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DU PONT DUVIVIER, FRANÇOIS (habituellement désigné, dans les documents, sous le nom de sieur Duvivier), officier dans les troupes de la Marine et marchand, né le 25 avril 1705 à Port-Royal (Annapolis Royal, Nouvelle-Écosse), fils de François Du Pont* Duvivier et de Marie Mius d’Entremont de Pobomcoup, décédé le 28 mai 1776.

Après la prise de Port-Royal par Francis Nicholson* en 1710, François Du Pont Duvivier, père, fit un bref séjour en France. On l’envoya ensuite dans la nouvelle colonie de l’île Royale (île du Cap-Breton) avec la première expédition de colonisation, en 1713. Sa mort prématurée, l’année suivante, et la présence dans le corps des officiers de la colonie de deux de ses frères, Louis Du Pont Duchambon et Michel Du Pont* de Renon, hâtèrent l’avancement des fils qui lui restaient. François Du Pont Duvivier, l’aîné, devint cadet en 1716, garde-marine à Rochefort, en France, en 1718, et retourna à Louisbourg comme enseigne en 1719. Les deux autres, Joseph Du Pont Duvivier et Michel Du Pont de Gourville, rejoignirent bientôt leur frère dans les troupes de la Marine. Malgré la mort du père, la famille paraît avoir vécu dans une aisance relative : le recensement de Louisbourg pour l’année 1720 révèle qu’elle avait deux domestiques.

On sait peu de chose des premières années de vie militaire de Duvivier, si ce n’est qu’il jouit de la faveur du gouverneur Saint-Ovide [Monbeton*]. Promu lieutenant en 1730, il fut nommé aide-major à Louisbourg en 1732, un an avant que son oncle Duchambon n’y devînt major. Suivant l’usage en vigueur à Louisbourg, on lui conféra le grade de capitaine, afin de faciliter l’exercice de son autorité sur l’état-major général, mais ce n’est qu’en 1737 qu’il reçut, à l’ancienneté, sa commission de capitaine.

Membre de la famille militaire la plus prestigieuse de l’île Royale au début des années 1730, Duvivier se lança dans des entreprises commerciales variées. Si l’on ne voit pas bien d’où il tenait ses premiers capitaux, il était probablement le plus riche officier de la colonie en 1745, et sa fortune, au jugement d’un contemporain, s’élevait en gros à 200 000#. En 1732, Duvivier, son oncle Duchambon et André Carrerot*, garde-magasin du roi à Louisbourg, vendaient une goélette à des marchands français. La même année, Duvivier commença un commerce de gros en fournissant 40 barriques de rhum importé à la compagnie de pêche de Port d’Orléans (North Bay Ingonish, île du Cap-Breton), établie dans la concession de Louis-Simon Le Poupet* de La Boularderie. Il se risqua aussi dans l’exploitation des pêcheries sédentaires en 1732, en louant, dans le port de Louisbourg, une grave appartenant à un riche marchand, exploitant de pêcheries, Nicolas Bottier, dit Berrichon. L’industrie de la pêche le retint pendant quelque temps ; en 1736, il expédia 73 barriques d’huile de poisson, à bord du vaisseau du roi le Rubis, à un marchand de La Rochelle, Joseph-Simon Desherbert de Lapointe.

En vue de diversifier ses opérations et de participer au lucratif commerce des Antilles, Duvivier s’associa avec un marchand antillais de grande expérience, le capitaine Louis Jouet. Entre 1735 et 1751, Jouet envoya régulièrement, une ou deux fois l’an, son navire de 60 tonneaux, l’Aigle, que Jacques Le Roy commandait souvent en alternance avec lui, faire du commerce à la Martinique. Par contrat officiel signé en 1736, Jouet et Duvivier convinrent d’acheter une propriété appartenant à la mère de Duvivier, près du quai de Louisbourg, avec l’intention d’y construire une maison en pans de bois et un entrepôt en pierre. Les deux capitaines étendirent encore leurs entreprises communes. Quand Duvivier eut acquis le brigantin Reyne du Nord, de 120 tonneaux, Jouet en prit le commandement au cours d’un voyage à la Martinique en 1741, bien qu’il déclarât aux fonctionnaires de ce port en être le propriétaire. L’année suivante, Duvivier vendit ce navire à Jean et Louis Medoux, marchands à Bordeaux, pour la somme de 13 000ª.

