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HOWARD, JOHN GEORGE (connu d’abord sous le nom de John Corby), architecte, arpenteur, ingénieur civil et artiste, né le 27 juillet 1803 à Bengeo, dans le Hertfordshire, Angleterre ; le 7 mai 1827, à Londres, il épousa Jemima Frances Meikle ; décédé le 3 février 1890 à sa résidence, Colborne Lodge, à Toronto.

D’après les registres de la paroisse de Bengeo, John Corby était le quatrième de la famille de sept enfants de John et Sarah Corby. Après avoir fréquenté un pensionnat à Hertford et servi comme simple matelot pendant deux ans, Corby devint charpentier et menuisier. En 1824, il fut placé comme apprenti, pour trois ans, chez un architecte de Londres, William Ford, qui épousa sa sœur aînée en 1825. Sauf durant une courte période où il fut ingénieur des travaux au canal de Cromford, dans le Derbyshire, Corby resta à l’emploi de Ford jusqu’à son départ pour le Canada, faisant, dans les derniers temps, des affaires pour son propre compte.

N’envisageant aucun espoir de réussir dans sa profession en Angleterre, Corby décida d’émigrer et, en septembre 1832, il arriva avec son épouse à York (Toronto). C’est à cette époque qu’il prit le nom de John George Howard. Il en fournit deux explications, mais la première est en contradiction avec les faits consignés aux registres de la paroisse de Bengeo et l’autre manque de fondement et de vraisemblance. Lorsque, le 11 février 1834, son changement de nom fut révélé au cours d’un procès, Howard écrivit au secrétaire du lieutenant-gouverneur sir John Colborne* pour lui expliquer qu’il était un fils illégitime et qu’à l’âge de 18 ans il avait adopté le nom de Corby, qui était celui de l’homme que sa mère avait épousé par la suite, et qu’il avait repris « son véritable nom » au moment de quitter l’Angleterre. Plus tard, il se réclama de la descendance directe de Thomas Howard, 4e duc de Norfolk, par un Howard qui vivait au xviie siècle et qui, à cause d’une querelle familiale, avait adopté le nom de Corby, d’après le château de Corby appartenant au domaine ancestral. Toute sa vie, Howard fut fier de sa prétendue parenté avec la grande famille des Howard.

En mars 1833, un choix de dessins architecturaux réalisés par Howard fut présenté à Colborne, et il fut engagé pour enseigner le dessin géométrique à l’Upper Canada College, au salaire de £100 par année. En plus de donner 12 heures de cours par semaine, il y entreprit des travaux architecturaux afin d’initier ses étudiants aux aspects pratiques. Nommé premier professeur de dessin en 1839, Howard demeura au collège jusqu’en 1856 environ. En 1833, il avait également été chargé par l’évêque anglican de Québec, Charles James Stewart*, de préparer des plans et devis pour de petites églises ; ceux-ci furent lithographiés et distribués dans tout le diocèse de Québec, qui incluait alors le Haut-Canada. À défaut de dessins appropriés pour des projets comme ceux-là dans les livres d’architecture de l’époque, nul doute que les suggestions de Howard furent extrêmement utiles. Malheureusement, on n’a pu identifier aucun de ces plans et devis.

