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LE MERCIER (Mercier), FRANÇOIS-MARC-ANTOINE, officier d’artillerie, né le 29 décembre 1722 à Caudebec, France, fils de Nicolas-François Le Mercier, lieutenant-colonel d’infanterie dans le régiment d’Agenois, et de Charlotte Le Rebours ; il épousa Françoise Boucher de La Bruère (La Bruyère), à Sainte-Foy, près de Québec, le 15 novembre 1757, trois jours après s’être fait baptiser par Mgr de Pontbriand [Dubreil*] à l’église Notre-Dame de Québec ; décédé dans les environs de Lisieux, France, vers 1798.

Lieutenant de milice dès 1734, François-Marc-Antoine Le Mercier rejoint, l’année suivante, le régiment d’Agenois à Philippsburg (République fédérale d’Allemagne) avec le grade de sous-lieutenant. À la fin de la guerre de la Succession de Pologne, il est réformé et quitte l’armée peu après pour étudier les mathématiques à Strasbourg et à La Fère, en France. Il arriva au Canada en 1740 comme cadet dans les troupes de la Marine. Sérieux et ambitieux, Le Mercier se met à l’étude du génie et de l’artillerie ; il est nommé enseigne en second en 1743 et est attaché au service du commissaire d’artillerie Jean-Baptiste Dupin de Belugard.

Lorsque la guerre de la Succession d’Autriche s’étend à l’Amérique en 1744, Le Mercier se retrouve seul en charge de l’artillerie à Québec. Il dirige le travail de 500 ouvriers, faisant construire des batteries, établissant des lignes de défense près de la rivière Saint-Charles et réparant un corps de caserne. L’année suivante, il participe en tant qu’ingénieur et officier d’artillerie à la campagne d’Acadie sous les ordres de Paul Marin* de La Malgue. Après la reddition de Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton), en juin 1745, il est envoyé à Beaubassin (près d’Amherst, Nouvelle-Écosse), qui servait de lieu de rassemblement, et, en route, coule une chaloupe corsaire, puis retourne à Québec. Au début de 1746, il est chargé par le gouverneur Beauharnois* d’aller au fort Saint-Frédéric (près de Crown Point, New York) pour aider à en préparer la défense et faire l’inventaire des munitions et des vivres qui s’y trouvent. Durant son séjour au fort, il découvre le portage du lac Saint-Sacrement (lac George) et se rend jusqu’au fort Lydius (également appelé fort Edward ; aujourd’hui Fort Edward, New York). Rappelé à Québec après le dégel, Le Mercier part aussitôt pour l’Acadie avec la troupe que Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay mène à la rencontre du duc d’Anville [La Rochefoucauld*]. Au début de l’hiver suivant, il se trouve à Beaubassin et, en février 1747, par un froid extrême et après une marche forcée, il participe, avec 300 Canadiens et Indiens, à l’attaque dirigée par Nicolas-Antoine Coulon* de Villiers contre une troupe de la Nouvelle-Angleterre à Grand-Pré (Nouvelle-Écosse) [V. Arthur Noble*].

Le Mercier est nommé aide d’artillerie en 1748. La guerre finie, il est envoyé en France pour y étudier formellement le maniement de l’artillerie, la fabrication et la fonte des pièces ainsi que les notions élémentaires des fortifications et doit se soumettre à un examen. Il séjourne dans plusieurs villes et, pour acquérir de l’expérience, visite des forges, dont celles de Rancogne (dép. de la Charente) où l’on fond des canons. Au début de 1750, il est promu lieutenant et chargé du commandement d’une compagnie de canonniers-bombardiers, la première unité du genre à être envoyée au Canada ; de Rochefort il se rend à l’île de Ré, où il entraîne ses recrues. De retour au Canada avec sa compagnie, il impressionne fortement le gouverneur La Jonquière [Taffanel*] par la discipline qu’il obtient des artilleurs et le soin qu’il prend de l’artillerie. En 1751, Le Mercier dirige la fonte d’une centaine de pièces de canons et d’une douzaine de mortiers aux forges du Saint-Maurice, à Trois-Rivières, mais il semble que l’intendant Bigot ait mis fin aux opérations militaires des forges après 1752, entre autres, à cause de l’absence de maîtres fondeurs spécialisés.

