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MORRIS, CHARLES, officier, fonctionnaire et juge, né le 8 juin 1711 à Boston, fils aîné de Charles Morris, un voilier prospère, et d’Esther Rainsthorpe ; il épousa vers 1731 Mary, fille de John Read, procureur général du Massachusetts, et ils eurent 11 enfants ; inhumé le 4 novembre 1781 à Windsor, Nouvelle-Écosse.

En 1734, Charles Morris enseignait à l’école secondaire de Hopkinton, au Massachusetts, et vivait, avec sa femme, à la ferme de son père décédé. On ne connaît rien de son activité, depuis ce moment jusqu’en 1746. Cette année-là, il reçut du gouverneur William Shirley une commission de capitaine avec mandat de lever une compagnie de renfort pour la défense d’Annapolis Royal, en Nouvelle-Écosse [V. Paul Mascarene*]. Le 5 décembre, Morris et 100 hommes reçurent l’ordre de se rendre d’Annapolis Royal à la région des Mines (près de Wolfville), pour servir d’avantgarde au détachement du colonel Arthur Noble*. Morris assista à la bataille opposant les troupes de Noble aux Canadiens et aux Indiens, commandés par Nicolas-Antoine Coulon* de Villiers, à Grand-Pré, le 31 janvier 1746/1747.

Les renforts de la Nouvelle-Angleterre à Annapolis Royal reçurent l’ordre de rentrer chez eux, pour y être licenciés, en octobre 1747, mais Morris et les autres officiers continuèrent de servir et passèrent l’hiver au Massachusetts, à faire du recrutement pour la garnison d’Annapolis Royal. En octobre, Morris avait soumis à Shirley un mémoire dans lequel il faisait ressortir la nécessité d’un fort bien défendu chez les Acadiens des Mines ; profitant évidemment de l’intérêt de Morris pour la région, le gouverneur le chargea d’en faire l’arpentage. Morris arriva à Annapolis Royal au printemps de 1748, et, en mai, Mascarene, conformément aux ordres de Shirley, l’envoya arpenter la région des Mines. Un mois plus tard, il lui donna l’ordre de faire de même dans la région de Chignectou. Accompagné de 50 hommes, Morris traversa l’isthme de Chignectou et fit aussi l’arpentage de la baie de Fundy, « tout à fait inconnue des Anglais » à cette époque. Tout en effectuant ce travail, Morris nota, pour chaque district acadien, le nombre d’habitants et l’état de leurs établissements. Le mauvais temps l’empêcha de pousser ses travaux le long de la rive septentrionale de la baie jusqu’à celle de Passamaquoddy (Nouveau-Brunswick). En février 1749, Shirley fit parvenir au duc de Bedford, secrétaire d’État pour le département du Sud, le « plan de la baie de Fundy » de Morris et les « observations » de ce dernier « faites sur les lieux » ; il recommandait de confier à Morris d’autres fonctions d’arpenteur en Nouvelle-Écosse.

Les observations de Morris, contenues dans un manuscrit de 107 pages intitulé « A brief survey of Nova Scotia », ont amené Andrew Hill Clark* à voir en lui le premier géographe de la Nouvelle-Écosse à travailler sur le terrain. Le « Survey » comprend une « description générale de la Nouvelle-Écosse, de ses produits naturels, du sol, de l’air, des vents, etc. », reconnaît trois régions climatiques et décrit les Indiens. On y trouve aussi un exposé sur le commerce, l’agriculture, les établissements et la population des Acadiens ; sur ce dernier sujet d’ailleurs, il constitue une importante source de renseignements.

