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NELLES (Nellis), ROBERT, fonctionnaire, homme d’affaires, juge de paix, homme politique et officier de milice, né le 6 octobre 1761 dans le comté de Tryon, New York, fils aîné de Hendrick William Nelles (Nellis) ; en 1788, il épousa Elizabeth Moore (décédée en 1813), et ils eurent cinq fils et trois filles, puis en 1814 Maria Jane Waddell, veuve de Samuel Bingle, et de ce mariage naquirent deux fils et quatre filles ; décédé le 27 juillet 1842 à Grimsby, Haut-Canada.

Selon la tradition familiale, les ancêtres de Robert Nelles, des huguenots, durent s’exiler dans le Palatinat (République fédérale d’Allemagne) après la révocation de l’édit de Nantes en 1685. Déracinés de nouveau à la suite d’une invasion française en 1709, ils trouvèrent temporairement asile en Angleterre. De là, avec 4 000 autres réfugiés palatins, on les expédia dans la colonie de New York à des fins de peuplement. Les guerres continuèrent de marquer le sort de la famille. Débarqué en Amérique en 1710, William Nelles (Nellis), grand-père de Robert, dut prendre part à une attaque contre la Nouvelle-France moins d’un an plus tard. En 1759–1760, attaché au département des Affaires indiennes que dirigeait sir William Johnson*, le père de Robert participa à la guerre de Sept Ans.

L’amitié des Indiens avait aidé les Nelles à retrouver la prospérité dans la colonie de New York, comme elle le ferait par la suite dans le Haut-Canada. Abandonnés par leurs protecteurs britanniques et privés de titres sur leurs terres, les immigrants palatins avaient pris dans les années 1720 le chemin de l’arrière-pays afin de s’établir parmi les Indiens de la vallée de la Mohawk. Entre 1750 et 1770 environ, le cousin de Hendrick William Nelles, George Klock, suscita des controverses répétées par sa façon d’obtenir des terres des Agniers à Canajoharie (près de Little Falls, New York). On racontait qu’après les avoir enivrés, il faisait du troc avec eux jusqu’à les dépouiller de leurs vêtements ; il les amenait ensuite astucieusement à lui céder par écrit de vastes terres en échange de presque rien. Bien que Nelles, semble-t-il, n’ait pas été mêlé à des tractations de ce genre, il devint sans aucun doute un gros propriétaire foncier. Quand, en 1777, sous l’influence d’anciennes relations (ou des tensions révolutionnaires), il réintégra le département des Affaires indiennes, il laissait des propriétés qu’il estima plus tard à £3 760, équipement et bétail mis à part.

À compter de 1777, la stratégie du département des Affaires indiennes fut toute simple : détruire, à l’intérieur de la colonie de New York, les établissements qui ravitaillaient l’armée continentale. Le capitaine Nelles (qui à compter de cette époque écrivit son prénom à l’anglaise) fit avec des Indiens de nombreux raids meurtriers dans la vallée de la Mohawk : ils pillèrent les fermes, brûlèrent les récoltes, tuèrent et scalpèrent les colons. Toutefois, grâce à son intervention, on épargna l’église Old Palatine (que sa famille avait aidé à construire) et la propriété des Nelles. En 1780, au cours d’une de ces missions destructrices, il « retrouva » son fils adolescent Robert, qui l’accompagna au fort Niagara (près de Youngstown, New York) et devint lieutenant au département des Affaires indiennes. En 1781 et 1782, Robert mena avec une rage froide, dans les régions isolées, des raids où il se révéla aussi énergique et aussi habile que son père à semer la terreur. Au retour de la campagne de 1782, il traînait fièrement « une bande de nègres et de filles » qui trouvèrent vite preneur au fort Niagara. À la fin de la guerre, son père et lui furent licenciés du département des Affaires indiennes mais on les garda à la demi-solde.

