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PLAYTER, GEORGE FREDERICK, ministre méthodiste, auteur et journaliste, né vers 1809 à Londres, décédé le 24 octobre 1866 à Frankford, Haut-Canada.

On connaît peu de chose de l’enfance de George Frederick Playter. Son intérêt pour la littérature et sa facilité pour la rédaction font penser qu’il fréquenta de bonnes écoles ou fut encouragé à s’instruire par lui-même. Il fut élevé dans un foyer méthodiste wesleyen et se convertit dans sa jeunesse. Playter immigra en 1832 à Montréal, où il fut engagé comme imprimeur. Deux ans plus tard, il s’engagea chez les prédicateurs méthodistes itinérants de l’est du Haut-Canada et, en 1838, il reçut les ordres et fut placé dans le « circuit » d’Ottawa.

Bien qu’il n’existe pas de raison de douter de la vigueur des convictions religieuses de Playter, il n’était apparemment pas dévoré par cette ardeur apostolique qui fut l’attribut de tant de ses frères. Cette réserve, alliée à sa modestie, fit de Playter « un prédicateur à l’expression claire, concise et satisfaisante, très juste, qui touchait profondément la conscience. Eût-il possédé autant de passion que de persuasion, il eût été très efficace. » Son insuccès dans le ministère renforça, sans doute, ses grandes dispositions naturelles pour la littérature, même s’il hésitait à poursuivre cette vocation parce qu’aux yeux de ses collègues rien n’était plus important que leur mission évangélique. Playter ne s’était jamais entièrement résigné à se consacrer au ministère.

L’importance réelle de la carrière de Playter réside dans son œuvre de rédacteur en chef, d’historien et de polémiste, rôles dans lesquels il jette de la lumière sur le développement du méthodisme dans le Haut-Canada et particulièrement sur les tensions que connut cette communauté pendant les années 1840 et 1850. Les chefs méthodistes canadiens s’intéressaient de plus en plus au développement de leur Église comme institution sociale. En même temps, ils n’acceptaient pas entièrement l’argument des wesleyens britanniques à savoir que l’Église devait être politiquement modérée ou se désintéresser de la politique. De plus, bien que les ministres méthodistes canadiens fussent conscients que leurs membres devenaient plus libéraux, ils refusaient de partager leur autorité avec les laïques dans la conférence.

Malgré qu’il fut immigrant et wesleyen convaincu, Playter se heurta violemment à ses frères anglais dans le conflit qui opposa les représentants wesleyens anglais au Canada et leurs collègues canadiens, et se termina, en 1840, par la dissolution de l’union entre les deux conférences. Dans deux longues lettres au Christian Guardian, titrées « Voice from Canada » et « Second voice from Canada », Playter s’attaqua à la Conférence anglaise qu’il accusa de semer la division entre les deux conférences. Les leaders wesleyens britanniques tels que Joseph Stinson et Matthew Richey*, incapables de renforcer l’obéissance de la part de la Conférence canadienne, fondèrent une Église wesleyenne rivale dans le Haut-Canada par suite de la dissolution. Les gestes posés par la Conférence britannique et ses missionnaires provenaient, insistait Playter, d’une mésintelligence du caractère réel du méthodisme canadien lequel, malgré son opposition à l’établissement de l’Église et sa sympathie pour le gouvernement responsable, était aussi britannique dans ses attitudes et aussi fidèle à la couronne et au maintien des liens avec la Grande-Bretagne que l’institution anglaise. Il n’y avait alors aucun besoin d’établir une forme de méthodisme authentiquement anglais dans la province ; cette tentative n’était pas seulement un gaspillage de ressources mais allait à l’encontre de la conviction méthodiste fondamentale qui veut que les méthodistes soient unis partout dans le monde. « Ne persévérez pas dans ce travail. De nouveau, soyez vous-mêmes et nous serons vos amis », concluait-il.

