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RAMBAU, ALFRED-XAVIER (baptisé Dominique-Flavien-Xavier Rombau), journaliste, avocat et éditeur, né le 23 février 1810 à Chalain-d’Uzore, France, fils de Claude-Joseph Rombau et de Marie-Reine Métayer-Descombes ; décédé le 30 octobre 1856 à Montréal.

Alfred-Xavier Rambau vit le jour dans un village d’origine médiévale au sein d’une famille de tradition légitimiste. « Dès l’enfance, écrit l’auteur de sa notice nécrologique parue dans la Patrie de Montréal au lendemain de son décès, on lui avait appris la devise : Dieu et le Roi. » Il fit de brillantes études au collège de Clermont-Ferrand, et le même auteur ajoutait : « Dans ses classes, il obtint les premiers prix. On le citait avec orgueil, comme un élève d’un ordre supérieur. » Ayant terminé ses humanités, il séjourna quelque temps en Italie en vue de parfaire son éducation. Il s’embarqua ensuite pour les États-Unis en 1832.

À New York, Rambau fut accueilli par un dénommé Peugnet qui, remarquant ses excellentes dispositions, lui confia la direction de son journal franco-américain. Peu après, Rambau reçut une invitation de Pierre-Dominique Debartzch*, ami de Peugnet et seigneur de Saint-Charles-sur-Richelieu, à venir au Bas-Canada pour y travailler comme rédacteur de son nouveau journal. Debartzch venait, en effet, de fonder dans son village, en janvier 1833, l’Écho du pays, hebdomadaire destiné à défendre les intérêts du parti canadien, dont il était l’un des chefs. Rambau accepta cette invitation et vint s’établir au Bas-Canada. Il s’acclimata en un rien de temps à son pays d’adoption. Sa plume verveuse, caustique à l’occasion, attira rapidement l’attention sur son talent de journaliste, comme l’enjouement, l’esprit de l’homme du monde, sa belle prestance – on le surnommait « le beau Rambau » –, eurent tôt fait de lui conquérir la faveur de l’élite sociale de Montréal, car il n’avait pas tardé à quitter Saint-Charles-sur-Richelieu pour s’installer dans cette ville.

En 1833, Rambau commença à collaborer à l’Ami du peuple, de l’ordre et des lois dont il se vit confier, la même année, le poste de rédacteur qu’il occupa jusqu’en 1840. Cette feuille, dont le premier numéro avait paru le 21 juillet 1832, avait été fondée par Pierre-Édouard Leclère*, chef de la police montréalaise et imprimeur-éditeur, et John Jones, imprimeur du roi. Son titre révélait tout un programme : le journal se voulait modéré, adversaire déterminé des aventures politiques, par conséquent opposé aux mesures extrêmes proposées par Louis-Joseph Papineau* et ses partisans. Leclère et Jones n’étaient, à vrai dire, que des prête-noms : le séminaire de Saint-Sulpice, à Montréal, avait la haute main sur sa direction. Négociant alors à Londres la reconnaissance de leurs droits de propriété au Bas-Canada, les sulpiciens avaient tout intérêt à faire montre du plus strict loyalisme à l’endroit de la couronne britannique [V. Joseph-Vincent Quiblier]. Le journaliste Rambau, dont ils avaient pu apprécier le talent et l’excellent esprit dans l’Écho du pays, leur convenait à merveille comme rédacteur de la feuille toute dévouée à leurs intérêts. C’est d’ailleurs le curé de la paroisse Notre-Dame de Montréal, le sulpicien Claude Fay, compatriote originaire du département de la Loire, qui bénit son mariage, célébré le 16 juin 1834, avec Marie-Antoinette Allard, la jeune veuve riche et belle du médecin Alexis Demers, qui avait été député de la circonscription de Vaudreuil à la chambre d’Assemblée de 1830 à 1833. De ce mariage naquirent un fils et une fille. Le loyalisme affiché de l’Ami du peuple attira cependant sur Rambau la colère des patriotes qui ne devaient pas lui pardonner sa volte-face, de sorte que Rambau fut mêlé à des duels, d’une façon ou d’une autre.

