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KERRY, JOHN, pharmacien, grossiste et fabricant de produits pharmaceutiques, né en 1825 à Londres, fils de William Kerry, marchand de vins et spiritueux, et de Mary Margaret Smyth ; il épousa à Montréal Laura Gilson Parmenter, de Lamarsh, Angleterre, et ils eurent trois garçons et deux filles ; décédé le 30 juin 1896 à Montréal.

John Kerry a 24 ans lorsqu’il débarque à Montréal en 1849. Il arrive de Londres où il a fait son apprentissage en pharmacie et appris les rudiments du commerce chez la Thos. Hodginson and Company. À Montréal, il trouve rapidement un emploi dans une maison d’importation, la John Carter and Company, située au coin des rues Saint-Paul et Saint-Sulpice. C’est là également qu’il habitera pendant quelques années, dans une pièce attenante au magasin. La firme qui l’emploie se spécialise depuis 40 ans dans le commerce de produits pharmaceutiques, de teintures et d’huiles. Elle appartient à John Carter qui l’a lui-même acquise de Joseph Bickett, le fondateur. En très peu de temps, le jeune Kerry parvient à s’associer à Carter pour former la Carter, Kerry and Company. Vers 1858, il est en mesure d’abandonner le célibat et de céder son logis à son frère cadet Anthony, pour aller fonder un foyer au pied du mont Royal, comme tant d’autres bourgeois de Montréal.

Mais c’est surtout à partir des années 1860 que Kerry sort de l’anonymat, autant par le biais de son entreprise que par le leadership qu’il exerce sur les membres de sa profession. Avec le décès de Carter vers 1860, il devient l’âme dirigeante de la firme ; il s’associe ensuite à son frère Anthony et à un certain Thomas Crathern pour fonder la Kerry Brothers and Crathern. Bien plus qu’un changement d’associés, c’est une métamorphose de la vieille maison d’importation qui va se réaliser. En effet, un investissement important est dès lors effectué en amont, par l’ajout de moulins et d’un laboratoire destinés à broyer et à transformer les matières dotées de propriétés curatives. La nouvelle firme, dont le capital fixe atteint 67 000 $ en 1870, produit alors presque le tiers de la fabrication montréalaise en marchandises chimiques et pharmaceutiques.

Vingt ans plus tard, Kerry, alors associé avec son fils aîné William Simons et un Écossais, David Watson, dispose de deux centres de fabrication au Canada, l’un dans la rue Saint-Jean-Baptiste, à deux pas du siège social de la Kerry, Watson and Company, l’autre, la London Drugs Company, à London, en Ontario. En outre, les trois associés possèdent un établissement qui fabrique du sirop à base de gomme de sapin, à Rouses Point, dans l’état de New York. En quelques décennies, l’ancienne maison d’importation est devenue une vaste entreprise d’envergure nationale dont une partie importante des marchandises est produite au Canada. Dans son domaine, l’entreprise de Kerry compte parmi les plus importantes au pays. En 1893, elle comprend 2 des 19 compagnies membres de la Canadian Wholesale Druggists’ Association. Quelques années après le décès de Kerry, la Kerry, Watson and Company fusionnera avec les plus grands noms canadiens en produits pharmaceutiques pour devenir la National Drug and Chemical Company of Canada Limited.

Sur le plan professionnel, c’est au printemps de 1867 que Kerry est appelé à présider les deux premières réunions d’une association qui allait connaître un grand avenir sous le nom d’Association pharmaceutique de la province de Québec. Mais au moment où il prend la parole pour expliquer les objectifs de ces premières rencontres, et au cours des trois années suivantes où il sera président de la jeune organisation, celle-ci est connue sous le nom d’Association des chimistes de Montréal. Sa fonction première consiste à défendre les intérêts du corps des pharmaciens de Montréal, intérêts menacés depuis 1864 par le Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec qui a reçu du Parlement le pouvoir de fixer les normes pour l’octroi d’une licence en pharmacie et celui de refuser le droit de pratique à tous ceux qui ne l’ont pas obtenue.

