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RYERSON, JOHN, ministre méthodiste, né le 12 juin 1800 à Charlotteville, dans le comté de Norfolk, Haut-Canada, quatrième fils du colonel Joseph Ryerson*, loyaliste de descendance hollandaise et huguenote, et de Sophia Mehetabel Stickney ; il épousa en 1828 Mary Lewis qui lui donna un fils et une fille ; décédé le 8 octobre 1878 à Simcoe, Ont.

Cinq des six fils du colonel Ryerson devinrent ministres méthodistes en dépit de la farouche désapprobation de leur père. Après avoir servi dans le régiment de son père, à titre exceptionnel, comme volontaire, pendant la guerre de 1812, John se convertit au méthodisme à la faveur du réveil de la conscience religieuse auquel on assista dansae Haut-Canada tout de suite après la guerre ; ses deux frères aînés, George* et William, en firent autant, suivis un peu plus tard par ses deux frères cadets Egerton* et Edwy. En 1820, il débuta comme prédicateur suppléant et, en 1821, il fut admis en probation dans le circuit d’Ancaster. Deux ans plus tard, il fut ordonné diacre alors qu’il travaillait dans le circuit de la rue Yonge et, en 1825, il fut ordonné prêtre dans le circuit de Perth. Au cours des années qui suivirent, il présida l’assemblée des anciens, il fut président et surintendant de presque tous les circuits ou les districts de la province ; en 1843, il fut élu président de l’Église méthodiste wesleyenne au Canada. Par la suite, de 1849 à 1857, il fut co-délégué ou viceprésident de l’Église. En vertu du rattachement de la Conférence canadienne à la Conférence britannique, c’était, au Canada, le poste le plus élevé auquel ses collègues pouvaient l’élire.

Avec ses frères William et Egerton, John contribua activement à résoudre plusieurs des problèmes auxquels avaient à faire face les méthodistes du Haut-Canada, surtout du milieu des années 20 au milieu des années 50. Il fut un chef dans ce combat qu’il qualifia de « lutte acharnée » contre un groupe de méthodistes schismatiques qui avaient pour chef Henry Ryan*. À la même époque, il préconisa la séparation de l’Église du Haut-Canada de l’Église méthodiste épiscopale américaine dont elle faisait alors partie ; l’un des cinq délégués de la Conférence canadienne à la réunion générale de la Conférence américaine à Pittsburgh en 1828, Ryerson s’employa à régler cette séparation à l’amiable ; elle eut lieu la même année et eut pour résultat la fondation d’une Église méthodiste épiscopale autonome au Canada [V. Richardson]. En 1832, il proposa de s’unir avec la Conférence britannique de l’Église méthodiste wesleyenne dans le but d’éviter d’entretenir une rivalité stérile et d’éparpiller les efforts entrepris, et afin de manifester le loyalisme sans réserve des méthodistes canadiens. L’Église méthodiste wesleyenne au Canada fut créée, mais l’union fut rompue en 1840. De nouveau, Ryerson exprima sa crainte du danger que représentait l’existence de deux groupes méthodistes rivaux et il insista pour que l’on fît une nouvelle tentative d’association. En 1846, il fut envoyé avec Anson Green comme délégué à la réunion de la Conférence britannique où, avec son collègue, il finit par obtenir gain de cause.

En 1829, avec trois autres personnes, John et William furent chargés d’étudier l’opportunité de la création d’un séminaire méthodiste d’études supérieures et, en 1830, John et William furent nommés membres d’un nouveau comité chargé de pousser le projet plus avant. Cobourg fut choisi comme siège d’Upper Canada Academy qui devint plus tard Victoria College. En 1835, John devint l’un des cinq premiers inspecteurs qui, en collaboration avec les membres du conseil d’administration, avaient pour tâche de nommer le principal et les professeurs, d’établir les règlements, de veiller à la bonne marche de l’institution et de faire chaque année un rapport à la conférence sur la situation académique et sur l’état des finances. En 1841, tout comme William et Egerton, il fut l’un de ceux qui adressèrent une pétition à l’Assemblée législative demandant que le collège reçoive une charte et une dotation. Durant ces nombreuses années, alors que le collège rencontrait des difficultés financières et que son existence même fut quelquefois remise en question, John signa des reconnaissances de dettes au nom du collège, se servant du crédit personnel dont il jouissait pour emprunter l’argent nécessaire à rembourser des dettes même lorsqu’elles avaient été contractées contre son gré. Pendant plus d’une trentaine d’années, il continua à œuvrer activement pour le collège dont il fut tour à tour le trésorier et le président du conseil d’administration.

