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RACINE, ANTOINE, prêtre catholique, évêque, administrateur scolaire et professeur, né le 26 janvier 1822 à Saint-Ambroise (Loretteville, Québec), fils de Michel Racine, forgeron, et de Louise Pepin ; décédé le 17 juillet 1893 à Sherbrooke, Québec.

Fils d’une famille pauvre, élevé par une mère devenue très tôt veuve, Antoine Racine connut les privations d’une vie plutôt modeste. Au cours de l’hiver de 1833, il entreprit l’étude du latin au presbytère de son grand-oncle, Antoine Bédard, curé de la paroisse Saint-Charles-Borromée, à Charlesbourg. Admis au petit séminaire de Québec en 1834, il étudia ensuite la théologie au grand séminaire. Ordonné prêtre le 12 septembre 1844, il fut successivement vicaire de Saint-Étienne, à La Malbaie (1844–1848), premier curé de Saint-Eusèbe, à Princeville (1848–1851), curé à Saint-Joseph, dans la Beauce (1851–1853), puis desservant de l’église Saint-Jean-Baptiste, à Québec (1853–1874).

Le 1er septembre 1874, Racine fut élu évêque du nouveau diocèse de Sherbrooke, érigé le 28 août précédent. Sacré le 18 octobre suivant par l’archevêque de Québec, Mgr Elzéar-Alexandre Taschereau, il prit possession de son siège deux jours plus tard. Le diocèse comptait environ 30 000 catholiques auprès desquels 29 prêtres assuraient le ministère dans 29 paroisses et 5 missions. La ville de Sherbrooke devenait progressivement un petit centre industriel, mais une large part du territoire restait ouverte à la colonisation.

Tout en mettant sur pied les divers organes de sa curie diocésaine, en érigeant des paroisses, en fondant de nouvelles missions, en pourvoyant au soutien matériel des paroisses et du clergé, en uniformisant la discipline ecclésiastique, Mgr Racine œuvra, dès le début de son épiscopat, à diverses fondations nécessaires au développement de son jeune diocèse. La première et la plus importante d’entre elles était incontestablement, aux yeux de l’évêque, celle du séminaire Saint-Charles-Borromée, qui ouvrit ses portes en septembre 1875. Il en assuma personnellement le supériorat jusqu’en 1878 et se fit un devoir d’y enseigner la théologie jusqu’en 1885.

Mgr Racine devait aussi veiller à l’éducation populaire. Si, depuis 1857, les jeunes filles bénéficiaient de l’enseignement des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, au Mont-Notre-Dame, l’éducation catholique et française des garçons faisait problème. Les commissaires catholiques et protestants étaient, en effet, unis en un seul comité qui veillait à l’éducation de tous. Au printemps de 1876, on recommandait à l’évêque la séparation, comme cela s’était fait à Québec et à Montréal. Après avoir obtenu les autorisations nécessaires du gouvernement, on partagea les propriétés et l’argent au prorata du nombre d’élèves dans chaque groupe religieux. Les quartiers est et nord eurent alors leurs écoles. Le quartier sud, où la population était plus dense, n’obtint son école qu’en 1882 et les Frères du Sacré-Cœur, sous l’influence de Mgr Racine, en acceptèrent la direction.

En décembre 1881, Mgr Racine demandait aux ursulines de Québec de venir s’établir dans son diocèse comme elles l’avaient déjà fait dans celui de Chicoutimi où son frère, Mgr Dominique Racine*, était évêque. Il revint à la charge auprès de ces mêmes religieuses en janvier 1882, et leur demanda de s’établir à Stanstead, près de la frontière américaine ; elles arrivèrent à l’automne de 1884 et y établirent un monastère et une école. Enfin, à la demande de l’évêque, quatre religieuses de l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe vinrent s’établir à Sherbrooke, le 21 avril 1875, dans une maison que l’évêque mettait à leur disposition. Elles devaient s’occuper des pauvres, des malades et des infirmes à l’hôpital du Sacré-Cœur.