Muni d’une telle reconnaissance officielle, Howard ne tarda pas à recevoir des commandes, particulièrement à Toronto, et, au cours des décennies 1830 et 1840, il fut l’un des architectes les plus en demande dans le Haut-Canada. S’inspirant de la grande variété de styles adoptés par des architectes de la fin du règne des rois George, il dessina les plans de nombreuses maisons, boutiques et bureaux, à partir de l’humble cottage de l’ouvrier jusqu’aux édifices Chewett (1833) ; il dessina aussi les plans de Woodlawn, résidence de William Hume Blake* (1840), et ceux de la Banque de l’Amérique septentrionale britannique (1845). Il construisit, pour l’Église d’Angleterre, environ une douzaine d’églises disséminées dans toute la province, la plupart de style néo-gothique à ses débuts ; il érigea, entre autres, en 1843, l’église St John à York Mills et la Christ Church à Tyendinaga. Ses plans d’édifices publics dans divers endroits de la province, notamment celui du Queen’s College à Kingston, furent primés à six concours, mais en fait un seul de ces projets a été exécuté d’après ses dessins ; il s’agit de son œuvre maîtresse, le Provincial Lunatic Asylum à Toronto, érigé de 1845 à 1849, édifice de brique blanche, matériau fabriqué dans la région et dont il introduisit l’utilisation (le gouvernement de l’Ontario a fait démolir cet édifice en 1976). Il construisit toutefois plusieurs autres édifices publics, tels que la troisième prison de Toronto (1840), le palais de justice et la prison de Brockville (1841–1843) et la Toronto House of Industry (1848). Les plans qui lui valurent des prix n’ont pas été exécutés probablement à cause de leurs dimensions et de leur coût : par exemple, il avait conçu pour la résidence du gouverneur à Toronto (1834) le plan d’un immense édifice néo-classique surmonté d’une coupole et orné d’un portique et dont on évaluait le coût à £50 000. Ce fut ce dessin qu’il exposa à titre d’associé fondateur de l’Académie canadienne des arts (plus tard l’Académie royale canadienne des arts) lors de la première exposition de cette société en 1880.

En dépit du fait que Howard était déjà arpenteur en Angleterre, il n’obtint pas son permis de pratique au Canada avant le 26 janvier 1836 ; il avait dû faire un apprentissage de six mois et subir les examens exigés par la province du Canada. Il exerça sa profession d’arpenteur et d’ingénieur surtout pour la ville de Toronto, s’occupant des trottoirs, des rues, des égouts et des ponts. Il fit l’arpentage des terrains avoisinant le port, traça le plan de l’Esplanade au bord de l’eau et subdivisa en lots la presqu’île (Toronto Island). Le 1er mai 1843, il succéda à Thomas Young* au poste d’arpenteur municipal et remplit cette fonction à temps partiel, payé à la pièce, jusqu’à ce que William Kingsford* le remplace à titre d’ingénieur et arpenteur de la ville, avec un traitement à temps plein, en juin 1855. À part ses travaux pour la ville, Howard en exécuta d’autres pour des organismes et des promoteurs privés. Ainsi, en 1842, il traça le plan du cimetière St James, un modèle pittoresque intéressant et d’avant-garde. Dans les années ultérieures, il subdivisa en lots quelques-unes des propriétés torontoises de Henry John Boulton*, de Samuel Peters Jarvis* et de Thomas Gibbs Ridout*, qu’il redressa en quadrilatères.

En 1834, Howard faisait partie du comité de l’éphémère Society of Artists and Amateurs of Toronto, et il fut en 1847 membre fondateur, vice-président et trésorier de la Toronto Society of Arts. Il peignit de nombreuses aquarelles, pour la plupart des vues de Toronto ou des copies de peintures européennes ; bon nombre d’entre elles, ainsi que des peintures exécutées par son épouse, sont exposées à la Colborne Lodge, maison des Howard construite en 1837.

En 1855, Howard était en fait à la retraite. Il employa son temps à des travaux sur les vastes terrains de Colborne Lodge, qu’il avait achetés en 1836 pour l’élevage des moutons. La maison aujourd’hui restaurée est ouverte au public et sert de musée ; elle est l’un des premiers exemples nord-américains du style de la villa de banlieue devenue populaire en Grande-Bretagne au début du xixe siècle. En 1873, en retour d’une rente annuelle de $1 200, Howard concéda à la ville 120 acres de sa propriété, à la condition qu’on en fasse un parc public qui porterait le nom de High Park ; les 45 acres qui restaient et Colborne Lodge devinrent la propriété de la ville à son décès (la ville agrandit le parc de 170 acres en 1875 et de 71 autres en 1930). La ville nomma Howard conservateur des forêts en 1878, lui confiant la responsabilité d’améliorer le parc. Howard publia en 1885 Incidents in the life of John G. Howard, esq. [...], basé, à quelques écarts près, sur son journal. Le couple Howard n’eut pas d’enfants, mais Howard en eut trois de Mme Mary Williams. À sa mort, ses biens étaient évalués à $48 379, la majorité en immeubles sur lesquels il avait spéculé tout au long de sa vie au Canada.

