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MICHAUX, ANDRÉ, botaniste, né le 8 mars 1746 près de Versailles, France, fils d’André Michaux et de Marie-Charlotte Barbet (Barbée) ; décédé probablement le 11 octobre 1803 à Madagascar.

André Michaux naquit et fut élevé dans une ferme royale que gérait son père, sur le plateau de Satory, au sud de Versailles. Il ne fréquentait l’école que depuis quatre ans lorsque son père l’en retira en 1760, afin de lui donner une formation pratique en horticulture. À partir de la mort de son père en 1763 jusqu’en 1769, Michaux partagea avec son frère la gérance de la ferme. En octobre 1769, il épousa Cécile Claye, fille d’un riche fermier de la Beauce, en France ; elle mourut en septembre 1770 après avoir donné naissance à un garçon, François-André, et sa mort plongea Michaux dans un profond découragement. Le naturaliste Louis-Guillaume Le Monnier, qui vivait à Montreuil, près de Satory, le persuada de s’adonner à l’étude de l’acclimatation en France de plantes étrangères utiles. Pendant plusieurs années, Michaux se consacra à des expériences à Satory. En 1777, il étudia avec le botaniste Bernard de Jussieu dans le parc du château de Versailles et, en 1779, il travailla au Jardin des plantes, à Paris.

Dès son enfance, Michaux avait rêvé de voyages. De 1779 à 1781, il participa à des expéditions de botanique en Angleterre, dans la région de l’Auvergne en France, dans les Pyrénées et en Espagne. En 1782, il fut nommé secrétaire du consul de France en Perse. Même s’il voyagea partout dans un pays déchiré par la guerre civile, qu’il fut à un moment donné dépouillé de tous ses biens, et qu’il eut l’occasion de soigner et même de guérir le chah, rien ne l’emballa autant que la découverte des plantes. « Je ne puis vous exprimer avec quelle joie j’allai visiter les campagnes, écrivait-il en juillet 1782. En considérant cette multitude de plantes dont les prairies étoient couvertes, j’étois souvent ébloui et forcé de me tranquilliser pour quelques momens. La nuit je ne pouvois dormir, et j’attendois le jour avec impatience. » En juin 1785, il revint en France avec une vaste collection de graines et de spécimens botaniques provenant de diverses régions de Perse et de Mésopotamie.

Plus tard au cours de la même année, le gouvernement français envoya Michaux aux États-Unis pour y recueillir des graines, des arbustes et des arbres d’Amérique du Nord ; le 1er octobre, il débarquait à New York, accompagné de son fils et d’un jardinier. En 1786, il établit une pépinière à Hackensack, au New Jersey, et, l’année suivante, une seconde à Charleston, en Caroline du Sud ; de ces deux endroits, il expédia plusieurs boîtes de graines et des milliers d’arbres au parc de Rambouillet, en France. De 1786 à 1792, il herborisa à travers une bonne partie des États-Unis, de New York jusqu’en Floride et aussi loin vers l’ouest que la Virginie-Occidentale et l’est du Kentucky ; pendant la même période, il visita aussi la Floride espagnole et les Bahamas.

Michaux décida en 1792 de poursuivre ses études de botanique au Bas-Canada. Le 2 juin, il rencontra un trafiquant de fourrures à la retraite, Peter Pond, près de New Haven, au Connecticut ; celui-ci lui annonça que les canots de traite faisant route vers l’ouest et avec lesquels Michaux pouvait avoir envisagé de partir, avaient quitté Montréal à la fin d’avril. Finalement, Michaux prit la direction de Montréal où il arriva le 30 juin. Il y resta une partie du mois de juillet, y herborisa et rencontra là quelques membres du groupe des marchands de fourrures, parmi lesquels Joseph Frobisher et Alexander Henry*, qu’il interrogea sans aucun doute sur la flore de l’Ouest. Il se rendit ensuite à Québec où il passa plusieurs jours avec le docteur John Mervin Nooth*, discutant des inventions scientifiques de ce dernier, examinant avec attention son jardin, herborisant et préparant un voyage à la baie James.

