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MALEPART DE BEAUCOURT, FRANÇOIS (il signait généralement F. Beaucourt et parfois Fˀ Beaucourtˀ, les trois points en triangle constituant un signe franc-maçonnique), peintre, né à Laprairie (La Prairie, Québec) le 25 février 1740, fils du peintre Paul Malepart* (Mallepart) de Grand Maison, dit Beaucour, et de Marguerite Haguenier, décédé à Montréal le 24 juin 1794.

François Malepart de Beaucourt est surtout connu comme le premier peintre canadien à avoir étudié en Europe mais certaines périodes de sa vie demeurent obscures. Il y a lieu de penser que c’est son père qui l’initia à la peinture. En 1757, moins d’un an après la mort de celui-ci, sa mère se remarie avec Romain Lasselain, caporal dans le régiment de Guyenne. D’après le contrat de mariage, François, seul enfant vivant issu du précédent mariage de Marguerite Haguenier, devait être « nourry et entretenu au dépens delad. Communaute [...] jusques a l’age de Vint Cinq ans ». Il est possible qu’après la Conquête son beau-père, le caporal Lasselain, ait décidé de retourner en France avec sa famine. En tout état de cause, François Beaucourt se trouve, en 1773, à Bordeaux, où il épouse, le 12 juillet, Benoîte, fille de Joseph-Gaëtan Camagne, peintre décorateur de théâtre.

Beaucourt possédait vraisemblablement une certaine habileté dans son art puisqu’il tente, en 1775, de devenir membre de l’Académie de peinture, sculpture-et architecture civile et navale de Bordeaux. Sa candidature, appuyée par les académiciens Richard-François Bonfin, architecte de la ville de Bordeaux, et l’un des frères Lavau, graveurs de renom, est néanmoins refusée.

Quatre ans plus tard, Beaucourt obtient de peindre, pour la somme de 2 000#, les draperies de loges et d’amphithéâtre de la salle du Grand-Théâtre de Bordeaux. À la même époque, il exécute plusieurs peintures dans la chapelle du monastère bénédictin de La Réole, ville située non loin de Bordeaux : six tableaux, relatifs à la vie de saint Pierre, ornant les panneaux du chœur, et six médaillons, représentant différents saints, décorant les voûtes de la nef.

Beaucourt soumet de nouveau en 1783 sa candidature à l’Académie de Bordeaux, cette fois avec succès, et est nommé académicien le 14 février 1784. La même année, à la demande de la ville de Bordeaux, il réalise deux transparents allégoriques à l’occasion des fêtes pour la publication des traités de Versailles. Toujours en 1784, il exécute pour l’église Saint-Genès-de-Fronsac (Fronsac, dép. de la Gironde) le Martyre de saint Barthélemy. En principe, les membres de l’académie exposaient leurs tableaux tous les deux ans, mais il n’y eut pas de salon en 1785. C’est pourquoi cinq tableaux de Beaucourt, dont sa pièce de réception à l’académie, le Retour du marché, ne furent exposés qu’au salon de 1787, en l’absence de l’artiste, qui n’était probablement plus en France à ce moment puisque le compte rendu de la réunion de l’académie pour le 18 décembre 1784 indique que « Mr. Beaucour étant Sur le point de partir pour L’amérique a pris congé de L’academie ». Toutes les œuvres de Beaucourt à Bordeaux sont aujourd’hui disparues, sauf le Martyre de saint Barthélemy, qui serait d’ailleurs trop abîmé pour qu’on puisse juger de son mérite.

On perd toute trace de l’artiste jusqu’en 1792. Il est possible que Beaucourt se soit embarqué pour les Antilles vers la fin de 1784. Son tableau le mieux connu, l’Esclave à la nature morte (1786), est d’inspiration antillaise comme le démontrent le madras dont est coiffée la jeune femme, son collier de grains et la corbeille de fruits exotiques qu’elle porte à la main. Par ailleurs, certains auteurs français affirment que Beaucourt est mort à la Guadeloupe. Quoiqu’il n’en soit rien, cela permet de penser que l’artiste y a séjourné. Une autre toile réalisée à la même époque, Portrait de jeune fille (1787), ne fournit pas d’indice sur le lieu de résidence du peintre.

Au cours des mois de janvier et février 1792, Beaucourt se trouve aux États-Unis, à Philadelphie, où il fait publier une annonce dans le General Advertiser. Il y décrit les spécialités de son art, offre ses services et propose de prendre quelques élèves. La même annonce, à cette différence que l’artiste s’y déclare non plus peintre français, mais peintre canadien, paraît le 14 juin 1792 dans la Gazette de Montréal. D’après celle-ci, l’artiste a exercé sa profession et « trouvé un encouragement considérable dans plusieurs villes de l’Europe ; sçavoir, Paris, Petersbourg, Nantes, Bourdeaux ». Selon une autre annonce, parue dans le même journal le 28 juin 1792, Beaucourt « Vient d’arriver en la patrie ».