Après la guerre, naturellement, Nelles et son père s’abstinrent de retourner dans le district qu’ils venaient de ravager. Ils suivirent plutôt leurs commettants indiens dans la vallée de la rivière Grand, où ils s’installèrent et firent un peu de traite des fourrures. En février 1787, Joseph Brant [Thayendanegea*] fit dresser un acte qui transférait à Henry Nelles et à ses fils Robert et Warner, ainsi qu’à « leur postérité », quelque 4 254 acres de terre sur la Grand. Quand Henry Nelles mourut en 1791, cinq de ses fils vivaient dans le Haut-Canada. Les Nelles reçurent d’autres concessions foncières, soit pour leur service militaire ou leur loyalisme, soit en guise de compensation pour des propriétés perdues. En 1800, ils possédaient en tout 7 300 acres, la plupart dans le district de Niagara, ce qui les plaçait au sixième rang des propriétaires terriens de la presqu’île.

Robert choisit de mettre en valeur plus de 600 acres le long du ruisseau Forty Mile. Il construisit des moulins et un magasin là où se trouve aujourd’hui Grimsby, et mit en chantier une majestueuse résidence de pierre, The Manor, qui subsiste encore. Dans les années 1790, il approvisionnait le petit village en quincaillerie, meubles, textiles et comestibles. À compter de 1800, il expédia du whisky, des céréales et de la farine de son moulin à la W. and J. Crooks de Niagara (Niagara-on-the-Lake) [V. James Crooks*]. Joseph Brant fit appel à ses services autant pour le ravitaillement des campements des Six-Nations que pour l’éducation de ses fils. En 1797, bielles dut servir de nouveau au département des Affaires indiennes, qui lui demanda de livrer des marchandises de traite aux Sauteux de la tribu des Mississagués dans le cadre du traité que ceux-ci venaient de signer. Quand il fonda sa propre famille, il avait donc une position élevée : riche propriétaire foncier, il avait des revenus commerciaux et touchait toujours sa demi-solde.

Personnalité régionale dans une société respectueuse du pouvoir, Nelles détint diverses charges, dont celles de préfet de village et de juge de paix. Inévitablement, la politique provinciale l’attira. Aux élections générales de 1800, il domina le scrutin dans la circonscription à deux sièges d’York West, 1st Lincoln ; and Haldimand. Il siégea à la chambre d’Assemblée jusqu’en 1808 ; le plus souvent, il appuyait la majorité. Apparemment, il veilla surtout à obtenir des crédits pour sa région et à faire officialiser le titre foncier que sa famille revendiquait à la rivière Grand. Pendant ses séjours à York (Toronto), ses frères et plus tard son fils aîné, Henry, dirigeaient le magasin et les moulins tandis que sa femme, Elizabeth, s’occupait de leur famille de plus en plus nombreuse, qui finit par compter huit enfants.

En 1812, devant la menace que la guerre faisait peser encore une fois sur la vie et la propriété, Nelles, ses frères et son fils allèrent sous les drapeaux. Lui-même rejoignit le 4th Lincoln Militia, où il était capitaine, mais il connut d’abord deux années assez calmes. Dans le district de Niagara, où beaucoup d’habitants étaient douloureusement partagés entre les deux camps, on semblait préférer le rôle de spectateur. La milice locale demeurait inactive, manquait d’hommes et était démoralisée, surtout après l’occupation américaine de 1813. Cette situation provoqua en 1814, dans toute la milice de Lincoln, un remaniement complet du commandement dont Nelles sortit lieutenant-colonel du 4th Lincoln Militia. Il compléta rapidement l’effectif en agitant des menaces d’amende et de comparution devant un conseil de guerre. Lui et sa famille participèrent à plusieurs batailles, dont la plus célèbre est celle de Lundy’s Lane, où son fils fut capturé et son frère blessé.

À la fin des hostilités, Nelles se remaria et refit une brève apparition sur la scène publique. Par suite de l’expulsion de Joseph Willcocks*, on l’avait élu en février 1814 dans la circonscription de 1st Lincoln and Haldimand, qu’il représenta jusqu’en 1820. Pendant qu’il siégeait à l’Assemblée, son fils Henry gérait les moulins familiaux. La séparation forcée des nouveaux époux les amena à s’écrire de touchantes lettres d’amour, qui forment d’ailleurs une collection précieuse. Extrêmement fier de ses galons, Robert Nelles (au fil des ans, son nom finit par garder cette forme) conservait un vif intérêt pour les affaires de la milice. En 1822, on le promut colonel de son régiment. Le favoritisme éhonté qu’il manifestait dans ses nominations scandalisait et enrageait ses voisins. Pendant 20 ans au moins, la plupart des officiers de son régiment furent des membres de sa famille, ce qui suscita de la jalousie et du ressentiment non seulement dans le comté mais aussi parmi les Nelles. Ainsi en 1822 Robert promut son gendre, mais son frère William estimait qu’il aurait dû avoir la préséance et troubla le défilé annuel de la milice en donnant la bastonnade à son rival.