Dans son mémoire, Morris avait recommandé la construction d’un fort bien défendu sur la côte de l’Atlantique pour contrebalancer la présence de Louisbourg, île Royale (île du Cap-Breton), et pour protéger les pêcheries britanniques ; Cornwallis fonda Halifax en 1749, et Morris fut l’un des premiers colons à s’y installer. Il dressa le plan de la ville avec l’aide de John Brewse. Sur la recommandation du comte de Halifax, président du Board of Trade, le gouverneur nomma Morris « arpenteur en chef des terres de cette province », le 25 septembre de la même année. En 1750, Cornwallis ordonna à Morris d’effectuer l’arpentage de la presqu’île de Halifax et de faire rapport sur sa superficie, à l’exclusion de la ville et de sa banlieue. Morris s’acquitta de cette tâche et suggéra de réserver 240 acres de terre, à titre de commune, pour le bois de chauffage et pour de futurs pâturages.

Morris dut certainement être déçu de la lente progression des nouveaux établissements britanniques de Halifax et de Dartmouth. Dans un rapport présenté en 1753, dans lequel il examinait leur faible taux de croissance, il décrivait ces nouvelles villes comme des établissements de garnison uniquement. Il attirait aussi l’attention sur le fait que bon nombre de colons, manquant d’emploi, quittaient la colonie, aussitôt épuisées les provisions reçues en prime. Selon lui, ces établissements ne pouvaient prospérer tant que des fermiers et des pécheurs ne se seraient pas installés dans la région.

En 1751 et en 1752, Morris fit l’arpentage de la côte, de Port Rossignol (Liverpool) à la région de Chezzetcook, afin d’étudier les emplacements possibles d’un nouveau canton qui accueillerait les « protestants étrangers » alors regroupés à Halifax. Le gouverneur Peregrine Thomas Hopson* choisit le site de Mirligueche, à cause de son port, et accompagna, à la fin d’avril 1753, une expédition de Suisses et d’Allemands dans cette région. Morris et son assistant, James Monk*, l’aîné, secondés par dix colons qui leur taillaient un chemin dans les broussailles, s’affairèrent à dresser le plan du nouvel établissement de Lunenburg tout de suite après le premier débarquement de colons. Le 18 juin, Morris était à piqueter chacun des lots où seraient bâties les maisons des habitants. Il prépara aussi un plan pour la disposition des maisons et des casemates, sur lequel il indiqua les terres déjà défrichées. Pendant l’été, Morris et son équipe dessinèrent des « lots pour des jardins » et firent l’ébauche d’un « plan de lots de trente acres adjacents au bourg de Lunenburg et devant servir de fermes », qu’ils présentèrent au Conseil de la Nouvelle-Écosse le 15 septembre. L’arpentage des lots du bourg se poursuivit jusqu’à l’été de 1754. Comme il était impossible de faire les levés complets de centaines de lots dans le territoire fortement boisé environnant Lunenburg, les arpenteurs tirèrent les lignes principales, marquèrent les angles et jalonnèrent suffisamment les lignes mitoyennes pour indiquer leur orientation, laissant aux colons le soin de continuer le travail.

Nommé au Conseil de la Nouvelle-Écosse le 30 décembre 1755, Morris n’en était donc pas encore membre quand on avait décidé, au mois de juillet précédent, d’expulser les Acadiens. En 1751 cependant, Morris avait déjà fait l’importante suggestion de déraciner les Acadiens de la région de Chignectou dans le mémoire intitulé « Representation of the relative state of French and English in Nova Scotia », qu’il avait transmis à Shirley. Ce dernier partait alors pour l’Angleterre en sa qualité de membre de la commission britannique chargée de régler la dispute anglo-française au sujet des frontières de l’Acadie. De l’avis de Morris, la présence des Indiens et des Français sur la rive nord de la baie de Fundy et dans la région de Chignectou rendait impossible toute véritable colonisation britannique dans la province. Aussi recommanda-t-il le déplacement des Acadiens « par quelque stratagème [...] la manière la plus efficace [étant] de détruire tous [leurs] établissements en incendiant toutes les maisons, en faisant des brèches dans les digues et en détruisant tous les grains actuellement sur pied ». Au cours de ses délibérations concernant le sort des Acadiens, le conseil consulta Moi-ris, alors le fonctionnaire le mieux renseigné sur eux. Les vues de Morris n’avaient pas changé, et le révérend Andrew Brown* jugea que son rapport au conseil faisait « peu honneur à son cœur » et que ses « avis [étaient] cruels et ses conseils barbares ».

