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LE MOYNE DE SAINTE-HÉLÈNE, JACQUES, militaire, né le 16 avril 1659, à Montréal, de Charles Le Moyne de Longueuil et de Catherine Thierry, décédé à Québec en 1690.

En 1684, Sainte-Hélène, l’un des célèbres frères Le Moyne, se battit en duel contre François-Marie Perrot, gouverneur interdit de Montréal. Cette même année, Jacques Le Moyne accompagna son père dans l’expédition que dirigeait le gouverneur Le Febvre de La Barre et qui eut des suites malheureuses.

Mais c’est surtout à partir de 1686 qu’il s’illustra. À titre de premier lieutenant, il s’associa au chevalier de Troyes, qui avait pour mission de chasser les Anglais de la baie d’Hudson. En plus de contribuer à la gloire de rendre à la France des terres qu’elle prétendait siennes, Sainte-Hélène, avec ses frères Pierre Le Moyne* d’Iberville et Paul Le Moyne* de Maricourt, représentait dans cette expédition les intérêts de la Compagnie du Nord, à laquelle était intimement lié Charles Le Moyne, son père, Après un voyage de 85 jours par la route de l’Outaouais (Ottawa), du lac Témiscamingue, des rivières Abitibi et Monsoni, la petite troupe arriva en vue du fort Monsipi (Moose ou Saint-Louis), sur la baie James. Le chevalier de Troyes chargea Sainte-Hélène et 18 hommes d’attaquer le flanc gauche du fort, qui semblait solidement construit. Les palissades franchies, Sainte-Hélène pénétra dans la place l’épée à la main. La résistance croula. On se mit à parlementer, quand un Anglais se ravisa et décida de pointer un canon sur les envahisseurs. Aussitôt, une balle l’atteignit en plein front. Sainte-Hélène ayant une réputation de bon tireur, c’est à lui qu’on attribua le coup. Après Monsipi, le prochain objectif était le fort Rupert (Fort Charles) et un navire anglais qui y faisait escale. Envoyé en reconnaissance, Sainte-Hélène rapporta que ni l’un ni l’autre n’étaient en mesure de se bien défendre. Alors que d’Iberville devait s’emparer du navire, il fut chargé de prendre le fort d’assaut, ce qu’il réussit avec une extrême facilité.

Puis les efforts se portent sur le troisième poste, celui de Quichicouane (Albany). Encore cette fois, Sainte-Hélène est désigné pour reconnaître les lieux. Quichicouane est mieux gardé que les autres postes. Le chevalier de Troyes décide d’en faire le siège. Sainte-Hélène et d’Iberville se font canonniers. Les Anglais capitulent. Les Français nomment le fort Sainte-Anne. L’expédition du chevalier de Troyes est un succès complet, mais le mérite en revient surtour à d’Iberville et à Sainte-Hélène.

La courte carrière de Jacques Le Moyne connaît peu de répit. À l’été de 1687, on le retrouve à la tête de 300 sauvages à l’avant-garde du corps expéditionnaire du gouverneur de Brisay* de Denonville contre les Tsonnontouans. La même année, d’Iberville sollicite pour lui le commandement d’une compagnie. Denonville lui décerne la lieutenance de M. de Merville. À l’été de 1689, la Compagnie du Nord veut ravitailler d’Iberville à la baie d’Hudson, le prier de revenir à Québec avec un chargement de pelleteries et en même temps faire l’essai d’un nouveau chemin qui a la réputation de mener à la baie en 28 jours. La compagnie confie la tâche à Sainte-Hélène qui, accompagné d’un détachement de 38 hommes, dont plusieurs matelots, a pour mission de conduire à Québec les navires anglais saisis à la baie d’Hudson. Parti le 5 juillet, Sainte-Hélène rencontre son frère le 15 août au fort Sainte-Anne. Après s’être acquitté de sa mission, il revint à Québec en novembre 1689, juste à temps pour participer à la campagne de l’hiver de 1690 contre les établissements anglais de la Nouvelle-Angleterre.

En 1690, le gouverneur de Buade de Frontenac décide de répliquer aux attaques conduites contre la Nouvelle-France par les Iroquois et encouragées par les Anglais. Il met sur pied trois corps expéditionnaires, recrutés l’un à Montréal, l’autre à Trois-Rivières et le troisième à Québec, chargés d’aller rendre aux Anglais la monnaie de leur pièce et de relever, par la même occasion, le prestige français auprès des alliés indiens.

Le détachement de Montréal comprend 210 hommes, dont 114 Français. Il est sous le commandement de Le Moyne de Sainte-Hélène et de Nicolas d’Ailleboust* de Manthet. Parti de Montréal au début de février, le petit corps d’armée hésite entre deux objectifs possibles : Albany et Corlaer (Schenectady), puis arrête sa décision sur ce dernier endroit, parce qu’il présente moins de risques et est plus propre au genre d’attaque surprise qu’on se propose de faire. Le 18 février, à la nuit tombée, on est en vue du poste, où habite une majorité de Hollandais. Comme à Lachine, l’année précédente, les habitants dorment sans se douter de ce qui se prépare. Sainte-Hélène et Manthet disposent leurs hommes autour du village et aux endroits stratégiques. Puis le signal de l’attaque est donné.