Le degré peu poussé des études que fit John se reconnaît à son orthographe des plus pittoresques et des plus fantaisistes. Mais ses brillantes qualités intellectuelles et son sens de la langue n’en restent pas moins indubitables. Lors de la conférence de 1837, John fut nommé, en compagnie de William et d’Egerton, membre du Book and Printing Committee, l’ancêtre de Ryerson Press, qui dirigeait la publication du Christian Guardian, le journal canadien le plus lu et le plus influent, à cette époque. Le comité s’occupait également d’autres publications et contrôlait la vente de livres britanniques et américains qui présentaient un intérêt pour les méthodistes du Haut-Canada. John occupa les fonctions d’administrateur de la librairie de 1837 à 1841.

Toutefois, pour se faire une idée plus juste de l’ampleur des préoccupations intellectuelles et littéraires de John, il faut se tourner vers ses propres écrits qui comprennent une volumineuse correspondance, des carnets et des journaux et un grand nombre d’essais et de commentaires sur l’histoire et la philosophie du méthodisme. Bien que la plupart de ces écrits n’aient jamais été publiés ou aient été égarés, un certain nombre d’entre eux ont été publiés anonymement, peut-être parce que John répugnait à voir son nom imprimé. Cependant, ce nom figure en tête de cinq des 18 chapitres du Canadian Methodism ; its epochs and characteristics et il se pourrait fort bien que ce livre ait été écrit par John, mais annoté par Egerton et publié sous son nom dans le seul but de respecter les vœux de son frère. Le livre de John, intitulé Hudson’s Bay ; or, a missionary tour in the territory of the Hon. Hudson’s Bay Company [...], publié en 1855, relate la périlleuse expédition qui l’avait mené, l’année précédente, de Sault-Sainte-Marie à la baie d’Hudson, via la rivière Rouge, et de là, en Angleterre ; ce récit constitue le document le plus exact et le plus sûr que l’on possède sur cette ancienne route du trafic des fourrures. L’expédition avait été entreprise parce que l’Église méthodiste canadienne prévoyait assumer des responsabilités missionnaires dans cette région. John décrivit les promesses que certains coins de cette région offraient et, à l’inverse de beaucoup d’autres écrivains de l’époque, il envisageait son peuplement et son développement avec confiance et enthousiasme.

Entreprendre un voyage aussi épuisant alors qu’il avait déjà 55 ans ressemblait tout à fait à John. Tout au long de sa vie il travailla de façon excessive, s’imposant des fatigues qui bien souvent l’exténuaient et qui compromettaient sa santé. Le surmenage et une santé chancelante l’amenèrent à avoir recours, à certaines époques de sa vie, comme à son retour de voyage par exemple, à prendre de l’opium et du brandy, ce qui provoquait une vive inquiétude chez ses frères méthodistes. Lors de la conférence de 1858, où on assista incontestablement à un mouvement d’hostilité à l’égard des frères Ryerson, un comité de dix membres fut chargé de faire une enquête sur la conduite de John et, à la suite du rapport qui fut fait, il se vit « laisser sans poste » et son nom « fut supprimé des registres de la conférence pour une période d’un an ». L’année suivante, ou lui redonna toutefois sa place habituelle et il fut choisi pour faire partie d’un comité spécial qui avait mission de s’occuper des affaires de la conférence entre les sessions annuelles. Retraité à Brantford et à Simcoe de 1860 à sa mort, il n’en continua pas moins à s’occuper activement des problèmes de l’Église, en dépit d’une santé précaire.