En mars 1757, Morris et d’autres conseillers se plaignirent auprès du Board of Trade du retard du gouverneur Charles Lawrence* à convoquer une assemblée. Favorable à l’établissement dans la province de colons de la Nouvelle-Angleterre, Morris savait que le mouvement d’immigration ne se produirait pas, sans la garantie d’une assemblée aux éventuels colons. Les conseillers Morris et Benjamin Green assermentèrent les députés de l’Assemblée, lors de la réunion de la première législature, le 2 octobre 1758.

Au printemps de 1759, l’immigration des colons de la Nouvelle-Angleterre dans la province ne faisait encore que commencer, et, le 18 avril, des agents du Connecticut et du Rhode Island parurent devant le conseil pour discuter des offres de terres [V. John Hicks]. Il fut convenu que Morris les accompagnerait sur l’un des navires de la province et leur montrerait « les régions de la province les plus convenables à l’établissement de cantons ». Le conseil ayant décidé de faire le nécessaire pour établir un certain nombre de familles aux Mines, à Rivière-aux-Canards (près de Canard), à Pisiquid (Windsor) et à Grand-Pré, il est évident que les connaissances de Morris du nombre de familles acadiennes que chaque district avait pu faire vivre durent être précieuses. On élabora des avant-projets en vue de créer des cantons à Chignectou et à Cobequid (près de Truro), et, le 17 août, le conseil, se fondant sur une carte de la Nouvelle-Écosse préparée par Morris, procéda à la division de la province en cinq comtés.

Après la chute de Québec, on prit d’autres mesures, au printemps de 1760, en vue de l’arrivée de colons de la Nouvelle-Angleterre. Le 8 mai, Morris reçut l’ordre de « procéder en direction ouest, le long de la côte [...] pour tracer et mettre au point les limites des cantons ». Au cours de son voyage, il visita la nouvelle ville de Liverpool, où il laissa les habitants « pleins d’entrain [et] extrêmement heureux de leur situation » ; à Annapolis Royal il trouva 40 colons qui avaient déjà formé un comité chargé de délimiter les lots du canton de Granville. À Pisiquid, il découvrit que les six convois, arrivés à destination du canton des Mines, avaient « été 21 jours en route et [avaient] beaucoup souffert du manque de provende et de foin pour leur bétail ». Il demanda au conseil son avis sur la question d’envoyer ou non de nouveau des navires à New London (Connecticut) pour y prendre d’autres colons et sur celle de l’emplacement des établissements dans la région de Pisiquid ; en outre, il réclama des planches pour la construction de magasins et d’un abri pour les troupes. Le conseil laissa toutes ces questions au jugement de Morris et ordonna qu’on lui fît « crédit sur le trésor ici ou chez M. [Thomas] Hancock à Boston pour l’acquisition du bois de construction ou le paiement des travaux, selon les nécessités ». Morris passa les étés de 1760 à 1762 à s’occuper des nouveaux établissements, mais il assista aux séances du conseil en hiver. Il proposa des mesures aussi pratiques que l’acquisition de diverses sortes de semences, l’affectation de £25 à l’achat de sel pour les pêcheries fluviales des cantons de Horton, Cornwallis et Falmouth, et une distribution supplémentaire de porc et de farine aux colons de Liverpool.

Les nouveaux cantons avaient jusqu’à 100 000 acres de superficie, et « à [l’époque du] premier établissement » un « emplacement était projeté pour le village et le plan en était dessiné par l’arpenteur en chef, et les limites de l’ensemble du territoire fixées ». Pour pouvoir tirer les lignes dans les terres sauvages, Morris était aidé parfois de 30 ou 40 hommes payés à même les fonds publics. Chaque canton était concédé en sections à des colons dont le nombre pouvait atteindre plusieurs centaines ; une fois fixées les frontières du canton, les limites de chaque lot particulier, propriété d’un colon, étaient déterminées par des adjoints nommés par Morris et payés par les propriétaires des lots.