Duvivier travailla en étroite collaboration avec son frère Michel Du Pont de Gourville, à qui il confiait ses affaires pendant ses fréquents voyages en France. Tous deux étaient très entendus aux affaires ; ils savaient comment faire usage du crédit et recourir à la loi pour protéger leurs mises de fonds. Duvivier avait compté un intérêt de 5 p. cent sur l’argent avancé à la compagnie de La Boularderie, à Port d’Orléans ; en 1736, alors qu’il se trouvait en France et que la compagnie paraissait sur le bord de la banqueroute, son frère prit des mesures pour assurer le remboursement de la dette. Face à cette initiative, Sébastien-François-Ange Le Normant de Mézy, commissaire ordonnateur, dépêcha l’huissier du Conseil supérieur pour faire la saisie des biens meubles de la compagnie. À son retour, Duvivier prétendit que, selon la Coutume de Paris, il devait être remboursé prioritairement aux autres créanciers. Le Normant refusa de donner un ordre à cet effet, mais convoqua tous les créanciers devant lui, afin de trouver une solution à cette affaire.

Au cours des années 1740, Duvivier et Gourville étendirent leurs entreprises. Ce dernier avait reçu, de son mariage avec Marie-Josephe Gautier, une des filles de Joseph-Nicolas Gautier*, dit Bellair, en 1737, une dot de 10 000ª. En 1742, il acheta pour la somme de 4 600# le Saint-Charles, de 75 tonneaux, d’un autre officier, Michel Leneuf de La Vallière. À la même époque, Duvivier acheta un autre navire du même nom, mais plus grand. On envoya les deux navires à la Martinique en 1743, avec les cargaisons habituelles de bois et de poisson. Duvivier envoya aussi le Succès, de 90 tonneaux, qu’il avait acheté en cale sèche, en 1743, pour la somme de 10 000#. Le Succès atteignit la Martinique au début de 1744, suivi de peu par un autre navire, acquis par Duvivier, la Magdeleine, de 90 tonneaux.

Il est évident que Duvivier faisait preuve de perspicacité en affaires, mais, de même que le succès de sa carrière militaire fut assuré par son oncle et par Saint-Ovide, de même son empire commercial fut alimenté par le favoritisme officiel, grâce en particulier à deux commissaires ordonnateurs de Louisbourg, Le Normant et Bigot. En 1737, Le Normant, présumé prêteur de Duvivier, obtint de la France l’approbation d’établir un monopole pour la fourniture de viande fraîche à la forteresse ; Duvivier, à ce qu’on allègue, avait la mainmise sur ce monopole par l’entremise de Joseph Dugas. Puis Duvivier se mit à acheter des terres, en acquérant quatre le long de la rivière de Miré (rivière Mira) en 1739. Sur deux d’entre elles, qu’il avait commencé d’acheter de Saint-Ovide, il tenta d’élever du bétail, mais l’hiver rigoureux de 1740–1741 lui fit perdre 50 têtes. Bigot continua par la suite le traitement préférentiel de Le Normant et, malgré les protestations de l’ingénieur Étienne Verrier*, il permit à Duvivier de facturer à la couronne un loyer annuel de 750# pour les édifices situés à Port-Dauphin (Englishtown), que les soldats de Duvivier avaient construits. Bigot lui donna aussi des contrats de l’État. En 1743, on craignit la destruction de la récolte du Canada par les sauterelles ; l’intendant Hocquart pria alors les administrateurs de Louisbourg de procurer à Québec des vivres en provenance de la Nouvelle-Angleterre. Bigot passa avec Duvivier un contrat pour qu’il apportât de Boston, où il avait des relations d’affaires – en particulier Peter Faneuil, un marchand en vue –, du poisson et des denrées diverses dont la valeur pouvait atteindre 135 000#.

Dur, ambitieux et jouissant de privilèges, Duvivier pouvait se permettre d’ignorer les autres et de recourir sans scrupules à des pratiques commerciales douteuses pour mieux s’imposer sur le marché local. Au début des années 1730, il empiéta sur les propriétés de ses voisins, Blaise Cassaignolles et Bernard Decheverry. Ils saisirent la justice de cette affaire, mais Duvivier réussit à s’assurer l’appui de Le Normant, lequel émit un ordre formel qui amena le Conseil supérieur à suspendre son jugement. Cassaignolles et Decheverry durent porter leur cause au Conseil du Roi, en France, pour obtenir satisfaction.