Jusqu’à l’aube, les habitants de Corlaer vécurent les pires heures d’angoisse. Une soixantaine de personnes furent massacrées. D’autres réussirent à s’échapper vers Albany (N.Y.) dans des conditions pitoyables. Les assaillants firent 25 prisonniers et épargnèrent une cinquantaine de personnes, dont la plupart n’avaient offert aucune résistance. On livra les quelque 80 maisons aux sauvages alliés qui y mirent le feu, sauf à 5 ou 6. Le lendemain, Sainte-Hélène repartit vers Montréal avec ses hommes, laissant derrière lui une immense désolation. Ces raids autorisés par Frontenac en 1690 ont été sévèrement blâmés par un certain nombre d’historiens, surtout d’origine américaine, à cause de la sauvagerie et de la cruauté auxquelles ils donnèrent lieu. Le blâme atteint les commandants de ces expéditions, Sainte-Hélène surtout. Les historiens canadiens-français n’ont pas manqué de faire remarquer qu’au xviie siècle, les règles de la guerre, particulièrement sur le continent américain, n’étaient pas aussi rigides qu’elles peuvent l’être aujourd’hui ; qu’il s’agis-sait, d’autre part, d’expéditions punitives voulues pour enrayer les attaques barbares des Iroquois contre la Nouvelle-France. En faisant subir à quelques postes de la Nouvelle-Angleterre le sort qui avait été réservé à celui de Lachine, on espérait amener les Anglais à réfléchir avant de lancer les Iroquois contre les établissements français. Quoi qu’il en soit, l’expédition contre Corlaer nous éclaire sur le personnage de Sainte-Hélène et de ses compagnons. Déjà à cette époque, ils faisaient montre des caractéristiques du militaire canadien des xviie et xviiie siècles, par opposition au soldat régulier français. Sainte-Hélène, comme ses frères, avait appris l’art de se battre dans l’immense sauvagerie du continent nord-américain. Il tenait de l’Indien la technique, le courage et aussi la cruauté.

En octobre 1690, nous retrouvons Sainte-Hélène à Québec. Il est venu prêter main-forte aux siens qui défendent la capitale de la Nouvelle-France contre les attaques de Phips. On le poste à l’artillerie. Le 18, quelques navires de Phips, dont le vaisseau amiral, s’approchent de Québec pour le bombarder. La réplique est vive. Le tir de Sainte-Hélène frappe juste. Le lendemain, deux des navires doivent battre en retraite et deux autres cherchent vainement la protection de l’anse des Mères. Le vaisseau amiral fait eau et son grand mât est presque arraché. On y compte beaucoup de morts et de blessés.

Entre-temps, le major Walley* a pris pied en aval de Québec et cherche vainement à progresser vers la ville. Il en est empêché par des artilleurs de Beauport et de Beaupré et par un détachement de Montréalais conduits par Sainte-Hélène. Le 20, un engagement a lieu entre l’avant-garde de l’armée anglaise et le corps des Montréalais. Les soldats anglais doivent se retirer. Sainte-Hélène est blessé à une jambe. Quelques jours plus tard, la plaie, qu’on croyait insignifiante, s’aggrave. Transporté à l’Hôtel-Dieu de Québec, Sainte-Hélène y meurt au début de décembre 1690. Selon Charlevoix*, la colonie vient de perdre l’un « des plus braves Hommes, qu’elle ait jamais eus ».

Le 7 février 1684, Jacques Le Moyne de Sainte-Hélène avait épousé à Montréal Jeanne Dufresnoy Carion. Comme elle n’était âgée que de 12 ans, il fallut une dispense, que Mgr de Laval* accorda volontiers en raison de « la fidélité [...] qu’il a toujours eue de ne point abuser de la traite des boissons aux sauvages, et d’en user avec crainte de Dieu ». Sainte-Hélène eut trois enfants, dont Jacques, qui fit carrière en Louisiane.

Jean Blain

ASQ, {{mss}}, 17, p.433.— Acte de sépulture de Lemoyne de Ste-Hélène : BRH, XXXV (1929) : 707.— Charlevoix, Histoire de la N.-F.— Coll. de manuscrits relatifs à la Nouv.-France, I : 482–531, 551–559.— JR (Thwaites), LXIV : 60, 275.— La Potherie, Histoire, I.— Chevalier de Troyes, Journal (Caron).— Frégault, Iberville.— HBRS (Rich), XXI.— A. Jodoin et J.-L. Vincent, Histoire de Longueuil et de la famille de Longueuil (Montréal, 1889), 138–143 et passim.— Robert Le Blant, Histoire de la Nouvelle-France. Les sources narratives du début du XVIIIe siècle et le Recueil de Gédéon de Catalogne (1 vol. paru, Dax., s. d.), 169–272.— É.-Z. Massicotte, Le Moyne de Sainte-Marie et Le Moyne de Martigny, BRH, XXIII (1917) : 125–127.— P.-G. Roy, Le Duel sous le Régime français, BRH, XIII : 131s.— 1690, Sir William Phips devant Québec : histoire dun siège, éd. Ernest Myrand (Québec, 1893).

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Jean Blain, « LE MOYNE DE SAINTE-HÉLÈNE, JACQUES », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/le_moyne_de_sainte_helene_jacques_1F.html.

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Auteur de l'article:   Jean Blain
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