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MACAULAY, ROBERTSON, administrateur de compagnies d’assurances, né le 20 janvier 1833 à Fraserburgh, Écosse, fils aîné du capitaine Kenneth Macaulay, marin, et de Margaret Noble ; le 18 août 1859, il épousa à Hamilton, Haut-Canada, Barbara Maria Reid, d’Édimbourg, et ils eurent un fils ; décédé le 27 septembre 1915 à Montréal.

L’indépendance d’esprit de Robertson Macaulay fut mise à l’épreuve de bonne heure. Aventureux de nature et soutenu par le profond sentiment religieux que lui avait instillé sa mère, il commença à travailler à 12 ans comme ouvrier de la construction à Stornoway, en Écosse. Il avait peu fréquenté l’école mais, soucieux de se perfectionner, comme tant de ses compatriotes, il passait ses soirées à étudier, les mathématiques surtout. Bientôt, il trouva une place de stagiaire chez le solicitor et procureur local. Son incursion dans le droit éveilla sa conscience sociale. En tant qu’officier de justice, il était obligé d’évincer de petits fermiers. Cette expérience le convainquit que le bien-être des familles reposait sur la sécurité financière. La mort de son père en 1847 (il avait alors 14 ans) renforça cruellement cette idée.

Macaulay abandonna le droit et travailla un moment pour la Hudson’s Bay Company avant de tenter sa chance à Aberdeen, où il obtint bientôt un poste de commis dans un prestigieux commerce de nouveautés, la Barker and Company. Il y resta six ans, mais la réussite ne fit pas taire en lui l’appel du large. En 1854, à l’âge de 21 ans, il s’embarqua pour Québec.

La carrière de Macaulay prit son orientation définitive en 1856, quand il répondit à une offre d’emploi de comptable placée par une entreprise de Hamilton, dans le Haut-Canada, la Compagnie d’assurance du Canada sur la vie [V. Hugh Cossart Baker*]. Comme le noterait un commentateur sagace, l’assurance-vie fut le « moyen par lequel [Macaulay] exprima ses idéaux » : elle lui permettait de vivre sa foi et d’user de son sens des affaires d’une manière utile à la société. Il était paradoxal que, dans les années 1850, un jeune homme pour qui l’intégrité personnelle et la responsabilité sociale comptaient autant ait choisi ce domaine. Le secteur des assurances avait une piètre réputation et était dominé par des entreprises britanniques et américaines. Les techniques de vente étaient souvent d’une immoralité patente et les polices d’assurance-vie regorgeaient de clauses dérogatoires. Même pour les compagnies les plus prudentes, l’investissement des primes était une affaire délicate étant donné les risques de récession présents au milieu du xixe siècle.

Macaulay resta 16 ans à la Compagnie d’assurance du Canada sur la vie et y accéda au poste de chef comptable. Il quitta l’entreprise en 1872 à cause d’un différend sur les obligations de celle-ci envers ses détenteurs de police. Il croyait fermement que l’assurance-vie était un fidéicommis. La latitude permise dans l’interprétation des demandes d’indemnité, soutenait-il, devait naturellement favoriser les détenteurs de police. Plus tard, à la Sun Life, ses idées trouveraient une application pratique dans la « police inconditionnelle ».

Macaulay fut secrétaire de l’Association d’assurance mutuelle sur la vie du Canada à Hamilton avant d’accepter, en 1874, le secrétariat de la Compagnie d’assurance mutuelle sur la vie, de Montréal, dite du Soleil (plus tard la Compagnie canadienne d’assurance sur la vie, dite du Soleil – la Sun Life). Cette société avait été créée en 1871 par un consortium formé de membres de l’élite montréalaise des affaires. Le conseil d’administration, présidé par l’administrateur délégué Mathew Hamilton Gault*, regroupait des personnalités tels Alexander Walker Ogilvie*, George Stephen* et Thomas Workman*. Pendant ses trois premières années, la Sun Life avait connu une expansion qui, sans être spectaculaire, avait été constante. Pour continuer de soutenir la concurrence et d’affronter une économie incertaine, avait conclu le conseil, il fallait confier à plein temps la direction des services administratifs à un professionnel.

Les relations entre Macaulay et Gault furent toujours tendues. Le programme d’investissements de la Sun Life était leur principal sujet de désaccord. L’ampleur des sommes placées par l’entreprise dans deux établissements financiers dominés par Gault – la Banque d’échange du Canada et la Compagnie de prêt et d’hypothèque de Montréal – consternait Macaulay. Dès son entrée en fonction, il s’efforça de rendre les administrateurs de la Sun Life responsables des investissements. En 1876, il parvint à instituer deux nouveautés à la Sun Life : une vérification obligatoire et indépendante des comptes de la compagnie, et une estimation actuarielle des polices.