À la fin de juillet 1792, accompagné d’un interprète sang-mêlé, Michaux quitta Québec à destination de la rivière Saguenay. Arrivé à Tadoussac le 5 août, il y engagea trois guides indiens. Le 7, les hommes commencèrent à remonter la rivière à bord de deux canots d’écorce ; le 10, ils atteignirent le poste de traite de Chicoutimi et, six jours plus tard, ils arrivèrent au lac Saint-Jean, dont Michaux explora attentivement les rives et la forêt environnante. Ils suivirent la rivière Mistassini, de petites rivières et des lacs pour atteindre le lac Mistassini le 4 septembre. Deux jours plus tard, après 25 milles environ de descente sur la rivière de Rupert, laquelle se jette dans la baie James, le mauvais temps et la saison déjà avancée les forcèrent à rebrousser chemin, à 400 milles environ de leur objectif.

Comme il le faisait au cours de tous ses voyages, Michaux inscrivit quotidiennement dans un journal les conditions de voyage, la progression journalière ainsi que les plantes qu’il avait observées ou découvertes. De même, quand c’était possible, il prit note de leurs limites septentrionales. Par exemple, il observa que les grands rapides de la Mistassini constituaient la limite de la Potentilla tridentata, ou potentille tridentée, et que la Gaultheria procumbens, ou gaulthérie couchée, disparaissait à dix lieues du lac Saint-Jean, sur la même rivière. L’un des derniers spécimens recueillis était la Primula mistassinica, ou primevère de Mistassini, qu’il trouva le long de la rivière de Rupert et qu’il nomma. Michaux parla aussi de son admiration pour l’habileté de ses guides à diriger les canots et, tout en soulignant qu’il n’avait jamais craint la noyade, il ajouta : « Ces voyages sont effrayants po. ceux qui n’y sont pas accoutumés et je conseillerois aux Petits Maîtres de Londres ou à ceux de Paris [...] de rester chez eux. ».

Michaux rentra à Montréal en octobre 1792. Le 2 décembre, il était de nouveau à New York et, en janvier 1793, il expédiait en France des graines qu’il avait recueillies. En mai, il rencontra Edmond-Charles Genêt, ministre plénipotentiaire du gouvernement révolutionnaire français aux États-Unis. Michaux remit à Genêt, désireux d’encourager la révolution au Bas-Canada, plusieurs mémorandums contenant ses observations sur les anciennes colonies françaises en Amérique du Nord, y compris le Canada. Celui-ci convainquit Michaux d’entreprendre au Kentucky une mission politique secrète dont la teneur manque encore grandement de clarté. De 1793 à 1796, Michaux continua d’herboriser aux États-Unis, se rendant vers l’ouest aussi loin que le fleuve Mississippi. Comme le gouvernement français ne lui fournissait plus d’aide financière depuis 1789, il se trouva de plus en plus gêné et dut finalement abandonner son projet en 1796. Il quitta Charleston le 13 août, mais son navire fit naufrage un mois plus tard au large des côtes hollandaises ; son herbier fut endommagé, quelques-uns de ses manuscrits perdus, et Michaux lui-même passa près d’y rester. Quand il arriva à Paris en janvier 1797, il s’aperçut que seuls quelques arbres parmi les milliers expédiés depuis son arrivée en Amérique du Nord avaient survécu aux ravages de la révolution. De plus, il ne parvint ni à récupérer les arrérages de son salaire, ni à obtenir l’appui financier nécessaire à un voyage de retour en Amérique du Nord.

En octobre 1800, Michaux fut engagé comme naturaliste dans une expédition scientifique à destination de l’Australie et sous la direction du capitaine Nicolas Baudin. Toujours plus à l’aise pour travailler lorsqu’il était seul, Michaux quitta le navire en avril 1801 à l’île de France (île Maurice) et poursuivit sa route jusqu’à Madagascar où il mourut de la fièvre – selon certains historiens, le 13 novembre 1802, près de Tamatave, mais, d’après un membre de l’expédition, le 11 octobre 1803, à Tananarive.

Un contemporain de Michaux écrivit que sa robuste constitution et ses habitudes d’autosuffisance lui donnaient une grande confiance en ses propres capacités. « Michaux, ajoutait-il, étoit d’un caractère franc quoique d’une humeur taciturne [...] Son extrême simplicité et le goût de l’indépendance qu’il avoit pris dans sa vie errante et solitaire, lui donnoient un extérieur singulier [...] Il n’étoit ni un Français, ni un Anglais, ni un Canadien, mais par-tout on le trouvoit plus rapproché des naturels que ne l’auroit été tout autre étranger [...] Passoit-il dans une ville, il visitoit les marchés, et s’informoit d’où venoient toutes les denrées ; dans les campagnes, il interrogeoit les habitans sur les plus petits détails relatifs à la culture ; à une activité qui ne lui permettoit pas de perdre un moment ; il réunissoit une patience qui ne se lassoit jamais. ». À en juger par ses écrits, l’intelligence et l’esprit d’observation de Michaux sortaient du commun. Toutefois, on ne pouvait en dire autant de sa culture ou de son talent littéraire.

