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LYNN, WASHINGTON FRANK, artiste, journaliste et auteur, né vers 1827 ou 1837 à Chelsea (Londres), fils cadet de William Bewicke Lynn ; le 2 septembre 1874, il épousa à Winnipeg Elizabeth Charlotte Tarren, et ils eurent deux fils et une fille ; décédé le 20 juillet 1906 à Winnipeg.

Le père de Washington Frank Lynn fut médecin militaire pendant la guerre d’Espagne et chirurgien au Westminster Hospital de Londres. Parmi ses frères, il y avait un astronome réputé et un ingénieur civil. Après une formation préparatoire, Lynn fut pris à l’essai en juin 1859 dans les cours de la Royal Academy of Arts ; promu étudiant en décembre 1860, il y resta encore environ un an.

Vers la fin de 1861, Lynn partit pour l’Amérique du Nord. Jusqu’en 1864, il suivit les événements de la guerre de Sécession à titre de reporter et publia des articles à ce sujet dans le Globe de Toronto. Ses voyages l’ayant amené à s’intéresser à l’émigration britannique, il trouva, à son retour en Angleterre, un emploi à la Canadian Land and Emigration Company de Londres. Dans le cadre de son travail, il accompagna en 1868 des familles qui partaient de Londres pour venir s’installer dans les districts ontariens de Haliburton et de Muskoka, recueillit des renseignements pour le bénéfice des colons et, de retour à Londres l’année suivante, fit paraître deux brochures, Farming in Canada et Canada : pamphlets for working men.

À la fin de 1871 et au début de 1872, Lynn parcourut le Kansas et le Nebraska afin de voir dans quelle mesure la publicité tapageuse que les Américains faisaient pour y attirer des immigrants britanniques disait vrai. En raison du climat, du régime d’attribution des terres, des taxes élevées et de la présence de conditions propices à la malaria, il trouva ces territoires peu attrayants, et il le signala dans des lettres au Globe. Ce fut probablement le Royal Colonial Institute de Londres, à la fondation duquel il avait contribué en 1868, qui lui indiqua que le nord-ouest du Canada pourrait être aussi intéressant que les États-Unis. Au printemps de 1872, peu après avoir assisté à une réunion de l’institut sur le Manitoba, il quitta de nouveau l’Angleterre pour le Kansas, mais cette fois afin de se rendre dans le Nord-Ouest. Son intention première était de communiquer ses conclusions à l’institut en octobre, mais il arriva trop tard au Manitoba pour pouvoir rentrer à Londres à temps. Captivé par la diversité de la société manitobaine, il prolongea son séjour ; il trouverait, lui semblait-il, « matière à employer quelque temps aussi bien [son] crayon que [sa] plume ».

Lynn continua de publier des lettres bien documentées dans le Globe. En outre, de 1872 à 1877, il peignit une série de toiles parmi lesquelles figuraient The forks of the Red and Assiniboine, The Dakota boat, Fort Pembina, Fort Pelly, Archbishop Taché [Alexandre-Antonin Taché*] et The Barber house. Elles sont l’œuvre d’un artiste professionnel doté d’un sens aigu de la couleur et de la composition, et qui savait capter les traits distinctifs de ses sujets. Ses scènes de genre, quoique de bonne tenue, sont moins réussies. La plupart de ses toiles ultérieures sont des variantes des premières. Le nombre de tableaux qui subsistent attestent sa popularité.

