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KING, WILLIAM HENRY, instituteur et médecin homéopathe reconnu coupable de meurtre, né en novembre 1833 dans le canton de Sophiasburg, Haut-Canada, fils aîné de George King et d’une prénommée Henrietta ; le 31 janvier 1854, il épousa Sarah Ann Lawson, du canton de Brighton, Haut-Canada, et ils eurent un enfant qui mourut en bas âge ; pendu le 9 juin 1859 à Cobourg, Haut-Canada.

William Henry King, qui dès l’enfance « témoigna d’un esprit très intellectuel et persévérant », fut envoyé à l’école de Sophiasburg à l’âge de cinq ans. Il fit des progrès si remarquables que, l’année suivante, son instituteur l’emmena dans d’autres écoles « les jours de séances pour réciter des textes sur la scène ». En 1844, la famille s’installa dans le canton de Cramahe où le père de King ne tarda pas à amasser « des biens importants » et devint « indépendant ». Après la récolte de 1851, William entra à l’école normale de Toronto qu’il fréquenta au cours des deux années suivantes, durant les mois d’hiver. Marié au début de 1854, King s’installa à Toronto où sa femme et lui prirent des pensionnaires, tandis qu’il étudiait afin d’obtenir son diplôme d’enseignement supérieur. Diplômé, King alla s’établir avec sa femme à Hamilton où, de nouveau, ils prirent des pensionnaires. William devint instituteur et commença à étudier l’homéopathie avec un médecin de la ville. À l’automne de 1856, King entra au Homœopathic Médical Collège of Pennsylvania, à Philadelphie ; on lui décerna un diplôme au début de mars 1858 et, le 17, il commença à exercer dans la petite localité de Brighton, dans le Haut-Canada. Son revenu atteignit bientôt 200 $ par mois environ et il lui sembla qu’il se trouvait « en bonne voie d’acquérir la gloire et la richesse ».

Les soucis personnels de King contrebalancèrent cependant son ascension professionnelle. Trois mois après son mariage, il affirma avoir découvert que sa femme « n’était pas la vierge qu’il croyait avoir épousée ». Peu après, celle-ci, alors enceinte, accusa son mari d’« abuser » d’elle et retourna chez ses parents. Pendant ce temps, King écrivit un certain nombre de lettres où il l’accusait d’infidélité ; il s’en excusa par la suite. Au début de 1855, leur enfant naquit (pour lequel King « aurait, semble-t-il, manifesté beaucoup d’aversion »), mais il ne devait vivre qu’un mois environ. Durant les séjours de King à Philadelphie en 1856–1857 et en 1857–1858, sa femme était de nouveau retournée à la ferme de ses parents. La tranquillité domestique n’attendait pas King à son arrivée à Brighton au début du printemps de 1858, et ce n’était peut-être pas surprenant.

