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WEEKES, WILLIAM, avocat et homme politique, né en Irlande ; décédé le 11 octobre 1806, probablement à Niagara (Niagara-on-the-Lake, Ontario).

En 1798, William Weekes s’établissait à York (Toronto) où, une fois admis au barreau, il fut bientôt entraîné dans les querelles des factions politiques. Parce qu’il était irlandais, qu’il avait vécu pendant un certain temps aux États-Unis et qu’il était devenu un critique féroce du gouvernement provincial, on a parfois laissé entendre qu’il était favorable à la cause de l’indépendance irlandaise, qu’il admirait les institutions républicaines et démocratiques des États-Unis, et qu’il était enclin à prôner le radicalisme politique dans le Haut-Canada. Tel n’était pas le cas. Les « bienfaits » des États-Unis, écrivait-il dans une lettre personnelle en 1801, « se manifestèrent par les luttes des factions, l’esprit de haine et les pratiques frauduleuses » ; leur indépendance fut « un débordement sauvage, incontrôlé par les autorités et indigne de la souveraineté ». Que les « innovateurs incendiaires d’Irlande » voyagent dans ce pays-là, déclarait-il, ils en perdront « entièrement leur rage démocratique et leur fureur réformatrice ».

Pendant un certain temps, Weekes accorda son appui au gouvernement du lieutenant-gouverneur Peter Hunter. Il découvrit que ce dernier était « rigoureux dans ses ordres, de même que réfléchi et judicieux dans ses mesures », et il espérait obtenir de l’avancement grâce à lui. Il est possible qu’il ait voulu gagner la faveur des autorités en tentant de faire élire le juge Henry Allcock à la chambre d’Assemblée, en 1800. À titre de représentant d’Allcock, mais de son propre chef, apparemment, Weekes combina de faire arrêter la votation, pour émeute, au moment où son candidat se trouvait en avance. Cette élection fut toutefois annulée par suite d’une requête à l’Assemblée [V. Samuel Heron].

En 1804, Weekes lui-même se présenta dans Durham, Simcoe, and the East Riding of York. Défait par Angus Macdonell (Collachie), qui sollicitait un renouvellement de mandat, Weekes attribua son échec à l’influence du gouvernement. L’année suivante, ayant fait campagne contre le Sedition Act, adopté au cours de la session précédente, et contre l’utilisation par l’exécutif de fonds publics sans l’autorisation de l’Assemblée, il fut élu au cours d’une élection partielle dans la même circonscription. En faisant son entrée à l’Assemblée, il donna immédiatement un avis de motion pour étudier « l’inquiétude qui préva[lait] dans la province par suite de la gestion des affaires publiques ». La question des fonds se régla quand le gouvernement restitua les sommes en cause dans le trésor public ; la proposition de Weekes fut défaite par 10 voix contre 4.

Pendant qu’il plaidait aux assises de Niagara, en 1806, devant le juge Robert Thorpe*, Weekes parla de feu le lieutenant-gouverneur Hunter comme d’un « Goth que la divine Providence [... avait] retiré de ce monde à cause de sa tyrannie et de son iniquité ». Son collègue William Dickson* s’éleva contre l’inconvenance de ces propos. Deux jours plus tard, Weekes le provoqua en duel ; la rencontre eut lieu le 10 octobre, dans le voisinage du fort Niagara (près de Youngstown, New York). Weekes, grièvement blessé, mourut le lendemain. Les funérailles furent célébrées chez le marchand John MacKay, de Niagara, et Ralfe Clench*, Robert Nelles* et Isaac Swayze* furent parmi les dignitaires qui suivirent le convoi, très probablement en leur qualité de collègues du défunt à la chambre d’Assemblée.

Les outrances verbales marquèrent la carrière de William Weekes, et peut-être révélaient-elles, en réalité, un déséquilibre de jugement en matière politique. Weekes est un personnage important, du fait principalement qu’il influença Thorpe, un de ses compatriotes irlandais, qui, arrivé dans le Haut-Canada en 1806 seulement et peu au fait de la politique provinciale, en vint à adopter les idées de son ami Weekes. La mort de ce dernier le frappa apparemment de stupeur. Thorpe écrivit : « cette soudaine et choquante catastrophe m’a fort ébranlé [...] j’en ai le cœur serré ». Il alla vivre dans la maison de Weekes à qui il succéda en s’affichant à l’Assemblée comme le principal adversaire du gouvernement, alors dirigé par le lieutenant-gouverneur Francis Gore*. À l’ouverture du scrutin qui allait lui permettre de siéger à l’Assemblée, Thorpe évoqua l’image de Weekes qui, « du ciel, voy[ait] avec plaisir [...] les efforts [des électeurs] pour la cause de la liberté ».

Graeme H. Patterson

MTL, William Weekes, lettre à George Alps, 16 janv. 1801 (transcription).— York County Surrogate Court (Toronto), testament de William Weekes, 10 oct. 1806 (photocopie à la MTL).— « Political state of U.C. », APC Report, 1892 : 32–135.— Town of York, 1793–1815 (Firth).— Upper Canada Gazette, 2 mars 1805.— S. D. Clark, Movements of political protest in Canada, 1640–1840 (Toronto, 1959).— J. E. Middleton et Fred Landon, The province of Ontario a history, 1615–1927 (5 vol., Toronto, [1927–1928]).—H. H. Guest, « Upper Canada’s first political party », OH, 54 (1962) : 275–296.— G. [H.] Patterson, « Whiggery, nationality, and the Upper Canadian reform tradition », CHR, 56 (1975) : 25–44.

Bibliographie générale

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Graeme H. Patterson, « WEEKES, WILLIAM », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 2 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/weekes_william_5F.html.

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Auteur de l'article:   Graeme H. Patterson
Titre de l'article:   WEEKES, WILLIAM
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 5
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1983
Année de la révision:   1983
Date de consultation:   2 octobre 2014