À partir de ce moment, les œuvres de Beaucourt abondent dans la région de Montréal. Il peint plusieurs portraits dont ceux de la mère d’Youville [Dufrost] (daté de 1792, réplique d’un premier portrait non signé), de la mère Marguerite-Thérèse Lemoine Despins (1792), de l’abbé Claude Poncin* (1792) et ceux d’Eustache-Ignace Trottier Desrivières-Beaubien (1792 ou 1793) et de son épouse ; Marguerite-Alexis Malhiot (1792 ou 1793). La production religieuse de François Beaucourt est assez considérable. En 1792 et en 1793, il exécute plusieurs tableaux pour l’église Sainte-Anne-de-Varennes (Varennes) représentant saint Augustin, saint Jérôme, saint Ambroise et saint Grégoire. Deux tableaux peints au début de 1794 pour l’église Saint-Joseph-de-Lanoraie (Lanoraie), la Nativité de la Vierge et Saint Jean-Baptiste au désert, furent détruits par le feu en 1917. Les toiles Marie, secours des chrétiens (1793) et le Miracle de saint Antoine (1794) décoraient l’église Saint-Martin, île Jésus, qui fut la proie des flammes en 1942. On a pu sauver ces toiles, quoique la première n’existe plus aujourd’hui qu’en fragments dispersés dans diverses collections. On a en outre attribué à Beaucourt de nombreuses œuvres ne portant aucune signature. Il semble que ce soit à tort puisque l’artiste signait généralement ses œuvres.

Important historiquement, Beaucourt n’est cependant pas un grand peintre. Sa touche grasse et son modelé souvent mal défini lui enlèvent toute prétention à pareil titre. Comme peintre de scènes religieuses, il n’est essentiellement qu’un médiocre copiste d’œuvres européennes. Comme portraitiste toutefois, il fait preuve d’un certain talent et sait par ses couleurs chaudes animer ses personnages. Il semblerait que ce soit surtout dans la décoration d’appartements et de théâtres que l’artiste ait excellé, encore que la disparition de son œuvre dans ce domaine ne nous permette pas d’en juger.

François Malepart de Beaucourt est décédé à Montréal en 1794. Sa veuve épousa en 1810 Gabriel Franchère, père de Gabriel*, le célèbre voyageur ; elle mourut à Montréal en 1844.

Madeleine Major-Frégeau

AD, Gironde (Bordeaux), C, 1 208 ; 3E, 20 338, 3 juin 1773 ; G, 3 108, f.40, 5 juin 1784.— ANQ-M, État civil, Catholiques, La Nativité-de-la-Très-Sainte-Vierge (Laprairie), 25 févr. 1740 ; Notre-Dame de Montréal, 25 juin 1794, 16 janv. 1844.— ANQ-Q, État civil, Catholiques, Notre-Dame de Québec, 16 juill. 1756, 7 févr. 1757 ; Greffe de Simon Sanguinet, 5 févr. 1757.— Archives municipales, Bordeaux, CC 311–312, 28 sept. 1779 ; DD 36e 1er, 4 mars 1780 ; GG 105, 8 avril 1754 ; 806, 12 juill. 1773 ; mss 331, ff.371, 379, 380 ; 332, ff.71, 187, 190, 191 ; 333, f.29 ; 334, ff.34, 35 ; 338, f.18.— ASGM, ms., Mémoire particulier, 1705–1857, ff.296, 297, no I.— Bibliothèque municipale de Bordeaux, mss 712, f.136 ; 1 539, ff.96, 97, 217, 218, 226, 350.— IBC, Centre de documentation, Fonds Morisset, Dossier François Malepart de Beaucourt.— La Gazette de Montréal, 7, 14, 28 juin 1792.— General Advertiser (Philadelphie), 3 janv.–20 févr. 1792.— Album d’objets d’art existant dans les églises de la Gironde, J.-A. Brutails, compil. (Bordeaux, 1907).— J. R. Harper, La peinture au Canada des origines à nos jours (Québec, 1966), 29, 53–58, 70, 78, 115, 419.— C.-C. Marionneau, Les salons bordelais, ou expositions des beaux-arts à Bordeaux au {{xviii}}e siècle (1771–1787), avec des notes biographiques sur les artistes qui figurèrent à ces expositions (Bordeaux, 1883), xi, 71, 99, 117s.— Morisset, Coup d’œil sur les arts, 57s. ; Les églises et le trésor de Varennes (Québec, 1943), 18, 21, 34s. ; La peinture traditionnelle au Canada français (Ottawa, 1960), 55–58.— É.-Z. Massicotte, Le peintre Malepart de Beaucour, BRH, XLV (1939) : 42–44 ; Le peintre Malepart de Beaucours, BRH, XXVII (1921) : 187s.— Maurice [Meaudre de] Lapouyade, Essai de statistique archéologique : La Réole, Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, Actes (Bordeaux et Paris), 8 (1846) : 324s.— Robert Mesuret, Les premiers décorateurs du Grand-Théâtre de Bordeaux, Soc. de l’hist. de l’art français, Bull. (Paris), 1940, 119–126.Gérard Morisset, Généalogie et petite histoire, le peintre François Beaucourt, SGCF Mémoires, XVI (1965) : 195–199 ; Saint-Martin (île Jésus) après le sinistre 19 du mai, Technique (Montréal), XVII (1942) : 597–605.

Bibliographie générale

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Madeleine Major-Frégeau, « MALEPART DE BEAUCOURT, FRANÇOIS », dans FR:UNDEF:public_citation_publication, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 21 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/malepart_de_beaucourt_francois_4F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
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