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NOLAN, PATRICK JAMES, avocat, né le 3 mars 1862 à Limerick (république d’Irlande), fils de James Nolan, marchand de farine et de fourrage, et de Mary O’Rourke ; le 19 avril 1892, il épousa à Calgary Mary Elizabeth (Minnie) Lee, et ils eurent un fils, Henry Grattan ; décédé dans cette ville le 10 février 1913 et inhumé à Banff, Alberta.

Dans son arbre généalogique, Patrick James Nolan avait des soldats, des évêques, des poètes et un hors-la-loi américain du milieu du xixe siècle. Il étudia au Sacred Heart College de Limerick, au Trinity College de Dublin et à la University of London, et obtint une licence ès arts, une licence en droit et des mentions. Admis au barreau irlandais en 1885, il exerça quatre ans à Dublin. L’échec du Home Rule Bill de 1886 le fit désespérer du sort de son pays – il était anti-Anglais et admirateur de Daniel O’Connell – et le poussa à émigrer en 1889. S’il choisit Calgary comme destination, c’est qu’il avait eu à Limerick des liens avec la famille Costello, partie pour Calgary avant lui, mais la nature de ces relations est imprécise. La population de Calgary comptait un quart d’Irlandais et, pour Nolan, cette ville était un « petit Dublin ». Reçu au Barreau des Territoires du Nord-Ouest moins de quatre semaines après son arrivée, il devint associé en second de Thomas Brown Lafferty. Leur cabinet prospéra dans les premières années, car le frère de Lafferty, James D., était maire de Calgary.

Joueur de soccer, de cricket et de billard, Nolan appartenait à un grand nombre de clubs, notamment le Calgary Golf and Country Club, les Chevaliers de Colomb, le Ranchmen’s Club et le St Mary’s Club, tous à Calgary, de même que le Chinook Club de Lethbridge et le Macleod Club du fort Macleod (Fort Macleod, Alberta) (où il ouvrit une succursale de son cabinet en 1896). Il aimait aussi le théâtre et l’opérette amateurs. Il fit ses débuts en 1890 dans Trial by jury de Gilbert et Sullivan, interpréta des rôles comiques dans plusieurs pièces à compter de 1891, et collabora à la fondation de la Calgary Literary and Debating Society et du Calgary Amateur Dramatic Club en 1892. Cette année-là, il épousa Mary Elizabeth (Minnie) Lee, réputée l’une des plus belles jeunes femmes de la ville. Leurs activités sociales et culturelles s’accordaient ; elle militerait dans les œuvres de la paroisse catholique St Mary, de l’Imperial Order Daughters of the Empire et de la Croix-Rouge.

Nolan prit part à la vie publique de Calgary surtout dans les 15 premières années qui suivirent son installation dans cette ville : membre fondateur et premier secrétaire du Bureau de commerce de Calgary de 1890 à 1894, il fut vérificateur de la municipalité de 1893 à 1895, puis rédacteur en chef du Calgary Herald de 1900 à 1903. Cependant, cette participation ne fut pas très fructueuse, comme en témoigne son mandat de secrétaire du Bureau de commerce. Nolan ne se trouvait pas à l’assemblée annuelle du bureau en 1891. Dès l’automne de 1894, les autres membres ne le voyaient plus guère et, en décembre, il leur fallut présenter une motion en vue de lui retirer la charte et les documents officiels de l’organisme. Le seul opuscule écrit par Nolan (1892), un éloge de style ampoulé, The advantages of Alberta, était une commande du Bureau de commerce.

Observateur attentif de la scène politique dans sa jeunesse, Nolan se porta candidat à l’Assemblée législative des Territoires du Nord-Ouest dans la circonscription d’East Calgary en 1894 et fut battu à plate couture. Dès lors, il prit plaisir à prononcer des discours à des rassemblements politiques, à la manière d’O’Connell le radical, son héros irlandais. Il se considérait comme un porte-parole des travailleurs et aimait en particulier s’adresser aux mineurs sur les contreforts des Rocheuses. Il apportait un chariot rempli d’alcool, puis buvait avec eux et parlait jusque tard dans la nuit. En outre, on l’invitait souvent à prendre la parole et à raconter des histoires après des dîners. Son vaste répertoire de blagues irlandaises provoquait des rires ininterrompus chez ses auditeurs. Comme les associations de journalistes avaient un faible pour lui, ses discours étaient publiés dans tout le pays. Le plus célèbre fut peut-être celui qu’il prononça à une assemblée annuelle des Chevaliers de Colomb à New York et qui amena plusieurs journaux à le ranger parmi les meilleurs orateurs de l’époque.