La colonisation était aussi l’une des grandes préoccupations de Mgr Racine. À La Malbaie, il avait été l’âme de la Société des défricheurs de la Rivière-au-Sable, formée dans le but d’exploiter les terres du futur canton de Jonquière ; en 1851, sous sa direction, on avait publié le Canadien émigrant, sorte de manifeste de la colonisation qui avait eu un retentissement considérable. Pour lui, la colonisation incluait aussi bien le progrès de l’agriculture et l’exploitation des terres nouvelles que le rapatriement. Dans une lettre circulaire au clergé de son diocèse en date du 29 mars 1875, il la décrivait comme « une œuvre nationale » et « une œuvre digne de [leur] sainte mission et de toutes les bénédictions de Dieu ». Afin d’en assurer le succès, il incitait ses curés à former, conformément à la loi provinciale nouvellement adoptée, de petites sociétés de colonisation dans chaque paroisse. Il exigeait qu’ils lui fournissent toutes les informations sur les terres disponibles ou mises en vente. En 1880, il informa son clergé que l’on avait fondé des sociétés de colonisations à Montréal et à Québec, et que Sherbrooke avait la sienne depuis le 14 avril. Cette dernière devait coloniser le canton de Woburn qu’un bon chemin relierait bientôt aux nouveaux établissements de La Patrie, Notre-Dame-des-Bois et Piopolis. Comme il l’avait déjà fait, il institua une quête annuelle en faveur de la colonisation, mais les résultats furent bien au-dessous de ses espérances.

D’autres grandes questions de l’époque, beaucoup plus épineuses celles-là, retinrent l’attention de Mgr Racine. En 1874, le conflit qui opposait Mgr Taschereau et l’université Laval aux tenants d’une université catholique indépendante à Montréal, Mgr Ignace Bourget* en tête, n’était toujours pas réglé. Mgr Racine se rangea d’abord du côté de Québec, avec modération toutefois. En 1881, il était à Rome, à titre de représentant de l’archevêque de Québec, pour y défendre les intérêts de l’université Laval. Il entendait alors obtenir une décision ferme qui réglerait définitivement le litige, par l’intermédiaire d’un délégué apostolique si nécessaire. À la suite de l’érection de la province ecclésiastique de Montréal en 1886 et surtout de la publication de la bulle Jamdudum en février 1889, la situation changea [V. Thomas-Edmond d’Odet d’Orsonnens]. En 1891, Mgr Racine, qui était devenu suffragant de Montréal, se retrouvait à Rome pour soutenir la cause de Montréal. La nouvelle conjoncture et les intérêts de son propre diocèse expliquaient cette apparente volte-face.

Les évêques étaient aussi divisés en matière politique et cette division était bien antérieure à l’élection de Mgr Racine au siège de Sherbrooke. Mgr Bourget et, par la suite, Mgr Louis-François Laflèche, évêque de Trois-Rivières, étaient à la tête du courant ultramontain et opposé aux libéraux. Mgr Jean Langevin, du diocèse de Rimouski, favorisait les conservateurs et Mgr Taschereau était de tendance libérale. Mgr Racine, pour sa part, tout en soutenant, comme la plupart de ses confrères, la juridiction exclusive des évêques sur leurs prêtres prescrivit à son clergé la stricte neutralité en matière politique dès 1875. Trois ans plus tard, il écrivait : « le clergé doit, dans sa vie publique et privée, dans les questions qui ne touchent en rien aux principes religieux, respecter fidèlement les prescriptions de nos conciles concernant les élections politiques ». Il interdisait clairement toute intervention en cette matière. En 1881, il déclarait « frappé de suspense ipso facto tout prêtre qui, inconsulto episcopo, enseignera en chaire ou ailleurs, qu’il y a péché à voter pour tel candidat, ou pour tel parti politique, ou qui annoncera qu’il refusera les sacrements pour cette cause ». Le 2 août 1886, à la veille des élections provinciales, il rappelait à ses prêtres la nécessité de suivre « la ligne de conduite tracée par le Saint-Siège » et ajoutait : « du haut de la chaire, ne donnez jamais votre opinion » et « n’assistez à aucune assemblée politique ».