En 1753, le nouveau gouverneur de la colonie, Duquesne, décidé à assurer la suprématie française dans la région de l’Ohio, organise une vaste campagne [V. Paul Marin de La Malgue]. Le Mercier y participe, remplissant les fonctions d’ingénieur ; il est aussi mis en charge du détail des vivres. En avril, il quitte Montréal avec un petit détachement et se dirige vers le fort Niagara (près de Youngstown, New York). Il apporte au cours de l’été son aide à la construction des forts de la Presqu’île (Erie, Pennsylvanie) et de la rivière au Bœuf (Waterford, Pennsylvanie), érigés pour couper court aux prétentions des Anglais sur ce territoire. La même année, il est promu capitaine, mais n’obtient pas la croix de Saint-Louis que Duquesne a sollicitée pour lui. Le gouverneur lui confie cependant la direction du génie et de l’artillerie dans la colonie.

Le printemps suivant, Le Mercier retourne au fort de la rivière au Bœuf avec une troupe de 360 soldats et miliciens. Il est aussitôt chargé par Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur d’aller déloger les Anglais qui ont commencé la construction d’un fort sur la rivière Ohio ; il y réussit et continue la construction du fort auquel il donne le nom de fort Duquesne (Pittsburgh, Pennsylvanie). Au début de l’été, une expédition est organisée pour venger la mort de Joseph Coulon* de Villiers de Jumonville, tué le 28 mai 1754 au cours d’une embuscade organisée par George Washington. C’est Louis Coulon* de Villiers, frère de Jumonville, qui reçoit le commandement de 500 hommes, et Le Mercier le seconde. Ils chassent Washington et son détachement du fort Necessity (près de Farmingtôn, Pennsylvanie) où ils s’étaient réfugiés et reviennent au fort Duquesne. À l’automne, Le Mercier est envoyé en France afin de rendre compte des opérations auxquelles il a participé pendant les deux dernières campagnes en Amérique. Il embarque à bord de la Parfaite Union le 15 octobre avec Bigot, Michel-Jean-Hugues Péan et son épouse, Angélique Renaud d’Avène Des Méloizes.

Le Mercier revient à Québec au printemps de 1755. En septembre, il participe à la bataille du lac Saint-Sacrement au cours de laquelle il sert probablement de conseiller à Dieskau* – Montcalm*, qui n’a pas été témoin de l’événement, se permettra de dire plus tard que Le Mercier a « fait battre et prendre M. de Dieskau ». Durant la retraite de l’armée française il forme l’arrière-garde et réussit avec ses dix hommes à se tirer d’une embuscade tendue par 250 Anglais. L’été suivant, Le Mercier commande l’artillerie à la prise de Chouaguen (ou Oswego ; aujourd’hui Oswego, New York), la première opération militaire de Montcalm en Nouvelle-France, et son intrépidité vient à bout des tergiversations du général concernant l’emplacement et la mise en batterie des canons. Montcalm réussit en six heures à faire tomber Chouaguen avec une seule batterie de neuf canons à barbette, mais il ne pardonnera jamais à Le Mercier, qu’il considère comme « un ignorant et un homme foible », de lui avoir fait la leçon.