Le 3 novembre 1761, Jonathan Belcher, administrateur de la province, envoyait au Board of Trade trois cartes exactes, préparées par Morris, des endroits habités dans le bassin des Mines et les baies de Cobequid et de Chignectou. Au mois de janvier suivant, Belcher transmit le rapport de Morris sur les nouveaux établissements et sa description de plusieurs villages. Le rapport de 1761 contenait une bonne description des ressources naturelles de chaque canton et de leur utilisation tant présente que future ; en outre, des remarques et des commentaires pénétrants de Morris donnaient de la Nouvelle-Écosse une image précieuse pour le gouvernement de son temps mais aussi pour les historiens, les géographes et les écologistes d’aujourd’hui. Morris décrivit également la migration des colons de la Nouvelle-Angleterre et fit remarquer que, pendant l’été, il y avait sur la côte sud « une bonne pêcherie de morue » et prédit que, dans quelques années, la pêche se « déplacerait de la Nouvelle-Angleterre vers cette côte ». Il affirma, de même, qu’un grand commerce de bois de construction pourrait être mis sur pied, si le gouvernement britannique imposait sur le bois de la Baltique des droits équivalents au coût du transport à partir de la Nouvelle-Écosse.

Au printemps et à l’été de 1762, Morris s’occupa d’établir des colons dans les cantons de Barrington, d’Yarmouth et de Liverpool, et de dresser la carte du littoral, du cap de Sable au cap Negro. L’année suivante, on l’envoya avec Henry Newton dans le comté d’Annapolis pour y faire enquête sur des querelles à propos de biens fonciers, et à la rivière Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) pour informer les Acadiens vivant près de Sainte-Anne (Fredericton) qu’ils devaient déménager dans une autre partie de la province. Morris et Newton annoncèrent aussi aux colons originaires de la Nouvelle-Angleterre, installés à Maugerville, que leurs terres étaient réservées à l’établissement de militaires. Tous deux prirent toutefois la part de ces colons et écrivirent à Joshua Mauger, l’agent de la province à Londres, pour lui demander d’user de son influence auprès du Board of Trade en vue de leur obtenir la permission de rester. Les colons reçurent effectivement, par la suite, confirmation de leurs droits de propriété. À l’été et à l’automne de 1764, on envoya Morris faire des levés dans les îles du Cap-Breton et Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) et examiner la nature du sol, les rivières et les havres, mais le mauvais temps l’obligea à se limiter à l’île du Cap-Breton et à Canseau (Canso, Nouvelle-Écosse). L’année suivante, il fit les levés de la baie de Passamaquoddy et de la rivière Saint-Jean ; en 1766, il arpenta les cantons de Sunbury et de Gage sur la Saint-Jean.

La forte spéculation qui eut cours vers cette époque [V. Alexander McNutt*] entraîna quelques concessions d’une superficie considérable, en particulier celles de 750 000 acres sur la rivière Saint-Jean et d’autres qui couvrirent toute l’île Saint-Jean. En 1768, Morris prépara un plan et une description du port de Saint-Jean et des cantons de Burton, Sunbury, Gage et Conway, qu’il inséra dans une lettre à William Spry, l’un des concessionnaires sur la rivière. Il y décrivait le mascaret (reversing falls) de la Saint-Jean ainsi que les petites plaines alluviales à l’embouchure de ses affluents (intervales), les conditions de navigation pour les navires de 100 tonneaux jusqu’à Sainte-Anne. les débordements de la rivière au printemps et les productions de la région. Plus tard, il recommanda qu’une bande de 25 milles au moins fût réservée à la couronne de chaque côté de la rivière, de manière à conserver à la marine royale les pins pouvant servir de mâts pour ses navires.