L’âge et l’affection rapprochaient davantage John de son frère Egerton qui, au tout début de sa carrière, ne prit jamais aucune initiative sans avoir d’abord consulté « ce frère pour qui il avait le plus grand respect et la plus profonde affection ». Il écrivit en 1843 que de tous les hommes qu’il avait connus au Canada depuis plusieurs années, John était « le juge le plus détaché et le plus perspicace de la mentalité publique ». Dépeint par Egerton comme un « conservateur à vie », John fut le principal artisan du plan d’action prôné par Egerton et accepté, dans l’ensemble, par tous les méthodistes ; ce plan consistait à appuyer une réforme loyale, entreprise dans les limites de la constitution et visant à garantir les droits civiques et la liberté religieuse. Au cours de la période agitée qui précéda la rébellion de 1837, John recommanda constamment à Egerton de « bien prendre garde de ne jamais pencher un tant soit peu vers le radicalisme ». Il manifesta à plusieurs reprises une vive inquiétude de voir que les méthodistes s’étaient un peu trop rapprochés des réformistes radicaux, « cette bande de fieffés vauriens ». D’après lui, il était donc devenu « absolument nécessaire de s’en désolidariser complètement. Il est évident qu’ils ne cherchent pas à amener la Réforme mais la Révolution ». Il se réjouit que, lors des élections déterminantes de 1836, « pas un seul de ces niais n’ait été élu dans la circonscription de Bay of Quinte [où], ajouta-t-il, avec le concours des prédicateurs, j’ai fait tout ce qui était en notre pouvoir pour empêcher qu’une seule de ces canailles ne fût élue, ce en quoi nous avons réussi ».

Cependant, John était loin d’être un tory inflexible et intransigeant. Aussitôt que la rébellion fut matée, il renouvela son appel en faveur d’une réforme constitutionnelle et il demanda aux méthodistes de continuer à suivre « la voie sensée, juste et libérale qu’[ils avaient] l’habitude de suivre ». Après l’avoir signée, il remit à sir George Arthur*, lieutenant-gouverneur, une pétition qui portait 4 000 signatures et demandait que la vie des rebelles Samuel Lount* et Peter Mathews* fût épargnée ; lorsque la pétition eut été rejetée, il accompagna les deux hommes jusqu’au lieu de leur exécution. De la même façon, à la suite de la rébellion, il s’éleva contre toute mesure arbitraire, comme le fait de garder en prison des dizaines de personnes jusqu’à ce qu’elles soient jugées. Il pensait qu’il était indispensable que « les amis des droits civiques et de la liberté religieuse » restent vigilants et il faisait remarquer que l’on devait « se féliciter du fait que Mackenzey [William Lyon Mackenzie*] et le radicalisme soient hors de combat, mais que [l’on] risquait de tomber bientôt sous la ferrule d’une oligarchie composée de militaires et de membres du haut clergé, ce qui serait aussi néfaste, sinon pire ».

La plupart du temps distant, austère et taciturne en public, John redevenait chaleureux, aimable et avenant dans l’intimité de sa famille et avec ses amis. D’après Charles Bruce Sissons*, « on a rarement vu une famille canadienne produire quatre hommes tels que George, William, John et Egerton Ryerson. D’aptitudes et de caractère différents, ils portaient tous les quatre la marque du génie ». Des quatre frères, John était par excellence l’homme politique et l’expert en matière publique et religieuse. Pendant plusieurs décennies, il fut celui qui exerça probablement le plus d’influence dans les conciles de l’Église méthodiste du Haut-Canada.

Thomas H. B. Symons

John Ryerson, Hudson’s Bay ; or, a missionary tour in the territory of the Hon. Hudson’s Bay Company [...] (Toronto, 1855).

Methodist Missionary Society (Londres), correspondance, Amérique.— UCA, A. E. Ryerson papers.— Carroll, Case and his cotemporaries ; [——], Past and present, or a description of persons and events connected with Canadian Methodism for the last forty years (Toronto, 1860).— Christian Guardian (Toronto), 18291878.— [Ryerson], Story of my life (Hodgins).— Cornish, Cyclopædia of Methodism, I.— Dom. ann. reg., 1878, 364s.— G. S. French, Parsons & politics : the rôle of the Wesleyan Methodists in Upper Canada and the Maritimes from 1780 to 1855 (Toronto, 1962).— G. F. Playter, The history of Methodism in Canada : with an account of the rise and progress of the work of God among the Canadian Indian tribes, and occasional notices of the civil affairs of the province (Toronto, 1862).— A. E. Ryerson, Canadian Methodism ; its epochs and characteristics (Toronto, 1882).— A. W. Ryerson, The Ryerson genealogy ; genealogy and history of the Knickerbocker families of Ryerson, Ryerse, Ryerss ; also Adriance and Martense families ; all descendants of Martin and Adriaen Ryerz (Reyerszen), of Amsterdam, Holland, A. L. Holman, édit. (Chicago, 1916).— Sissons, Ryerson.— Clara Thomas, Ryerson of Upper Canada (Toronto, 1969).

Bibliographie générale

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Thomas H. B. Symons, « RYERSON, JOHN », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 20 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/ryerson_john_10F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 10
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1972
Année de la révision:   1972
Date de consultation:   20 octobre 2014