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McKINDLAY, JOHN, homme d’affaires, juge de paix et agent de développement foncier, né à Kilmarnock, Écosse, fils cadet de Peter McKindlay, marchand ; décédé célibataire en novembre 1833 à Cathkin Braes, Écosse.

John McKindlay fit son apprentissage à titre de commis chez Cunningham and Reid, commerçants établis à Glasgow et à Greenock et qui traitaient avec les Antilles. En 1777, il s’installa à Montréal et, l’année suivante, il investit £830 dans la traite des fourrures, somme minime comparativement à £24 000 environ, la plus importante mise de fonds faite cette année-là dans ce secteur, par James McGill*. Dix ans plus tard, McKindlay investit £4 550, se classant ainsi cinquième comme bailleur de fonds privé. Depuis le début des années 1780, il figurait parmi les premiers fournisseurs des commerçants du Nord-Ouest. Parmi ses clients, on retrouve Jean-Étienne Waddens* ; après l’assassinat de ce dernier en 1782, ce fut McKindlay qui présenta un inventaire des biens du défunt à un notaire montréalais. En outre, il se porta garant pour des trafiquants qui devaient faire cautionner leur bonne conduite en territoire indien afin d’obtenir un permis de traite du gouvernement.

Vers 1784, McKindlay s’associa quelque temps avec Étienne Dumeyniou, marchand français établi à Montréal ; lorsque celui-ci se retira, McKindlay prit leur commis William Parker comme associé. McKindlay était également marchand général à son propre compte. Il réussissait bien dans l’importation et était spécialisé en textiles et boissons provenant surtout d’Écosse. Il avait de bonnes relations à Greenock, notamment avec Allan, Kerr and Company qui était une des plus grosses entreprises écossaises qui commerçaient avec la colonie. Son fournisseur londonien était certainement Robert Hunter, dont il reçut le fils Robert à Montréal en 1785. Lorsque Richard Dobie* apprit au jeune Hunter que les incendies étaient la cause de lourdes pertes pour les hommes d’affaires montréalais, celui-ci fit remarquer « comme McKindlay s’[était] bien prémuni contre [ce risque]. Ses marchandises étaient en très bon état et ses entrepôts bien remplis. » Vers la fin des années 1780, la solide réputation que McKindlay avait acquise l’amena à agir comme administrateur de successions, ou comme agent commercial pour des marchands installés à l’extérieur de Montréal ; il le fit en particulier en 1795 pour Adam Lymburner*, un parent, dans le cas d’une saisie. Au cours de la même période, il dut faire saisir lui-même des biens pour recouvrer des créances impayées, ce qui l’amena peut-être à faire de la spéculation foncière à Montréal.

McKindlay vendait des marchandises diverses aux marchands de la campagne installés dans le district de Montréal et à L’Assomption, où il était le principal fournisseur ; en 1792, tous ses clients, à l’exception d’un, lui devaient de l’argent. C’est pour récupérer une créance qu’en 1797 McKindlay fit vendre aux enchères la seigneurie du Lac-Matapédia qui appartenait au marchand Jean-Baptiste Raymond. Patrick Langan acheta cette propriété et McKindlay en reçut alors un tiers, probablement à titre de remboursement de la dette de Raymond. Les transactions que McKindlay fit avec ce dernier révèlent combien il s’intéressait déjà dans les années 1790 aux possibilités grandissantes qu’offrait le Bas-Canada : cette province devenait en effet un véritable grenier et un fournisseur de potasse pour la Grande-Bretagne et les Antilles. En 1795, il achetait déjà ces produits sur une grande échelle, à l’instar de son compatriote et ami, James Dunlop*. Pour ce faire, McKindlay employait des agents, qui parcouraient les régions agricoles de la colonie et qui achetaient des récoltes entières des fermiers ou des marchands locaux comme Raymond. Parmi ces représentants, il y avait plusieurs jeunes hommes (dont certains lui étaient apparentés) qui avaient été amenés d’Écosse à la condition d’apprendre le français en un an. En 1796, McKindlay négocia avec l’Hôtel-Dieu de Montréal l’achat de l’arrière-fief Saint-Augustin ou la location de la ferme sise à cet endroit, mais l’évêque Jean-François Hubert* mit fin aux pourparlers.