Le capitaine Samuel Jan Holland* avait arpenté l’île Saint-Jean en 1765–1766, mais aucun arpenteur n’y avait délimité des lots en vue de l’établissement éventuel de colons. Aussi, quand il fit des plans pour le gouvernement de l’île, en 1768, le lieutenant-gouverneur Michel Francklin donna-t-il à Morris l’ordre d’y poursuivre les arpentages. Morris s’absenta de mai à octobre, tirant les lignes du « terrain sur lequel la ville de Charlotte Town » et autres établissements devaient être construits. Sur le chemin du retour, il était chargé de voir comment « les terres des cantons de Truro, d’Onslow et de Londonderry [avaient] été occupées ». En juin 1769, Morris reçut du gouverneur, lord William Campbell, instructions « d’aller d’ici à New York pour fixer les limites et frontières des gouvernements de New York et du New Jersey ». Il s’absenta pendant un an environ pour compléter cette tâche qui paraît avoir été sa dernière entreprise d’envergure en tant qu’arpenteur. Parla suite, il ne s’absenta jamais assez longtemps du conseil pour qu’il lui fût possible d’entreprendre de semblables travaux.

Pendant les années 1770, l’inflation et les dépenses occasionnées par les nouveaux modes de concession des terres avaient rendu le salaire et les honoraires attachés au poste d’arpenteur général de plus en plus inadéquats. Selon les nouvelles directives concernant les terres, l’arpenteur général devait assumer les coûts de l’arpentage de chaque lot en particulier en plus de celui de l’ensemble de la région « puisqu’il n’existait aucune disposition préalable pour couvrir les frais que le gouvernement ou les concessionnaires payaient auparavant ». Le fils de Morris, Charles*, estimait en 1772 que, de 1749 à 1771, son père avait dépensé en frais d’arpentage, pour l’équipement et les instruments, par exemple, plus de £2 500 de ses propres deniers, non remboursées par le gouvernement. Comme les honoraires attachés à cet emploi ne rapportaient en moyenne que £15 par année, Morris demanda une hausse annuelle à même la subvention octroyée par le parlement. Le gouvernement britannique refusa d’accéder à cette demande, mais accepta de lui verser une certaine rémunération pour chaque tranche de 100 acres arpentées, le montant étant laissé à la discrétion du gouverneur. Le gouverneur Francis Legge seconda les efforts de Morris en vue d’obtenir une augmentation de ses honoraires, et la famille Morris resta fidèle à Legge lorsque ce dernier eut des difficultés avec le conseil et avec les marchands. Ainsi, Morris ne signa pas la pétition que le conseil adressa au roi pour se plaindre de Legge.

Morris fut nommé juge de paix de la ville et du comté de Halifax en décembre 1750 et juge de la Cour inférieure des plaids communs du comté de Halifax en mars 1752. En janvier 1753, un mémoire soumis au conseil accusa les juges de paix de préférer souvent à la loi et à la jurisprudence d’Angleterre celles du Massachusetts ; Morris fit alors valoir que ses décisions étaient fondées sur « les usages constants des tribunaux, tant ici qu’en Angleterre ». Bien que les juges eussent été confirmés dans leurs fonctions par Hopson, l’insatisfaction persistante influença la décision prise par le gouverneur de demander un juge en chef. Pour la première fois, en 1754, année où Belcher devint juge en chef, une personne ayant une formation juridique présida les tribunaux de la Nouvelle-Écosse.

