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LEBRUN (Le Brun) DE DUPLESSIS, JEAN-BAPTISTE, avocat, notaire, marchand et fonctionnaire, né vers 1739 à Corbie, France, fils de Jean-Baptiste Lebrun de Duplessis et de Marie de Champigny ; le 12 octobre 1762, il épousa à Québec Marie-Catherine Mettot ; décédé le 26 juin 1807 à Montréal.

Jean-Baptiste Lebrun de Duplessis arrive en Nouvelle-France dès 1755 comme écrivain d’artillerie dans le régiment de Béarn. On le retrouve notaire, de mai 1759 à mai 1760, au poste de Michillimakinac (Mackinaw City, Michigan). Entre le 31 août et le 6 septembre 1760, il rejoint et aide le commandant en chef Amherst* qui descend le Saint-Laurent en direction de Montréal pour y donner l’assaut. Selon Guy Carleton, Lebrun serait passé dans le camp adverse après s’être échappé de la prison où il aurait été envoyé par les autorités françaises à la suite d’une accusation de vol dans les magasins de l’armée. À la fin de l’année 1760, il est intégré au secrétariat d’Amherst et, un peu plus tard, à celui du commandant Thomas Gage*, gouverneur de Montréal.

En 1762, Lebrun agit comme procureur devant le Conseil militaire de Québec et, le 29 janvier 1765, il est reçu avocat à la Cour des plaids communs. Il compte, à ce moment, parmi les six avocats admis en cette cour, la seule où les Canadiens pouvaient alors pratiquer le droit. Le 14 mars suivant, il reçoit du gouverneur Murray*, en même temps que François Lemaître Lamorille, Jean-Antoine Saillant* et Guillaume Guillimin*, une commission l’autorisant officiellement à exercer la profession d’avocat devant la même cour. Le 1er juillet 1766, après la levée du serment du Test, les Canadiens obtiennent le droit d’exercer la profession d’avocat devant toutes les cours civiles. Six jours plus tard, Lebrun se voit accorder une pleine commission d’avocat. Avec Joseph-Antoine Olry, Guillimin et Saillant, il figure parmi les premiers Canadiens à recevoir une telle commission. Le 12 décembre de la même année, il obtient, en outre, une commission de notaire pour le district de Québec.

La pratique de Lebrun connaît cependant des moments mouvementés. En effet, il utilise la Gazette de Québec du 2 février 1769 pour se plaindre de « calomnies » prononcées à son égard au sujet d’un paiement hors cour qu’il aurait exigé de deux domestiques lui ayant volé des effets évalués à environ £40. Après enquête, Carleton, alors gouverneur, annule les commissions d’avocat et de notaire de Lebrun le 12 avril suivant. Il invoque comme motifs les « différentes friponeries et concussions » auxquelles ce dernier se serait livré, dont la détention illégale de plusieurs personnes. Il est impossible de savoir si, comme l’a prétendu l’ex-avocat, les bonnes relations que celui-ci entretenait avec Francis Maseres* et les marchands britanniques de la colonie ont pu influencer la décision de Carleton. Huit jours après cette révocation, Lebrun annonce dans la Gazette de Québec qu’il espère quitter la province. Il ne met cependant pas son projet à exécution. Le 23 juin 1769, il se défait d’une maison de pierre de deux étages, située dans la basse ville de Québec, pour la somme de 3 600# et il se retire dans une ferme qu’il possède au moins depuis un an à L’Ancienne-Lorette. Ce revenu, combiné aux 1 400# obtenues l’année précédente de la vente d’une terre sise à Rivière-du-Loup (Louiseville), lui assure une certaine aisance matérielle. Durant les années qui suivent, Lebrun est jugé coupable de délits sexuels à l’endroit de jeunes filles âgées de neuf ou dix ans, d’après Carleton ; la plus grave de ces infractions consiste en une tentative de viol, commise le 27 mai 1770, contre une jeune fille appelée Marie Valin. Il aurait été condamné pour ce délit à une peine de prison et à une amende de £20.

De Québec, le 8 janvier 1774, Lebrun écrit à Maseres qu’il approuve son mémoire visant à restreindre l’exercice du droit privé français dans la province par l’introduction d’un nouveau système de lois. Lebrun ajoute, sans preuve à l’appui, que les trois quarts des habitants de la province partagent son avis et il en profite pour demander sa réintégration comme avocat et notaire, ou sa nomination à des fonctions équivalentes, alléguant avoir perdu ces charges à la suite d’un « caprice » de Carleton, sous la seule accusation d’avoir été « envieux ». Maseres transmet cette correspondance à lord Apsley, grand chancelier de la Grande-Bretagne, afin que son plan soit appuyé par la métropole.

À la même époque, dans une lettre adressée aux autorités britanniques, Lebrun soutient le projet visant à établir une assemblée dans la province et prétend que les habitants de la colonie sont, en général, du même avis. Lors des débats entourant l’adoption de l’Acte de Québec, lord North, chef du gouvernement britannique, interroge Carleton au sujet des opinions de Lebrun. Carleton répond que ce dernier n’est pas un homme digne de foi. Il déclare l’avoir d’abord protégé, à cause de l’aide qu’il avait apportée à Amherst, puis l’avoir ensuite désavoué en raison de son mauvais comportement. Il fait même allusion aux méfaits sexuels de Lebrun, ajoutant qu’il avait alors gracié ce dernier.