La conduite de Duvivier frustra d’autres marchands et pêcheurs locaux, mais ceux-ci ne purent rien faire, à cause de son grade militaire et de la protection de Le Normant. En 1738, Cassaignolles et 20 autres individus, dont François Milly*, Pierre Martissans et Michel Daccarrette* (décédé en 1745), cherchèrent, par le moyen d’une pétition, un recours auprès du ministre de la Marine. Citant des exemples précis de manœuvres sournoises et d’avantages injustes, ils accusèrent Duvivier de chercher à faire des profits aux dépens de la communauté locale d’une manière peu seyante à un chrétien. Critiquant aussi Gourville et nommant Jean-Baptiste Lascoret, commis de Duvivier, ils évoquaient l’image de leurs propres entreprises ruinées par la concurrence illicite, « de sorte que l’on ne voit sur les graves que [ces] deux officiers qui l’épée au cotté achettent et livrent des morues aux Capitaines avec quy ils font affaires et auxquels ils font prendre en payement les morues telles qu’ils les jugent à propos ». On ne connaît pas la réaction du ministre à ce rare exemple de protestation collective, mais, en 1739, Le Normant fut muté, au milieu d’une série de révélations, et Saint-Ovide se démit de son gouvernement. Le nouveau gouverneur, Isaac-Louis de Forant*, reçut instructions de réformer la vie militaire dans l’île Royale.

L’activité commerciale de Duvivier et ses liens de famille en Acadie lui donnaient une connaissance intime de la région de l’Atlantique, ce qui augmentait son utilité, dans le domaine militaire, pour la France. En 1740, le nouveau commandant de l’île Royale, Jean-Baptiste-Louis Le Prévost* Duquesnel, travailla avec Duvivier à la révision des plans de reconquête de l’Acadie, advenant une rupture avec la Grande-Bretagne. En mai 1744, après avoir appris que la France avait déclaré la guerre à la Grande-Bretagne, il désigna Duvivier pour mener une expédition de quelque 350 hommes contre le poste de pêche britannique de Canseau (Canso, Nouvelle-Écosse). Les défenseurs n’offrirent aucune résistance et, à l’aube du 24 mai, leur commandant, Patrick Heron*, rendit les armes. C’était la première fois que Duvivier – comme, d’ailleurs, la garnison de Louisbourg – prenait véritablement part à une opération militaire qui, du reste, procura du butin aux vainqueurs français.

La guerre apporta d’autres profits. Pendant que Duvivier était à Canseau, Jean-Baptiste Lannelongue* le représentait à Louisbourg. Le 7 juin 1744, Lannelongue louait à Bigot l’une des maisons de Duvivier, pour le logement des prisonniers britanniques. Deux semaines auparavant, il avait fourni au gouvernement des pois et de la farine pour une somme de près de 56 000ª, fort probablement pour le compte de Duvivier. Lannelongue loua au gouvernement la goélette Succès de Duvivier, son vaisseau amiral à Canseau, au coût de 6 300# ; elle fut ensuite armée au coût de 33 000#, avant d’être mise sous le commandement du corsaire Pierre Morpain*. En juin 1744, Duvivier investit également des sommes considérables dans deux navires de course, en société avec Gourville, Duquesnel, Bigot et Joannis-Galand d’Olabaratz. Trois ans plus tard, il reçut de Bigot plus de 5 000# en compensation pour le bétail de son habitation de la rivière de Miré perdu au cours de la guerre.

On mit temporairement de côté les affaires en tant que telles, car la victoire facile remportée à Canseau incita Duquesnel à tenter de prendre Annapolis Royal. Le missionnaire Le Loutre accepta de mener 300 Micmacs de la Nouvelle-Écosse à l’attaque du fort britannique, à la mijuillet, à la condition qu’un détachement des troupes de la Marine sous la direction de Duvivier et une petite escadre navale se joignissent à eux rapidement. Les vaisseaux ne se montrèrent pas, et les Micmacs, dégoûtés, se retirèrent. Loin de se décourager, Duquesnel envoya Duvivier en Nouvelle-Écosse, le 29 juillet, avec 50 soldats des troupes de la Marine et un nombre indéterminé de Micmacs de l’île Royale, convaincu que les vaisseaux allaient bientôt paraître.

