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O’REILLY, HUGH (il signait aussi O’Reilley, O’Reily, O’Riley, Reilly, Riely), prêtre catholique et polémiste, né vers 1794 dans le comté de Meath (république d’Irlande) ; décédé le 22 ou le 23 juin 1859 à North East Margaree, Nouvelle-Écosse.

Hugh O’Reilly fit ses études au Collège irlandais, à Rome, puis à la Sorbonne, à Paris, où il fut ordonné en 1819 ou 1820. Bien qu’il ait exercé son ministère en Irlande pendant 15 ans, on ne connaît rien de son long séjour dans ce pays si ce n’est une déclaration faite plus tard par Mgr William Walsh, selon laquelle O’Reilly passait généralement pour un fou dans son milieu et qu’il s’était violemment querellé avec son évêque. Il vint en Nouvelle-Écosse en 1835 ou 1836 et eut la charge des ouailles de Liverpool et de Caledonia, dans le comté de Queens, jusqu’à l’été de 1841 ; il fut ensuite responsable des fidèles du comté de Pictou.

La seconde nomination d’O’Reilly qui logeait à New Glasgow chez un paroissien où il célébrait les offices l’amena à desservir une importante mission qui comprenait River John, Pictou, Albion Mines (Stellarton), New Glasgow et Merigomish. Il exerçait aussi son ministère auprès des Micmacs du comté de Pictou. Sa tâche fut allégée en 1850 lorsque la ville de Pictou et la partie nord du comté du même nom furent confiées aux soins de l’abbé Alexander MacSween. C’est pendant le ministère d’O’Reilly que l’église St Mary, rebaptisée plus tard Our Lady of Lourdes, fut érigée à Albion Mines. Après son départ de Pictou en 1858, O’Reilly se vit confier la charge de North East Margaree, dans l’île du Cap-Breton, où il mourut peu après son arrivée en octobre de cette année-là. L’inscription sur sa pierre tombale donnait comme prénom Eugenius (Hugh en latin populaire), et indiquait qu’il était décédé le 23 juin 1859, tandis que d’après une notice nécrologique O’Reilly serait mort le 22 juin.

Le grand et costaud O’Reilly était doué pour les langues, mais il manquait singulièrement de tact. Alors qu’il résidait à Pictou, ville peuplée d’Écossais presbytériens, il gardait trois chiens qu’il avait baptisés Luther, Calvin et Knox. Quand il quitta cette ville après y avoir vécu 17 ans, les derniers mots qu’il adressa à ses ouailles furent : « Vous êtes pourries. » Une querelle destructrice qui affecta sa propre Église est la meilleure démonstration de son goût pour une bonne dispute. Au cours des années 1830, les rapports entre le vicaire apostolique de la Nouvelle-Écosse, Mgr William Fraser, originaire d’Écosse, et les catholiques de Halifax, presque tous Irlandais, ne cessèrent de se détériorer. La population de Halifax prétendait que l’évêque, qui avait pris résidence à Antigonish, les négligeait et elle réclamait un plus grand nombre de prêtres. L’évêque se rendit de mauvaise grâce à leur demande. Les nouveaux pasteurs, Lawrence Joseph Dease et Richard Baptist O’Brien, avaient reçu leur formation dans des séminaires irlandais et se sentaient donc plus près que Fraser de leurs compatriotes. Toutefois, ces nouveaux venus étaient inacceptables aux yeux de l’évêque et il s’ensuivit une sorte de lutte pour le pouvoir. La plupart des catholiques irlandais de Halifax prirent parti contre Fraser et son assistant, l’abbé John Loughnan. O’Reilly, lui, se rangea derrière Fraser et, sous le pseudonyme d’Hibernicus, publia, entre le 21 décembre 1841 et le 10 mai 1842, dans l’Observer de Pictou une série de lettres qui prenaient la défense de Fraser et attaquaient les Irlandais de Halifax.