L’une des réalisations les plus remarquables de cette association sous la présidence de Kerry est de favoriser, dès 1868, la tenue de cours parallèles à l’enseignement universitaire, spécialement adaptés aux besoins des élèves en pharmacie. Ainsi naît le collège de pharmacie de Montréal qui doit se maintenir sans statut légal pendant quelques années en raison de la forte opposition suscitée dans le monde universitaire. L’un des promoteurs de cette école dissidente, Kerry y apporte son soutien financier pendant les années les plus difficiles et il compte parmi ses présidents au lendemain de sa reconnaissance juridique en 1879. Il sert aussi pendant plusieurs années en qualité de trésorier de l’Association pharmaceutique de la province de Québec (reconnue juridiquement en 1870), au cours de la période décisive qui voit la promulgation de la « Grande Charte » des pharmaciens, l’Acte de pharmacie de Québec, sanctionné en février 1875.

Le prestigieux Bureau de commerce de Montréal reconnaît les grandes aptitudes de Kerry en affaires, puisqu’il lui confie pendant 12 ans la fonction de trésorier au sein du conseil d’administration. Après avoir occupé le poste de vice-président en 1880, Kerry obtient la présidence en 1884–1885, période où l’on discute avec grand intérêt de la cartellisation, voire de l’amalgame, des grandes entreprises commerciales. Au cours des dernières années de sa vie, Kerry a le privilège d’être membre du conseil d’arbitrage du Bureau de commerce de Montréal.

Sans qu’il ait fait partie de cette grande élite nationale dont on retrouve facilement la trace dans les livres d’histoire, John Kerry représente plus qu’un entrepreneur parmi tant d’autres. Que ce soit sur les plans économique, professionnel ou social, il a réussi à occuper des positions qui lui procuraient une influence très nette auprès de l’aile dominante de la société québécoise. Le cas de Kerry a ceci de particulier également qu’il offre à l’historien un point de départ pour l’analyse des rapports socioéconomiques, parfois antagoniques, entre l’élite médicale à qui revenait la tâche de fixer les normes de l’enseignement et de la pratique de la médecine, et qui se faisait le porte-parole de la profession médicale, et cette petite fraction de la classe capitaliste, formée d’entrepreneurs en produits chimiques et pharmaceutiques, qui intervenait comme porte-parole de la profession de pharmacien.

Jacques Ferland

Un entretien nous a été accordé gracieusement en 1984 par Mlle Esther W. Kerry, petite-fille de John Kerry. Celle-ci a confirmé certaines informations en plus de nous fournir des notes personnelles fort instructives.  [j. f.]

AN, RG 31, C1, 1861, 1871, Montréal.— ANQ-M, CE1-63, 2 juill. 1896.— Canada Medical & Surgical Journal (Montréal), 9 (1881)–10 (1882).— Canada Medical Journal and Monthly Record of Medical and Surgical Science (Montréal), 3 (1867)–8 (1872).— Canada Medical Record (Montréal), 1 (1872)–25 (1897).— Montreal Board of Trade, Council, Annual report (Montréal), 1884–1897.— Montreal Pharmaceutical Journal, 1890–1894.— The commerce of Montreal and its manufactures, 1888 ([Montréal, 1888]).— Montreal directory, 1842–1843 ; 1849–1911.— The Post-Office London directory (Londres), 1829–1831 ; 1841–1842.— F. W. Terrill, A chronology of Montreal and of Canada from A.D. 1752 to A.D. 1893 [...] (Montréal, 1893).— Who’s who in Canada [...], B. M. Greene, édit. (Toronto), 1928–1929.— E. A. Collard, The Montreal Board of Trade, 1822–1972 : a story ([Montréal], 1972).— Montreal Board of Trade, A souvenir of the opening of the new building, one thousand eight hundred and ninety three (Montréal, 1893).— Semi-centennial report of the Montreal Board of Trade, sketches of the growth of the city of Montreal from its foundation [...] (Montréal, 1893).— « La Pharmacie dans la province de Québec, notes historiques et documentaires », A. J. Laurence, compil., Recueil pharmaceutique ; exposé des développements les plus nouveaux et des plus récentes découvertes [...] (Montréal), s.d.

Bibliographie générale

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Jacques Ferland, « KERRY, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 28 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/kerry_john_12F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques Ferland
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   28 juillet 2014