Après avoir mis pied à terre, le 8 août, à Baie-Verte (Nouveau-Brunswick), Duvivier se présenta comme le libérateur de l’Acadie de retour parmi les siens. En dépit des appels pressants et émouvants qu’il lança tout au long de la route menant à Annapolis Royal, une douzaine d’Acadiens tout au plus se laissèrent convaincre de quitter la stricte neutralité, devenue l’expédient auquel recouraient en pratique, à cette époque, gouvernement et gouvernés en Nouvelle-Écosse. Vivement déçu, il riposta par des menaces, mais ne réussit qu’à s’aliéner la population acadienne. Il n’obtint guère plus de succès auprès des Indiens : après le lamentable fiasco de juillet, seulement 230 Micmacs et Malécites se rangèrent à ses côtés le 7 septembre, jour où il investit le fort britannique.

Le siège dura quatre semaines complètes. Malgré un net avantage tactique et psychologique, les efforts des Français étaient compromis au départ par le fait que Duvivier manquait singulièrement du sens de l’attaque. À cette lacune venait s’ajouter le caractère ambigu, voire même contradictoire, des communiqués qu’un Duquesnel malade lui faisait parvenir de Louisbourg – il lui donnait l’ordre d’attaquer si une occasion favorable se présentait, mais de ne prendre aucun risque inutile – de sorte que Duvivier refusa obstinément de tirer parti de l’état décrépit du fort britannique et du moral bas de la garnison. Un missionnaire auprès des Acadiens, l’abbé Jean-Baptiste de Gay* Desenclaves, observa Duvivier et affirma avec mépris que sa seule gloire dans cette entreprise fut « d’ettre plus habile dans le commerce que dans lart militaire » ; il nota aussi que « dans son camp » il ne parlait « que de banques de melaces et deau de vie ».

Le lieutenant-gouverneur Paul Mascarene* commandait la garnison d’Annapolis Royal, qui ne comptait pas plus de 75 soldats valides. Avisé, pratique et courageux, Mascarene inspira une défensive efficace et sûre. L’arrivée, le 26 septembre, de deux vaisseaux apportant renforts et approvisionnements de Boston l’aida considérablement dans ses efforts. Bien que le moral de son détachement fût ébranlé, Duvivier refusa d’abandonner. Toutefois, le 2 octobre, l’arrivée de Michel de Gannes* de Falaise régla brusquement le sort de l’expédition française ; il apportait de Louisbourg la nouvelle que l’escadre n’avait pas pris la mer et l’ordre de se retirer aux quartiers d’hiver des Mines (Minas, Nouvelle-Écosse). Duvivier feignit d’être dégoûté à l’idée de battre en retraite « La fourche au Cul », au moment où une attaque du fort britannique aurait été justifiée ; à la vérité, l’ordre de Duquesnel lui donnait l’occasion propice de faire oublier sa propre indécision.

Comme les Acadiens refusaient même de fournir les vivres nécessaires au détachement, les Français décidèrent de ne pas hiverner aux Mines et quittèrent la Nouvelle-Écosse en toute hâte le 5 octobre : « La füitte est prise, Non pas La retraite », écrivit Duvivier. De retour à Louisbourg le 23 octobre, Duvivier trouva au commandement non pas Duquesnel, décédé le 9 octobre, mais bien son propre oncle, Louis Du Pont Duchambon. Craignant qu’on lui reproche de n’avoir pas soutenu « honneur Des Armes du Roy » devant Annapolis Royal, il exigea immédiatement qu’un conseil de guerre entendît sa version des événements. Lorsque de Gannes arriva le lendemain, la ville et la garnison étaient contre lui, car Duvivier avait fait croire à tout le monde que la poursuite du siège eût permis de prendre Annapolis Royal.

