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LE POUPET DE LA BOULARDERIE, ANTOINE, officier dans les troupes régulières et dans les troupes de la Marine, colonisateur et fonctionnaire colonial, né le 23 août 1705 à Port-Royal (Annapolis Royal, Nouvelle-Écosse), fils de Louis-Simon Le Poupet* de La Boularderie et de Madeleine Melançon ; il épousa Éléonore-Jeanne de Beaugny (Beaunier), et de ce mariage naquirent six fils ; décédé à Paris le ou vers le 16 septembre 1771, jour où l’on arrêta le paiement de sa pension.

Antoine Le Poupet de La Boularderie jouissait de bonnes relations familiales, semble-t-il, puisqu’il devint bientôt page du duc d’Orléans et qu’il entra le 1er janvier 1724 au régiment de Richelieu, où il devait atteindre le rang de capitaine. Il semble que La Boularderie vendit sa compagnie, pour des raisons financières, antérieurement à la mort de son père en 1738. Il hérita alors d’une terre noble mais non seigneuriale (en franc-alleu noble) à l’île de Verderonne (île de Boularderie, Nouvelle-Écosse) et d’une installation de pêche à Niganiche (Ingonish). Par brevets royaux du 1er mars 1739, il succéda en outre à son père en tant que commandant militaire de Port d’Orléans (North Bay Ingonish, île du Cap-Breton), de l’île de Verderonne et de la rive est du passage de La Petite Brador (Little Bras d’Or, Nouvelle-Écosse). C’est un fait caractéristique de l’Ancien Régime qu’une fonction coûteuse comme celle de commandant était assumée par un particulier en retour d’avantages économiques : une concession, par exemple. Le commandement de La Boularderie l’obligeait à maintenir l’ordre public, et son autorité, bien qu’elle ne s’exerçât pas sur les officiers coloniaux, causa quelque inquiétude à Louisbourg.

La Boularderie se rendit à l’île Royale (île du Cap-Breton). C’était un jeune homme qui avait l’expérience tant de l’armée que de la cour et qui jouissait de hautes protections, en particulier de celle du duc de Richelieu. La Boularderie amena « des laboureurs de Normandie, des ouvriers, et touttes les ustenciles nécessaire pour la culture des terres. [Il eut], rajoute-t-il, à [son] service vingt-cinq personnes, pendant huit ans. » Il se consacrait à l’amélioration des propriétés de son père quand la guerre de la Succession d’Autriche vint détourner son attention de ses affaires, personnelles. En 1744, il servit lors de la prise de Canseau (Canso) [V. François Du Pont Duvivier] et, en 1745, lors de la défense de Louisbourg [V. Pierre Morpain* ; Louis Du Pont Duchambon]. Fait prisonnier à cet endroit, il fut envoyé à Boston où il passa trois mois. Pendant le reste de la guerre, il servit au Canada à titre de capitaine réformé. En 1749, au même titre, La Boularderie fit partie de l’expédition qui reconquit Louisbourg, où il servit jusqu’à la fin d’août 1750. Sa propriété avait été entièrement détruite par « des flibustiers françois et sauvages » pendant que l’île Royale était aux mains des Anglais, et il commença à la reconstruire sur des bases plus modestes.

La correspondance officielle de cette époque contient plusieurs allusions à la pauvreté des La Boularderie. Ils reçurent quelques gratifications du ministre de la Marine, et les fonctionnaires locaux, apparemment, leur construisirent une maison, soit à Louisbourg, soit à La Petite Brador. La prise de l’île Royale par les troupes britanniques, en 1758, acheva la ruine de La Boularderie. Un voyage qu’il fit en Angleterre en 1758 ne lui permit pas d’obtenir une indemnisation pour la perte de ses biens, et, en 1759, il rentra définitivement en France.