Usé à la tâche, Mgr Racine mourait le 17 juillet 1893, dans les murs de son évêché, après seulement quelques jours de maladie. Bien établi à ce moment, le diocèse comptait environ 60 000 catholiques, 45 paroisses presque toutes érigées canoniquement et civilement, et 17 missions dans lesquelles œuvraient 64 prêtres sur les 80 qui y étaient incardinés. Huit prêtres étaient rattachés au séminaire auprès des 225 élèves qui y poursuivaient leurs études. Onze candidats se préparaient au sacerdoce dont deux diacres et un sous-diacre.

Profondément marqué par son époque, Mgr Antoine Racine en porta les soucis et, à son tour, en influença de façon sensible les événements. Sa carrière illustre bien le clérico-nationalisme québécois de la fin du siècle dernier. Il était de ces hommes chez qui l’amour de la patrie et celui de l’Église ne font qu’un. Entreprenant, déterminé et courageux, il implanta solidement un diocèse catholique et la culture française dans une région où la présence anglo-protestante était plus qu’importante, tout en maintenant avec ce dernier groupe religieux et culturel d’excellentes relations. Il influença de façon durable la colonisation par ses réalisations mais aussi et surtout par la conception même qu’il s’en faisait et qu’il a répandue par ses discours et ses écrits. Homme de paix et de conciliation, sans toutefois sacrifier la justice et l’efficacité, il a toujours cherché et souvent réussi à faire prédominer, non sans difficulté, des solutions harmonieuses et rentables.

Jean-Guy Lavallée

ANQ-Q, CE1-28, 27 janv. 1822.— Arch. de la chancellerie de l’archevêché de Sherbrooke (Sherbrooke, Québec), Fonds Antoine Racine, VII, B, B1 ; Insinuations, 1 ; Reg. des lettres, 1.— Arch. du séminaire de Sherbrooke, P47 (Antoine Racine) ; R1 (évêques de Sherbrooke).— Mandements, lettres pastorales, circulaires et autres documents publiés dans le diocèse de Sherbrooke (24 vol., Sherbrooke, 1874–1967), 1–3.— Principaux discours de Mgr Antoine Racine [...], C.-J. Roy, édit. ([Lévis, Québec], 1928).— Séminaire Saint-Charles-Borromée, Annuaire (Sherbrooke), 1885–1886 ; 1892–1893.— [É.-J.-A. Auclair], Consécration et Intronisation de sa grandeur Mgr Ant. Racine, premier évêque de Sherbrooke [...] (Sherbrooke, 1874).— Jacques Desgrandchamps, Monseigneur Antoine Racine et les Religieuses enseignantes, 1874–1893 (Sherbrooke, 1980).— Germain Lavallée, « Monseigneur Antoine Racine et la Question universitaire canadienne (1875–1892) » (thèse de m.a., univ. de Sherbrooke, 1954).— [J.-A. Lefebvre], Monseigneur Antoine Racine, premier évêque de Sherbrooke [...] (Sherbrooke, 1894).— J.-G. Lavallée, « Monseigneur Antoine Racine, premier évêque de Sherbrooke (1874–1893) », SCHEC Sessions d’études, 33 (1966) : 31–39.

Bibliographie générale

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Jean-Guy Lavallée, « RACINE, ANTOINE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 29 juill. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/racine_antoine_12F.html.

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Auteur de l'article:   Jean-Guy Lavallée
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 12
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1990
Année de la révision:   1990
Date de consultation:   29 juillet 2014