Peu après son retour, King tomba amoureux d’une de ses patientes, Dorcas Garret. Cette relation se termina brusquement au début de l’été ; Mlle Garret menaça alors de rendre publique une lettre de King qui la suppliait de ne pas se marier trop vite, puisque sa femme était malade et mourrait probablement. Le docteur affirma par la suite avoir eu honte de lui. Sa femme devint de nouveau enceinte en juin, mais, à l’automne, King eut une autre tentation. Le 23 septembre, il rencontra Melinda Freeland Vandervoort, « une jeune fille âgée de 20 ans environ [...] ayant reçu une bonne éducation, d’une nature assez coquette, bien qu’elle n’ait pas été ce qu’on appelle une beauté ». Elle était apparemment tombée amoureuse d’une photographie de King au cours d’une visite dans sa maison, et il était « complètement intoxiqué » par la beauté de sa voix quand elle chantait. Ils échangèrent des lettres d’amour puériles. King affirma dans l’une d’elles, datée du 10 octobre et adressée à sa « douce petite boule de bon naturel », que sa femme était très malade. Quatre jours plus tard, cette dernière « tomba malade ». Elle souffrit beaucoup de vomissements jusqu’à sa mort le 4 novembre. En dépit des protestations des parents de sa femme, qui s’occupèrent d’elle durant la majeure partie de sa cruelle maladie, King avait refusé d’appeler d’autres médecins quand il fut évident que son état ne s’améliorait pas. Il avait diagnostiqué une ulcération de l’utérus et espérait que le remède, qu’il lui administrait fréquemment et qu’il préparait dans le secret de son bureau, aurait « l’effet désiré ». À la mort de sa femme, il éprouva « un accès de douleur » qui se répéta à l’enterrement. Néanmoins, le 8 novembre, King exerçait de nouveau, le regard sans doute tourné vers l’avenir et vers Mlle Vandervoort. Mais le même soir, de retour d’une visite à un malade, ses rêves s’évanouirent. Avant la mort de sa fille, sa belle-mère avait trouvé un portrait de Mlle Vandervoort dans le manteau du médecin ainsi qu’une correspondance compromettante, et la famille Lawson était devenue méfiante. On avait ordonné une enquête du coroner, et le beau-père de King informa ce dernier qu’elle était effectivement en cours à ce moment précis. Le médecin fut pris de panique. Il se rendit immédiatement à la ferme des Vandervoort, convainquit Melinda de s’enfuir avec lui et gagna la frontière. Quatre jours plus tard, son beau-frère et un marshal américain l’arrêtèrent près de Cape Vincent, dans l’état de New York, d’où on le ramena pour être jugé.

Le 4 avril 1859, le « procès concernant la femme empoisonnée » s’ouvrit dans le palais de justice situé juste au nord de Cobourg. On estima que « pas moins de 1 500 personnes » étaient venues y assister, et la salle d’audience qui pouvait « accueillir environ 400 personnes était pleine à craquer ». Sûr d’être acquitté, King, mesurant « environ 5 pieds 11 pouces, au visage pâle et aux cheveux noirs avec des favoris blond roux, [dont] les petits yeux noirs perçants [...] semblaient pénétrer dans le cerveau de son homme », gagna à grands pas le banc des accusés en donnant l’impression d’être « beaucoup plus un gentleman de la ville qu’un [homme] sur le point d’être jugé pour le meurtre de sa femme ». Le juge Robert Easton Burns* instruisit le procès, Thomas Galt* agit à titre de conseiller en chef de la couronne, tandis que John Hillyard Cameron* dirigeait la défense. La couronne établit une solide accusation d’empoisonnement par l’arsenic, aidée en cela par la déposition de l’expert Henry Holmes Croft*, professeur de chimie à l’University of Toronto ; la lettre de King à Melinda, de même que ses actes quand on lui avait parlé de l’enquête décidèrent de son sort. Néanmoins, le 6 avril au matin, lorsque le chef du jury le déclara coupable en recommandant fortement son recours en grâce, le docteur « ne semblait pas avoir attendu ce verdict ». Trois jours plus tard, King écouta avec calme Burns le condamner à être pendu le 9 juin, mais quelques secondes après que le juge eut fini, « les lèvres [de King] tremblèrent et, cachant son visage dans son mouchoir, il pleura convulsivement ».

Durant son emprisonnement, et jusqu’à son exécution, King passa son temps à prier pour son salut et à s’apitoyer sur son sort. Une procession ininterrompue de membres du clergé lui rendirent visite et prièrent avec lui ; ils l’informaient aussi des progrès de ses recours en grâce. Après que tout espoir d’une commutation de peine se fut évanoui, King décida de se confesser. Décrite par la suite comme « une curieuse combinaison de révélations personnelles et de sensiblerie répugnante », la confession dans laquelle King blâmait le mariage précoce, la luxure, l’infidélité de sa femme, le diable et pratiquement tout ce qui est possible, sauf lui-même, fut envoyée au Globe pour y être publiée en mai. Le rédacteur en chef considéra que ce document, plus qu’intéressé, était « abominable » et refusa de l’imprimer. Cela blessa le médecin, mais il continua à chercher la rédemption et sembla, les derniers jours, être convaincu de son salut.