Les témoignages qui apparaissent dans le dossier de La Boularderie au ministère de la Marine, touchant toutes les étapes de sa carrière militaire intermittente, indiquent qu’il fut un officier capable et courageux. Sa conduite au temps où il fut fait prisonnier, en 1745, lui gagna même l’estime de l’ennemi. À son départ de Boston, les autorités lui remirent un certificat attestant qu’il « s’est fort bien comporté et comme un gentilhomme avec lapprobation du gouvernement et a été aussy d’un grand service pour les prisonniers français ». Mais, en dépit de l’intervention de Richelieu et de bons états de service, La Boularderie ne reçut aucune promotion. Le 12 août 1760, Louis XV lui remit la croix de Saint-Louis, bien qu’il paraisse avoir été aussi sensible aux malheurs de La Boularderie qu’à son dossier militaire.

L’Ancien Régime voyait en La Boularderie un gentilhomme. Qu’il ne sût pas administrer son argent et que, en 1764, il fût endetté sans espoir chez les aubergistes de Versailles, cela était considéré comme – et était de fait – une conséquence naturelle de son appartenance à cette classe sociale. Un gouvernement paternaliste régla simplement ses dettes et l’exila en province où il pouvait vivre de sa pension. Mais La Boularderie n’alla pas plus loin que Paris où il eut la bonne fortune de trouver une protectrice, la princesse de Courtenay, marquise de Bauffremont (Beauffremont), qui lui fournit nourriture et logement. Après la mort de la princesse en 1768, il vécut au jour le jour, mourant comme un pauvre à l’hôpital des frères de Saint-Jean-de-Dieu, à Paris. De ses nombreuses suppliques adressées au ministre de la Marine et rédigées dans ce style geignard qu’on considérait alors devoir adopter en s’adressant à un supérieur dont on attendait des faveurs, ressort une image pathétique de cet homme dans les dernières années de sa vie : « couvert de blessures, profondes attaqué de la pierre qui me tourmente cruelment, une ulcere a la jambe provenue anciennement dun eclat de Bombe [...] je souffre de la vuë, Ion ma volé mon linge dans mes maladies, il y a trois année que jay le mesme habit noire sur le corps ».

La femme de La Boularderie, qui trouvait elle aussi sa pension de la Marine insuffisante, vivait pendant tout ce temps dans un couvent de Niort. Il y a des indices de leur éloignement dès 1751, quand il lui remit les pêcheries de Niganiche et qu’elle promit de ne lui demander rien de plus « pour aucune raison ». Après la mort de son mari, elle déménagea à Tours, se plaignant de sa pauvreté dans une série de lettres aux fonctionnaires de la Marine, la derrière étant datée de 1784.

Dale Miquelon

AN, Col., B, 68, f.27 ; 70, ff.7, 32 ; 71, f.7 ; 72, ff.20–21 ; 78, f.15 ; 80, f.44 ; 89, ff.30, 63 ; 90, f.66 ; 94, f.4 ; 110, ff.208, 279 1/2 ; 112, f.93 1/2 ; 118, f.197 ; 130, f.88 ; 149, f.432 ; C11B, 20, ff.60, 118, 137 ; 21, f.307 ; 22, ff.31, 49, 274 ; 23, ff.21, 37, 225 ; 28, ff.38, 73 ; 33, f.97 ; E, 240 (dossier Le Poupet de La Boularderie [trois documents concernant le fils d’Antoine, « Le chevalier », ont été inclus par inadvertance dans le dossier : pièces 22, 36 et 37]) ; Section Outre-mer, G3, 2 047/1, 8 oct. 1751.— APC, MG 9, B8, 24 (registres de Saint-Jean-Baptiste du Port-Royal), pp.50s. (les originaux pour 1702–1728 sont conservés aux PANS, RG 1, 26).— Les derniers jours de l’Acadie (Du Boscq de Beaumont), 287–292.— Le Jeune, Dictionnaire, II : 7s.— Clark, Acadia, 283s.— La Morandière, Hist. de la pêche française de la morne, II : 671s.— Régis Roy, Mr. Le Poupet de La Boularderie, Le Pals laurentien (Montréal), II (1917) : 91–94.

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Dale Miquelon, « LE POUPET DE LA BOULARDERIE, ANTOINE », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/le_poupet_de_la_boularderie_antoine_4F.html.

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Auteur de l'article:   Dale Miquelon
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
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