En 1776, pendant l’invasion américaine [V. Benedict Arnold ; Richard Montgomery*], Lebrun appuie les forces d’occupation. Dans le but de les approvisionner, il vole avec l’aide de son beau-frère et d’un autre individu environ 110 minots de blé dans la seigneurie de Saint-Roch-des-Aulnaies, et les fait transporter chez lui à Cap-Saint-Ignace.

Lebrun retourne ensuite à Québec où il exerce, au moins jusqu’en 1782, la profession de marchand général. En 1790, il habite toutefois la paroisse Saint-Sulpice, près de Montréal. Il fait alors publier une brochure intitulée Mémoire abrégé ou Exposition justificative du cas de Jean-Baptiste Lebrun [...], dans laquelle il prétend avoir perdu injustement les charges d’avocat et de notaire, et se défend d’une accusation de vol d’argent portée contre lui par le chirurgien Jean Ducondu en 1789. Le 14 janvier 1791, Lebrun adresse à Alured Clarke*, lieutenant-gouverneur de la province, une requête demandant sa réintégration dans la pratique du droit. Déclarant être réduit à la misère avec sa femme et ses neuf enfants, il rappelle les services qu’il a rendus à Amherst, à Gage ainsi qu’à Murray, et allègue avoir perdu ses charges à la suite d’accusations formulées par des « jaloux fanatiques et despots ». Il joint un exemplaire de sa brochure et une demande adressée la même date, par sa femme et ses enfants, à lord Dorchester [Carleton]. Mme Lebrun y déclare être dans l’indigence et sollicite le pardon pour « quelque légère faute peut-être involontaire » commise par son mari.

Le 11 février 1791, huit avocats présentent à William Smith*, juge en chef du Bas-Canada, une pétition alléguant la gravité des causes qui avaient amené à l’époque la révocation de Jean-Baptiste Lebrun de Duplessis. Selon eux, le contenu de sa brochure et l’accusation de vol portée contre lui en 1789 laissent des doutes considérables quant à sa conduite ultérieure. Le 16 février 1791, un neuvième avocat adopte ce point de vue. La requête de Lebrun n’est finalement pas accueillie. Lorsqu’il meurt à Montréal, le 26 juin 1807, il occupe toutefois le poste de bailli.

Jacques L’Heureux

Jean-Baptiste Lebrun de Duplessis est l’auteur d’un ouvrage intitulé Mémoire abrégé ou Exposition justificative du cas de Jean-Baptiste Lebrun, de la paroisse de St. Sulpice, dans le district de Montréal (Montréal, 1790). Son minutier contenant 65 actes, rédigés de 1766 à 1769, est déposé aux ANQ-Q sous la cote CN1-168.

ANQ-Q, CE 1-1, 12 oct. 1762 ; CN1-250, 4 août 1768, 23 juin 1769.— APC, MG 23, A1, sér. 2, 2 :240 ; RG 4, A1 : 16153–16166, 16169–16174 ; B8, 28 : 92.— PRO, CO 42/5 : 237 ; 42/6 : 156.— Doc. relatifs à l’hist. constitutionnelle, 1759–1791 (Shortt et Doughty ; 1921), 1 :180–185, 219s., 516.— G.-B., Parl., Debates of the House of Commons in the year 1774, on the bill for making more effectual provision for the government of the province of Quebec, drawn up from the notes of Sir Henry Cavendish [...] (Londres, 1839 ; réimpr., [East Ardsley, Angl., et New York], 1966), 115s.— « Journal par Baby, Taschereau et Williams » (Fauteux), ANQ Rapport, 19271928 : 490, 494.— [Francis] Maseres, Réponse aux observations faites par Mr. François Joseph Cugnet, secrétaire du gouverneur & Conseil de la province de Québec pour la langue françoise, sur le plan d’acte de parlement pour l’établissement des lois de la ditte province [...] ([Londres], 1773).— La Gazette de Québec, 7 févr., 21 mars, 15 août 1765, 22 déc. 1766, 12 nov. 1767, 2 févr., 13, 20 avril 1769, 30 nov. 1780, 29 nov., 6 déc. 1781, 18 juill. 1782.— P.-G. Roy, Les avocats de la région de Québec (Lévis, Québec, 1936), 261s. ; Inventaire des contrats de mariage du Régime français conservés aux Archives judiciaires de Québec (6 vol., Québec, 19371938), 4 : 75 ; Inventaire des insinuations de la Prévôté de Québec (3 vol., Beauceville, Québec, 19361939).— Tanguay, Dictionnaire, 5 : 233.— W. R. Riddell, The bar and the courts of the province of Upper Canada, or Ontario (Toronto, 1928), 7, 14, 17–19.— J.-E. Roy, L’ancien barreau au Canada (Montréal, 1897), 28, 30–35, 38–41, 73 ; Hist. du notariat, 2 : 22–26.— Philéas Gagnon, « Le premier roman canadien de sujet par un auteur canadien et imprimé au Canada », SRC Mémoires, 2e sér., 6 (1900), sect. i : 129s.— Marine Leland, « François-Joseph Cugnet, 1720–1789 », Rev. de l’univ. Laval, 17 (1962–1963) : 833–836.

Bibliographie générale

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Jacques L’Heureux, « LEBRUN DE DUPLESSIS, JEAN-BAPTISTE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 17 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lebrun_de_duplessis_jean_baptiste_5F.html.

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Auteur de l'article:   Jacques L’Heureux
Titre de l'article:   LEBRUN DE DUPLESSIS, JEAN-BAPTISTE
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   17 décembre 2014