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MALCOLM, ANDREW, manufacturier de meubles et homme politique, né le 23 novembre 1840 à Killearn, Écosse, fils de James Malcolm et de Marion Duncan ; le 6 décembre 1876, il épousa à Kincardine, Ontario, Annie Robertson, et ils eurent une fille et six garçons dont trois moururent bébés ; décédé à cet endroit le 9 août 1915.

Andrew Malcolm étudia à l’école paroissiale de Killearn ; comme celle de beaucoup de self-made-men, sa jeunesse semble s’être consumée en activités stériles. Il ne montrait aucun penchant pour le domaine dans lequel il ferait fortune et n’y fit aucun apprentissage. S’il y a une constante dans sa carrière, c’est sa facilité avec les comptes. En 1862, il quitta l’Écosse pour la Jamaïque, où il trouva un emploi de teneur de livres dans une plantation de canne à sucre. Deux ans plus tard, il était commis d’une société ferroviaire dans le Centre-Ouest américain. En 1867, il obtint un poste dans un magasin général à Monkton, en Ontario, et peu après il alla diriger un magasin à Blyth, dans le comté de Huron.

Malcolm s’établit en 1874 à Kincardine, sur le lac Huron, et s’associa au manufacturier de meubles John Watson. On ignore pourquoi ; Robert Malcolm, employé chez Watson, servit peut-être d’intermédiaire, mais seule la coïncidence des noms de famille suggère une relation de parenté. Quant à Watson, il fit probablement appel à Andrew Malcolm parce qu’il manquait de capitaux et avait besoin d’un bon administrateur. Comme tant d’autres manufactures de meubles dans les années 1870 – il y avait plusieurs fabricants importants dans les comtés de Bruce et de Grey –, celle de Watson était en pleine croissance. Il avait donc besoin d’argent pour financer l’expansion et de connaissances pour l’administrer. En 1876, deux ans après l’arrivée du Wellington, Grey and Bruce Railway à Kincardine, la Watson and Malcolm était en assez bonne position pour emménager dans des locaux plus vastes et investir dans un séchoir à bois.

Malcolm était un cas exceptionnel du fait qu’il entra dans le métier par le bureau et non par l’atelier, mais la conjugaison de son sens des affaires et du savoir-faire de Watson n’en fut pas moins bénéfique. Ensemble, ils transformeraient l’entreprise en délaissant l’orme de basse qualité pour le noyer et le chêne de qualité moyenne ou supérieure, en attirant l’attention de commerces nationaux tel Eaton et en installant au bord du lac Huron une nouvelle manufacture qui employait plus d’une centaine de personnes. Ils firent tous ces changements malgré la forte instabilité de l’industrie.

L’expansion rapide survenue dans les années 1870 avait engendré une surcapacité, d’autant plus qu’une bonne partie des fabricants qui avaient connu une croissance, dont la Watson and Malcolm, s’étaient mécanisés. Le capital investi et la capacité des manufactures doublèrent presque, mais la production, à la fin de la décennie, n’affichait qu’une hausse de 50 %. Dans les dix années suivantes, la production augmenta, ce qui poussa les industriels à embaucher plus d’ouvriers, et le marché fut inondé encore une fois. Au cours des années 1890, la productivité déclina : alors qu’un dollar en salaire produisait 3 $ en meubles en 1891, il ne rapportait que 2,75 $ dix ans plus tard. Les manufacturiers se pourvurent d’autres machines pour épargner sur la main-d’œuvre, consolidèrent leurs entreprises et modernisèrent leurs usines, de sorte que dès 1911 l’industrie était en plein essor.

John Watson ne vit jamais son entreprise atteindre la crête de cette vague de prospérité, car il mourut en 1895. Cependant, Malcolm continua d’exploiter la Watson and Malcolm en ayant un temps comme assoclés la fille et le fils adoptifs de Watson. L’entreprise florissait et, en 1905, elle fut constituée juridiquement sous le nom d’Andrew Malcolm Furniture Company Limited. Moins de deux ans après, elle recevait plus de commandes qu’elle ne pouvait en remplir ; de nouveau, Malcolm envisagea l’expansion. Après la déclaration de faillite de la Listowel Furniture Company et sa reprise par la municipalité en 1910, il arriva sur la scène. Une entente fut conclue avec la municipalité en décembre 1911. Après un référendum municipal qui se tint en janvier, par une journée de tempête de neige, il acheta la manufacture pour seulement 1 000 $ d’acompte et un solde de 9 500 $ à verser par la suite. Listowel rendit la transaction encore plus intéressante en lui concédant de l’eau gratuitement et une exemption fiscale de dix ans. Malcolm confia la direction de la manufacture de Kincardine à son fils James, prit en charge celle de Listowel, la modernisa et y fit entrer son autre fils survivant, Andrew Ebenezer. En outre, les Malcolm obtinrent en 1912 le genre de contrat dont rêvaient à peu près tous les fabricants de meubles : garnir les chambres de la chaîne d’hôtels de la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, à commencer par le Banff Springs Hotel et l’Hotel Vancouver. Ce contrat très important propulsa la compagnie au premier rang de l’industrie. D’autres contrats aussi sûrs suivirent, par exemple la fabrication de cabinets de gramophone pour la Columbia Phonograph Company.