À l’approche de l’exécution, le Cobourg Star tenta de dissuader ses lecteurs de participer à un spectacle public le jour dit et s’étonna « que la fière civilisation du xixe siècle n’ [ait] pas fait disparaître [toute] occasion de satisfaire une curiosité si malsaine, si lubrique ». Néanmoins, une foule de 5 000 à 10 000 personnes, selon les estimations, se rassembla devant le gibet le 9 juin au matin. William Henry King « monta l’échelle [...] d’un pas très ferme », bien que « son visage ait porté la trace de larmes récentes ». D’une voix claire, il lut le discours qu’il avait préparé, et il priait avec ferveur quand la trappe de la potence s’ouvrit ; il fut alors « lancé dans l’éternité ». La politesse victorienne de la foule qui garda « un maintien respectueux convenant à la solennité du moment » fut contrebalancée par le fait qu’on coupa la corde en morceaux et qu’on la distribua à certaines personnes intéressées. L’apparence d’un faux respect poli masquait en effet l’atmosphère de vengeance. Des années plus tard, Edwin Clarence Guillet, qui hérita d’un de ces morceaux de corde, pouvait observer : « Somme toute, personne ne pouvait demander une meilleure exécution. »

Charles Dougall

L’affaire William Henry King suscita à l’époque un tel intérêt qu’elle entraîna la publication des comptes rendus presque textuels du procès dans le Cobourg Star et le Globe, et la parution en 1859 d’au moins quatre brochures contenant les articles du Globe et des renseignements sur la vie, l’emprisonnement et l’exécution de King. La première de ces brochures, écrite par R. De Courcey et soumise à King pour vérification avant qu’il soit exécuté, n’existe plus. Un deuxième récit de De Courcey plus détaillé, Dr. King’s life, trial, confession and execution, together with the journal, prison scenes and portrait, also the causes which led him to commit the awful crime, a été publié à Brighton, Ontario, en juill. 1859. Le journal dont il est question a été tenu du 14 avril au 9 juin par Alexander Stewart, le constable spécial affecté à la garde de King jusqu’à son exécution. On croit que Stewart est l’auteur de The life and trial of Wm. H. King, M.D., for poisoning his wife at Brighton (Orono, Ontario, 1859), qui traite des événements racontés par De Courcey et qui donne un compte rendu de l’enquête. La quatrième brochure, Trial of Dr. W. H. King, for the murder of his wife, at the Cobourg assizes, April 4th, 1859, with a short history of the murderer (Toronto, 1859), est une réimpression du compte rendu du procès publié dans le Globe avec un résumé des plaidoyers des avocats, que l’on ne trouve pas dans les autres écrits. En 1943, E. C. Guillet a écrit « The strange case of Dr. King ; a study of the evidence in The Queen versus William Henry King, 1859 », qui s’inspire du contenu de la quatrième brochure et qui constitue le deuxième volume de la collection « Famous Canadian trials » (50 vol., 1943–1949). Seul le premier volume a été publié. Toute la collection existe sous forme manuscrite aux York Univ. Arch. (Toronto), et cinq copies ont été dactylographiées pour être distribuées aux plus importantes bibliothèques de l’Amérique du Nord, dont la MTL et la Thomas Fisher Rare Books Library à l’University of Toronto.  [c. d.]

APC, RG 31, A1, 1851, Brighton Township.— Cobourg Star, 6, 13 avril, 18 mai, 8, 15 juin 1859.— Globe, 6–8, 14, 23 avril, 24–25 mai, 10 juin 1859.— Marriage notices of Ontario, W. D. Reid, compil. (Lambertville, N.J., 1980).— E. C. Guillet, Cobourg, 1798–1948 (Oshawa, Ontario, 1948).

Bibliographie générale

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Charles Dougall, « KING, WILLIAM HENRY », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/king_william_henry_8F.html.

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Auteur de l'article:   Charles Dougall
Titre de l'article:   KING, WILLIAM HENRY
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   21 août 2014