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LITCHFIELD, JOHN PALMER, journaliste, médecin et éducateur, né en 1808 à Londres, probablement le fils de John Charles Litchfield, chirurgien à Haymarket ; il épousa Louisa Maddock ; décédé le 18 décembre 1868 à Kingston, Ontario.

Il est très douteux que John Palmer Litchfield ait jamais obtenu un diplôme en médecine. À maintes reprises il a soutenu qu’on lui en avait décerné un à l’université de Heidelberg (République fédérale d’Allemagne), qu’il était reconnu comme chargé de cours par le Royal College of Surgeons et qu’il était fellow de la Linnean Society : rien de tout cela n’était vrai. Selon ses propres dires, vers le milieu des années 30, il était attaché comme « médecin » à la London Infirmary for Diseases of the Skin et au Westminster Général Dispensary. Il devint journaliste médical et donna en 1835 une série de conférences sur les maladies de la peau qui furent publiées dans le Lancet et la Medical Gazette. De 1836 à 1838, il publia apparemment des articles sur une grande variété de sujets dans des périodiques britanniques, dont le Bentley’s Miscellany. Il émigra en Australie en 1838 et, au mois de juin de cette année, on le nomma inspecteur non rétribué des hôpitaux de l’Australie-Méridionale. En 1840, il fut pendant une courte période membre du conseil d’administration du premier hôpital d’Adélaïde, une hutte en terre glaise. En même temps, il collabora activement à l’Adelaide Independent and Cabinet of Amusement et mena une vigoureuse campagne en faveur du développement des services de santé publique. Mais lorsqu’un nouvel hôpital général fut ouvert à Adélaïde en 1840, le mandat de Litchfield dans le conseil d’administration ne fut pas renouvelé et on abolit son poste d’inspecteur. Il se tourna alors vers le soin des aliénés indigents, mais ne réussit pas à obtenir des fonds du gouverneur de la colonie, George Gawler, pour un asile et une maison de convalescence. En même temps, ses titres furent mis en question, et il avait tellement abusé de son crédit qu’on l’emprisonna pour dettes en 1841. Libéré en 1843 sur promesse de remboursement, il retourna en Angleterre. De 1843 à 1845, il fut correspondant européen de divers journaux de Londres. Il prétendit que de 1845 à 1852 il avait été surintendant médical d’un petit asile d’aliénés à Walton, près de Liverpool. En 1853, il émigra à Boston où il écrivit des éditoriaux pour l’International Journal de New York, de Boston et de Portland, Maine, et, dans les annuaires de ces villes il était inscrit comme médecin au service de l’Invalid Food Office.

Litchfield arriva au Canada en 1853 et devint pour un certain temps rédacteur du Pilot de Montréal, journal réformiste qui appuyait Francis Hincks *. En mars 1855, un comité de citoyens de Montréal le désigna pour prendre la direction d’une délégation chargée de promouvoir les produits manufacturés de la ville à l’Exposition universelle de Paris. À la même époque, le gouvernement d’Augustin-Norbert Morin et d’Ahan Napier Magnas le nomma surintendant de l’asile d’aliénés pour criminels, près de Kingston. Litchfield et un groupe de patients habitaient la maison de John Solomon Cartwright*, appelée Rockwood, tandis que les autres patients étaient logés à la prison de Kingston. Lorsque le gouvernement acquit la propriété de Cartwright en 1856, les écuries furent rénovées et l’on put accueillir 24 patientes, logées auparavant à la prison. La construction d’un édifice permanent débuta en 1859, mais le transfert progressif des patients de la prison ne s’y fit qu’après son achèvement en 1868. À Rockwood, Litchfield prônait des traitements psychiatriques considérés comme d’avant-garde et il s’opposait à l’utilisation de la contrainte physique et de l’isolement, sauf dans le cas des patients les plus violents.

Durant son mandat comme surintendant de l’asile, Litchfield maintint des liens étroits avec le Queen’s College de Kingston, qui en était encore à ses débuts. De 1855 à 1860, il fut successivement titulaire des chaires de jurisprudence médicale, d’obstétrique et, à partir de 1860, il donna des cours sur les instituts de médecine. On finit par apprendre à Kingston qu’il n’avait pas de diplôme, mais ses cours étaient populaires. Il y abordait des sujets aussi variés que la jurisprudence médicale et la démence, les causes de la folie furieuse, les efforts qui se faisaient pour améliorer le sort des aliénés et leur traitement.

Litchfield était aussi très engagé dans les affaires municipales et fut élu en 1860 président de la Kingston Electoral Division Society for Promoting Agriculture, Horticulture, Manufacture, and Works of Art. Après 1861, il quitta cette association pour devenir membre de la Botanical Society de Kingston. En 1865, il était devenu souffrant et incapable de poursuivre ses nombreuses activités. Il resta le directeur titulaire du Rockwood Asylum pendant les trois années suivantes ; il succomba à une maladie de cœur dans son propre hôpital à l’âge de 60 ans.

En journalisme et en médecine, les deux professions de son choix, Litchfield avait fait montre d’une capacité d’adaptation exceptionnelle. On dispose de suffisamment d’indices pour douter de ses titres mais non de ses aptitudes à pratiquer dans ces deux domaines. Il est difficile, en scrutant les milieux anonymes de la culture populaire de l’ère victorienne, de vérifier ses dires concernant sa production littéraire. À deux reprises, d’abord en Australie-Méridionale puis au Canada, on découvrit que ses titres de médecin étaient faux. Pourtant, il semble avoir été en mesure de maîtriser toutes les nuances du traitement pratique, grâce à l’observation attentive de cliniciens expérimentés, et il se tenait au courant des nouvelles théories et techniques de traitement exposées dans les journaux médicaux populaires. Dès les années 1850, il avait suffisamment d’expérience comme journaliste et vulgarisateur averti du traitement psychiatrique pour effacer toute trace de ses embarras antérieurs à Adélaïde. Les temps avaient changé, eux aussi, et la deuxième découverte, à Rockwood, du fait que Litchfield ne possédait pas de diplôme médical passa pratiquement inaperçue dans la prospère colonie du Haut-Canada des années 50. Professeur estimé du collège ‘ de Kingston, alors en pleine expansion, Litchfield était alors parvenu à un niveau où ni les blâmes officiels ni les critiques personnelles ne pouvaient l’atteindre.

A. W. Rasporich et I. H. Clarke

Les auteurs remercient le Dr George K. Raudzens et Janet K. Cooper de la MacQuarrie University, Sydney, Australie, pour leur collaboration.  [a. w. r et i. h. c.]

John Palmer Litchfield est l’auteur de The acarus scabiei, Lancet (Londres), I (1835–1836) : 251s. La liste des autres ouvrages, dont il se déclare l’auteur, est donnée dans Morgan, Bibliotheca Canadensis, 226s.

QUA, Thomas Gibson, The astonishing career of John Palmer Litchfield, first professor of forensic medicine at Queen’s University, Kingston (copie dactylographiée, circa 1939).— Daily British Whig (Kingston), 1855–1868.— The institutional care of the insane in the United States and Canada, H. M. Hurd, édit. (4 vol., Baltimore, Md., 1916–1917), IV.

Bibliographie générale

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A. W. Rasporich et I. H. Clarke, « LITCHFIELD, JOHN PALMER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 23 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/litchfield_john_palmer_9F.html.

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Auteur de l'article:   A. W. Rasporich et I. H. Clarke
Titre de l'article:   LITCHFIELD, JOHN PALMER
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   23 juillet 2014