McKindlay avait probablement déjà atteint un certain degré de prospérité et de notoriété en 1788, lorsqu’il acheta une maison de pierre à deux étages située rue Notre-Dame. À l’instar de nombreux autres commerçants, il fut amené à s’occuper d’affaires publiques. Dès 1784, il signa de nombreuses pétitions réclamant la création d’une assemblée élue, que les marchands espéraient dominer afin de modeler les institutions de la colonie en fonction des besoins du commerce. En 1792, lors des premières élections législatives, il figura parmi la vingtaine d’hommes d’affaires montréalais les plus influents qui appuyèrent la mise en candidature des marchands James McGill, John Richardson, Joseph Frobisher* et Alexander Auldjo dans les deux circonscriptions de la ville. En 1786 et 1787, il avait fait partie d’un comité de marchands de Montréal qui avait présenté au Conseil législatif un rapport sur la situation du commerce dans la colonie. En 1790, il avait été élu membre du conseil d’administration de la succursale de la Société d’agriculture, fondée depuis peu dans le but de mieux commercialiser l’agriculture coloniale, en introduisant des techniques modernes de culture et d’élevage, objectif cher à McKindlay. La même année, il prit part à une campagne visant en vain l’établissement d’un bureau des douanes à Montréal et, en novembre, un groupe de confrères du monde commercial le remercia publiquement des efforts qu’il avait fournis. En décembre 1802, au cours d’une réunion d’hommes d’affaires, il fut choisi pour faire partie d’un comité chargé d’exercer des pressions sur les compagnies d’assurance-incendie de Londres afin qu’elles réduisent le taux de leurs primes à Montréal.

McKindlay s’occupa également de questions d’ordre public qui n’étaient pas directement liées au commerce : en 1788, il reçut une commission de juge de paix ; deux ans plus tard, il appuya l’établissement dans la colonie d’une université non confessionnelle [V. Jean-François Hubert] ; enfin, en 1794, il reçut une commission d’audition et de jugement de causes criminelles et d’audition générale des délits commis par les personnes emprisonnées. Il était un membre éminent de l’église Scotch Presbyterian et il signa en juillet 1803 l’invitation faite à James Somerville*, plutôt qu’à Robert Forrest, lui demandant de remplacer John Young, ministre disgracié de leur congrégation.

En mars 1799, McKindlay avait vendu son commerce de la rue Notre-Dame pour la somme de £1 500 et s’était installé rue Saint-Paul, dans un établissement commercial plus vaste bâti autour d’une maison de pierre de deux étages. En juin de la même année, tout en poursuivant ses autres activités, il était déjà dans le commerce du bois. Selon lord Selkirk [Douglas*], en 1803, l’ensemble de ses exportations était évalué à £25 000, ce qui le rangeait parmi les dix premiers exportateurs de Montréal. Toutefois, au début de 1804, il semble qu’il connaissait déjà certains problèmes d’ordre financier, dûs en partie à de mauvais débiteurs, qui étaient tous canadiens et peut-être des détaillants dont il était le fournisseur. En avril de la même année, il emprunta environ £2 300 à Richard Dobie. Vers cette date, il vendit son commerce et retourna vivre en Écosse ; il semble avoir donné procuration à son ami Samuel Gerrard* pour gérer ses affaires à Montréal. Cependant, la vente dut être annulée car, en avril 1806, Adam Lymburner fit saisir par le shérif la propriété de la rue Saint-Paul qui couvrait alors dans le centre-ville tout un pâté de maisons délimité par les rues Saint-Paul, Saint-Denis, Sainte-Thérèse et Saint-Vincent, « avec une grande et commode maison, deux maisons plus petites, des voutes, caves, hangards et autres dépendances, [...] le tout [...] très bien pour faire un grand commerce ». Il semble cependant que McKindlay put rembourser Lymburner à temps, car la vente n’eut finalement pas lieu. De retour en Écosse, il mena grand train pendant quelque temps dans un manoir qu’il acheta à Cathkin Braes, dans les environs de Glasgow mais, en juin 1806, il était déjà installé à Saltcoats. De plus, depuis 1805, il était l’exécuteur testamentaire d’Andrew McGill, le frère de James, et de Dobie dont il avait été le fondé de pouvoir. En novembre 1811, il vendit son commerce de Montréal pour la somme de £4 000 à la firme Henderson, Armour and Company [V. Robert Armour*].