Les pertes subies par les entreprises de Gault forcèrent bientôt la Sun Life à garantir ses avoirs et lui infligèrent aussi des pertes, mais la crise survint en 1883 à cause de la faillite de la Banque d’échange et du quasi-effondrement de la Compagnie de prêt et d’hypothèque. Les réserves de la Sun Life étaient sérieusement entamées et sa crédibilité mise en cause. La compagnie se tira d’affaire, mais Gault, vice-président depuis 1879, dut démissionner. Son frère, Andrew Frederick*, réussit temporairement à avoir l’appui du conseil d’administration. Pour rassurer le public, on nomma Macaulay administrateur délégué en 1884. Trois ans plus tard, après avoir livré une dure lutte pour amasser des procurations, il obtint une condamnation du programme d’investissements. Il accéda à la présidence de la compagnie en 1889, à la mort du premier président, Workman.

L’assurance-vie connut un essor considérable dans le dernier quart du xixe siècle. Grâce à des lois qui les avantageaient, les entreprises canadiennes acquirent une position dominante. Plusieurs facteurs expliquent que le succès de la Sun Life ait dépassé la moyenne. La détermination de Macaulay à maintenir une équipe d’agents professionnels garantissait à la compagnie un flot toujours croissant de contrats. L’instauration de la police inconditionnelle, mesure radicale, accrut la confiance des consommateurs et améliora beaucoup la réputation du secteur des assurances. En outre, Macaulay – et ce fut son coup de maître – lança l’expansion à l’étranger. Après avoir ouvert sa première succursale étrangère dans les Antilles britanniques en 1879, la Sun Life essaima dans tout l’Empire britannique et l’Extrême-Orient. Dès 1900, elle détenait la majorité des polices canadiennes d’assurance-vie souscrites à l’étranger. À cause de ses innovations en matière d’administration et d’organisation commerciale, Macaulay peut être considéré comme un acteur de la transition au terme de laquelle le contrôle des compagnies d’assurances passa des propriétaires aux gestionnaires.

En 1908, à l’âge de 75 ans, Macaulay confia le poste d’administrateur délégué de la Sun Life à son fils, le compétent Thomas Bassett Macaulay, qui avait édifié l’entreprise avec lui et fait des études en actuariat. Le père était doué pour la gestion et le marketing ; le fils, lui, se distinguerait par des innovations techniques. Bien que Macaulay père ait conservé le titre de président jusqu’à sa mort, le xxe siècle appartenait à la génération montante.

Seules sa modestie et l’estime que lui portaient les employés de la Sun Life dépassaient la réussite de Robertson Macaulay en affaires. Bienfaiteur de l’Église congrégationaliste durant toute sa vie, il contribua à de nombreuses œuvres de charité, toujours sous le couvert de l’anonymat.

David C. Boucher

Arch. de la Sun Life du Canada, compagnie d’assurance-vie (Montréal), Executive papers, Robertson Macaulay, letterbook, 1875–1879 ; private letter-book, 1879 ; record-book ; scrapbook of obituary notices ; Historical Records for executive committee meetings, « Robertson Macaulay (1833–1915) ».— G. H. Harris, The president s book ; the story of the Sun Life Assurance Company of Canada (Montréal, 1928).— John Nelson, « How a sea tragedy inspired the policies of a great Canadian company : a romance of life insurance », Saturday Night, 20 févr. 1926 : 10.— E. P. Neufeld, The financial system of Canada ; its growth and development (Toronto, 1972).— J. A. Ross, « The early life in Scotland of the late president Robertson Macaulay », Sunshine (Montréal), 20 (1915), n° 5 : 13–17.— Joseph Schull, Un astre centenaire : les cent premières années de Sun Life du Canada, compagnie d’assurance-vie (Québec, 1971).— Standard dict. of Canadian biog. (Roberts et Tunnell).— Robert Sweeny, Guide pour l’étude d’entreprises montréalaises et leurs archives avant 1947 (Montréal, [1978]).

Bibliographie générale

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David C. Boucher, « MACAULAY, ROBERTSON », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/macaulay_robertson_14F.html.

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Auteur de l'article:   David C. Boucher
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   21 septembre 2014