À la fin de novembre, Duvivier porta les dépêches de la colonie à Versailles. Il fut sans nul doute heureux d’en profiter pour raconter l’histoire de l’expédition en Acadie au ministre de la Marine lui-même. L’initiative porta ses fruits, car, « en consideration des services qu’il a rendus [...] notamment dans l’expedition de Canceau [...] et dans celle de Lacadie », il fut admis dans l’ordre de Saint-Louis, le 17 mai 1745, à Brest, où il se préparait à rallier l’escadre d’Antoine-Alexis Perier de Salvert destinée à secourir Louisbourg. Ayant appris en mer la chute de la forteresse aux mains des troupes dirigées par William Pepperrell*, l’expédition fit demi-tour. Ses plans de retour à son poste contrecarrés, Duvivier passa les quelques années suivantes à faire de pressantes réclamations pour les fournitures livrées, prétendait-il, à l’île Saint-Jean et pour celles détruites sur ses terres de la rivière de Miré, au cours du siège.

En 1747, de façon plutôt soudaine, Duvivier quitta le service actif, mais se rengagea comme capitaine à la demi-solde, quand la France reput possession de l’île Royale en 1749. Il tenta de se donner une situation digne de sa richesse en sollicitant vigoureusement le gouvernement de la colonie. Bien que sa carrière continuât d’être favorisée par Bigot et Le Normant, maintenant intendants à Québec et à Rochefort respectivement, la réputation de Duvivier s’était étendue, et il rencontrait de l’opposition dans sa recherche du pouvoir. À Québec, le gouverneur général La Jonquière [Taffanel*] s’éleva avec un légitime mépris contre la prétention audacieuse de Duvivier au rang de gouverneur : « On ne me persuadera jamais, écrivit-il, que le Sr Duvivier soit Le gouverneur de L’isle Royale [...], Et a vous parler Franchement, Le Sr duvivier fairoit beaucoup mieux de manger en France Le bien qu’il a gagné par Son commerce, que de tanter a des places qu’il ne mente pas surtout, au préjudice de nombre d’officiers de mente De votre gouvernement, qui ont aussi bien Servy Le Roy, [pendant] que le Dt Sieur duvivier a Eté occupé a s’enrichir. » Or, il se trouva que le poste avait déjà été promis à Charles Des Herbiers* de La Ralière ; mais, à la sollicitation de Le Normant, Duvivier fut nommé lieutenant de roi à l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) en 1750.

Duvivier avait connu trop de succès et était trop habitué d’en faire à sa guise pour accepter ce prix de consolation. Il resta à Paris et, à plusieurs reprises, le ministre de la Marine, Rouillé, le reçut à Versailles. Mais on le vit aussi faire des visites clandestines aux commissaires anglais chargés de négocier en France la question des frontières de l’Acadie. Cela éveilla les soupçons de Rouillé, qui ordonna, à la fin de 1750, au lieutenant général de police de Paris de faire enquête. Le ministre infligea à Duvivier, par la suite, une sévère réprimande et avisa son protecteur de naguère, Le Normant, que ce capitaine était bien déchu dans son opinion, jusque-là favorable. On révoqua sa commission de commandant au mois de mai de l’année suivante, et, en 1753, alléguant des raisons de santé, Duvivier quitta la vie militaire avec une pension de 1 200#.

En 1752, Duvivier vivait sur ses terres au Vivier, près de Chalais, dans la commune de Sérignac (dép. de la Charente). Il était aussi propriétaire de la seigneurie de Médillac, non loin de là. Après l’enquête dont il fut l’objet et sa démission subséquente, il disparaît mystérieusement de la scène publique. Et bien qu’il eût amassé de grandes richesses en Amérique du Nord, à sa mort, on évalua sa succession à 25 000# seulement ; sa belle-sœur, la veuve de Gourville, fut son héritière.