En 1763, l’Assemblée présenta au lieutenant-gouverneur Montagu Wilmot* une requête l’exhortant, entre autres, à nommer deux juges adjoints au juge en chef. John Collier* et Morris furent nommés l’année suivante, au salaire annuel de £100 chacun. Dans la rédaction des commissions de ses subordonnés, Belcher leur laissa cependant si peu d’initiative qu’ils ne pouvaient entendre une cause que conjointement avec le juge en chef et qu’ils ne pouvaient même pas déclarer la cour ouverte ou en prononcer l’ajournement sans sa présence et son consentement. Il en résulta que Belcher pouvait les ignorer, et c’est ce qu’il fit. Richard Gibbons décrivit un procès au cours duquel Belcher invita ses adjoints à adresser la parole au jury. Le juge en chef résuma ensuite la preuve, donna sa propre opinion, tout à fait différente de celle de ses adjoints, et demanda au jury de rendre son verdict dans le sens qu’il avait indiqué. Morris fut nommé, le 12 mai 1764, assistant du chancelier à la Cour de la chancellerie – cour où « les plaideurs [... étaient] si pauvres que les assistants du chancelier y donnaient pour rien leur temps et leurs efforts ».

Après la mort de Belcher, en mars 1776, Legge nomma Morris, en sa qualité de principal juge adjoint, au poste de juge en chef, en attendant la décision du gouvernement britannique relativement à la nomination d’un titulaire permanent. La plupart des causes civiles entendues par Morris concernaient des affaires de dettes et des contraventions, et il est évident qu’il avait beaucoup appris, dans le domaine du droit, en écoutant Belcher. Il jugea aussi, au criminel, des causes de vol, de faux et de meurtre, présida le procès de Malachy Salter, accusé de propos séditieux, et le procès pour trahison des personnes impliquées dans le soulèvement de Jonathan Eddy* dans le comté de Cumberland. Le 15 avril 1778, Bryan Finucane assuma les fonctions de juge en chef et Morris retourna à son poste de premier juge adjoint, qu’il conserva jusqu’à sa mort. C’est de ce rôle de juge, qu’ils estimaient prestigieux socialement, que Morris et sa famille tiraient le plus de fierté.

Les membres de la famille Morris avaient en Nouvelle-Écosse la réputation d’être de bons administrateurs et de bons arpenteurs. Charles Morris fut arpenteur général des terres de la province pendant 32 ans, période au cours de laquelle on vit la fondation de Halifax et de Lunenburg et la venue des préloyalistes, et pendant laquelle on jeta les fondations de la colonie. Le conseil avait une entière confiance en ses décisions comme dans son action, et le chroniqueur de la Nouvelle-Écosse du xviiie, John Bartlet Brebner*, célébra son honnêteté et son impartialité. Malgré les difficultés rencontrées au cours des premières années de la colonie, Charles Morris fut en effet « un fidèle serviteur de la couronne ».

Phyllis R. Blakeley

La BL et les archives du Ministry of Defence, Hydrographer of the Navy (Taunton, Angl.), conservent des plans de Morris, difficiles à identifier puisqu’il n’a pas signé tous ses travaux. Il existe de nombreuses références cartographiques au G.-B., PRO, Maps and plans in the Public Record Office (2 vol. paris, Londres, 1967– ), II. Le PRO, sous la cote CO 221/38, conserve différents relevés, descriptions et notes préparés par Charles Morris (mfm aux APC). Plusieurs des documents conservés aux APC sont inventoriés dans le APC Rapport de 1912.

Un certain nombre des travaux de Morris ont été publiés : Judge Morris’ remarks concerning the removal of the Acadians, N.S. Hist. Soc., Coll., II (1881) : 158–160 ; Observations and remarks on the survey made by order of His Excellency according to the instructions of the 26th June last, on the eastern coasts of Nova Scotia and the western parts of the island of Cape Breton, PANS Report (Halifax), 1964, app.B, 20–28 ; The St. John River : description of the harbour and river of St. John’s in Nova Scotia, and of the townships of Sunbury, Burton, Gage, and Conway, lying on said river [...] dated 25th Jan. 1768, Acadiensis (Saint-Jean, N.-B.), III (1903) : 120–128. Son rapport conjoint avec Richard Bulkeley, « State and condition of the province of Nova Scotia together with some observations &c, 29th October 1763 », se trouve dans le PANS Report, 1933, app.B, 21–27.  [p. r. s.]