À l’automne de 1872, les lettres de Lynn au Globe prirent un ton politique. Accusant ouvertement certains fonctionnaires de corruption, dont l’agent du Bureau des Terres de la Puissance Gilbert McMicken* et l’arpenteur général John Stoughton Dennis*, il réclamait que le gouvernement fédéral enquête sur les agences manitobaines du Bureau des Terres de la Puissance, qui relevait du Secrétariat d’État, et que l’on protège les concessions des premiers colons. En outre, il demandait que l’on modifie l’Acte concernant les terres publiques de la Puissance pour limiter le nombre d’acres attribué à chaque personne et ainsi mettre un terme à la spéculation sur les concessions allouées aux volontaires. Il estimait également que les Métis devaient avoir le droit de choisir l’emplacement de leurs concessions au lieu d’être entassés dans des cantons. Ses accusations, appuyées par les éditoriaux du Globe, eurent certains effets positifs, mais elles lui aliénèrent les gens en place de Winnipeg. Sa collaboration au journal torontois prit fin en 1873 ; cette année-là et la suivante, il écrivit dans le Manitoban et fut un moment rédacteur en chef du Nor’Wester et du Standard, tous des journaux de Winnipeg. Par ailleurs, il se lança dans l’immobilier avec John O’Reilly en formant, en 1875, la Lynn and O’Reilley Land and Real Estate Company.

De plus en plus déçu de Winnipeg, Washington Frank Lynn quitta la ville. En 1878–1879, il vécut à Saint Paul, au Minnesota, puis de 1881 à 1885, à Londres, où il fut peut-être agent d’émigration. De toute évidence, ces déménagements ne furent pas bénéfiques. En 1885, il revint au Manitoba, où il ouvrit une épicerie que sa femme, Elizabeth Charlotte, transforma par la suite en mercerie. À la fin de sa vie, il réalisa un profit intéressant en vendant un de ses terrains, sur lequel on construirait le magasin de la T. Eaton Company. Il n’avait pas abandonné la politique. Candidat à l’échevinat dans Winnipeg en 1885, 1888 et 1889, il fut défait chaque fois. Il milita au sein des Chevaliers du travail, qui luttaient contre les monopoles et prônaient la réforme sociale. De plus, il écrivit dans la presse bon nombre de lettres sur des questions d’intérêt local. À sa mort, on parla de lui comme d’un « homme au goût raffiné » et d’un réformateur qui, sans jamais occuper de position officielle, avait beaucoup fait pour Winnipeg. Aujourd’hui, il est surtout connu pour ses toiles, qui sont de précieux documents historiques.

Virginia G. Berry

Les tableaux de Washington Frank Lynn sont conservés à l’archevêché de Saint-Boniface, Manitoba, au Glenbow Museum (Calgary, Alberta), dans les bureaux de la Hudson’s Bay Company (Toronto), aux PAM et à la Winnipeg Art Gallery.

Lynn est également l’auteur de : Farming in Canada, or, life in the back woods, Ellen Barlee, édit. ([Londres, 1869 ?]) ; Canada : pamphlets for working men on emigration, labor, wages, and free grants of land (Londres, 1869) ; et de nombreux articles publiés dans le Globe, plus particulièrement dans les nos du 24 déc. 1864, 8, 10, 13 févr., 12, 19, 22 juill., 9 sept., 17 oct., 6, 15 nov., 2, 7, 11, 17, 20, 30 déc. 1872, 29 janv., 11, 14 févr. 1873.

AASB, Fonds Taché.— PAM, MG 11, E1.— Royal Academy of Arts (Londres), Students’ reg.— Manitoba Morning Free Press, 21 sept. 1878, 15 déc. 1885, 12 déc. 1888, 8 nov. 1889, 8 sept. 1891, 31 juill. 1906.— Telegram (Winnipeg), 21 juill. 1906.— Annuaire, Manitoba et Territoires du Nord-Ouest, 1886–1894.— V. [G.] Berry, « Washington Frank Lynn : artist and journalist », Beaver, outfit 308 (1977–1978), no 4 : 24–31.— William Johnston, Roll of commissioned officers in the medical service of the British army [...] (Aberdeen, Écosse, 1917).— 150 years of art in Manitoba, Ferdinand Eckhardt, compil. (Winnipeg, 1970).— Royal Colonial Institute, Proc. (Londres), 3 (1871) : 125.

Bibliographie générale

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Virginia G. Berry, « LYNN, WASHINGTON FRANK », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 13, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/lynn_washington_frank_13F.html.

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Auteur de l'article:   Virginia G. Berry
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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1994
Année de la révision:   1994
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