Howard fut l’un des premiers architectes professionnels du Haut-Canada. Son œuvre est représentative de la période de transition entre la première période, de caractère plus provincial, du style de l’époque des rois George et ce que les œuvres victoriennes offrirent, plus tard, d’exubérant et de raffiné. Plus de 700 de ses dessins architecturaux ont été conservés, à travers lesquels transparaissent ses préférences pour le néo-classicisme et sa tendance à s’appuyer fortement sur les modèles en cours à Londres dans les décennies 1810 et 1820, ce qui n’était pas toujours approprié aux conditions de vie du Canada. Parce qu’il se trouva coupé de ses contacts avec la métropole et, ainsi, de ses sources d’inspiration, ses travaux ne connurent guère d’évolution au-delà du style de la fin de l’époque des rois George. Néanmoins, il a vraiment apporté à la province quelque chose de neuf sur le plan de l’exécution et a ouvert des horizons nouveaux avant l’arrivée d’autres architectes de formation professionnelle vers le milieu du siècle. On le reconnaît aujourd’hui surtout pour le charme de ses cottages et de ses villas de style Régence, dont Colborne Lodge est l’exemple le plus représentatif, et pour l’imposante splendeur et l’ingéniosité de conception de son asile d’aliénés.

Edith G. Firth

John George Howard est l’auteur de Incidents in the life of John G. Howard, esq., of Colborne Lodge, High Park, near Toronto ; chiefy adapted from his journals (Toronto, 1885).

APC, RG 5, A1, 138 : 75 372–75 377.— Guildhall Library (Londres), ms 7 498/36–7 (registre des mariages de St Leonard Church, Shoreditch, Londres, 7 mai 1827).— Hertfordshire County Record Office (Hertford, Angl.), D/P17 ⅓ (registre des baptêmes de St Leonard’s Church, Bengeo, 11 sept. 1803).— MTL, John George Howard papers ; Shirley McManus, « The life of John G. Howard ».— Canadian Academy of Arts, Annual exhibition (Ottawa), 1880.— Royal Canadian Academy of Arts, Report of council (Toronto), 1882–1890.— Soc. of Artists and Amateurs, Catalogue of the first exhibition [...] (Toronto, 1834).— Toronto Soc. of Arts, First exhibition, 1847 ([Toronto, 1847]).— Catalogue of paintings in the gallery at Colborne Lodge, High Park ; a donation from John G. Howard, esq., J.P., to the corporation of the city of Toronto, May 7th, 1881 (Toronto, 1885).— Landmarks of Canada : what art has done for Canadian history [...] (2 vol., Toronto, 1917–1921 ; réimpr. en 1 vol., 1967).— Eric Arthur, Toronto, no mean city ([Toronto], 1964), 120s.— Hist. of Toronto and county of York, II : 69–81.— Marion MacRae et Anthony Adamson, The ancestral roof : domestic architecture of Upper Canada (Toronto et Vancouver, 1963) ; Hallowed walls : church architecture of Upper Canada (Toronto et Vancouver, 1975).— George Baird et Robert Hill, « 999 Queen, a collective failure of imagination », City Magazine (Toronto), 2 (1976–1977), nos 3–4 : 34–59.— Eric Hounsom, « An enormous building for its time », Royal Architectural Institute of Canada, Journal (Toronto), 42 (1965) : 63–65.— T. A. Reed, « Toronto’s early architects : many fine buildings still standing », Royal Architectural Institute of Canada, Journal, 27 (1950) : 46–51.

Bibliographie générale

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Edith G. Firth, « HOWARD, JOHN GEORGE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 31 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/howard_john_george_11F.html.

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Auteur de l'article:   Edith G. Firth
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
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Date de consultation:   31 juillet 2014