La dialectique d’O’Reilly était compliquée et ses arguments souvent répétitifs. Toutefois, ce qui le caractérisait le plus était la générosité avec laquelle il distribuait les invectives, pratique adoptée d’ailleurs par d’autres prêtres mêlés à la querelle. Au dire d’Hibernicus, le désir des Irlandais de voir l’évêque résider à Halifax n’était qu’un prétexte ; en réalité, ce qu’ils reprochaient à Fraser était sa nationalité écossaise. Il fustigea les habitants de Halifax, disant qu’ils étaient aussi perfides et menteurs que les pharisiens : « Depuis [...] que les scribes et les pharisiens ont délibéré pour trahir le Christ, jamais on n’a vu rassemblé dans la maison du Seigneur un groupe plus infâme que les dirigeants schismatiques de la capitale de la Nouvelle-Écosse. » Selon les paroles d’O’Reilly, les Irlandais de Halifax formaient « la ci-devant aristocratie insolente, parvenue et grossière » et « n’étaient rien moins que des freluquets ».

Les deux nouveaux prêtres envoyés à Halifax subirent eux aussi la colère d’O’Reilly. Le franciscain Dease, « vénérable fils du modeste et humble saint François », se déplaçait « dans une voiture confortable et portait des vêtements douillets, si différents de ceux que revêtaient ses frères franciscains ». D’après Hibernicus, Dease avait persévéré dans sa conduite indigne d’un fils de saint François, en devenant « un agresseur zélé des droits épiscopaux » de Fraser. Quant à O’ Brien, qui était devenu directeur du nouveau St Mary’s Seminary, Hibernicus déclara ironiquement que la population de Halifax « se prosternait devant lui et lui rendait un culte empreint d’une vénération et d’un respect venus du cœur ». Le sérninaire d’O’Brien fut accusé de favoriser les jeunes Irlandais aux dépens des Écossais et d’infliger, de manière injuste, des châtiments corporels. « Nous nous sommes beaucoup inquiétés aussi d’entendre la façon dont les jeunes de condition modeste étaient traités, affirmait O’Reilly, et comment, par crainte du chat à neuf queues, ils étaient induits à courir comme des fous partout dans la campagne. » En somme, Hibernicus considérait le séminaire comme « un temple de crétins » ayant à sa tête « un homme de rien ou un zéro [O’Brien] » et « un parasite ecclésiastique [Dease] ».

Dans les lettres d’Hibernicus qui ont été rassemblées et publiées, ce dernier laisse entendre que Mgr Fraser avait encouragé sa partialité. Il était donc en mesure de citer des extraits de lettres écrites à Fraser par l’archevêque de Dublin, Daniel Murray, et il pouvait demander à ses lecteurs de lui faire parvenir leurs lettres d’appui à l’évêque. Le différend fut finalement réglé en 1844, lorsque le diocèse fut divisé de telle façon que Halifax tombe sous la juridiction de Walsh.

L’importance historique de Hugh O’Reilly en tant qu’auteur des lettres signées Hibernicus est minime et ses écrits semblent n’avoir servi à rien à l’époque, si ce n’est d’avoir envenimé une situation déjà perturbée. Il était l’un de ces individus d’un équilibre fragile qui alimente de loin des situations prêtant à controverse : incapable de commencer ou de mettre fin à une querelle, mais prenant plaisir, au cœur des dissensions, à entretenir les flammes de la passion et de la discussion.

Terrence M. Punch

Les lettres écrites par Hugh O’Reilly, sous le pseudonyme d’Hibernicus, ont d’abord paru dans l’Observer (Pictou, N.-É.). Par la suite, elles ont été réunies et publiées sous le titre de The letters of Hibernicus : extracts from the pamphlet entitled A report of the committee of St. Mary’s, Halifax, N.S., and a review of the same (Pictou, 1842).

St Gregory’s Roman Catholic Church (Liverpool, N.-É.), Records of the parishes of Liverpool and Caledonia.— Stella Maris Roman Catholic Church (Pictou), Records of St Patrick’s Church.— J. M. Cameron, About New Glasgow (New Glasgow, N.-É., 1962), 57–58.— A. A. Johnston, Hist. of Catholic Church in eastern N. S., 2.— T. M. Punch, « The Irish in Halifax, 1836–1871 : a study in ethnic assimilation » (thèse de m.a, Dalhousie Univ., Halifax, 1977), 122–138.

Bibliographie générale

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Terrence M. Punch, « O’REILLY, HUGH », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/o_reilly_hugh_8F.html.

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Auteur de l'article:   Terrence M. Punch
Titre de l'article:   O’REILLY, HUGH
Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
Année de la révision:   1985
Date de consultation:   25 juillet 2014