T. A. Crowley et Bernard Pothier

Nous ignorons ce qu’il advint de François Du Pont Duvivier pendant les 20 dernières années de sa vie. Son dossier personnel (AN, Col., E, 169) s’achève avec sa retraite du service en 1753, et son absence des registres officiels après cette date est apparemment complète. Même si son dossier indique qu’il reçut une pension des Invalides en 1753, on n’en trouve aucune mention dans AN, Col., D2D, 13 (pensions et gratifications, 1763–1787) ; D2D, 14 (pensions et gratifications, états des colonies, 1752–1788) ; D2C, 15 (pensions et gratifications, états des ports, 1770–1785). Cependant, il faut mentionner que son frère, Michel Du Pont de Gourville, et quelques cousins apparaissent dans ces registres. On sait que Duvivier a résidé dans son château en 1752 (AN, Section Outre-mer, G3, 2 041/1, 4 nov. 1752), mais en 1763, lors du baptême de l’enfant de sa nièce à Sérignac, il n’était pas parmi les signataires de l’acte de baptême (AD, Charente (Angoulême), État civil, Sérignac, 10 déc. 1763). Il n’apparaît pas non plus sur la liste des personnes exemptes de la taille pendant les années 1760 et 1770 (AD, Charente, 7C, 282), même si sa qualité de noble lui donnait droit à de telles exemptions. Il est donc invraisemblable qu’il ait habité son domaine après les années 1750. De plus, il n’existe pas d’enregistrement de sa mort dans les registres de la paroisse de Sérignac ou des communautés voisines de Chalais, Yvier ou Monboyer ; la seule mention de sa mort se trouve dans une liste de successions collatérales payées (AD, Charente, 11C, 1 115, Table alphabétique des successions collatérales payées). Une possibilité suggérée par le silence entourant sa mort est qu’il termina ses jours en prison ; si tel fut le cas, ce n’est cependant pas à la Bastille puisqu’il n’est pas sur les listes publiées par Frantz Funck-Brentano, les Lettres de cachet à Paris, étude suivie d’une liste des prisonniers de la Bastille (1659–1789) (Paris, 1903). Nous remercions Raymonde Litalien des APC pour ses recherches aux AN et T. J. A. Le Goff pour son examen des registres locaux et, en particulier, pour l’établissement de la date du décès de Duvivier. Nous sommes aussi reconnaissants à Christopher Moore d’avoir mis à notre disposition la documentation concernant les relations commerciales de Duvivier avec la Nouvelle-Angleterre.

Il faut remarquer que les études, les documents imprimés et les catalogues d’archives publiés confondent fréquemment les carrières de François Du Pont Duvivier et de son frère Joseph.  [t. a. c. et b. p.]

AD, Charente (Angoulême), État civil, Sérignac, 1761, 1763 ; Charente-Maritime (La Rochelle), B, 275, ff.69, 72, 78v. ; 6 113.— AN, Col., A, 2, ff.89–94 ; B, 41, ff.592–596v. ; 86, f.369 ; 92, ff.219v., 253, 461 ; C8A, 17 ; 20 ; 21 ; C11A, 95, f.51 ; 121, f.192 ; C11B, 20, f.304 ; 25, f.83v. ; 26, f.134 ; 29, ff.58v.–59, 106–109v. ; C11C, 12, f.138 ; E, 169 (dossier Duvivier) ; F1A, 35, f.54 ; 95, f.51 ; Section Outre-mer, G2, 183, f.195 ; 186, f.14, p.135 ; 187, ff.126–127, p.43 ; 188, ff.337–340 ; G3, 2 041/1, 18 nov. 1739, 27 sept. 1751, 4 nov. 1752 ; 2 041/2, 8 nov. 1739 ; 2 046/1, 26 juill. 1737 ; 2 046/2, 18 juill. 1742.— Archives maritimes, Port de Rochefort (France), 1E, 124, f.296.— PANS, RG 1, 26 (mfm aux APC).— Knox, Hist. journal (Doughty), III : 346.— NYCD (O’Callaghan et Fernow), X : 9, 18, 40.— Æ. Fauteux, Les chevaliers de Saint-Louis, 141s., 174s., 195.— Crowley, Government and interests, 126–134, 136s., 223s.— Frégault, François Bigot.— McLennan, Louisbourg.— Rawlyk, Yankees at Louisbourg.— Ægidius Fauteux, Les Du Pont de l’Acadie, BRH, XLVI (1940) : 225–237, 257–271.— H. A. Innis, Cape Breton and the French régime, SRC Mémoires, 3e sér., XXIX (1935), sect. ii : 80s.— R. J. Morgan et T. D. MacLean, Social structure and life in Louisbourg, Canada, an Hist. Magazine (Toronto), 1 (juin 1974) : 60–77.

Bibliographie générale

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T. A. Crowley et Bernard Pothier, « DU PONT DUVIVIER, FRANÇOIS (1705-1776) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 30 août 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/du_pont_duvivier_francois_1705_1776_4F.html.

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Auteur de l'article:   T. A. Crowley et Bernard Pothier
Titre de l'article:   DU PONT DUVIVIER, FRANÇOIS (1705-1776)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   30 août 2014