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NAWAHJEGEZHEGWABE (Newechekeshequeby, Nawachjekezhegwabe, signifiant « le ciel incliné » ; de son nom anglais Joseph Sawyer), membre du clan de l’Aigle, soldat et chef sauteux, né en 1786 dans la région de Genesee (partie ouest de l’état de New York), décédé le 8 novembre 1863 dans la réserve de New Crédit, canton de Tuscarora, Haut-Canada.

Nawahjegezhegwabe, fils de Wahbanosay (Wabenose, Wobenosay), « un chef de la tribu des Mississagués de la nation des Sauteux », et de Pakakis, naquit dans le territoire des Tsonnontouans, alliés des Sauteux. La famille vivait apparemment dans la région du haut du lac Ontario (Hamilton, Ontario) et c’est là que Nawahjegezhegwabe apprit à chasser et à pêcher. En 1801 ou 1802, le révérend Joseph Sawyer*, prédicateur méthodiste, baptisa Nawahjegezhegwabe sous le nom de « Joseph Sawyer ». À cette époque, l’Indien vivait avec l’arpenteur Augustus Jones * et sa famille dans leur vaste ferme de Stoney Creek. Peu après son baptême, toutefois, Sawyer retourna chez les siens et revint à la foi de ses ancêtres. Quand il fut parmi les membres de sa tribu, désignée par les colons européens sous le nom de Mississagué, il épousa Wetosy (Jane Sawyer) qui appartenait au clan de la Loutre. Fidèle sujet de la couronne, il prit part à la guerre de 1812 et combattit à Detroit, Queenston Heights et Lundy’s Lane.

Pendant les 20 ans qui suivirent sa conversion, Joseph Sawyer fut en proie à des conflits intérieurs d’ordre spirituel. « Sa conviction de la vérité du christianisme subsistait » et il souffrait de « dépressions terribles » qui l’amenèrent à faire un usage immodéré des boissons alcooliques. Homme « tout en nerfs et en muscles », Sawyer, lorsqu’il était ivre, devenait « la terreur de toute la bande » ; il fallait alors que les Indiens se mettent à plusieurs pour en venir à bout. Les membres de la bande estimaient que dans ces moments-là il était complètement sous la domination du Mahje-munedoo ou esprit du mal. « C’est seulement de cette façon qu’ils arrivaient à expliquer sa conduite abominable », écrivait à son sujet le missionnaire méthodiste de race blanche, Conrad Vandusen*. Sa « seconde » conversion au christianisme se produisit en 1824, et seule elle réussit à dénouer son dilemme spirituel.

Le missionnaire autochtone Kahkewaquonaby* (Péter Jones), fils de la sœur de Sawyer, Tuhbenahneequay, et d’Augustus Jones, ramena son oncle dans l’Église méthodiste épiscopale. Au début du printemps de 1826, Sawyer quitta la tête du lac pour s’installer avec sa famille dans l’établissement méthodiste indien qu’on était en train d’organiser à la rivière Crédit ; il s’y livra à l’agriculture et occupa les fonctions d’animateur d’un groupe de méthodistes. À la suite de la mort du chef James Ajetance (Ajetans) en 1829, les guerriers réunis en conseil choisirent Sawyer comme leur grand chef.

Conjointement avec Kahkewaquonaby, son neveu et chef lui aussi, Sawyer adressa un grand nombre de requêtes au lieutenant-gouverneur et à l’Assemblée d’York (Toronto) sollicitant une protection adéquate pour les pêcheries des bandes de la rivière Crédit de même que des titres en bonne et due forme pour leur réserve. C’est vraisemblablement lorsque sir Francis Bond Head* proposa à la bande d’abandonner la rivière Crédit pour l’île Manitoulin que le chef Sawyer revendiqua ses droits avec le plus d’éloquence. Douze années de labeur ardu avaient changé les chasseurs mississagués en d’habiles agriculteurs. En l’occurrence, Sawyer informa carrément Head que ses gens ne voulaient pas aller s’installer sur une île inculte : « Nous récoltons à présent notre propre maïs, nos pommes de terre, notre blé ; nous avons nos bestiaux, nous jouissons de confort et de commodités. Si nous devions aller à Maneetoolin, nous serions incapables de vivre ; bientôt nous disparaîtrions comme peuple ; nous ne pourrions cultiver ni pommes de terre, ni maïs, ni élever des porcs et des bœufs. Aucune semence ne peut lever sur ce roc lisse. »

Sawyer et le conseil se résignèrent à quitter la rivière Crédit seulement quand il devint bien évident que le gouvernement n’avait nullement l’intention de leur octroyer des titres fermes pour la réserve. Leur décision de partir étant prise, ils acceptèrent finalement l’invitation d’une des tribus des Six-Nations et, en 1847, ils s’installèrent sur une étendue de terre fertile dans la réserve située dans le canton de Tuscarora, comté de Brant. Sawyer occupa les fonctions de grand chef à New Crédit jusqu’à sa mort en 1863. À deux reprises au moins, il fut également élu président du grand conseil des Sauteux du Haut-Canada. Son fils Kezhegowinninne* (David Sawyer) lui succéda au poste de grand chef.

Donald B. Smith

UCA, Mission register for thé Crédit River Mission.— Canada : Indian treaties and surrenders [...] (3 vol., Ottawa, 1891–1912 ; réimpr., Toronto, 1971), I : 34–40.— [J. S. Carroll], Past and present, or a description of persons and events connected with Canadian Methodism for the last forty years (Toronto, 1860), 57s.— Enemikeese [Conrad Vandusen], The Indian chief : an account of the labours, losses, sufferings, and oppression of Ke-zig-ko-e-ne-ne (David Sawyer), a chief of the Ojibbeway Indians in Canada West (Londres, 1867), 18–21.— Peter Jones (Kahkewaquonaby), History of the Ojebway Indians ; with especial reference to their conversion to Christianity [...] (Londres, 1861) ; Life and journals of Kah-ke-wa-quo-na-by (Rev. Peter Jones), Wesleyan missionary (Toronto, 1860).— Kahgegagahbowh (George Copway), Recollections of a forest life ; or, the life and travels of Kah-ge-ga-gah-bowh [...] (Londres, [1850]).— Minutes of the General Council of lndian chiefs and principal men [...], Henry Baldwin, compil. (Montréal, 1846).— Benjamin Slight, Indian researches ; or, facts concerning the North American Indians [...] (Montréal, 1844).— Christian Guardian, 12 janv. 1848, 16 déc. 1863.

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Donald B. Smith, « NAWAHJEGEZHEGWABE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 18 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/nawahjegezhegwabe_9F.html.

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Auteur de l'article:   Donald B. Smith
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   18 décembre 2014