Tout en poursuivant son travail de journaliste, Rambau faisait son droit à l’époque des troubles, mais il dut interrompre ses études, car il ne fut admis au barreau que le 31 mars 1848. Membre de l’Institut canadien de Montréal à partir de mars 1852, il se faisait un honneur d’appartenir à cette organisation culturelle, mais il regrettait chez les membres des divisions qu’il attribuait aux « rouges ». « Cet institut, l’espoir des jeunes Canadiens, écrivait-il le 10 juillet 1855, qu’est-il devenu entre leurs mains ? À force d’intrigues, en y introduisant tous leurs affiliés, ils sont parvenus à en avoir le contrôle presque exclusif, et ils ont changé la tribune de cet établissement national [...] en chaire de discorde, de rébellion et d’irréligion. »

Ces lignes paraissaient dans la Patrie, journal que Rambau avait fondé à Montréal en septembre 1854. Porte-parole de la coalition libérale-conservatrice dont l’un des chefs était George-Étienne Cartier*, la Patrie s’aligna carrément sur des positions conservatrices : elle défendit les seigneurs au moment de l’abolition du système seigneurial, soutint le régime des écoles séparées dans le Haut-Canada et le droit des communautés religieuses à posséder des terres. De concert avec la Minerve, elle polémiqua ferme contre le Pays, organe des libéraux et de l’Institut canadien. Cette polémique atteignit un sommet lorsque Joseph-Guillaume Barthe* publia à Paris, en 1855, son fameux ouvrage le Canada reconquis par la France. Barthe y proposait d’affilier l’Institut canadien à l’Institut de France, suggestion que Rambau trouvait ridicule car cette association aurait conféré trop de prestige à l’institut. Rambau houspilla de la belle façon l’auteur dans son journal, du 13 juillet au 26 octobre 1855, par une série d’une vingtaine d’articles qu’il se proposait de réunir en une brochure qui ne vit jamais le jour.

C’est en défendant ses amis avec toutes les ressources de sa verve qu’Alfred-Xavier Rambau termina brusquement à mi-chemin sa carrière de journaliste. La Patrie du 22 octobre 1856 annonça qu’il était tombé subitement malade le 17 précédent, et le 31 octobre, qu’il était décédé la veille, à peine âgé de 46 ans. Il fut inhumé, le 3 novembre, près de son bienfaiteur Debartzch, à Saint-Charles-sur-Richelieu.

Philippe Sylvain

Alfred-Xavier Rambau a écrit le Bill seigneurial exposé sous son vrai jour par le journal la Patrie (réfutation victorieuse du rapport soumis à la convention anti-seigneuriale), et quelques avis d’un cultivateur aux censitaires du Bas-Canada (Québec, 1855).

Édouard-Zotique Massicotte* a consacré une notice biographique à Rambau dans « le Journaliste-Avocat Rambau », BRH, 46 (1940) : 156–158. La plus grande partie de ses éléments est empruntée à celle qui fut publiée dans la Patrie, 31 oct. 1856, au lendemain de la mort de Rambau. Ægidius Fauteux*, qui décidément n’aime pas Rambau, narre complaisamment dans son ouvrage le Duel au Canada (Montréal, 1934), 126–153, les moindres détails des duels auxquels fut mêlé Rambau. Lignes assez déplaisantes et, à notre avis, parfois injustes et inexactes, où perce une pointe de xénophobie. Filteau, Hist. des patriotes (1938–1942), 2 : 72–74, renchérit sur Fauteux, en se référant surtout aux papiers de Ludger Duvernay (ANQ-Q, AP-G-68), qui fut à un moment donné un adversaire politique implacable de Rambau.  [p. s.]

AD, Loire (Saint-Étienne), État civil, Chalain-d’Uzore, 23 févr. 1810.— ANQ-M, CE1-51, 16 juin 1834 ; CE2-10, 3 nov. 1856.— Lettres à Pierre Margry, de 1844 à 1886 (Papineau, Lafontaine, Faillon, Leprohon et autres), L.-P. Cormier, édit. (Québec, 1968), 27–29.— Beaulieu et Hamelin, la Presse québécoise, 1 : 73–74, 76, 190–191.— Institut-Canadien en 1852, J.-B.-É. Dorion, édit. (Montréal, 1852).— F.-J. Audet, « Pierre-Édouard Leclère (1798–1866) », Cahiers des Dix, 8 (1943) : 109–140.— J.-J. Lefebvre, « Pierre-Dominique Debartzch, 1782–1846 », Rev. trimestrielle canadienne (Montréal), 27 (1941) : 179–200.

Bibliographie générale

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Philippe Sylvain, « RAMBAU, ALFRED-XAVIER », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 3 sept. 2014, http://www.biographi.ca/fr/bio/rambau_alfred_xavier_8F.html.

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Auteur de l'article:   Philippe Sylvain
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Titre de la publication:   Dictionnaire biographique du Canada, vol. 8
Éditeur:   Université Laval/University of Toronto
Année de la publication:   1985
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