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LANE, HENRY BOWYER JOSEPH, architecte et aquarelliste, né en 1817 ou 1818, probablement à Corfou (Kerkyra, Grèce), fils du capitaine Henry Bowyer Lane et d’Elizabeth Lacey ; le 9 mai 1844, il épousa à Thornhill, Haut-Canada, Lucy Anne Sharpe, et on ne leur connaît pas d’enfants ; décédé après mai 1851, probablement en Angleterre.

Le père de Henry Bowyer Joseph Lane, officier du Royal Regiment of Artillery et ancien combattant de la guerre d’Espagne, fut en service à Corfou de 1815 à 1819. Les Lane étaient une famille en vue dans le Staffordshire et le Surrey, mais Henry passa une bonne partie de sa jeunesse dans le Devon où il fréquenta la Blundell’s School de Tiverton, pendant un temps très court en 1830–1831. On présume qu’il poursuivit le reste de ses études et reçut sa formation d’architecte en Angleterre, avant d’immigrer au Canada. Il y était en 1841, ayant d’abord vécu à Cobourg, dans le Haut-Canada, puis à Toronto.

Quoique la vague de prospérité du début des années 1840 ait vu la construction d’un grand nombre de nouveaux bâtiments à Cobourg, on ne connaît que deux commandes accordées à Lane dans cette ville : l’école paroissiale St Peter (1841), qui allait abriter aussi la Diocesan Theological Institution [V. John Strachan*], et l’église anglicane St Peter (1843). L’achèvement de ce dernier édifice dura plusieurs années, toutes pendant le mandat de rector du révérend Alexander Neil Bethune*. De plus, au cours des dernières étapes des travaux, l’architecte responsable, Kivas Tully*, modifia les plans de Lane.

Lane s’installa à Toronto en avril 1842. D’une manière générale, on avait le sentiment que l’architecture de la ville n’était pas à la mesure de son importance grandissante, ce qui provoqua une activité débordante dans le domaine de la construction au cours des années 1840. Le Toronto Star résuma très bien cette impression de pauvreté architecturale : « Nous voyons l’aspect suranné et froid des jours passés disparaître comme un vilain fantôme, et l’architecture, dans toutes ses justes proportions, se glisser avec coquetterie hors du coin noir où elle avait été confinée par la mesquinerie des convenances ou par la bêtise de ceux qui construisaient. » Peu après son arrivée, Lane dressa des plans pour l’église anglicane Little Trinity, dans la partie est de la ville. Il participa aussi, en 1843, à un concours de dessin que gagna Thomas Young et qui avait pour but de remplacer le monument endommagé, érigé à la mémoire du général sir Isaac Brock*, à Queenston Heights. Toutefois, au cours de l’année suivante, Lane connut la notoriété à 26 ou 27 ans, par suite du choix de ses plans pour trois édifices importants de Toronto : le marché et l’hôtel de ville, l’église anglicane St George the Martyr et des additions majeures à Osgoode Hall, lequel abritait la Law Society of Upper Canada.

Édifice classique montrant l’importance de la common law, Osgoode Hall apparaît nettement comme le chef-d’œuvre canadien de Lane. L’architecte avait la responsabilité de toute l’aile ouest, de l’imposant portique de pierre qui venait compléter l’aile est construite précédemment par John Ewart, dans le but de créer une structure équilibrée, ainsi que d’une loggia à la Palladio et d’un dôme qui, tout en lui donnant plus de valeur, rehaussait la rangée de salles qui se trouvait entre les deux ailes. Cette partie centrale fut démolie en 1856, mais les plans de Frederic William Cumberland* et de William George Storm* pour les nouvelles cours de justice et la Great Library construites à sa place tinrent compte du choix que Lane avait fait des matériaux, des masses et du style.