La passion de Nolan pour la politique et le droit semble s’être éteinte vers 1901–1902. Ce déclin coïncida avec son quarantième anniversaire et avec deux faits intéressants. En 1901, son ami intime l’homme politique et rédacteur en chef Nicholas Flood Davin*, lui aussi originaire du comté de Limerick, se suicida. L’année suivante, son autre grand ami, Robert Chambers Edwards*, quitta la direction du journal de Wetaskiwin pour fonder l’Eye Opener de High River. Nolan et Edwards avaient en commun d’être catholiques, de boire beaucoup et d’adorer bavarder et rire. L’intempérance de Nolan paraît s’être aggravée à compter du moment où Edwards s’installa près de Calgary.

Très individualiste et extraverti, Nolan attirait non seulement des amis dépourvus d’inhibitions, mais aussi des clients inhabituels. Parmi ceux dont il assura la défense figuraient des contrebandiers d’alcool, des ivrognes, des voleurs de chevaux, des personnes aux mœurs dissolues, des prostituées. À Calgary, on raconte encore comment il évita la prison à Caroline (« Mère ») Fulham, la célèbre « gueuse » irlandaise de l’avenue Angus (6e avenue). Le plus illustre client de Nolan, Ernest Cashel, était l’un des criminels les plus notoires de la région. Plusieurs fois, Nolan défendit ce jeune homme, qui fut finalement pendu pour meurtre en 1904. Bien sûr, Nolan attirait des foules au tribunal, et elles se régalaient de ses bouffonneries, car il maîtrisait la procédure, les gens, la langue. Son humour amusait même les juges. Il se vantait d’arriver en cour avec peu de papiers, sinon aucun. En l’une des rares occasions où il plaida une affaire importante devant la Cour suprême de l’Alberta (The King c. Clarke en 1907–1908), l’avocat de la partie adverse, Richard Bedford Bennett*, entra au tribunal avec son assistant qui croulait sous les livres. Comme il lui réclamait des références à tout propos – « Jeune homme, donnez-moi Phipson sur la Preuve », « Jeune homme, donnez-moi Kenny sur les Crimes » –, Nolan lança : « Jeune homme, donnez-moi Bennett sur les Bêtises », ce qui fit s’esclaffer l’auditoire.

Les archives révèlent que Nolan fit surtout du droit pénal. Ainsi, sur les 23 affaires plaidées par lui en 25 ans devant la Cour suprême de la province, 14 étaient criminelles. Il défendit les accusés dans 11 procès et perdit 7 d’entre eux. Ce n’est qu’au moment où il commença à agir pour la couronne, en 1910–1912, pour faire de l’argent, qu’il accumula des victoires (trois causes sur trois). Bien qu’il ait eu peu d’organisations commerciales parmi ses clients, il plaida quelques affaires pour la commission sur le bœuf, nommée par le gouvernement albertain, la Veterinary Association of Alberta et la Western Stock Growers’ Association. Cependant, la plupart de ces dossiers sont postérieurs à 1907 ; ils datent donc de l’époque où Nolan avait des difficultés financières. En droit civil, il plaida seulement neuf affaires devant la Cour suprême de la province, dont sept entre 1908 et 1911, et il perdit la plupart d’entre elles. Comme les personnes inculpées de crime qui faisaient appel à ses services étaient généralement pauvres et de mauvaise réputation, il n’était pas bien payé. Dans ses petits litiges civils, il représentait souvent des locataires, des débiteurs, des employés licenciés et des fermiers.