L’artillerie coloniale compte, en 1757, 8 officiers, dont Louis-Thomas Jacau de Fiedmont, et 180 artilleurs ; Le Mercier n’est toujours que capitaine mais reçoit un brevet de commandant d’artillerie et une pension de 400#. La même année, le roi lui accorde la croix de Saint-Louis. Durant les mois de février et mars 1757, Le Mercier participe à l’expédition menée par François-Pierre de Rigaud de Vaudreuil contre le fort George (appelé aussi fort William Henry ; aujourd’hui Lake George, New York). L’attaque est contremandée, mais Rigaud, après avoir fait brûler les alentours du fort, envoie Le Mercier sommer le commandant anglais de se rendre. La sommation est toutefois refusée et le siège levé. Au mois de mai, Le Mercier se trouve à Québec et s’occupe de rassembler main-d’œuvre et vivres pour le fort Carillon (Ticonderoga, New York), où il se rend à la fin de juin. En août, il participe au siège du fort William Henry. Après avoir passé l’hiver dans la colonie, il retourne au fort Carillon à l’été de 1758. Le 8 juillet, c’est lui qui commande l’artillerie, distribue munitions et rafraîchissements durant l’attaque, conduite par Abercromby, qui se solde par une insigne victoire pour Montcalm. Il passe le reste de l’année à Montréal, puis à Québec. Ses longues soirées d’hiver sont souvent passées en compagnie des membres de la Grande Société, dont faisait partie Bigot, avec lesquels il s’adonne au jeu.

À la fin de mars 1759, Le Mercier se rend aux Cèdres, en amont de Montréal, afin d’y assurer le transport des vivres jusqu’au fort Niagara. En avril, il est à Québec où il fait, semble-t-il, état des mesures défensives. Durant le siège de la ville, il commande l’artillerie tout en étant chargé de la distribution des vivres à l’armée qui est soumise à la ration comme la population. Il doit en outre pourvoir de poudre et de munitions quelque 300 canons et mortiers de différents calibres installés en batteries sur une longueur de dix milles et en assurer la sécurité, compromise par les bombardements et les incendies. Par ailleurs, Le Mercier doit faire face constamment à la confusion du commandement, s’accommodant des ordres et des contrordres de Montcalm et du gouverneur Vaudreuil [Rigaud], de leurs sautes d’humeur et surtout de leur jalousie. À quelques occasions, il sert de parlementaire entre le gouverneur et l’amiral Saunders. Le 23 juillet, il réussit par un feu d’artillerie bien dirigé à empêcher plusieurs vaisseaux anglais de forcer le passage en amont de la ville. Cette action retardera de cinq semaines l’exploit qui assurera la victoire aux Britanniques. Le 9 août, à la nouvelle de la chute du fort Niagara, Vaudreuil envoie Le Mercier avec Lévis et La Pause [Plantavit*] achever la construction du fort Lévis (à l’est de Prescott, Ontario). C’est Fiacre-François Potot de Montbeillard qui le remplace dans ses fonctions de commandant d’artillerie.

Après la chute de Québec, Le Mercier se rend à Montréal où il voit à l’approvisionnement de l’armée. En octobre, craignant que le fort de l’île aux Noix, sur le Richelieu, ne soit attaqué, il s’y rend, puis revient à Montréal une fois le danger passé. Lorsqu’il embarque pour la France, le 25 novembre 1759, à bord du Machault, il est chargé d’aller renseigner la cour sur la situation et les besoins de la colonie, mission dont il s’acquitte avec maîtrise. Il se retrouve cependant au nombre des accusés lorsqu’une commission est mise sur pied pour juger des malversations commises dans la colonie avant la Conquête. Le Mercier est arrêté et incarcéré à la Bastille, mais déchargé de toute accusation et relâché lorsque, en décembre 1763, le jugement dans l’Affaire du Canada est enfin rendu. Par la suite, il s’installe, semble-t-il, à Lisieux, en Normandie, où il vit encore en 1798, à l’aise mais dans l’oubli.