Par rapport à la moyenne de l’époque, tous les fils de Robert Nelles reçurent une instruction solide. Ils firent leur cours élémentaire dans une école que leur père avait fondée à Forty (Grimsby) et quelques-uns allèrent achever leur formation à York sous la tutelle des Ridout et de John Strachan*. Bien qu’élevé dans la foi luthérienne au sein de la communauté palatine germanophone de la colonie de New York, Nelles devint un membre important de la congrégation anglicane de Grimsby et contribua à la construction de son église. Son fils Abram* se signala à titre de missionnaire de l’Église d’Angleterre auprès des Indiens des Six-Nations. C’est dire combien, en l’espace de trois générations, la situation respective des bielles et de leurs voisins indiens avait changé. Fils d’une famille aisée et détenteur d’un titre respecté, Abram exerçait son sacerdoce auprès de pauvres gens isolés dans une réserve, descendants des guerriers qui avaient combattu aux côtés de son grand-père et de son père pendant trois guerres et à l’amitié desquels sa famille devait sa richesse foncière.

H. V. Nelles

AO, MS 118 ; MS 502 ; MS 503 ; MU 3296.— APC, MG 19, F1 ; F2 ; F6 ; MG 24, D108 ; RG 9, I, B1 ; B4 ; B5 ; RG 10, A1 ; RG 19, E5(b), 4447.— BL, Add. mss 21661–21892 (mfm aux APC).— HPL, File information on Robert Nelles.— H.-C., House of Assembly, Journal, 1800–1810 ; 1816–1820.— The papers of Sir William Johnson, James Sullivan et al., édit. (14 vol., Albany, N.Y., 1921–1965).— Valley of Six Nations (Johnston).— D. C. Nellis, [Nellis family album] (Topeka, Kans., 1888 ; copie en la possession de H. V. Nelles).— William Gillard et Thomas Tooke, The Niagara escarpment : from Tobermory to Niagara Falls (Toronto et Buffalo, N.Y., 1975), 100, 104.— Barbara Graymont, The Iroquois in the American revolution (Syracuse, N.Y., 1972).— [L. D. MacWethy et] Milo Nellis, The old Palatine church, together with a description of the Gen. John Cochran house, also articles on the early Klock and Nellis pioneers ([3e éd.], St Johnsville, N.Y., 1930).— Milo Nellis, The Mohawk Dutch and the Palatines ; their background and their influence in the development of the United States of America (St Johnsville, (1951]).— B. G. Wilson, Enterprises of Robert Hamilton.— E. A. Brooks, « The story of William Sampson, first rector of Grimsby, 18171822 », Wentworth Bygones (Hamilton, Ontario), no 11 (1975) : 28.— « The coming of the loyalists, 17831787 », R. J. Powell, compil., Annals of the Forty ([Grimsby, Ontario]), no 1(1950) : 4–7, 32–35, 88 ; « Fifty years of municipal government, 1790–1840 », Powell, compil., no 2 (1951) : 12.— H. V. Nelles, « Loyalism and local power : the district of Niagara, 1792–1837 », OH, 58 (1966) : 99–114.— J. G. Rossie, « The Northern Indian Department and the American révolution », Niagara Frontier (Buffalo), 20 (1973) : 5265.

Bibliographie générale

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H. V. Nelles, « NELLES, ROBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/nelles_robert_7F.html.

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Auteur de l'article:   H. V. Nelles
Titre de l'article:   NELLES, ROBERT
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 7
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1988
Année de la révision:   1988
Date de consultation:   25 octobre 2014