Le botaniste français Charles-Louis L’Héritier de Brutelles nomma en l’honneur d’André Michaux le genre Michauxia de la famille des campanulacées.

Judith F. M. Hoeniger

André Michaux est l’auteur d’Histoire des chênes de l’Amérique [...] (Paris, 1801) et de Flora boreali-americana, sistens caracteres plantarum [...] (2 vol., Paris, 1803), qui furent édités par son fils, François-André, et illustrés par Pierre-Joseph Redouté. Le dernier de ces ouvrages, édité en collaboration avec Louis-Claude Richard, qui décrit plus de 1 700 plantes, dont 40 nouveaux genres, est resté pendant de nombreuses années le recueil le plus complet concernant la flore de l’est de l’Amérique du Nord. Michaux est aussi l’auteur de « Mémoire sur les dattiers [...] », paru dans le Journal de physique, de chimie et d’hist. naturelle (Paris), 52 (1801) : 325–335.

Les journaux manuscrits de Michaux, qui ont échappé au naufrage de 1796, ont été donnés en 1824 par son fils à l’American Philosophical Soc. et ils furent publiés avec une introduction et des notes de Charles Sprague Sargent dans ses Proc. (Philadelphie), 26 (1889) : 1–145, sous le titre de « Portions of the journal of André Michaux, botanist, written during his travels in the United States and Canada, 1785 to 1796 [...] ». Le frère Marie-Victorin [Conrad Kirouac*] a publié un extrait du journal de voyage de Michaux au Canada dans ses Études floristiques sur la région du lac Saint-Jean (Montréal, 1925), 22–38. Des spécimens botaniques provenant de ce voyage sont conservés au Muséum national d’histoire naturelle, Paris ; on trouve au Jardin botanique de Montréal et à l’Institut botanique de l’université de Montréal des photographies de plusieurs de ces spécimens, dont les étiquettes de la main de Michaux fournissent de précieux renseignements sur leur habitat. Le journal de voyage énumère 160 plantes non mentionnées dans le Flora boreali-americana.

L’itinéraire exact du voyage de Michaux a fait l’objet d’un long débat ; sur ce sujet, on peut consulter : [L.-]O. Brunet, Voyage d’André Michaux en Canada depuis le lac Champlain jusqu’à la baie d’Hudson (Québec, 1861) ; Notice sur les plantes de Michaux et sur son voyage au Canada et à la baie d’Hudson, d’après son journal manuscrit et autres documents inédits (Québec, 1863), traduit sous le titre de « Michaux and his journey in Canada », et publié dans Canadian Naturalist and Geologist (Montréal), nouv. sér., 1 (1864) : 331–343 ; Arthème Dutilly et Ernest Lepage, « Retracing the route of Michaux’s Hudson’s Bay journey of 1792 », Rev. de l’univ. d’Ottawa, 15 (1945) : 88–102 ; et Jacques Rousseau, « Le Voyage d’André Michaux au lac Mistassini en 1792 », RHAF, 2 (1948–1949) : 390–423.

AD, Yvelines (Versailles), État civil, Saint-Louis de Versailles, 8 mars 1746.— Biographie universelle (Michaud et Desplaces), 28 : 219–221.— DAB.— Gilbert Chinard, « André et François-André Michaux and their predecessors ; an essay on early botanical exchanges between America and France », American Philosophical Soc., Proc., 101 (1957) :344–361 ; « Les Michaux et leurs précurseurs », Les botanistes français en Amérique du Nord avant 1850 (Paris, 1957), 263–284.— [J.-P.-F.] Deleuze, « Notice historique sur André Michaux », Muséum d’hist. naturelle, Annales (Paris), 3 (1804) : 191–227.— Jacques Rousseau, « De la forêt hudsonienne à Madagascar avec le citoyen Michaux », Cahiers des Dix, 29 (1964) : 223–245.

Bibliographie générale

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Judith F. M. Hoeniger, « MICHAUX, ANDRÉ », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 26 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/michaux_andre_5F.html.

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Auteur de l'article:   Judith F. M. Hoeniger
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
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Date de consultation:   26 octobre 2014