François-Marc-Antoine Le Mercier n’a pas joué un rôle de premier plan dans le drame de la perte de la Nouvelle-France. Il n’a jamais détenu le grade ni les pouvoirs qui lui auraient permis d’apporter de grands changements dans l’organisation et l’administration tant civile que militaire de la colonie. Il a certes profité du système pour s’enrichir, ce qui fit dire à Montcalm en 1759 : « cet officier venu simple soldat il y a vingt ans sera bientost riche d’environ 6 ou 700 000#. peut estre un million si ceci dure ». Le général, par ailleurs, ne cachait pas son inimitié pour Le Mercier et il laissa maints témoignages injustes à son égard, l’accusant de s’occuper surtout de ses finances et de négliger ses obligations militaires. « M. Mercier qui n’est jamais nulle part parce qu’il est partout, écrit-il, [...] ne néglige peut-être que la seule partie relative à son métier. » En fait, Le Mercier tenta toujours de s’acquitter du mieux qu’il put de toutes les responsabilités qui lui furent confiées, mais celles-ci, parfois trop nombreuses, l’empêchèrent de s’adonner pleinement à son métier d’officier d’artillerie.

Jean Pariseau

AN, Col., E, 276 (dossier Le Mercier).— Bibliothèque de l’Arsenal, 5 769 (papiers du comte d’Argenson), pp.298, 327, 330, 339 (copies aux APC) ; Archives de la Bastille, 12 128 ; 12 142–12 148 ; 12 501, ff.74, 78, 96, 115, 130, 138, 169, 174 ; 12 502, ff.4, 18, 23, 29–30, 69, 72, 77, 88, 117bis, 198, 201, 212, 232 ; 12 503, ff.224–225, 227, 231, 237, 242–243, 253, 262 ; 12 504, ff.8, 9, 71, 124, 139, 164, 170, 180, 209, 227, 259 ; 12 506, ff.23, 30, 31, 37, 42, 56, 81, 90.— Coll. des manuscrits de Lévis (Casgrain), passim.— Doc. relatifs à la monnaie sous le Régime français (Shortt), II : 894, 896, 898.— Journal du siège de Québec (Æ. Fauteux), ANQ Rapport, 1920–1921, passim.— Knox, Hist. journal (Doughty).— [A.-J.-H. de Maurès de Malartic, comte de Malartic], Journal des campagnes au Canada de 1755 à 1760 [...], Gabriel de Maurès de Malartic et Paul Gaffarel, édit. (Dijon, France, 1890).— Mémoires sur le Canada, depuis 1749 jusqu’à 1760.— [Pierre] Pouchot, Memoir upon the late war in North America, between the French and the English, 1755–60 [...], F. B. Hough, trad. et édit. (2 vol. Roxbury, Mass., 1866), I : 23–25, 27s., 31, 35s., 46, 65s., 69, 224.— Æ. Fauteux, Les chevaliers de Saint-Louis, 164s.— Le Jeune, Dictionnaire.— J.-E. Roy, Rapport sur les archives de France, 870, 873, 875.— Tanguay, Dictionnaire.— Thomas Chapais, Le marquis de Montcalm (1712–1759) (Québec, 1911), 113, 116, 120, 122–124, 139.— Frégault, François Bigot, II : passim ; La guerre de la Conquête.— P.-G. Roy, Les petites choses de notre histoire (7 sér., Lévis, Québec, 1919–1944), 1er sér. : 213–216 ; 3e sér. : 273 ; 7e sér. : 135, 193 ; La ville de Québec sous le Régime, fiançais (2 vol., Québec, 1930), II : 289, 385s.— Stanley, New France.— Tessier, Les forges Saint-Maurice.— Henri Têtu, M. Jean-Félix Récher, curé de Québec, et son journal, 1757–1760, BRH, IX (1903) : 141, 332, 344, 354.

Bibliographie générale

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Jean Pariseau, « LE MERCIER, FRANÇOIS-MARC-ANTOINE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/le_mercier_francois_marc_antoine_4F.html.

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Auteur de l'article:   Jean Pariseau
Titre de l'article:   LE MERCIER, FRANÇOIS-MARC-ANTOINE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   1 octobre 2014