Le reste de la courte carrière de Lane au Canada ne donna lieu qu’à quelques autres commandes importantes : l’ameublement de l’église anglicane St Mark, à Niagara (Niagara-on-the-Lake) (1845), les plans de l’église anglicane St Paul, à Kingston (1846), laquelle fut reconstruite sous la direction de William Hay* après un incendie survenu en 1854, l’église anglicane Holy Trinity à Toronto (1846) et deux maisons commencées en 1847, pour le colonel Arthur Carthew et pour George William Allan*, également à Toronto. Le prix du concours pour les plans de l’église Holy Trinity alla à William thomas, talentueux dessinateur qui avait beaucoup plus d’expérience que Lane. Cependant, les plans de Thomas furent mis de côté, et on demanda à Lane de préparer des dessins, en sollicitant les conseils d’un certain nombre d’architectes et d’autres personnes. Il est probable qu’il fut pour quelque chose dans les transformations effectuées vers ce temps-là à Dundurn, la résidence de sir Allan Napier MacNab*, à Hamilton. Pendant son séjour au Canada, Lane, qui comme architecte était aussi un artiste de talent, réalisa plusieurs croquis à l’aquarelle, principalement des endroits qu’il visita. L’une de ces œuvres, qui représentait la maison de la famille Boulton à Toronto, appelée Grange, fit partie de l’exposition tenue en 1847 par la Toronto Society of Arts. En 1845–1846, Lane avait participé, sans succès, aux concours de dessin portant sur quelques constructions à Toronto (une nouvelle façade pour les vieux bâtiments du marché, la Commercial Bank of the Midland District et la cathédrale catholique St Michael) et sur l’édifice abritant le palais de justice, l’hôtel de ville et le marché, à Niagara. Dans tous les cas, William Thomas remporta le premier prix. Les réalisations de Lane furent malgré tout considérables, et un nombre remarquablement élevé de ses constructions subsistent comme preuve de son talent et de la chance qu’il eut d’arriver à Toronto au moment opportun.

Juste avant son arrivée au Canada, Lane s’était initié à une grande variété de styles néo-gothiques et classiques fort répandus en Angleterre à la fin des années 1830. Il était de ce fait capable de convaincre les gens que ses travaux répondaient au goût du jour, tout en adaptant son choix de style architectural à chaque situation. Les églises Holy Trinity et Little Trinity étaient de style gothique tel qu’il existait en Angleterre, rappelant les églises paroissiales de l’époque des Tudors. Par ailleurs, le gothique perpendiculaire de St George the Martyr, considéré comme le style correct par les sociétés d’ecclésiologie qui commençaient à voir le jour en Angleterre, plaisait à sa congrégation instruite et aisée.

On peut attribuer une certaine partie du succès de Henry Bowyer Joseph Lane à l’intérêt que portait à son travail l’influente famille Boulton, à qui il était apparenté grâce au mariage de deux de ses tantes en Angleterre. À Cobourg, la présence de George Strange Boulton* et de son neveu D’Arcy Edward Boulton (qui avait été condisciple de Lane à la Blundell’s School) eut manifestement de l’importance, même si Lane, qui à l’époque était presque assurément le seul architecte professionnel de l’endroit, aurait probablement obtenu quelques commandes. À Niagara, James Boulton était en mesure de se rendre utile. La concurrence demeurait cependant plus forte dans le milieu torontois, et Lane profita vraisemblablement de ce que William Henry Boulton* était membre du conseil municipal et des comités de construction de l’église St George the Martyr et d’Osgoode Hall. Après avoir joui de cette puissante protection pendant plus de six ans, Lane quitta le Canada en novembre 1847 et retourna en Angleterre où il vécut dans l’obscurité. En mai 1851, il habitait Birchfield (Birmingham), mais on ne possède pas de détails sur le reste de sa vie et sur sa mort.

Stephen A. Otto et Marion Bell Macrae

Parmi les plans qui portent la signature de Henry Bowyer Joseph Lane, on retrouve des dessins de la maison de George William Allan, 1847 (dans la coll. J. C. B. et E. C. Horwood (non cataloguée), AO), et de l’hôtel de ville de Toronto (dans les papiers Henry Langley, nos 172–175, et les papiers J. G. Howard, sect. iii, architectural plans, no 415, MTL). Au nombre des plans non signés qu’on peut lui attribuer figurent celui d’Osgoode Hall (dans la coll. Horwood), d’autres études de l’hôtel de ville (papiers Howard, no 411 ; papiers Langley, nos 170–171) et de la maison d’Allan (Howard papers, nos 90–91), ainsi qu’un dessin endommagé de la maison d’Arthur Carthew (dans les papiers John Fisken (non catalogués), MTL). Il manque à ce dessin la partie où aurait pu se trouver la signature originale. Il existe aussi trois études de l’hôtel de ville dues à John George Howard* et qui sont probablement des reproductions de dessins exécutés par Lane (papiers Howard, nos 412–414).

Les devis descriptifs établis par Lane pour la maison d’Allan, signés et datés du 18 août 1847, se trouvent aussi dans la section ni des papiers de Howard (box 2, misc. buildings, 1847–1855). On lui doit aussi une description architecturale de l’église Holy Trinity dont la construction venait d’être achevée, description qui a été publiée anonymement dans le Church (Toronto) du 15 oct. 1847, sous le titre de « Church of the Holy Trinity », et reproduite le 19 dans le British Colonist (Toronto).