Depuis au moins 1796, McKindlay s’adonnait de plus en plus à la spéculation foncière dans les deux provinces. De 1799 à 1826, mais surtout jusqu’en 1806, il obtint en concession 14 000 acres de terre au minimum sous forme de nombreux petits lopins dispersés dans 12 cantons du Haut-Canada, dans les vallées de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent. Entre 1809 et 1811, il reçut plusieurs concessions importantes dans les cantons de Hinchinbrook et de Hemmingford, au Bas-Canada et, en 1814, le gouverneur sir George Prévost* lui octroya 3 775 acres dans le canton de Godmanchester ; en vertu du système des chefs et associés de canton, cette concession lui procura peut-être jusqu’à 17 000 acres environ [V. Samuel Gale]. En outre, il acheta des terres. Il en réserva un certain nombre à la coupe du bois qu’il faisait exporter, ou à la culture céréalière ou encore à l’élevage de vaches laitières. Il continua de promouvoir de nouvelles techniques agricoles dans le Bas-Canada ; de plus, il encouragea, des fermiers expérimentés, qui avaient émigré d’Écosse ou du nord de l’Angleterre, à coloniser certaines de ses terres. Le 12 janvier 1822, il vendit à John Gray de Montréal, pour la somme de £2 107, tous les terrains et droits fonciers qu’il possédait au Canada, à l’exception de la part qu’il détenait dans la seigneurie du Lac-Matapédia. Les terres qu’il avait dans le Haut-Canada, et qui représentaient environ 15 000 acres, constituaient la plus grande valeur marchande ; Gray les paya d’ailleurs £1 707 ; la plupart des autres terres, soit quelque 12 275 acres, se trouvaient dans le Bas-Canada.

En 1818, John McKindlay disposait déjà de moyens suffisants pour acheter un autre domaine à Cathkin Braes ; il s’y installa en permanence en 1823, tout en retournant à l’occasion surveiller ses affaires au Bas-Canada. En Écosse, il manifesta autant d’intérêt pour le développement agricole que durant son séjour au Bas-Canada ; il louait ses terres à des fermiers qui employaient de nouvelles techniques dans l’élevage du bétail, ainsi que dans la culture du navet et d’autres plantes vasculaires comestibles pour les animaux. Dans le milieu agricole qui organisait concours et expositions, il était très estimé comme propriétaire pour son avant-gardisme. Il fit des investissements dans les mines de charbon, le transport maritime et le commerce du bois avec les deux Canadas. À sa mort en 1833, il était considéré comme le type même du commerçant écossais qui avait très bien réussi dans les colonies.

David S. Macmillan

ANQ-M, CN1-185, 29 janv. 1788, 29 juill. 1796, 1er déc. 1797, 20 mars 1799, 20 févr., 16 oct. 1800, 7, 27 mars 1803, 20 avril 1804, 7 nov. 1811, 25 avril 1812 ; CN1-187, 1er mai 1821, 12 janv. 1822.— APC, MG 11, [CO 42] Q, 30 : 118–131 ; MG 24, 19, 14–17 ; I183, 38 ; MG 30, D1, 21 : 173–182 ; RG 4, B28, 115, 1782, 1787 ; RG 68, General index, 1651–1841 : 83, 327, 330, 332, 334.— AUM, P 58, U, McKindlay à Gerrard, 2 juin 1806, 31 mars 1807.— SRO, GD l/151.— Douglas, Lord Selkirk’s diary (White).— « Inventaire des biens de feu Luc Lacorne de Saint-Luc », J.–1. Lefebvre, édit., ANQ Rapport, 1947–1948 : 66.— La Gazette de Québec, 16 juin, 3 nov. 1785, 26 juill. 1787, 7 févr., 11 déc. 1788, 10 sept., 12 nov. 1789, 28 oct., 4 nov. 1790, 16 juin, 22 déc. 1791, 19 juill. 1792, 23 juill. 1795, 23 mars 1797, 20 juin, 25 juill., 31 oct. 1799, 14 mai 1801, 16 févr., 31 mai 1804, 7, 28 mars, 21 nov. 1805, 3 avril, 1er, 15 mai 1806, 12 mars 1812.— Almanach de Québec, 1791 : 84.— Caron, « Inv. de la corr. de Mgr Hubert et de Mgr Bailly de Messein », ANQ Rapport, 1930–1931 : 344.— Giroux et al., Inv. des marchés de construction des ANQ-M, 2, no 1478.— Langelier, Liste des terrains concédés, 1653, 1663, 1667.— P.-G. Roy, Inv. concessions, 4 : 85–86.— R. Campbell, Hist. of Scotch Presbyterian Church.— Miquelon, « Baby family », 189, 194.— É.-Z. Massicotte, « l’Honorable Gabriel Roy », BRH, 31 (1925) : 347.— Lise St-Georges, « Commerce, Crédit et Transactions foncières : pratiques de la communauté marchande du bourg de L’Assomption, 1748–1791 », RHAF, 39 (1985–1986) : 323–343.

Bibliographie générale

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David S. Macmillan, « McKINDLAY, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/mckindlay_john_6F.html.

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Auteur de l'article:   David S. Macmillan
Titre de l'article:   McKINDLAY, JOHN
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 6
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1987
Année de la révision:   1987
Date de consultation:   22 décembre 2014