On a salué en Nolan l’un des deux meilleurs orateurs de l’histoire de l’Ouest canadien et l’un des défenseurs criminalistes les plus favorisés par le succès dans toute l’histoire du Canada. Ces titres, fondés en bonne partie sur des indices qui ne proviennent pas des archives, sont douteux. La rhétorique de Nolan impressionnait ses contemporains, mais il est difficile aujourd’hui d’en mesurer l’effet. Pour ce qui est de sa compétence en droit, la plupart des juristes d’avant 1914 ne le rangeaient pas parmi les éminents avocats du temps. Quand on le mentionnait, c’était plutôt à la façon de John Edward Annand Macleod, qui surnommait Nolan et son associé Frank Ernest Eaton « Eaton and Drinkin’ ». L’attitude de Nolan envers les associations professionnelles de la province donne une bonne idée de sa carrière. Aux premières assemblées de la Calgary Bar Association, à la fondation de laquelle il contribua en 1890, il présenta des propositions en tant que simple membre. Toutefois, les procès-verbaux parlent peu de lui à compter de 1894, sinon pour signaler sa présence aux dîners annuels jusqu’en 1904 et à quelques assemblées en 1906. Admis au conseil de la Law Society of Alberta en 1907, l’année même où il reçut le titre de conseiller du roi, il ne participa à aucun comité ni à aucune réunion. Par contre, les archives de la société contiennent plusieurs plaintes déposées contre lui par des clients à compter de 1905.

Souvent évoqué par la presse albertaine, l’alcoolisme de Nolan devint légendaire. Ce problème explique sans doute pourquoi il eut si peu de travail et de clients commerciaux, et pourquoi il était en froid avec sa famille. Selon l’avocat Ronald Martland, le fils de Nolan, Henry Grattan, qui accéda à la Cour suprême du Canada en 1956 (et mourut l’année suivante), « parlait très rarement de son père » en raison du chagrin qu’il avait causé à sa mère, et il s’était bien promis de ne pas suivre ses traces. D’après la femme de Henry, Nolan ne laissait jamais assez d’argent à sa femme ; en plus, il fut toujours distant avec son fils et, au temps où celui-ci était écolier, il ne répondait même pas à ses lettres.

Patrick James Nolan mourut le 10 février 1913 au Ranchmen’s Club, peu de temps avant d’atteindre l’âge de 51 ans. Selon son biographe, il mourut « subitement ». En fait, il succomba à une hémorragie cérébrale après une semaine de saignements internes. Qu’a-t-il laissé derrière lui ? Les dictionnaires biographiques usuels, dont ceux de Henry James Morgan et de John Blue, lui accordent une place de choix dans l’histoire de la profession juridique. Les preuves manuscrites, cependant, sont moins convaincantes. Orateur envoûtant, habile plaideur, ami des inconnus et des êtres sans défense, Nolan laissa sa marque dans l’Ouest pionnier d’une façon qui n’aurait pas tenté des avocats plus notables.

Louis A. Knafla

GA, M 1925 ; M2260, minutes and reports, 1 (1890–1913).— Legal Arch. Soc. of Alberta (Calgary), F 5 (Law Soc. of Alberta fonds), vol. 60, file 923 :141–142 ; F 60 (Law Soc. of the North-West Territories fonds), vol. 1, file 1 : 5, n77 ; 93–94, 111–112 (photocopies).— PAA, 69.305.— Calgary Herald, 13 févr. 1913.— Morning Albertan (Calgary), 11 févr. 1913.— Alberta Law Reports (Toronto), 1–4.— John Blue, Alberta, past and present, historical and biographical (3 vol., Chicago, 1924).— Canadian men and women of the time (Morgan ; 1898 et 1912).— [J. W.] G. MacEwan, Eye Opener Bob : the story of Bob Edwards (Edmonton, 1957) ; He left them laughing when he said good-bye : the life and times of frontier lawyer Paddy Nolan (Saskatoon, 1987).— Territories Law Reports (Toronto), 1–7.

Bibliographie générale

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Louis A. Knafla, « NOLAN, PATRICK JAMES », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 déc. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/nolan_patrick_james_14F.html.

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Auteur de l'article:   Louis A. Knafla
Titre de l'article:   NOLAN, PATRICK JAMES
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1998
Année de la révision:   1998
Date de consultation:   20 décembre 2014