Un croquis de Lane, The Grange, est répertorié dans le catalogue de la Toronto Soc. of Arts, Toronto Society of Arts : first exhibition, 1847 [...] ([Toronto, 1847]), no 155. L’aquarelle elle-même fait partie de la collection de l’Art Gallery of Ontario (Toronto). La London Regional Art Gallery (London, Ontario) possède une autre de ses œuvres, Quebec, Lower Canada, peinte aux environs de 1840. Cette aquarelle de Lane, ainsi que 17 esquisses topographiques et architecturales de sujets anglais, ont fait l’objet de deux ventes aux enchères tenues en Angleterre en 1977. La gravure d’Osgoode Hall en regard de la page 195 de l’ouvrage de W. H. Smith, Smith’s Canadian gazetteer ; comprising statistical and general information respecting all parts of the upper province, or Canada West [...] (Toronto, 1846), s’inspire du croquis de Lane. On peut voir deux autres planches illustrant ses commandes dans C. P. De Volpi, Toronto, a pictorial record : historical prints and illustrations of the city of Toronto, province of Ontario, Canada (Montréal, 1965), planches 13 et 22.  [s. a. o. et m. b. MacR.]

AO, Map coll., S. A. Fleming, « Plan of the town of Cobourg [...] », 1848 ; MS 35, letter-books, 1844–1849 : 310 ; MU 296.— Blundell’s School (Tiverton, Angl.), Reg., 1830–1831.— CTA, RG 1, A, 10 janv. 1843, 4 mars 1844, 30 janv. 1846 ; RG 5, F, 1842–1847.— ÉÉC-T, Church of St Peter (Cobourg, Ontario), vestry minute-books, 23 juin 1851 ; Church of the Holy Trinity (Toronto) papers, T. A. Reed, « The Church of the Holy Trinity » (copie dactylographiée, s.d.), 11, 22 ; St George the Martyr (Toronto), papers, tenders for construction of church, 1844–1845 ; finances for construction of church, 1842–1851, particulièrement W. H. Boulton à H. B. [J.] Lane, 1851, reçu de Lane, 8 mai 1851.— Law Soc. of U.C. (Toronto), « Journal of proceedings of the Convocation of Benchers of the Law Society of Upper Canada » (8 vol.), 6, 10 août 1844.— MTL, John Fisken papers, papiers concernant la maison d’Arthur Carthew, 1847–1848, particulièrement le rapport de mai 1848, [probablement écrit par William Robinson] (non catalogué) ; J. G. Howard papers, sect. {{ii}}, diaries, 15 avril, 27 août 1842, 31 juill. 1844, 29 janv., 30 oct. 1847.— Univ. of Toronto, Thomas Fisher Rare Books Library, ms coll. 56 (papiers A. N. MacNab), L. A. Sharpe à MacNab, 19 sept. 1849.— Sophia MacNab, The diary of Sophia MacNab, C. A. Carter et T. M. Bailey, édit. (Hamilton, Ontario, 1968), 65–66.— « Town Hall and Market House in Niagara », British Colonist (Toronto), 21 juill. 1846, réimpression d’un article du Niagara Chronicle (Niagara [Niagara-on-the-Lake, Ontario]), 10 juill. 1846.— British Colonist, 20, 27 août 1844, 11 févr., 27 juin 1845, 27, 31 mars 1846, 8 juin 1847.— Church, 21 avril, 30 juin 1843, 17 mai 1844, 21 nov. 1845, 17 avril 1846, 27 oct. 1847, 22 févr. 1855.— Cobourg Star, 30 juin, 7 juill. 1841, 19 janv. 1842, 7 juin 1843, 24 avril, 1er mai 1844.— Examiner (Toronto), 10 janv. 1844.— Globe, 2 déc. 1845.— Herald (Toronto), 27 juill. 1843, 11 avril 1844, 18 mai 1845, 2 juill. 1846.— Toronto Patriot, 2 févr. 1843, 7 mai 1844.— Toronto Star, 20 mai 1841, 12 avril 1842, 13 avril, 20 nov. 1844.— John et J. B. Burke, A genealogical and heraldic dictionary of the landed gentry of Great Britain and Ireland (3 vol., Londres, 1849), 3 : 123.— MacRae et Adamson, Cornerstones of order.— MacRae et al., Hallowed walls.

Bibliographie générale

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Stephen A. Otto et Marion Bell Macrae, « LANE, HENRY BOWYER JOSEPH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lane_henry_bowyer_joseph_8F.html.

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Auteur de l'article:   Stephen A. Otto et Marion Bell Macrae
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   29 août 2014