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PAHTAHSEGA (Pautaussigae, littéralement « celui qui vient éclairer », ou « celui qui fait briller le monde » ; appelé aussi Peter Jacobs), missionnaire méthodiste, né vers 1807 près du lac Rice, dans le district de Newcastle, Haut-Canada ; vers 1826, il épousa Mary (décédée en 1828), membre de la bande des Mississagués de la rivière Credit, et ils eurent une fille, puis, en mai 1831, Elizabeth Anderson, et de ce mariage naquirent cinq enfants ; décédé le 4 septembre 1890 à la réserve de Rama, près d’Orillia, Ontario.

Peter Jacobs, dont les parents moururent quand il avait trois ans, était Sauteux, probablement de la tribu des Mississagués ; plus tard, la bande de la rivière Credit l’adopta. Il fut un des premiers autochtones convertis par le missionnaire méthodiste William Case*, qu’il avait entendu prêcher pour la première fois en 1824. Peu après, il fréquenta l’école à Belleville, à la rivière Grand puis, en 1826, à la mission de la rivière Credit. La parole, qu’il avait facile, et ses quelques connaissances de l’anglais lui permirent d’être interprète et de diriger le service religieux, participant ainsi aux tentatives que faisaient à la fois Case et Peter Jones [Kahkewaquonaby*] pour christianiser les Indiens. En effet, peu après sa conversion, il lut un passage du Nouveau Testament en anglais et en sauteux lors d’une assemblée à New York de la Missionary Society of the Methodist Episcopal Church. Un observateur remarqua que « le récit [qu’il lisait] en mauvais anglais et avec une simplicité et une sincérité manifestes rendait la scène vraiment impressionnante ». En 1829, Jacobs était l’un des quatre Indiens à qui la Dorcas Missionary Society enseignait.

Malgré ce début prometteur, plusieurs années s’écoulèrent avant que Jacobs ne devînt missionnaire, probablement parce que Case redoutait les tendances amoureuses qu’il afficha après la mort de sa première femme en 1828. Au début des années 1830, il tenait un magasin et « gagnait bien sa vie » mais, en 1836, il évangélisait les Indiens près de la rivière St Marys. Deux ans plus tard, il fit avec James Evans* son premier voyage de mission dans la région du lac Supérieur. Il resta sur place, probablement près du lac La Pluie (Rainy Lake), alors qu’Evans retournait dans le Haut-Canada pour y faire un court séjour.

En 1840, la Wesleyan Methodist Missionary Society de Grande-Bretagne, que la description faite par Evans du potentiel immense du Nord-Ouest avait inspirée, voulut sans doute déjouer les manœuvres des méthodistes canadiens dont son Église se séparerait bientôt : elle décida de fonder une mission dans les territoires de la Hudson’s Bay Company, décision que la compagnie approuva. La station missionnaire principale fut établie à Rossville, près de Norway House (Manitoba), en septembre 1840 ; Jacobs aida Evans à y bâtir plusieurs maisons pour les Indiens résidants et à inaugurer un programme varié d’enseignement religieux et profane. Jacobs demeura à sa base principale du fort Alexander (Fort Alexander, Manitoba), jusqu’à ce qu’il partît pour l’Angleterre, en 1842, y recevoir la prêtrise. À Londres, il habita chez Robert Alder*, secrétaire des missions wesleyennes de l’Amérique du Nord britannique ; entouré de ses soins paternels, Jacobs devint un anglophile enthousiaste et un fervent adepte du méthodisme anglais.

De retour en Amérique du Nord britannique, Jacobs fut affecté au fort Frances sur le lac La Pluie. Ses lettres de la fin des années 1840 révèlent le compte rendu plutôt pathétique d’un homme intelligent et solitaire, inquiet de la santé déclinante de sa femme, de l’éducation de ses enfants qui grandissaient et des forces hostiles qui l’entouraient. Les Indiens du lac La Pluie « sont comme les Juifs d’antan. « Regardez ce peuple, c’est un peuple au cou raide ». Ils s’adonnent entièrement à l’idolâtrie ». Ils craignaient leurs propres sorciers et étaient prêts à dépendre de quiconque les convertirait. La Hudson’s Bay Company, sur laquelle la mission reposait, résistait à la pression morale qu’exerçait le missionnaire ; Jacobs déplora les « faits et gestes diaboliques de ce fort ». Privé des conseils judicieux d’Evans, son « saint Paul », Jacobs lisait aux Blancs l’office anglican et les sermons de John Wesley, et étudiait les avantages et les inconvénients de nouveaux emplacements de mission. Finalement, il quitta le fort Frances en 1850 sans autorisation.

