à chauler et de pousser la charrue ». Son intempérance et le genre d’emplois occasionnels qu’il avait pu trouver (il servit par exemple de cible à des projectiles au cirque Washburn en 1897) n’étaient pas étrangers à son état. Il avait été admis pour la première fois à l’asile des pauvres dans les années 1880 à cause de sa santé et de sa misère chronique, et pendant les 20 dernières années de sa vie, il vécut tour à tour dans cet établissement et à la prison. Ainsi se confirmait la conviction du missionnaire du nord de la ville qui disait que les inadaptés de Halifax, pris dans les ténèbres de l’ignorance, étaient « élevés à Rockhead » et « mouraient à l’asile des pauvres ».

Judith Fingard

La vie de John Kellum est racontée dans Judith Fingard, The dark side of life in Victorian Halifax (Halifax, 1989). Une autre source laisse entendre que Kellum se serait noyé dans le port en mars 1905 (Acadian Recorder, 7 mars 1905). Étant donné la difficulté de distinguer des personnes du même nom, il est impossible de savoir quelle version de son décès est la bonne.

PANS, RG 35-102, sér. 33A, 20.— Acadian Recorder, 1er juill. 1903.— Evening Mail (Halifax), 20 oct. 1900, 21 avril 1903.— Morning Chronicle (Halifax), 16 oct. 1878.— Morning Herald (Halifax), 31 janv. 1888.— North End City Mission, Report (Halifax), 1896–1897.

Bibliographie générale

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Judith Fingard, « KELLUM, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/kellum_john_13F.html.

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Auteur de l'article:   Judith Fingard
Titre de l'article:   KELLUM, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 13
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
Date de consultation:   21 août 2014