Presbytérien actif et membre des Sons of Scotland, Malcolm s’intéressait vivement aux affaires publiques. Il appartint au conseil municipal de Kincardine au début des années 1880, en fut président de 1884 à 1886 et fut maire de la ville en 1904 et de 1908 à 1910. Élu député libéral de Bruce Centre à l’Assemblée législative de l’Ontario en 1898, il se retira en 1902 et se présenta à nouveau, sans succès, en 1905. Sa santé l’empêcha de participer à la vie publique dans les quelques années précédant sa mort en 1915.

Andrew Malcolm avait toujours adhéré à l’évangile du travail, et sa règle, qui consistait à faire tourner ses manufactures que les affaires soient bonnes ou mauvaises, devint légendaire dans l’industrie. On raconte qu’une année, les Malcolm remplirent de meubles tous les entrepôts vides de Kincardine et évitèrent de peu la faillite. Leurs employés pouvaient se plaindre de ne pas avoir assez de jours de congé, notait James Malcolm, mais il valait « mieux rater quelques parties de balle et avoir une pleine enveloppe de paie toutes les deux semaines ». Comme d’innombrables bourgeois de l’époque victorienne, Andrew Malcolm croyait qu’une honnête journée de travail méritait une juste rétribution. Naturellement, il s’attendait aussi que toute personne honnête partage sa conception de l’équité. Une des premières mesures qu’il proposa à l’Assemblée ontarienne, en 1899, était une modification au Municipal Act qui aurait autorisé les miséreux à transférer à la municipalité tout bien dont ils étaient propriétaires afin de « pourvoir à leur entretien » à l’hospice local. On le reconnaît bien là : selon lui, même les chômeurs devaient éviter de compter sur la charité d’autrui. Jusqu’à la fin, il resta un patricien : par testament, il légua des dons à l’hôpital général et à l’église Knox de Kincardine ainsi qu’au Queen’s College de Kingston : il fit aussi remettre à ses employés un boni calculé en fonction de leurs années de service. Sans aucun doute, cet homme qui avait bâti lui-même sa réussite après des études dans une école paroissiale aurait été enchanté par le titre que les gens du métier lui décernèrent à titre posthume : « doyen des manufacturiers de meubles du Canada ».

Pourtant, Andrew Malcolm n’était pas un homme attachant. « Les pires marchandises qu’il a dans son magasin, fit observer un ami, il les place dans la vitrine. » Gros, brusque et opiniâtre, il était de ces gens que leurs connaissances ne peuvent décrire que par des euphémismes. Le plus souvent, elles recouraient au stéréotype de l’Écossais en le disant « sagace », « franc », « malin » et « résolu ». Un journal de sa ville avoua en 1915 : « [Kincardine] irait beaucoup mieux aujourd’hui si [elle] avait toujours suivi ses conseils ». Hélas, Malcolm n’avait pas rendu la chose aisée.

David Monod

Le dossier d’Andrew Malcolm au DBC contient des copies de papiers de famille fournis par Mme Mary Malcolm Armstrong de Bracebridge, Ontario, arrière-petite-fille du sujet.

AN, RG 31, C1, Kincardine, 1881 : 32 ; 1891 : 20 ; 1901, div. 1 : 6 (mfm aux AO).— AO, F 977, Kincardine cemetery (Kincardine, Ontario), n1927 (mfm) ; RG 22–358, n5372 ; RG 55–17–3, nos 202, 1322, 1363 ; RG 80–5–0–63, n1578.— Bruce County Museum and Arch. (Southampton, Ontario), « The furniture industry in Bruce County ».— Stratford-Perth Arch., Listowel and area div. (Listowel, Ontario), Andrew Malcolm Furniture Company papers, particulièrement la note sur l’histoire de la compagnie préparée par C. M. Gall pour Walter Turner, 10 avril 1975 ; Listowel Town Council minutes, 13 déc. 1911, 10 janv. 1912.— Listowel Banner, 11 janv., 4 avril 1912, 21 août 1913, 12–13 août, 13 sept. 1915, 19 avril 1917.— Lucknow Sentinel (Lucknow, Ontario), 12 août 1915.— Telescope (Walkerton, Ontario), 19 août 1915.— Annuaire, Bruce County, 1867.— Canada, Fourth census of Canada, 1901 (4 vol., Ottawa, 1902–1906), 3, table n39 ; Fifth census of Canada, 1911 (6 vol., Ottawa, 1912–1915), 3, table nxiv ; Recensement du Canada, 1870–71 (5 vol., Ottawa, 1873–1878), 3, table nlv ; Recensement du Canada, 1880–81 (4 vol., Ottawa, 1882–1885), 3, table no lvi ; Recensement du Canada, 1890–91 (4 vol., Ottawa, 1893–1897), 3.— Canadian book of furniture : a short outline of the history and development of furniture, with particular reference to industry in Canada, James Acton, compil. (Toronto, 1923).— Furniture World (Toronto), sept. 1915.— Ontario, Legislature, « Newspaper Hansard » (AO, mfm des débats parlementaires, 1867–1943), 28 févr. 1899 ; Statutes, 1899, c. 26.— Norman Robertson, The history of the county of Bruce [...], N. R. Shaw, édit. (Toronto, 1906), 117 ; ouvrage continué par Norman McLeod, The history of the county of Bruce [...] 1907–1968 [...] (Owen Sound, Ontario, 1969), 388.

Bibliographie générale

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David Monod, « MALCOLM, ANDREW », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 avril 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/malcolm_andrew_14F.html.

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Auteur de l'article:   David Monod
Titre de l'article:   MALCOLM, ANDREW
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   16 avril 2014