Cependant, après un répit au Canada et en Angleterre, Jacobs retourna dans le Nord-Ouest en 1852 ; le récit de son voyage du lac Rice à York Factory puis de son retour, qui parut en 1853, fournit une description précieuse du travail missionnaire et des dangers de la région. Au cours de ses déplacements qui suivaient l’itinéraire des trafiquants de fourrures, il constata avec plaisir l’essor des missions de Rossville et d’Oxford House, celle-ci dirigée par Henry Bird Steinhauer, autre Indien converti. À York Factory, Jacobs fut déçu de ne pas rencontrer le missionnaire méthodiste John Ryerson*, qu’il croyait en tournée d’inspection dans la région. Se hâtant de partir à l’approche de l’hiver, il faillit se noyer dans le lac Winnipeg et essuya une tempête de neige aux environs du fort William (maintenant partie de Thunder Bay, Ontario) avant de retourner au lac Rice et chez lui sur un vapeur. En 1853–1854, il fut affecté à la réserve de Saugeen et, en 1855–1856, à celle de Rama. Il ne reçut pas d’obédience en 1857 et fut renvoyé de la Conférence méthodiste wesleyenne l’année suivante. Le Christian Guardian écrivait en 1858 que Jacobs était aux États-Unis et réunissait des fonds sans l’approbation de l’Église. De toute évidence, Jacobs s’établit à Rama où il remplit les fonctions d’instituteur, de marchand et d’interprète ; pour arrondir ses revenus, il pêchait et servait de guide. Quoiqu’il semble s’être reconverti en 1867, il était tourmenté par de graves problèmes d’alcool ; il sombra dans la misère et l’oubli. À sa mort, des journaux locaux rappelèrent la réputation qu’il avait acquise comme conférencier. Trois de ses six enfants lui survécurent ; un fils fut missionnaire de l’Église d’Angleterre, un autre, appelé aussi Peter Jacobs, était mort en 1864 et avait été missionnaire de l’Église d’Angleterre.

En définitive, la vie de Peter Jacobs fut assez tragique. En grande partie assimilé lui-même, il transmit aux tribus de l’Ontario et du Nord-Ouest des coutumes européennes. De façon limitée, il fit découvrir à ses frères une nouvelle échelle de valeurs et un nouveau mode d’existence. Or, il représentait une Église sans posséder les ressources et les connaissances qui lui auraient permis d’élaborer un vaste et ingénieux programme d’assimilation. Refusant de ranimer la propre culture des Indiens, et d’ailleurs incapable de le faire, il allait rapidement faire figure de membre inutile.

G. S. French

Pahtahsega est l’auteur de Journal of the Reverend Peter Jacobs, Indian Wesleyan missionary, from Rice Lake to the Hudson’s Bay territory, and returning ; commencing May, 1852 : with a brief account of his life ; and a short history of the Wesleyan mission to that country (Toronto, 1853 ; 2e éd., Boston, 1853 ; [3e éd.], New York, 1858).

Methodist Missionary Soc. Arch. (Londres), Wesleyan Methodist Missionary Soc., Corr., Canada, 18441852 (mfm aux UCA).— James Evans, « Letters of Rev. James Evans, Methodist missionary, written during his journey to and residence in the Lake Superior region, 183839 », Fred Landon, édit., OH, 28 (1932) : 4770 ; « Selections from the papers of James Evans, missionary to the Indians », Fred Landon, édit., OH, 26 (1930) : 474–491.— Kahkewaquonaby, Life and journals of Kah-ke-wa-quo-nā-by (Rev. Peter Jones), Wesleyan missionary, [Elizabeth Field, édit.] (Toronto, 1860).— Methodist Magazine and Quarterly Rev. (New York), 18241828.— Wesleyan Methodist Church in Canada, Minutes (Toronto), 1858.— Wesleyan-Methodist Magazine (Londres), 1843.— Christian Guardian, 4 déc. 1839, 1er avril 1840, 23 nov. 1842, 12 juill. 1843, 2 août, 20 sept. 1848, 30 oct. 1850, 17 mars 1858, 10, 21 sept. 1859, 30 août, 16 oct. 1867.— Daily Times (Orillia, Ontario), 4 sept. 1890.— Cornish, Cyclopædia of Methodism.— Carroll, Case and his cotemporaries.— G. G. Findlay et W. W. Holdsworth, The history of the Wesleyan Methodist Missionary Society (5 vol., Londres, 1921–1924).— John Maclean, Vanguards of Canada (Toronto, 1918).— G. F. Playter, The history of Methodism in Canada : with an account of the rise and progress of the work of God among the Canadian Indian tribes, and occasional notices of the civil affairs of the province (Toronto, 1862).— D. B. Smith, « The Mississauga, Peter Jones, and the white man : the Algonkians’ adjustment to the Europeans on the north shore of Lake Ontario to 1860 » (thèse de ph.d., Univ. of Toronto, 1975).

Bibliographie générale

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G. S. French, « PAHTAHSEGA », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 1 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/pahtahsega_11F.html.

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Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1982
Année de la révision:   1982
Date de consultation:   1 septembre 2014