APC, MG 23, F1, sér. 5, 3, ff.421–461 (mfm aux PANS).— Halifax County Court of Probate (Halifax), M154 (testament de Charles Morris) (mfm aux PANS).— PANS, RG 1, 29, no 4 ; 35 ; 36 ; 37, nos 18, 20 ; 39, nos 37–47, 62–63 ; 163/2, p.54 ; 164/1, pp.16–18, 33, 48–53, 73–75, 85 ; 164/2, pp.89–95, 260, 277, 302–304, 315 ; 165, pp.58s., 229, 269 ; 166 ; 166A ; 167 ; 168, pp.458–460 ; 169, p.6 ; 170, p.21 ; 209, 3 janv., 29 déc. 1752, 9 janv., 5 mars 1753 ; 210 ; 211, 18 avril, 17 mai, 17 août 1759, 5 juin 1760, 16 févr., 14 avril, 15, 22 mai 1761 ; 212, 22 oct. 1768, 16 juin 1769, 19 sept. 1770 ; 359 ; 361 ; 363, nos 34, 35, 38 ; 374 ; RG 39, J, Books 1, 6 ; 117.— PRO, CO 217/19, ff.290–297 ; 217/20, ff.43–50 ; 217/29, f.49 ; 217/50, ff.85–87, 91–94 ; 217/51, ff.51–52, 59–61, 70–73, 190–193 ; 217/52, ff.116–117 ; 217/55, ff.196–199.— Royal Artillery Institution, Old Royal Military Academy (Woolwich, Angl.), A brief survey of Nova Scotia, with an account of the several attempts of the French this war to recover it out of the hands of the English.— St Paul’s Anglican Church (Halifax), Registers for Windsor–Falmouth–Newport, 1774–1795, 4 nov. 1781 (mfm aux PANS).— APC Report, 1904, app.F, 289–300 ; 1912, app.H.— Boston, Registry Dept., Records relating to the early history of Boston, W. H. Whitmore et al., édit. (39 vol., Boston, 1876–1909), [24] : Boston births, 1700–1800, 76.— Trials for treason in 1776–1777, N.S. Hist. Soc., Coll., I (1878) : 110–118.— APC, Catalogue of maps, plans and charts in the map room of the Dominion Archives (Ottawa, 1912).— Bell, Foreign Protestants, 104n., 237n., 331n., 408, 425s., 428, 446, 468–474, 569–575.— Brebner, Neutral Yankees (1937), 82–84, 90s., 95s. ; New England’s outpost, 131, 234–250, 254.— Clark, Acadia, 189n., 344n.— Raymond, River StJohn (1910), 277s., 353, 375s., 473–479.— Ethel Crathorne, The Morris family – surveyors-general, Nova Scotia Hist. Quarterly (Halifax), 6 (1976) : 207–216.— A. W. H. Eaton, Eminent Nova Scotians of New England birth, number one : Capt. the Hon. Charles Morris, M.C., New England Hist. and Geneal. Register, LXVII (1913) :287–290.— Margaret Ells, Clearing the decks for the loyaliste, CHA Report, 1933, 43–58.— W. F. Ganong, A monograph of the cartography of the province of New Brunswick, SRC Mémoires, 2e sér., III (1897), sect. ii :313–425.— R. J. Milgate, Land development in Nova Scotia, Canadian Surveyor, special edition ; proceedings of the thirty-ninth annual meeting of the Canadian Institute of Surveying [...] 1946 ([Ottawa, 1946]), 40–52 ; Surveys in Nova Scotia, Canadian Surveyor (Ottawa), VIII (1943–1946), no 10 : 11–14.

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Phyllis R. Blakeley, « MORRIS, CHARLES (1711-1781) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 19 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/morris_charles_1711_1781_4F.html.

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Auteur de l'article:   Phyllis R. Blakeley
Titre de l'article:   MORRIS, CHARLES (1711-1781)
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1980
Année de la révision:   1980
Date de consultation:   19 décembre 2014