L’attitude ferme de Playter dans la défense de la position canadienne l’aida à assurer son élection au poste de rédacteur en chef du Christian Guardian en 1844, alors que la controverse religieuse aussi bien que politique était vive. En novembre 1843, le ministère réformiste de Robert Baldwin* et de Louis-Hippolyte La Fontaine avait démissionné par suite du refus du gouverneur général sir Charles Theophilus Metcalfe * de suivre l’avis du ministère sur des questions de « patronage ». Playter réussit à conserver la neutralité politique professée par le journal et à éviter de trouver des excuses à la position conservatrice, favorable à Metcalfe, prise par Adolphus Egerton Ryerson*. En fait, les sympathies de Playter et celles de nombreux laïques et ministres méthodistes allaient plus aux ministres réformistes qu’au gouverneur. Playter continua aussi de critiquer la demande des méthodistes wesleyens britanniques, voulant que les wesleyens canadiens se soumettent à leur autorité. Ses plaidoyers prophétiques en faveur des missions étrangères et de l’union méthodiste générale dans l’Amérique du Nord britannique comme étant la solution aux différends continuels avec la Conférence britannique lui valurent l’aversion de ceux qui, tels Anson Green*, dans la Conférence canadienne travaillaient discrètement en faveur d’un compromis avec les Britanniques. En 1845, une baisse du nombre des adhérents du méthodisme canadien mena vers de nouvelles tentatives pour s’unir à la Conférence anglaise. Playter, à titre de leader antiwesleyen, fut démis comme rédacteur en chef du Guardian en 1846 afin de faciliter la réunion qui se fit en 1847. D’une manière non surprenante, et de nouveau par anticipation de la tension qui se développerait plus tard dans la conférence au sujet du rôle des laïques dans la gouverne de l’Église, Playter fut l’un des signataires, en 1847, d’une brochure qui critiquait les négociations de la réunion pour renforcer l’autorité ministérielle.

Playter revint au métier d’imprimeur à Picton en 1847, mais, en 1849, il retourna à l’action itinérante et desservit de nombreux circuits jusqu’à sa retraite précoce en 1858. Pendant ses dernières années, Playter continua son rôle de dissident, position qui reflétait sa conviction de la nécessité d’adapter les pratiques et les structures du méthodisme canadien face à une société moins satisfaite de prédication et de discipline simplistes et ne désirant pas perpétuer l’oligarchie du clergé. Mais sa préoccupation particulière durant cette période et sa contribution durable furent la préparation de l’histoire, en deux tomes, du méthodisme dans le Haut-Canada de ses origines à 1847. Le premier volume fut publié en 1862 ; le second fut apparemment complété mais le manuscrit disparut après la mort inopinée de Playter.

      The history of Methodism in Canada est le premier récit sur ce sujet écrit par un ministre canadien et publié dans la province. C’est une narration de faits couvrant les années 1784 à 1828 qui se base sur « les souvenirs des anciens », des périodiques et des documents imprimés. « Cette histoire, écrit Playter, peut s’appeler les « Actes des prédicateurs méthodistes dans la province du Canada », avec ses motifs, ses difficultés et ses conséquences. » Son récit est passablement dépourvu de passion, concis, et démontre une bonne prise de conscience des limites imposées par les témoignages. C’est donc un document inestimable sur « la façon dont furent jetées les bases de l’Église méthodiste » et sur la mission méthodiste auprès des Indiens. John Carroll*, ami et défenseur de Playter, fera une utilisation efficace de son œuvre dans son massif ouvrage intitulé Case and his cotemporaries.

Durant sa carrière, comme le note Carroll, Playter ne fut pas une figure dominante du leadership méthodiste. Sa mort fut à peine soulignée dans le Christian Guardian et, n’eût été de son History, son souvenir aurait été de courte durée. Néanmoins, « il n’exprima rien au hasard, ni rien qui ne valût la peine d’être exprimé ». Son étude du méthodisme, ses éditoriaux, ses brochures forment les dimensions extérieures de son monde personnel et constituent une analyse pénétrante sur la conception et les préoccupations du méthodisme canadien de sa génération.

G. S. French

G. F. Playter est l’auteur de The history of Methodism in Canada : with an account of the rise and progress of the work of God among the Canadian Indian tribes, and occasional notices of the civil affairs of the province (Toronto, 1862) ; Thirty five reasons why I am not a member of the Episcopalian Church, commonly called the Church of England (s.l., s.d.) ; et collabora à l’ouvrage de David Wright et al., Considerations on the proposed reunion of the Canadian and English Wesleyan conferences (Picton, Ont., 1847).

Wesleyan Methodist Church in Can., Minutes (Toronto), 1867.— Christian Guardian, 9 déc. 1840, 10 févr. 1841, juill–oct. 1844, 1845–1846.— Cornish, Cyclopaedia of Methodism.— Carroll, Case and his cotemporaries.— French, Parsons & politics.

Bibliographie générale

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G. S. French, « PLAYTER, GEORGE FREDERICK », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 25 oct. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/playter_george_frederick_9F.html.

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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 9
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1977
Année de la révision:   1977
Date de consultation:   25 octobre 2014